Service d'aide à la décision clinique
Publicité


Article gratuit !

Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 27, N° 3  - mars 2004
pp. 250-255
Doi : JFO-03-2004-27-3-0181-5512-101019-ART3
ARTICLES ORIGINAUX

Distribution de l'excavation papillaire dans une population générale de 685 personnes âgées de plus de 40 ans et habitant le Sud Togo
 

K.P. Balo [1], A. Anika [1], M. Banla [2], K. Agla [1], P.A. Djagnikpo [1], K.B. Koffi Gue [2]
[1]  Service d'Ophtalmologie, CHU Tokoin,
[2]  Service d'Ophtalmologie, CHU Campus, Lomé, Togo.

Tirés à part : K.P. Balo [2]

[3]  , BP 3001, Lomé, Togo. E-mail :

Résumé
Distribution de l'excavation papillaire dans une population générale de 685 personnes âgées de plus de 40 ans et habitant le Sud Togo

Objectif : Plusieurs rapports et études ont montré le fort taux de cécité glaucomateuse dans la population d'Afrique Noire. Le but visé par ce travail est de recueillir les données sur les excavations papillaires dans la population rurale de plus de 40 ans au Sud Togo.

Méthodes : Un échantillon de 685 personnes, âgées de 40 ans et plus, a été examiné au dispensaire local ou à l'infirmerie de leur village. L'examen ophtalmologique comportait notamment la mesure de l'acuité visuelle, l'examen du segment antérieur et du fond d'oeil.

Résultats : L'âge moyen était de 49,70 ans (extrêmes : 40-99 ans). Il y avait 61,8 % d'hommes pour 38,2 % de femmes. Les valeurs moyennes des excavations étaient de 0,38 à droite et de 0,37 à gauche. Les excavations supérieures à 0,5 représentaient 29,3 % et 29,8 % respectivement à droite et à gauche. Pour un seuil pour le cup disc fixé à 0,7, on trouvait une prévalence de 9,2 % de C/D anormalement élevée pour l'oeil droit et de 9,3 % pour l'oeil gauche. Dans 92 % des cas, l'excavation était ronde ; elle était ovalaire dans 7,6 %. La position de l'excavation a été notée comme centrale dans 75 % des cas, temporale dans 22 % et nasale dans 2,4 %.

Conclusion : Cette étude de terrain montre la grande variété des papilles dans nos milieux. Cependant, la moyenne d'excavation trouvée semble être identique à celle relevée lors d'études similaires. D'autres études de population sont nécessaires pour déterminer la prévalence de glaucome dans cette population rurale et pourraient s'appuyer sur les différentes valeurs seuils retrouvées dans ce travail.

Abstract
The distribution of cup disc ratios in a general population of Southern Togo aged 40 years and over
K.P. Balo [2], A. Anika [2], M. Banla [2], K. Agla [2], P.A. Djagnikpo [2], K.B. Koffi Gue [2]

Purpose: Clinical reports and epidemiological surveys have raised the key issues of both the burden of glaucoma blindness and the high prevalence of the disease among the populations of Togo. This population survey aimed to collect data on the distribution of cup disc ratios.

Patients and methods: The study population of 685 persons was selected in a remote rural area. All participants aged over 40 years were included. Eye assessment was conducted in the local health facilities using a visual acuity chart, an ophthalmoscope and light magnification for exploration of the anterior segment.

Results: The mean age of participants was 49.70 years (range, 40-99 years); men accounted for 61.8% and women 38.2%. Mean cup disc ratios were not different in both eyes, with 0.38 in the right eye and 0.37 in the left. Cup disc ratios over 0.5 represented 29.3% in the right eye and 29.8% in the left one; a cut-off point over 0.7 gave an abnormal cup ratio prevalence of 9.2% in the right eye and 9.3% in the left eye. In 92% of cases, the appearance of the cupping was round, and was elliptic in 7.6% of patients. We found that 75% of discs had a central round cupping. The temporal location was noted in 22% of cases while nasal locations were recorded in 2.4%.

Conclusion: This survey has noted the various patterns of cup discs, with the mean cup disc ratio similar to what is usually described in similar studies. Further population-based surveys using the cut-off ratios found here are needed to determine the prevalence of glaucoma in this rural area.


Mots clés : Distribution , excavations , population générale

Keywords: Distribution , excavations , general population


INTRODUCTION

Le glaucome primitif à angle ouvert (GPAO) est actuellement reconnu comme une neuropathie optique lente, évoluant progressivement vers une atteinte du champ visuel et une excavation glaucomateuse de la tête du nerf optique. Bien que le GPAO soit relativement fréquent dans les populations d'Afrique de l'Ouest, il est associé à un faible taux de diagnostic [1]. Outre ce facteur, le pronostic péjoratif est aussi lié à l'absence de sensibilisation, à une forte prévalence, et à certains facteurs de risque oculaire. Les travaux effectués au Ghana [1], en Tanzanie [2], voire au Togo [3]ont montré cette gravité et confirmé cette forte prévalence. En Tanzanie, cette dernière a été estimée à 4,2 % chez des patients âgés de plus de 40 ans par Buhrmann et al. [2], tandis que Balo et al. [3]ont aussi trouvé une prévalence de 4,1 %. D'autres publications ont rapporté certaines particularités du glaucome chez les sujets africains, notamment la forte proportion de sujets jeunes atteints. Balo et Talabe [4], par exemple, ont rapporté que près de 67 % des patients glaucomateux suivis à l'hôpital universitaire de Lomé avaient moins de 45 ans contrastant avec les observations recueillies dans d'autres continents. La difficulté de diagnostic au stade de début lorsque les fonctions visuelles ne sont pas encore atteintes pourrait s'expliquer par l'absence de critères univoques emportant le consensus de tous. Selon Quigley et Vitale [5], seuls 50 % des cas de glaucomes sont diagnostiqués dans les pays développés, et à peine 25 % dans les pays en voie de développement. Dans ces derniers pays, ce faible taux s'expliquerait par l'effet conjugué de la rareté des infrastructures, des moyens humains et du manque de sensibilisation et d'information de la population générale.

Pour certains auteurs, les difficultés de diagnostic peuvent être expliquées par « les multiples définitions » de glaucome rencontrées dans les études épidémiologiques avec des valeurs différentes d'excavations comme le soulignent Foster et al. [6]. Il est difficile pour certains de se baser uniquement sur la valeur du cup disc (C/D) pour poser le diagnostic de glaucome. Les réserves émises à son encontre s'expliquent par la variabilité des tailles des papilles et du nombre de fibres optiques pouvant aller de 816 000 à 1 502 000 selon les cas [7].

Dans un travail hospitalier antérieur, nous avons rapporté les résultats d'une étude morphométrique de la papille chez des sujets togolais, tandis que d'autres publications ont déjà étudié les liens entre les valeurs des excavations et les atteintes périmétriques [8], [9], [10]. De façon pratique, nous sommes démunis lorsque nous voulons entreprendre un dépistage de glaucome dans la population générale surtout dans un contexte de rareté de moyens diagnostiques. L'appréciation des excavations devient dans ces cas l'un des ultimes outils à utiliser. Aucune étude de population portant sur le glaucome n'a encore été entreprise à notre connaissance au Togo.

Ce travail a été conçu et réalisé dans le but de décrire dans une population générale à risque (âgée de 40 ans et plus) les caractéristiques des excavations de la tête du nerf optique.

MATÉRIEL ET MÉTHODES

L'étude a été réalisée dans le canton de Gapé, une zone géographique rurale, distante de près de 80 km de Lomé, la principale ville du Togo. Dans la structure administrative du Togo, les cantons correspondent à un regroupement de villages ayant souvent les mêmes us et habitudes culturels. Le canton de Gapé compte une population estimée à 26 597 habitants selon les sources actualisées de la direction des statistiques du Togo. La population de plus de 40 ans a été ciblée pour cette enquête. En effet, on sait selon plusieurs études épidémiologiques qu'à cet âge les facteurs de risques du glaucome sont plus élevés. Par ailleurs, on remarque dans la pratique courante que les cécités glaucomateuses sont courantes à partir de cet âge. Selon les dernières estimations démographiques disponibles, la population âgée de 40 ans et plus représente 15,4 % de la population générale du Togo. Gapé compte 26 villages un peu dispersés. L'accessibilité géographique est ardue à cause de la pénurie des voies de communication terrestre d'une part, et du relief géographique escarpé d'autre part. De ce fait, aller d'un village à l'autre est un véritable problème qui s'est posé à l'équipe de recherche. Nous avons choisi 50 % des villages en nous basant sur la taille de population et l'accessibilité. L'examen ophtalmologique a été conduit sur place dans chaque agglomération visitée soit au dispensaire de la localité, soit dans une école selon les cas. Toutes les personnes éligibles âgées de 40 ans au moins ont été invitées quelques jours auparavant à se présenter pour l'examen. Nous avons remarqué que ceux (ou celles) qui estimaient avoir des troubles visuels étaient plus motivé(e)s à se faire examiner. La taille de l'échantillon n'avait pas été prédéterminée au début de l'étude ; notre objectif n'était pas, non plus, de faire une étude exhaustive de la population.

La population de plus de 40 ans de ces 13 villages était chiffrée à 2 058 habitants. La période d'enquête ayant coïncidé avec les travaux champêtres, toutes les personnes invitées à se faire examiner ne se sont pas présentées. Toutes les personnes présentant une opacité cornéenne assez suffisante pour empêcher un examen adéquat du fond d'oeil ont été exclues. Il en a été de même pour les opacités cristalliniennes et/ou cataractes. Compte tenu de tous ces facteurs, seules 685 personnes ont été retenues pour ce travail représentant en moyenne 52 personnes par village. L'examen ophtalmologique a été réalisé par une équipe de trois membres dirigée par un examinateur senior plus expérimenté. Durant la phase préparatoire, certains patients ont été tour à tour examinés par les deux membres juniors de l'équipe et supervisés par l'examinateur senior. Cette procédure a permis de réduire les biais intra-observateur et inter-observateur. Le coefficient d'agrément kappa de 80 % a été atteint avant l'enquête de terrain. Dans tous les cas, les résultats obtenus sur le terrain ont été validés par l'examinateur senior pour chaque participant. L'examen ophtalmologique proprement dit comportait outre les renseignements d'ordre général, la mesure de l'acuité visuelle, l'examen du segment antérieur à l'aide d'une loupe de magnification, un examen du segment postérieur avec un ophtalmoscope direct. Les valeurs des excavations ont été chiffrées dans le sens vertical. Par ailleurs, les formes ainsi que les positions des excavations ont été notées pour chaque patient. Toutes les excavations inférieures ou égales à 0,3 ont été regroupées.

Les données obtenues qui ont été analysées à l'aide du programme Epi Info de l'OMS nous ont conduits aux résultats suivants.

RÉSULTATS
Caractéristiques démographiques

La taille finale de l'échantillon obtenu est de 685 personnes correspondant à 1 370 yeux. Parmi eux, on dénombre 423 hommes et 262 femmes soit respectivement à 61,8 % et 38,8 % ; le sex-ratio hommes/femmes est de 1,4.

L'âge moyen du groupe est de 49,70 ans avec des écarts types de 11,04 ans. Les personnes de la tranche d'âge de 40-49 ans sont relativement plus nombreuses (62,6 % de l'échantillon). Elles sont suivies par les tranches d'âge de 50-59 ans et de 60-69 ans. On remarque que plus on monte en âge, moins on trouve de personnes représentées dans l'échantillon de l'étude, soit 6,9 % entre 70-79 ans, 1,9 % entre 80-89 ans et 0,4 % pour 90 ans et plus (fig. 1). En fait, cette représentativité proportionnelle des différentes tranches d'âge est liée à la pyramide des âges du pays. Cette constatation s'observe aussi bien dans les groupes d'hommes que de femmes.

Acuités visuelles

Elles ont été regroupées en 3 classes selon la classification OMS : cécité pour une acuité visuelle (AV) inférieure à 1/20, baisse de vision pour les AV comprises entre 1/20 et 3/10, et bonne vision pour les AV au-delà de 3/10. Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau I. On peut remarquer que 5,0 % présentent une cécité, et que 12,6 % ont une baisse de vision.

Excavations
OEil droit

Les valeurs des excavations étaient comprises entre 0,3 et 0,9. Pour l'oeil droit, les distributions sont les suivantes : 70,7 % de C/D <= 0,3 ; 4,6 % à 0,4 ; 7,4 % à 0,5 ; 8,1 % à 0,6 ; 3,7 % à 0,7 ; 2,8 % à 0,8 ; et 2,7 % à 0,9.

La valeur moyenne de l'excavation à l'oeil droit était de 0,39 (écart type : 0,165).

OEil gauche

Les valeurs sont aussi comprises entre 0,3 et 0,9. La distribution complète donne : 70,3 % de C/D <= 0,3 ; 5,9 % à 0,4 ; 7,1 % à 0,5 ; 7,4 % à 0,6 ; 3,6 % à 0,7 ; 3 % à 0,8 ; et 2,8 % à 0,9.

Le C/D moyen de l'oeil gauche était de 0,37 (écart type 0,147). La figure 2montre les dénombrements observés selon les différentes tranches d'âge. Le groupe 40-49 ans représente 66,6 % de l'échantillon.

Asymétrie des excavations

Elle a été définie comme une différence d'au moins 0,2 entre les valeurs des excavations de l'oeil droit et de l'oeil gauche. Elle a été notée chez 24 personnes soit 3,5 % de l'échantillon.

Valeurs moyennes des excavations dans chaque tranche d'âge

Les fréquences de distribution sont presque identiques pour chaque oeil. La distribution de la valeur moyenne selon la tranche d'âge est représentée sur la figure 3. On remarque par ailleurs que cette valeur moyenne s'accroît avec l'âge passant presque de 0,4 entre 40-49 ans à 0,67 entre 90 ans et plus.

Formes et positions des excavations

Nous avons remarqué que dans 92,7 % des cas, l'excavation avait une forme arrondie ; elle était ovalaire dans 7,2 % des cas.

La position centrale de l'excavation était la plus fréquente, notée dans 75,6 %. Dans 22,3 %, on a observé une position temporale contre 1,8 % de position nasale.

Cupdisc ratio et acuités visuelles
OEil droit

Les acuités obtenues ont été comparées avec les excavations obtenues. Ainsi pour l'oeil droit, on a noté 4,3 % de cécité. Le nombre de cas de cécité avec des excavations de 0,7 et plus était plus important soit 2,7 %. La baisse de vision a été notée dans 89 yeux soit 13 %. Dans ce groupe, les excavations dont la valeur était inférieure à 0,7 coïncident avec une baisse de vision dans 10 % des cas. Près de 82,7 % des cas conservent une bonne acuité visuelle de l'oeil droit. Parmi eux, 3,7 % ont une excavation supérieure à 0,7 (tableau II).

OEil gauche

En ce qui concerne l'oeil gauche, 5,9 % ont une acuité visuelle inférieure à 1/20 ; 2,9 % ont une excavation supérieure ou égale à 0,7 dans ce sous-groupe. Près de 12,4 % ont une baisse de vision avec 2,8 % ayant une excavation de 0,7 ou plus. On note que 81,7 % ont une bonne vision.

Lorsqu'on compare les valeurs obtenues à droite et à gauche, on constate plus de cas de cécité à gauche (p < 0,003). En revanche, il ne semble pas exister de différence entre les excavations de 0,7 ou plus dans les deux groupes (p > 0,5 ; 18 cas chacun).

Le tableau IIImontre la distribution des différentes valeurs recueillies.

DISCUSSION

Cette enquête conduite en milieu rural a été menée dans une population générale de plus de 40 ans, a priori ne se sachant pas glaucomateuse. Cet âge a été prédéterminé parce que c'est un facteur de risque, et à cause de l'objectif visé qui consistait à trouver une valeur « de groupe d'âge ».

Le sex-ratio de 1,4 en faveur des hommes ne correspond pas aux données démographiques générales de la population où on observe plus de femmes que d'hommes. La forte représentativité des hommes peut s'expliquer par une plus forte motivation et par les habitudes culturelles des milieux ruraux où on observe que les femmes sont plus souvent aux champs que les hommes ; même présentes, elles sont occupées par les travaux domestiques courants tandis que dans certains cas, les hommes jouent « aux éclaireurs », en allant d'abord se faire examiner pour ensuite autoriser leur compagne à le faire.

La moyenne d'âge traduit la « jeunesse » de la population puisque la tranche d'âge de 40-49 ans représente pratiquement les 3/5 de l'échantillon examiné et que 8 personnes sur 10 ont entre 40 et 60 ans. La prévalence de la cécité est de 5 % dans cette étude. Si on sait que la prévalence moyenne de cécité au Togo est de 0,8 % [11], on en déduit que la prévalence observable dans cette tranche d'âge est de 6,1 fois le taux national de prévalence. Ce résultat confirme les observations antérieures relatives à la forte prévalence de cécité chez les personnes « âgées de plus de 40 ans » [3].

Les moyennes de C/D sont sensiblement identiques à droite et à gauche (p = 0,388 et 0,3). Compte tenu de la strate d'âge de départ, il était attendu que la distribution fût non Gaussienne ; ceci a été effectivement retrouvé dans les résultats. Les seuils d'excavation utilisés dans les définitions de glaucome varient d'une étude à l'autre [6]. Selon les résultats de ce travail, un C/D seuil supérieur ou égal à 0,6 nous donnerait une prévalence d'excavations pathologiques de 17,3 % à l'oeil droit et 16,7 % à l'oeil. Ces prévalences tombent à 9,2 % à droite et à 9,3 % à gauche pour un seuil de 0,7, tandis qu'un seuil de 0,8 nous donne des prévalences de 5,5 % à droite contre 5,7 % à gauche.

Wolfs et al. [12], dans l'étude de Rotterdam, en utilisant l'ophtalmoscope, ont trouvé une moyenne similaire avec un C/D moyen de 0,3. Dans l'étude de Moser et al. [13], réalisée en Guinée Équatoriale, le glaucome a été défini comme la présence d'une hypertonie et d'une excavation. En revanche, les auteurs n'ont pas établi un seuil pour cette excavation. La difficulté dans la prise en charge du glaucome réside tout d'abord dans le diagnostic. Certains avaient, pour cette raison, avancé que le glaucome était une maladie difficile à définir, difficile à diagnostiquer et que nous ne savions pas bien traiter [14].

Quigley et Vitale [5]rappellent que dans les pays riches, près de 50 % de glaucomes ne sont pas diagnostiqués et donc ne sont pas traités. Selon ces projections, au moins 75 % des cas de glaucomes échapperaient au diagnostic dans les pays pauvres. Le défi est donc de pouvoir reconnaître la maladie à ses débuts, identifier les personnes suspectes et leur offrir le traitement indispensable. Il n'est pas aisé en pratique dans nos pays [1], [2], [4]. Nous connaissons le poids épidémiologique du glaucome dans les populations mélanodermes des Caraïbes et d'Afrique Noire : une prévalence équivalente à 4 fois celle observée chez les leucodermes, un très faible taux de dépistage et de diagnostic, un fort taux de cécité glaucomateuse et une très faible compliance au traitement médical [1], [2], [4], [5], [15], [16]. Comme le souligne Egbert [1], le glaucome est un problème important de santé publique en Afrique Noire.

Le but visé par notre étude était de disposer d'une banque de données propres, susceptible de servir pour les futures enquêtes de dépistage et pour le diagnostic. Les ressources humaines étant limitées, le diagnostic de présomption est souvent fait au niveau périphérique et dans les centres secondaires par des techniciens supérieurs d'ophtalmologie qui ont une maîtrise de l'examen des excavations et de leur appréciation. L'environnement de travail est donc celui d'une rareté de ressources et de faible niveau d'équipement. Le défi du diagnostic précoce du glaucome reste entier et il est plus difficile à relever dans ce contexte. La tonométrie est un outil de choix. Cependant, certaines études ont montré leurs faibles sensibilité et spécificité, en particulier en présence de glaucome à pression normale [6], [14], [17].

Bien que les nouvelles technologies améliorent le diagnostic et apportent des innovations, elles ne sont pas encore accessibles à nos patients. Si cela avait été le cas, on aurait assisté à un fort taux de diagnostic de glaucomes compte tenu de leur sensibilité et spécificité élevées. L'étude des facteurs de risque de présentation tardive au moment du diagnostic du glaucome a montré dans un groupe multiracial consultant à l'hôpital Moorfields de Londres que les patients caraïbiens et africains avaient 4,5 fois plus de risque de présentation tardive que les patients blancs ; ceci s'accompagne par ailleurs de l'association avec des excavations très avancées [18]. L'absence d'un traitement unique et consensuellement admis complique encore plus la prise en charge des patients glaucomateux africains.

Malgré les insuffisances de l'appréciation seule de l'excavation, nous estimons que dans notre environnement de travail, sa place est indiscutable. Cette étude a montré que près de 10 % des excavations sont supérieures ou égales à 0,7, tandis que 16,8 % sont supérieures ou égales à 0,6.

Dans de nombreuses publications une valeur de cup disc de 0,7 ou plus est utilisée comme critère de définition d'excavation glaucomateuse dans certaines populations africaines [2], [6]. À la lumière de nos résultats, une valeur seuil similaire donnerait une prévalence de près de 10 % d'excavation pathologique dans la population générale. D'autres études de population orientées vers la prévalence des glaucomes primitifs à angle ouvert chez le sujet togolais sont indispensables. Elles pourraient avantageusement utiliser les différentes valeurs seuils retrouvées dans ce travail.

Références

[1]
Egbert PR. Glaucoma in West Africa: a neglected problem. Br J Ophthalmol, 2002;86:131-2.
[2]
Buhrmann RR, Quigley HA, Baron Y, West SK, Oliva MS, Mmbaga BB. Prevalence of glaucoma in a rural East African population. Invest Ophthalmol Vis Sci, 2000;41:40-8.
[3]
Balo KP, Wabagira J, Banla M, Kuaovi RK. Causes spécifiques de cécité et de déficiences visuelles dans une région rurale du Sud Togo. J Fr Ophtalmol, 2000 ;23 :459-64.
[4]
Balo KP, Talabe M. Les jeunes glaucomateux togolais. J Fr Ophtalmol, 1994;17:668-73.
[5]
Quigley HA, Vitale S. Models of open angle glaucoma prevalence and incidence in the United States. Invest Ophthalmol Vis Sci, 1997;38:83-91.
[6]
Foster PJ, Buhrmann R, Quigley HA, Johnson GJ. The definition and classification of glaucoma in prevalence surveys. Br J Ophthalmol, 2002;86:238-42.
[7]
Jonas JB, Muller–Bergh JA, Scholtzer–Schrehardt UM, Naumann GO. Histomorphometry of the human optic nerve. Invest Ophthalmol Vis Sci, 1990;31:736-44.
[8]
Balo KP, Mihluedo H, Djagnikpo PA, Moukangni A, Bechetoille A. Morphométrie de la papille chez des sujets togolais glaucomateux et suspects de glaucome. Étude préliminaire. J Fr Ophtalmol, 1998;21:328-32.
[9]
Balo KP, Mihluedo H, Djagnikpo PA, Akpandja MS, Bechetoille A. Corrélation entre les surfaces des anneaux rétiniens et des papilles chez des sujets mélanodermes normaux et glaucomateux. J Fr Ophtalmol, 2000;23:37-41.
Balo KP, Mukagni A, Bechetoille A. Corrélation entre excavation du disque optique et altération du champ visuel chez les patients togolais. J Fr Ophtalmol, 1997;20:333-8.
Balo K, Negrel DA. Les causes de cécité au Togo. J Fr Ophtalmol, 1989;12:291-5.
Wolfs RC, Ramrattan RS, Hofman A, de Jong PT. Cup to disc ratio: ophthalmoscopic versus automated measurement in a general population: the Rotterdam study. Ophthalmology, 1999;106:1597-601.
Moser CL, Martin–Baranera M, Vega F, Draper V, Gutierrez J, Mas J. Survey of blindness and visual impairment in Bioko, Equatorial Guinea. Br J Ophthalmol, 2002;86:257-60.
Taylor HR, Keeffe JE. World blindness: a 21 st century perspective. Br J Ophthalmol, 2001;85:281-6.
Leske MC, Connell AMS, Schachat AP, Hyman L. The Barbados Eye Study Group. The Barbados Eye Study: prevalence of open angle glaucoma. Arch Ophthalmol, 1994;12:821-9.
Quigley HA. The number of persons with glaucoma worldwide. Br J Ophthalmol, 1996;80:389-93.
Sommer A. Epidemiology and statistics for the ophthalmologist. Oxford University Press, London; 1980.
Fraser S, Bunce C, Wormald R. Retrospective analysis of risk factors for late presentation of chronic glaucoma. Br J Ophthalmol, 1999;83:24-8.




© 2004 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Site e-commerce : www.elsevier-masson.fr | Service d'aide à la décision clinique : www.em-select.com
EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.
En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.
Fermer
Plan de l'article