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Journal Français d'Ophtalmologie Vol 25, N° 4 - avril 2002 pp. 367-373
Doi : JFO-04-2002-25-4-0181-5512-101019-ART3 Articles originaux
Intérêt de l'utilisation de flacons à hémoculture pour le contrôle de stérilité microbiologique des greffons cornéens | |
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© Masson, Paris, 2002 Tirés à part : P.Gain[2] , à l'adresse ci-dessus. E-mail : philippe.gain@univ-st-etienne.frUse of a pair of blood culture bottles for sterility testing of corneal organ culture media Purpose: To test the effectiveness and rapidity of a pair of blood culture bottles in the diagnosis of bacterial and fungal contamination of corneal organ culture media. Material and methods: Seven hundred and sixty one microbiological analysis of storage media (Inosol® and Exosol®, Opsia, Toulouse, France), sampled in all phases of the organ culture at 31°C of 410 consecutive corneas, were analyzed. Each medium was inoculated in a pair of Bactec Plus Aerobic/F® and Bactec Lytic/10 Anaerobic/F® blood bottles (Becton Dickinson, Cockeysville, MD) and placed in a Bactec 9240 incubator for 14 days at 37°C and in a Sabouraud broth at 20°C. Changes in color or turbidity of storage media were evaluated daily at the corneal bank. Recipients were screened after graft for signs of infection. Results: The overall contamination rate was 2.4% (18/761). Contamination was detected in less than 1 day in 78% (14/18) and in less than 2 days in 94% (17/18). Positivity of the microbiological controls of starting media preceded medium color changes in 10 out of 14 cases. Bactec blood bottles allowed detection of bacteria as well as Candida sp. yeasts. Discussion: The use of a pair of aerobic and anaerobic blood culture bottles is a simple, effective and rapid method for the diagnosis of a wide range of microbiological contaminations of organ-cultured corneas during banking. Conclusion: The validation of this protocol will require a prospective study to compare it with the conventional microbiological method. Organ culture
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keratoplasty
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sterility testing
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blood bottle Intérêt de l'utilisation de flacons à hémoculture pour le contrôle de stérilité microbiologique des greffons cornéens But : Tester l'efficacité et la rapidité d'une paire de flacons à hémocultures pour le diagnostic de la contamination bactérienne et fungique des milieux d'organoculture des greffons cornéens. Matériels et méthodes : Sept cent soixante-et-une analyses microbiologiques consécutives portant sur les milieux de conservation et de déturgescence (Inosol® et Exosol®, Chauvin-Opsia, Toulouse, France), prélevés aux différentes phases de l'organoculture à + 31°C de 410 cornées ont été effectuées. Chaque échantillon de milieu a été injecté dans un couple de flacons à hémoculture Bactec Plus Aerobic/F® et Bactec Lytic/10 Anaerobic/F® (Becton Dickinson, Cockeysville, MD) et incubé durant 14 jours à 37°C en automate Bactec 9240. Les échantillons ont aussi été inoculés sur milieu de Sabouraud liquide à 20°C. Pendant ce temps, les milieux d'organoculture étaient inspectés quotidiennement à la banque de cornée et toute modification de couleur et/ou de transparence du milieu était notée. Chaque patient greffé à été examiné en post-opératoire à la recherche de signes infectieux. Résultats : Le taux de contamination global détecté était de 2,4 % (18/761), 14 Inosol® de début d'organoculture et quatre Exosol® de déturgescence. Les contaminations ont été détectées en moins de 24 heures dans 78 % des cas (14/18) et moins de 48 heures dans 94 % des cas (17/18). La positivité des contrôles microbiologiques des Inosol® de début d'organoculture précédait le changement d'apect macroscopique dans 10 cas sur 14. Les flacons à hémoculture ont permis la détection à la fois des bactéries mais aussi des levures Candida sp. Discussion : L'utilisation d'un couple de flacons à hémocultures Bactec® aéro et anaérobie apparaît efficace pour le diagnostic rapide d'une large gamme de contaminants tant bactériens que fungiques des milieux d'organoculture des cornées. Conclusion : La réalisation d'une étude prospective et comparative avec la méthode microbiologique classique est nécessaire pour valider ce protocole. Organoculture
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greffe de cornée
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contrôles microbiologiques
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flacons à hémocultures
L'organoculture a été initialement mise au point dans le but d'étendre la durée de conservation des cornées au-delà de 14 jours, durée au-delà de laquelle les techniques de conservation en milieu liquide à + 4 °C n'assurent plus une viabilité endothéliale suffisante. L'organoculture, technique actuellement majoritaire en Europe [1], présente pour avantage de mieux préserver la viabilité tissulaire, de faciliter les échanges entre les banques et de permettre une plus grande flexibilité dans les programmes opératoires [2], [3], [4]. Cependant, les températures employées (+ 31, + 34, ou + 37 °C) s'accompagnent d'un risque accru de développement de micro-organismes. Ainsi, bien qu'il soit largement admis qu'une conservation prolongée s'accompagne de la réduction du nombre de cellules endothéliales viables en fin de conservation, les cornées ne sont habituellement pas délivrées par les banques avant 10 ou 12 jours, temps nécessaire à la révélation d'une contamination résiduelle bactérienne ou fungique par les techniques microbiologiques standards et/ou par l'observation d'un changement macroscopique de couleur ou de turbidité du milieu de conservation.
Les contrôles microbiologiques sont classiquement effectués grâce à l'ensemencement sur des milieux bactériologiques standards aéro anaérobies et dans un bouillon de type Sabouraud, la croissance des micro-organismes étant surveillée par l'inspection quotidienne des milieux ensemencés par un technicien du laboratoire de bactériologie. Il nous paraissait intéressant de mettre en oeuvre les techniques microbiologiques les plus modernes pour assurer le maximum de sécurité microbiologique en un minimum de temps dans le but de réduire la période de quarantaine sans compromettre la stérilité des greffons. Nous avons dans ce but établi un protocole original de contrôle des milieux d'organoculture utilisant une paire de flacon à hémoculture aérobie et anaérobie de type BACTEC® (Becton Dickinson, Cockeysville, MD), placés dans un automate effectuant une détection automatique du développement des micro-organismes. Le but de ce travail était de tester l'efficacité et la rapidité de ce protocole original dans le diagnostic des contaminations bactériennes et fungiques. Nous avons analysé les résultats obtenus à partir de 761 échantillons de milieux de conservation prélevés à toutes les phases de l'organoculture à + 31° C de 410 cornées consécutives.
Les prélèvements cornéens étaient toujours réalisés dans les 24 heures après le décès du donneur par les quatre internes en ophtalmologie de notre service dans des conditions d'asepsie chirurgicale : asepsie cutanée et oculaire à la povidone-iodine à 10 % pendant 3 minutes suivie d'un rinçage au chlorure de sodium 0,9 % stérile, mise en place de champs, masque, gants et casaques stériles [5], [6]. Le prélèvement était réalisé par excision de la cornée avec une collerette cornéo-sclérale adjacente d'environ 3 mm après péritomie conjonctivale au limbe. La cornée était immédiatement immergée dans un premier flacon étanche contenant le milieu dit de réception constitué de 100 ml d'Inosol ® (Chauvin-Opsia, Toulouse Labège, France). Il s'agissait d'un milieu de culture cellulaire enrichi (milieu de Dulbecco modifié) contenant de la pénicilline G (100 UI/ml), de la streptomycine (100 mg/ml), de l'amphotéricine B (0,25 mg/ml) et un indicateur coloré de pH (rouge phénol).
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Conservation des cornées en organoculture à + 31° C |
La conservation des cornées était effectuée en organoculture à + 31°C selon la technique classique [7]. Toutes les manipulations, les renouvellements des milieux et les prélèvements d'échantillons pour analyses microbiologiques étaient réalisés sous poste de sécurité microbiologique de type II (hotte à flux laminaire) en salle blanche (Banque de cornée de Saint-Etienne, Etablissement Français du Sang Auvergne-Loire). Entre 2 et 5 jours après réception, lors du premier contrôle de qualité endothéliale qui comportait une numération cellulaire endothéliale, une appréciation de la morphologie cellulaire endothéliale et une coloration vitale de l'endothélium au bleu Trypan, la cornée était suspendue à un fil puis placée dans un second flacon contenant 100 ml d'un nouveau milieu Inosol ®, dit milieu de conservation. Ce second milieu était éventuellement changé si la conservation dépassait 14 jours. Enfin, 2 jours avant cession de la cornée au chirurgien, la cornée subissait un second contrôle de qualité endothéliale (même protocole que précédemment) et était placée dans 50 ml d'un nouveau milieu dit de déturgescence constitué d'Exosol ® (Chauvin-Opsia, Toulouse Labège, France). Le milieu Exosol ® avait la même composition que le milieu Inosol ® mais contenait 5 % de dextran.
Au total, sur une période de 37 mois (septembre 1996 à octobre 1999), 410 cornées ont été réceptionnées. Soixante-seize ont été immédiatement rejetées pour des motifs médicaux liés au donneur ou des sérologies irréalisables ou non interprétables (volume sanguin insuffisant, hémolyse). Trois cent trente-neuf cornées ont donc débuté l'organoculture. Après le premier contrôle de qualité, 206 cornées ont été remises en culture pendant une durée moyenne de 13,2 ± 4 jours (moyenne ± écart-type), allant de 6 à 28 jours. Au terme de la conservation, les 206 cornées ont été mises en milieu de déturgescence et ont été greffées.
Chaque milieu de conservation était quotidiennement inspecté à la banque de cornée. Toute modification de la transparence ou changement de coloration du milieu impliquait une exclusion de la cornée et un prélèvement pour analyse bactériologique.
Un contrôle de stérilité a été réalisé aux 3 étapes de changement de milieu, c'est-à-dire entre 2 et 5 jours après réception des cornées (milieu de réception), au changement éventuel au 14e jour de conservation et 2 jours avant cession (milieu de conservation), enfin le jour de la greffe (milieu de déturgescence). Pour ces contrôles, des échantillons d'environ 20 à 25 ml de milieu étaient prélevés sous hotte à flux laminaire à la banque de tissus pour les milieux de réception et de conservation et étaient acheminés au laboratoire de bactériologie en flacon stérile pour analyse. Les échantillons de milieux de déturgescence étaient prélevés par les infirmières en salle d'opération au moment de la greffe. Chaque échantillon était ensemencé au laboratoire de bactériologie sous hotte à flux laminaire selon une procédure standardisée. Dix ml étaient injectés dans un flacon à hémoculture aérobie BACTEC PLUS Aerobic/F® contenant 25 ml de bouillon soja-caséine enrichi, 16 % de résine adsorbante non ionique et 1 % de résine à échange cationique en atmosphère aérobie avec dioxyde de carbone (CO2). Dix ml étaient injectés dans un second flacon à hémoculture anaérobie BACTEC Lytic/10 Anaerobic/F® contenant 40 ml de bouillon soja-caséine enrichi, 0,26 % de saponine en atmosphère anaérobie avec CO2 et azote. Les milieux ainsi ensemencés étaient incubés 14 jours. Chaque couple de flacon BACTEC PLUS Aerobic/F® et BACTEC Lytic/10 Anaerobic/F® était placé dans l'automate BACTEC 9240® en agitation continue à 37°C. Cet automate permettait de détecter l'augmentation de production de CO2 produite par la croissance des micro-organismes grâce à un capteur placé au fond de chaque flacon réagissant avec le CO2 produit par les micro-organismes et produisant une fluorescence proportionnelle à ce taux de CO2. Cette fluorescence était mesurée de façon non invasive toutes les 10 minutes et le développement bactérien était détecté selon un seuil de fluorescence déterminé par le constructeurFigure 1. Cinq ml de milieu étaient ensemencés dans 10 ml de milieu liquide de Sabouraud et placés à 20°C. Toute positivité d'un des flacons BACTEC® ou du milieu de Sabouraud entraînait l'élimination du greffon. En cas de positivité, les micro-organismes étaient identifiés et l'antibiogramme ou l'antifungigramme étaient réalisés.
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Suivi des patients greffés |
Le suivi clinique des 206 patients greffés, tous par kératoplasties perforantes, a été réalisé de façon quotidienne durant les 5 jours d'hospitalisation après la greffe puis au 15e jour, 1ermois, 3e mois, 6e mois, 9e mois, puis à 1 an après la greffe. D'éventuels signes d'infection oculaire étaient notés lors de l'observation biomicroscopique réalisée à chaque visite.
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Fréquences et chronologie des contaminations |
Sept cent soixante-et-un échantillons ont été analysés : 334 milieux de réception, 221 milieux de conservation et 206 milieux de déturgescence. Dix-huit contrôles microbiologiques étaient positifs au total (18/761) soit un taux global de contamination de 2,4 %. Pour les 18 contrôles microbiologiques positifs, 12/18 (66 %) étaient des bactéries et 6/18 (33 %) des levures. Le taux de contamination était de 4,2 % (14/334) pour les milieux de réception, de 0 % (0/221) pour les milieux de conservation et de 1,9 % (4/206) pour les milieux de déturgescence. Au total, si on exclut le contrôle du milieu de déturgescence, réalisé après la conservation, le taux de contamination durant la conservation était de 2,5 % (14/555).
Quatorze sur 18 micro-organismes étaient isolés des milieux de réception . Ce tableau regroupe les résultats bactériologiques des Inosol® de réception contaminés avec les délais de positivité des flacons BACTEC®, l'aspect macroscopique de l'Inosol® au moment du contrôle et la sensibilité des micro-organismes aux antibiotiques et à l'antifongique présents dans le milieu. Le délai de positivité du couple de flacons BACTEC® ensemencés avec le milieu de réception était inférieur ou égal à 24 heures dans 12 cas sur 14 (86 %) et inférieur à 48 heures tous les cas (14/14). La positivité du contrôle microbiologique précédait le changement de couleur du milieu de conservation dans 10 cas sur 14 (71 %). Quatre des 18 micro-organismes étaient isolés à partir des milieux de déturgescence Exosol®. Le délai de positivité des flacons BACTEC® ensemencés avec le milieu de déturgescence était de 1 jour (2/4), de 2 jours (1/4) ou de 6 jours (1/4). Les bactéries isolées étaient toutes multirésistantes aux antibiotiques, en particulier aux antibiotiques présents dans les milieux d'organoculture à l'exception des 2 Escherichia coli et d'un Staphylococcus aureus qui étaient sensibles à tous les aminosides. Par ailleurs, toutes les levures étaient sensibles à l'amphotéricine B, mais celle-ci n'était présente dans le milieu qu'à une très faible concentration (0,25 mg/ml). On notait que le couple de flacons BACTEC® a permis de détecter la totalité des levures (5 Candida sp. et 1 Rhodotorula sp.) dans un délai équivalent au milieu spécifique de Sabouraud. Au total, la positivité de l'ensemble des contrôles microbiologiques était obtenue en moins de 1 jour dans 78 % des cas (14/18) et en moins de 2 jours dans 94 % (17/18) des cas.
Parmi les 206 patients greffés, il a été relevé un cas d'hypopion, survenu à 24 heures post-opératoire chez un patient pour lequel le contrôle microbiologique de l'Exosol® était revenu stérile. Aucun germe n'a pu être mis en évidence ni par frottis conjonctival ni par ponction de chambre antérieure et le patient a guéri sans séquelle après 10 jours de traitement antibiotique local et général. Les 4 patients pour lesquels le contrôle du liquide de déturgescence Exoxol® était revenu a posteriori positif n'ont pas présenté de complications infectieuses.
Les contrôles de stérilité réalisés durant la conservation des greffons en organoculture à + 31°C permettent de réduire au minimum le risque de contamination infectieuse du receveur en éliminant de l'usage clinique les cornées contaminées ou potentiellement contaminantes, ce qui n'est pas le cas de la conservation en milieu liquide à + 4°C [7], [8]. Ces contrôles de stérilité sont habituellement réalisés par un ensemencement dans des milieux type trypticase-soja pour l'isolement des bactéries aéro-anaérobies et type thioglycollate pour l'isolement des anaérobies stricts et des micro-aérophiles [7], [9], [10].
Les flacons d'hémoculture de type BACTEC® incubés dans l'automate BACTEC 9240® ont initialement été proposés pour l'analyse bactériologique de prélèvements sanguins (hémocultures) en raison d'une meilleure sensibilité et d'une plus grande rapidité de détection de la croissance bactérienne [11]. Depuis, différents auteurs ont montré la supériorité de l'utilisation de ces flacons à hémoculture par rapport aux méthodes standards pour l'analyse bactériologique de prélèvements autres que les prélèvements sanguins : liquide d'ascite [12], liquide de dialyse péritonéale [13],[14], liquide articulaire [15],[16], liquide céphalo-rachidien [17], l'ensemble de ces milieux ayant en commun un faible inoculum bactérien. Pour ces raisons, il nous paraissait légitime d'utiliser cette technique microbiologique pour le contrôle de stérilité des milieux de conservation des greffons cornéens en organoculture. Les avantages de cette méthode par rapport à la technique microbiologique standard sont nombreux. L'inoculation sous hotte à flux laminaire des prélèvements par injection directe dans des flacons scellés limite au maximum les risques de contaminations liés aux manipulations lors de la mise en culture classique. Le grand volume de bouillon contenu dans chacun des flacons BACTEC® permet une meilleure détection des faibles inocula bactériens, ce qui est a priori le cas pour les milieux de conservation des cornées. La présence, dans les flacons BACTEC Plus Aerobic/F®, de résines adsorbant les antibiotiques et antifungiques [18] et de saponine dans les flacons BACTEC Lytic/10 Anaerobic/F®[19] favorise l'isolement des micro-organismes. L'agitation continue des flacons réalisée par l'automate stimule la croissance et de ce fait améliore la vitesse de détection de la plupart des bactéries. Enfin la surveillance automatisée et non invasive de la croissance bactérienne avec mesure toutes les 10 minutes de la production de CO2 grâce à un capteur placé au fond des alvéoles de réception des flacons permet aussi d'augmenter la vitesse de détection de la positivité et de limiter les contaminations exogènes [11]. Ainsi le délai de positivité des 18 flacons BACTEC® a toujours été inférieur à 2 jours à l'exception d'un flacon qui a été positif en 6 jours pour la levure Rhodotorula sp. Par ailleurs, il faut noter que seuls 4 sur 14 des milieux de réception positifs présentaient un changement macroscopique de leur aspect au moment de ce contrôle. La contamination a pu ainsi être détectée avant le changement tardif de couleur du milieu et a permis ainsi l'élimination précoce de l'étuve de cornées contaminées et potentiellement contaminantes pour le reste des cornées placées en organoculture. Malgré l'extrême rareté des endophtalmies fungiques post kératoplastie perforante, la détection des contaminations fungiques demeure une préoccupation importante des ophtalmologistes en raison de leur gravité [20],[21],[22]. Dans notre étude, l'usage des flacons BACTEC® a permis la détection de la totalité des champignons (6/6) notamment du genre Candida. Bien que plusieurs auteurs aient démontré que les flacons BACTEC Aerobic Plus/F® and BACTEC Lytic/10 Anaerobic/F® sont très efficaces pour la détection des levures et des champignons filamenteux [23],[24], l'utilisation conjointe dans notre étude d'un milieu de Sabouraud liquide classique était nécessaire pour vérifier la bonne détection de ces contaminations fungiques dans les milieux de conservation des cornées par les flacons à hémoculture BACTEC®[25]. Une importante étude portant sur les contaminations fungiques durant l'organoculture avait précédemment déterminé un temps moyen de positivité de 11 jours avec une médiane de 9 jours et retrouvait une relation linéaire entre durée de conservation des cornées et prévalence des contaminations fungiques [26]. Cependant les auteurs utilisaient alors uniquement un milieu Sabouraud conventionnel. Cette étude suggérait que la prolongation de l'organoculture permet à un faible inoculum de levure, initialement indétectable, de se développer et d'atteindre le seuil de détection des méthodes microbiologiques traditionnelles utilisées à l'époque. Nous pensons que l'utilisation de flacons à hémoculture qui optimisent à la fois la croissance et la détection des champignons peut permettre une élimination plus précoce des cornées contaminées et donc de délivrer des greffons plus tôt sans préjudice pour le receveur. C'est dans un but d'optimisation supplémentaire que nous allons à l'avenir remplacer le milieu conventionnel Sabouraud par un flacon BACTEC (Mycosis IC/F)® qui s'est montré encore plus rapide dans la détection des septicémies fungiques [23]. Contrairement à certains auteurs [7],[8],[10] ne pratiquant pas de changement de milieu à réception des cornées mais réalisant une surveillance quotidienne de l'aspect macroscopique du milieu de conservation (à la recherche d'un trouble ou d'un changement de coloration) et de l'aspect du greffon, nous pratiquons un changement systématique du milieu de réception avec un premier contrôle microbiologique durant les 5 premiers jours. Ce changement précoce du milieu permet à la fois l'élimination d'éventuels micro-organismes présents en faible quantité dans le milieu mais aussi l'apport d'antibiotiques et antifungiques nouveaux. Ainsi notre faible taux de contamination du milieu de conservation à réception (4,2 %) par rapport à Erbezci et al.[10] (15,7 %) pourrait en partie être expliqué par ce protocole de conservation. Par ailleurs, les 206 cornées ayant bénéficié de ce changement initial de milieu sont toutes demeurées stériles au cours de la conservation. La durée moyenne de conservation des cornées en organoculture était dans notre série de 13,4 jours. La plupart des auteurs préconisent une durée de conservation minimale des greffons en milieu de culture, dite période de quarantaine, allant de 8 à 14 jours selon les auteurs [10],[27], afin d'éliminer le maximum de cornées contaminées. Il est pourtant parfaitement établi que la densité endothéliale, qui est un des facteurs principaux de la survie du greffon au long court chez le receveur, chute parallèlement à la durée de conservation [28]. En conséquence, réduire cette durée sans compromettre la sécurité microbiologique des greffons est un objectif crucial pour les banques de cornées. Notre travail montre que le choix d'une durée minimum de 6 jours de conservation en organoculture donnerait une sécurité microbiologique maximale puisque l'ensemble des contaminations est détecté avant le 6e jour après le prélèvement de cornée (4 jours pour 7 cas/14, 5 jours pour 3/14 et 6 jours pour 4/14). D'après le travail récent de Reisner et Woods [29] qui ont étudié 23686 hémocultures et 693 liquides de ponction articulaire ensemencés en couple de flacons BACTEC® aéro et anaérobie et placés dans l'automate BACTEC 9240®, les 2803 micro-organismes pathogènes (dont 88 Candida sp.) et les 1609 micro-organismes considérés comme contaminant ont tous été détectés dans un délai maximum de 8 jours. Ainsi la durée de mise en quarantaine habituellement admise pour les greffons cornéens conservés en organoculture pourrait être réduite sans compromettre la sécurisation microbiologique des greffons grâce à l'utilisation d'un tel protocole. Dans notre étude, un seul patient a présenté une complication de nature probablement infectieuse (hypopion). Il est à noter que l'ensemble des contrôles microbiologiques de son greffon étaient négatifs et que l'hypothèse d'une contamination du receveur durant l'opération ne peut être rejetée.
L'utilisation, pour le contrôle de stérilité des milieux de conservation des greffons cornéens, d'un couple de flacons BACTEC® aéro et anaérobie et d'un milieu Sabouraud constitue une méthode simple, efficace et rapide de détection d'une contamination bactérienne ou fungique. La réalisation d'une étude prospective randomisée comparative avec la méthode microbiologique classique est nécessaire pour valider ce protocole.
Remerciements : Aux équipes du service de bactériologie et de la banque de cornée de Saint-Étienne pour leur collaboration précieuse dans la réalisation de ce travail. [1] Pels L. Organ culture: the method of choice for preservation of human donor corneas. Br J Ophthalmol. 1997;81:523-5. [2] Doughman DJ, Harris JE, Schmitt MK. Penetrating keratoplasty using 37 C organ cultured cornea. Trans Am Acad Ophthalmol Otolaryngol. 1976;81:778-93. [3] Doughman DJ. Prolonged donor cornea preservation in organ culture: long-term clinical evaluation. Trans Am Ophthalmol Soc, 1980;78:567-628. [4] Pels E, Schuchard Y. Organ-culture preservation of human corneas. Doc Ophthalmol, 1983;56:147-53. [5] Pels E, Vrensen GF. Microbial decontamination of human donor eyes with povidone-iodine: penetration, toxicity, and effectiveness. Br J Ophthalmol, 1999;83:1019-26. [6] Mindrup EA, Dubbel PA, Doughman DJ. Betadine decontamination of donor globes. Cornea, 1993;12:324-9. [7] Delbosc B, Borderie V. 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