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Le simulateur face à l’expert - 15/07/17

The offender pretending insanity in front of the expert

Doi : 10.1016/j.amp.2017.06.001 
Sébastien Chapellon a, , b , Frédéric Bondil c
a DFR LSH, université de la Guyane, 97300 Cayenne, Guyane 
b Université Paris Descartes, 75005 Paris, France 
c Campus de Troubiran, université de Guyane, 2091, route de Baduel, BP 20792, 97337 Cayenne cedex, Guyane française 

Auteur correspondant. Résidence des Donatien, appartement 8, 672, chemin de Troubiran, 97300 Cayenne, Guyane française.
Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le samedi 15 juillet 2017

Résumé

Depuis l’apparition de l’article 64 du Code pénal, le manque de discernement lié à une maladie mentale est devenu une source d’immunité pénale. Les personnes atteintes d’un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli leur discernement n’ont pas à répondre de leur acte devant la loi. Cette immunité pénale a cependant eu un effet pernicieux, puisque certains prévenus simulent la maladie mentale pour se prémunir des peines qu’ils encourent. La simulation fait partie du paysage juridique. Pour distinguer les vrais malades des simulateurs, la justice fait appel au supposé savoir des experts. Afin de fonder sa sentence, le magistrat requiert de ces derniers des informations médicales et psychologiques visant à vérifier la réalité de « l’altération du discernement » de la personne poursuivie. Or, cette collaboration entre les praticiens de la justice et de la santé mentale n’échappe pas à des problèmes techniques et éthiques. Le clinicien intervenant en tant qu’expert court autant le risque d’une instrumentalisation par la justice que celui d’une manipulation par le sujet simulateur. Cette attitude consistant à tirer profit d’un trouble présumé fournit l’occasion de questionner le fonctionnement du cadre de l’expertise médico-légale. En se jouant de ce cadre, à dessein, les sujets mettent indirectement en lumière certaines de ses failles, autrement imperceptibles. Cet article met ainsi en lumière la complexité des enjeux éthiques et techniques liés à la question de la simulation. Les auteurs rappellent notamment les réflexions émises par Freud lorsqu’il fut mandaté en tant qu’expert pour se pencher sur ce thème. Ensuite, ils s’intéressent aux difficultés que le mensonge sur l’état mental du prévenu pose au niveau juridique. Après quoi, une discussion s’ouvre quant à la possibilité que la simulation puisse révéler l’existence d’un trouble chez les sujets concernés. L’intention qui préside à ce comportement peut suggérer qu’il est le fruit d’une conduite totalement raisonnée. Or, ici, des exemples remettent en question cette conception. En effet, bien que le sujet ait conscience de tromper ses interlocuteurs, il peut néanmoins chercher inconsciemment à masquer un trouble dont il ignore lui-même l’existence.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Since 1810 and the enactment of article 64 of the Penal Code, the lack of discernment due to a mental disease has become a cause of penal immunity. People suffering from a mental or a neuropsychic disorder and having abolished their discernment cannot be sentenced as being criminally responsible for the crime they allegedly committed. Nevertheless, this protection status has had a pernicious effect as some accused are trying to exempt themselves from legal trials by dissimulating their mischiefs under a crazy action. Like McMurphy in One Flew Over the Cuckoo's Nest, they are simulating craziness to preserve themselves from the sentences they could receive. Hence, simulating a mental disorder is prevalent in the legal landscape. To make the difference between the real and the pretending sick cases, the magistrate uses the supposed experts’ knowledge. In order to help him building his sentence, they give him medical and psychological information aiming to identify “the diminished mental capacity” of the accused person. Thus, we are observing a close cooperation between the legal and the mental health practitioners. Nevertheless, this collaboration raises technical and ethical problems. The clinician who intervenes as an expert runs the risk to face the orders of Justice, without avoiding the opposite risk of being manipulated by an individual trying to benefit from his alleged craziness. What is more, the expertise scope is radically different from the therapy one where the individual is expected, according to Freud's formula, to work “side by side” with the therapist. For the latter, it is not a question of finding the “truth”, but of listening how the patient's psychic reality is expressing itself through its slips, its blackouts or its modified memories. Yet, in the case of a simulation, the individual changes the reality, deliberately, to abuse the Law in his favor. However, this behavior consisting in simulating craziness provides the opportunity to question the forensic expertise framework functioning. By playing with this framework, these individuals are indirectly highlighting some of its faults, which otherwise go unnoticed. This article describes the ethical and technical pitfalls the specialists are facing when confronted to simulation cases. To do so, the authors, a legal expert and a psychologist, remind the comments made by Freud at the time he was mandated as an expert to study this field. Then, they are saying more about the difficulties lying on the mental state of the accused can become a problem on a legal scale. Then, they open a discussion on the exact health level of the simulating people. Their intention can lead to the conclusion of their perfect rationality. Nevertheless, resounding scandals are challenging this conception. Even though the individuals are aware of defying the Justice, their behavior may unconsciously hide a mental disorder.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Discernement, Étude critique, Expertise médico-légale, Historique, Interprétation psychanalytique, Mensonge, Pathologie psychiatrique, Responsabilité pénale, Simulation

Keywords : Criminal liability, Critical study, Discernment, Forensic expertise, History, Lie, Psychiatric pathology, Psychoanalytic interpretation, Simulation


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