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Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 26, N° 10  - décembre 2003
pp. 1035-1038
Doi : JFO-12-2003-26-10-0181-5512-101019-ART5
articles originaux

Sonographie de haute fréquence appliquée aux affections des canalicules lacrymaux (Partie II)
 
© Masson, Paris, 2003
Tirés à part :
F.Tost, à l'adresse ci-dessus.

[2] E-mail :Tost@mail.uni-greifswald.de

High-frequency ultrasonography applied to disorders of the lacrimal canaliculi (part 2)

F.TostR.BruderM.Ostendorf

Introduction: Thirty patients presenting disorders of the lacrimal passages were examined using high-frequency ultrasonography in the hopes that this diagnostic tool would provide better image resolution and better reproduction quality than conventional 8- to 10-MHz ultrasound examination.

Material and methods:To carry out this examination, we were able to combine a 20-MHz ultrasound probe to the I3 ultrasound diagnostic device. The patient was then positioned and the interior palpebral angle was filled with methylcellulose.

Results:In all patients, we succeeded in detecting the course and diameter of the lacrimal passages with better images than those provided by conventional ultrasound. We found that chronic canaliculitis was an important clinical domain for the 20-MHz ultrasound. Diagnosis is made easily and decisive information is provided. In all patients with this disorder (n = 5), widening of the lacrimal passages, development of a diverticulum, and the presence of drusen concretions were observed.

Conclusion: In our opinion, the use of high-frequency sonography as a noninvasive diagnostic technique is advised in cases of lacrimal passage disorders and is valuable in detecting chronic canaliculitis.

High-frequency sonography , lacrimal passages , chronic canaliculitis , ultrasound diagnosis , concretions

Sonographie de haute fréquence appliquée aux affections des canalicules lacrymaux (Partie II)

Introduction : Trente patients présentant des affections des voies lacrymales ont été examinés par ultrason de haute fréquence. Nous espérions de cet examen une meilleure résolution de l'image et une meilleure qualité de reproduction que par l'examen à ultrasons conventionnel de 8-10 MHz.

Matériel et méthodes : Pour la réalisation de cet examen, nous avons pu coupler une sonde de 20 MHz d'ultrason à l'appareil de diagnostic d'ultrason I3. Ensuite, le patient a été positionné et l'angle palpébral intérieur a été rempli avec de la methylcellulose.

Résultats : Comme résultat de notre travail, on peut noter que, chez tous les patients, la détection du tracé et du diamètre des voies lacrymales a réussi avec de meilleures représentations qu'avec le diagnostic par ultrason conventionnel. La canaliculite chronique s'est révélée être un domaine clinique d'usage important pour l'examen par ultrason de 20 MHz. Le diagnostic se fait alors facilement et donne des informations déterminantes. On constate chez tous les patients atteints (n = 5) un élargissement ectatique des voies lacrymales, le développement d'un diverticule et la présence de concrétions (drusen).

Conclusion : Selon notre opinion, l'usage de l'ultrason de haute fréquence comme moyen non-invasif de diagnostic est conseillé en cas d'affection des voies lacrymales et présente une valeur importante en ce qui concerne la détection de la canaliculite chronique.

Sonographie de haute fréquence , voies lacrymales , canaliculite chronique , diagnostic par ultrason , concrétions
INTRODUCTION

Pour le diagnostic clinique des maladies des voies lacrymales, l'ophtalmologue dispose de différentes techniques d'imagerie médicale. Néanmoins, la canaliculite chronique – qui est une affection des voies lacrymales pré-saccales – passe souvent inaperçue [1],[2],[3],[4],[5],[6],[7]. Il faut voir si la mise en place de moyens d'examen endoscopique apportera une amélioration. En effet, la nécessité d'un investissement élevé empêche une large diffusion de l'endoscopie des voies lacrymales. Dans le passé, on a déjà essayé de visualiser les méats lacrymaux par la sonographie à l'aide de sondes conventionelles (8-10 MHz) [8]. Une faible résolution, une qualité de reproduction médiocre et une haute qualification de la part de l'examinateur ont empêché l'utilisation courante de la sonographie comme technique d'imagerie des voies lacrymales pré-saccales. C'est pourquoi nous avons testé les possibilités de la sonographie à 20 MHz pour l'évaluation du système lacrymal.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

Jusqu'à présent, 28 patients souffrant de troubles du système lacrymal ont été examinés par une technique à ultrason de plus haute résolution. On a pu adapter une sonde à ultrasons de 20 MHz à l'appareil de diagnostic à ultrason I3, ce qui est financièrement avantageux. La réalisation pratique de l'examen sonographique des voies lacrymales pré-saccales peut se dérouler selon trois variantes :

  • couplage de la sonde à ultrasons à l'aide d'un revêtement en caoutchouc rempli de methylcellulose ;
  • à l'aide d'un entonnoir ouvert ;
  • par application directe de la sonde à ultrasons après avoir positionné le patient (fig. 1).

Cette dernière méthode s'est révélée être la meilleure réalisable et, pour cette raison, en voici une courte description : application des gouttes anesthésiques, instillation d'acide hyaluronique dans le canal lacrymal (à éviter et inutile en cas de canaliculite chronique), positionnement du patient tête fléchie vers le côté opposé à l'oeil examiné. On peut alors remplir l'angle palpébral intérieur, au-delà des voies lacrymales jusqu'au bord osseux et éminent de l'orbite, avec de la méthylcellulose afin de coupler la sonde. Un examen échographique des voies lacrymales devient donc possible à tous les niveaux de coupe. De plus l'éversion des paupières permettant « d'ectropioniser » ces dernières à l'aide d'un tampon d'ouate pourra avoir l'avantage de mieux présenter les méats lacrymaux.

RÉSULTATS

En comparaison avec des sondes conventionnelles à 8-10 MHz, l'ultrason de haute fréquence permet une visualisation plus simple des voies lacrymales. Chez tous les sujets testés, la détection du parcours et du diamètre des voies lacrymales a réussi après l'instillation du fluide visco-élastique. Les sonogrammes des canalicules en coupe transversale et longitudinale donnent les meilleures représentations (fig. 2et 3). Selon notre expérience, la canaliculite chronique est un domaine clinique d'usage important (fig. 4et 5). Chez les patients qui en sont atteints, l'observation par ultrason réussit encore sans le remplissage des méats lacrymaux par une matière visco-élastique.

On constate par le sonogramme, de manière caractéristique et chez tous les patients atteints d'une canaliculite chronique (fig. 6et 7) :

  • l'élargissement ectatique du méat lacrymal ;
  • le développement d'un diverticule ;
  • la présence de concrétions hautement réfléchissantes (drusen).

Les patients atteints de canaliculite chronique ont tous été opérés (canaliculotomie). Pendant cette opération, les structures hautement réfléchissantes repérées à l'ultrason ont été retrouvées et localisées au biomicroscope avec certitude. Ces structures se sont révélées être le produit métabolique d'une infection anaérobie à germes multiples. Après l'opération, le canal lacrymal a été rincé avec une solution antibiotique jusqu'à la disparition de l'irritation.

Dans des cas isolés où l'on rapportait des symptômes subjectifs, alors qu'on ne pouvait constater aucune irritation d'un point de vue clinique ou biomicroscopique par une observation directe, on a pu mesurer les caractéristiques sonographiques, et le diagnostic soupçonnant une canaliculite chronique a pu être confirmé. La figure 5 montre un angle palpébral intérieur, qui se présente, cliniquement, presque sans irritation. La sonographie, cependant, fait apparaître bien clairement les signes d'une réaction inflammatoire plus profonde. Chez cette patiente, il était possible de voir, en comparaison à l'image du cas de diagnostic normal, un élargissement du canal lacrymal et des structures fortement réfléchissantes à l'ultrason de haute fréquence. Ces échos intenses sont provoqués par les concrétions (fig. 5et 6).

Quant à la taille à partir de laquelle la concrétion est échographiquement décelable, on peut seulement dire qu'elle dépend des caractéristiques techniques de l'appareil. Ensuite il faut tenir compte de l'emplacement exact des objets repérés par rapport aux structures anatomiques. Ainsi, par exemple, certaines irrégularités dans le fluide viscoélastique utilisé pour remplir l'angle palpébral intérieur sont hautement réfléchissantes et engendrent des artefacts, lesquels ne peuvent en aucune manière être reliés aux voies lacrymales.

Les caractéristiques les plus importantes de l'appareil à ultrason sont la fréquence, la profondeur de pénétration, la géométrie de l'image, ainsi que la résolution. Celle de l'appareil utilisé pour cette étude est de 100 mm.

DISCUSSION

Nos expériences avec l'ultrason de haute fréquence révèlent la valeur de celui-ci, car il s'agit ici d'un instrument de diagnostic pour détecter la canaliculite chronique d'une manière non-invasive. Lorsqu'on soupçonne l'existence d'une inflammation, il suffit d'appliquer une phase de couplage pour une évaluation sonographique, sans mesure invasive [6],[9]. De plus, il serait conseillé d'éviter une instillation, pour ne pas entraîner du matériel pouvant provoquer une inflammation vers des parties plus profondes des méats lacrymaux. L'examen réussit facilement tout en prenant assez peu de temps. Dans les conditions cliniques, le meilleur examen par ultrason s'effectue par positionnement du patient et application de la méthylcellulose sur l'angle palpébral intérieur. La sonographie de diagnostic peut aider à planifier l'opération, surtout pour ceux qui ont moins d'expérience en chirurgie de la canaliculite : il est possible de pratiquer un contrôle de qualité postopératoire, pour vérifier que toutes les concrétions ont bien été enlevées. En cas de doute, l'usage de l'ultrason à 20 MHz pourrait contribuer à réduire le taux de récidive.

En comparaison avec l'endoscopie, la sonographie à haute fréquence rend aussi possible une appréciation des structures voisines des canalicules lacrymaux.

L'endoscopie demande un rinçage continu pour l'ouverture du canal lacrymal et pour faciliter l'inspection. En cas d'inflammation ou de présence de corps étrangers (punctum plugs), il existe le danger d'entraîner ceux-ci dans des régions plus profondes par le rinçage ou par contact direct avec l'endoscope. De telles complications entraînant la nécessité d'opérer ont déjà été décrites. Le danger est d'autant plus grand, que l'introduction de l'endoscope se fait avec une mauvaise visibilité. Une bonne inspection du canalicule ne s'obtient que lors du mouvement en arrière de l'endoscope.

L'ultrason de haute résolution a été utilisé jusqu'à présent surtout au niveau des parties antérieures de l'oeil [10],[11],[12]. D'autres domaines d'utilisation étaient le diagnostic des vascularites comme par exemple l'artérite temporale ou l'observation sonographique des fractures du nez.

Selon l'opinion de Roters et Kriegelstein [13], l'ultrason à haute fréquence (biomicroscopie par ultrasons de 33 et 50 MHz) est moins utilisable pour estimer les voies lacrymales. D'après nos propres expériences, nous arrivons à une autre conclusion, comme le prouvent les sonogrammes montrés. Même lorsque les troubles typiques d'une canaliculite chronique faisaient défaut, ce diagnostic a été obtenu avec succès. Par exemple, chez une patiente présentant le développement d'un granulome pyogène intracanaliculaire à la suite d'une infection chronique persistante, la pression sur les voies lacrymales n'a fait sourdre ni sécrétion ni concrétion, ce qui est normalement caractéristique d'une canaliculite [14]. La sonographie à l'ultrason à 20 MHz a finalement donné la bonne indication sur l'existence d'une canaliculite chronique (des structures échographiques hautement réfléchissantes dans le canal lacrymal).

Pour conclure, on peut constater, d'après les examens effectués jusqu'à présent, que la sonographie à 20 MHz est capable de détecter des changements pathologiques dans le canal lacrymal. Cette méthode enrichit le spectre des techniques d'imagerie clinique permettant d'infirmer ou de confirmer l'existence d'une canaliculite chronique.

Références

[1] Adenis JP, Saint-Blancat P. Conjonctivites et infections des voies lacrymales. Revue du Practicien, 1992;42:947-51.

[2] Fayet B, Bernard JA, Ammar J, Taylor Y, Bati E, Hurbli T et al. Complications des bouchons lacrymaux employs dans le traitement symptomatique de secheresses oculaires. J Fr Ophtalmol, 1990;13:135-42.

[3] Janßen K, Gerding H, Busse H. Rezidivierende Canaliculitis und Dakryozystitis als Folge einer persistierenden Infektion mit Chlamydia trachomatis. Ophthalmologe, 1993;90:17-20.

[4] Ritleng P, Loubire R, Marcelet B. Canaliculites suppures pseudo-lithiasiques. Ophtalmologie, 1989;3:1-3.

[5] Struck HG, Höhne C, Tost M. Zur Diagnostik und Therapie der chronischen Canaliculitis. Ophthalmologe, 1992;89:233-6.

[6] Tost F, Bruder R. 20-Mhz-Sonografie bei chronischer Kanalikulitis. Klin Monatsbl Augenheilkd 2000;216:240-2.

[7] Vécsei VP, Huber-Spitzy V, Steinkogler FJ. Canaliculitis: Difficulties in Diagnosis, Differential Diagnosis and Comparison between Conservative and Surgical Treatment. Ophthalmologica, 1994;208:314-7.

[8] Brosig J, Clemens S. Die echografische Diagnostik der ableitenden Tränenwege mit Kontrastmitteln. Klin Monatsbl Augenheilkd, 1997;210:27-32.

[9] Tost F, Bruder R, Clemens S. 20-MHz-Ultraschall der präsakkalen Tränenwege. Ophthalmologe, 2002;99:25-8.

[10] Bergmann U, Guthoff R. Ultraschallbiomikroskopie zur Abklärung von Raum-forderungen des Bulbusvorderabschnitts. Ophthalmologe, 1995;92:844-8.

[11] Fries U. Indikationen zur hochauflösenden Ultraschallsonografie. In: “Duncker G, Ohrloff C, Wilhelm F, 12. Kongress der DGII”, Springer, Berlin Heidelberg, 1999, 432-9.

[12] Pavilack MA, Frueh BR. Thorough curretage of chronic canaliculitis. Arch Ophthalmol, 1992;110:200-2.

[13] Roters S, Kriegelstein GK. Atlas der Ultraschallbiomikroskopie, Springer, Berlin Heidelberg, 2001, 27-31.

[14] Tost F, Bruder R, Clemens S. Clinical Diagnosis of Chronic Canaliculitis by 20-MHz Ultrasound. Ophthalmologica 2000;214:433-6.

Illustrations


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Figure 1. Positionnement du patient pour l'application d'ultrasons de 20 MHz aux voies lacrymales.


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Figure 2. Sonographie normale du point lacrymal et du canalicule lacrymal inférieur en coupe longitudinale.


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Figure 3. Canalicule inférieur et supérieur sains en coupe transversale.


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Figure 4. État d'inflammation chronique et expression de concrétions du canalicule ectatique.


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Figure 5. Image de la partie médiane de la paupière presque sans irritation, mais atteinte de canaliculite chronique (même patiente qu'en fig. 6).


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Figure 6. Sonographie à 20 MHz d'une canaliculite chronique (même patiente qu'en fig.5). Les structures hautement réfléchissantes représentent des concrétions.


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Figure 7. Élargissement ectatique du canalicule en présence d'une inflammation chronique.


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