Service d'aide à la décision clinique
Publicité


Article gratuit !

Journal Français d'Ophtalmologie
Vol 29, N° 2  - février 2006
pp. 129-135
Doi : JFO-02-2006-29-2-0181-5512-101019-200506659
ARTICLES ORIGINAUX

Efficacité et tolérance de l’huile de silicone lourde dans la chirurgie du décollement de rétine
 

S. Scheer, S. Boni, P.O. Barale, A. Bourhis, S. Bonnel, E. Tuil, J.F. Girmens, O. Buil, C. Baudouin, L. Laroche, J.P. Nordmann, F. Poisson, J.M. Warnet, J.A. Sahel
[1] Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie des XV-XX, Paris.

Tirés à part : S. Scheer,

[2] Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie des XV-XX, 28, rue de Charenton, 75012 Paris. scheer@quinze-vingts.fr

Résumé
Efficacité et tolérance de l’huile de silicone lourde dans la chirurgie du décollement de rétine

Objectif : Évaluer la tolérance et l’efficacité de l’injection d’huile de silicone lourde comme tamponnement interne dans la chirurgie du décollement de rétine.

Patients et méthodes : Une étude rétrospective a été menée sur 66 yeux de 66 patients ayant eu une injection d’huile de silicone lourde pour décollement de rétine, avec un suivi d’au minimum 1 mois. Les caractéristiques préopératoires et la technique chirurgicale du décollement de rétine ont été évaluées, ainsi que la tolérance et les résultats anatomiques et fonctionnels. Les indications de l’injection de silicone lourde étaient une rétinotomie inférieure ou une rétraction inférieure dans 65 % des cas. Il existait une prolifération vitréo-rétinienne (PVR) de stade C dans plus de 63 % des cas. Une rétinotomie a été réalisée dans 42 % des cas. L’injection d’huile de silicone lourde était effectuée versus DK-line dans 65 % des cas. Le suivi moyen était de 7 ± 4 mois.

Résultats : En fin de suivi, 59 % des patients avaient une rétine à plat, 32 % sans tamponnement interne. Au moins une chirurgie rétinienne supplémentaire a été nécessaire dans 54 % des cas. Tout au long du suivi, la pression intra-oculaire moyenne a été normale. Trois cas (4,5 %) d’inflammation oculaire sévère ont été constatés. L’adhérence de bulles résiduelles à divers tissus oculaires a été notée dans 7 sur 44 ablations d’huile de silicone lourde. Une récidive après ablation a eu lieu dans 41 % des cas. L’acuité visuelle était supérieure à 1/20e dans 54 % des cas en fin de suivi.

Conclusion : L’huile de silicone lourde est une bonne alternative à l’huile de silicone standard dans les rétinotomies inférieures ou les lésions inférieures sans rétraction. Elle est bien tolérée et ne semble pas pro inflammatoire. Elle n’est pas un traitement de la rétraction inférieure et ne doit pas être considérée comme un tamponnement interne de longue durée. Le risque d’adhérence de bulles résiduelles nécessite d’utiliser un éclairage coaxial ou une endolumière lors de l’ablation.

Abstract
Heavy silicone oil as internal tamponade for retinal detachment: efficacy and tolerance
S. Scheer, S. Boni, P.O. Barale, A. Bourhis, S. Bonnel, E. Tuil, J.F. Girmens, O. Buil, C. Baudouin, L. Laroche, J.P. Nordmann, F. Poisson, J.M. Warnet, J.A. Sahel

Introduction: To evaluate the tolerance and efficacy of heavy silicone oil as internal tamponade for retinal detachment surgery.

Patients and methods: Sixty-six eyes requiring heavy silicone oil for retinal detachment, with at least 1 month follow-up, were retrospectively studied. Preoperative status, surgical technique, tolerance, and anatomical and functional results were analyzed from the patient’s file. Indications for heavy silicone injection were inferior retinotomy or inferior retraction in 65% of cases. PVR grade C was present in at least 63% of cases. Retinotomy was performed in 45% of cases. An exchange procedure was performed versus DKline in 65% of cases. Mean follow-up was 7 ± 4 months.

Results: At the end of follow-up, 59% of eyes had a completely reattached retina, 32% without internal tamponade. Another surgery was necessary in 54% of cases. During follow-up, mean intraocular pressure was normal, and there was a significant intraocular inflammation in three cases (4.5%). In seven cases of the 44 ablations of heavy silicone oil, an adherence of residual bubbles was present. Redetachment occurred after ablation for anatomical success in 41% of cases. BCVA was better than 0.05 (20/400) in 54% of cases at the end of follow-up.

Conclusion: Heavy silicone was well tolerated and seems not to be pro-inflammatory in our study. It is a good alternative to standard silicone for inferior retinotomy and inferior breaks without PVR. It is not a treatment of inferior retraction, and is not a long-term internal tamponade. During the ablation of heavy silicone oil, adherence of residual bubbles is possible, in which case a coaxial light or an endoillumination could be needed during ablation.


Mots clés : Huile de silicone , décollement de rétine , tamponnement interne , vitrectomie

Keywords: Silicone oil , retinal detachment , internal tamponade , vitrectomy


INTRODUCTION

L’utilisation de l’huile de silicone en tant que tamponnement interne a amélioré les résultats de la chirurgie du décollement de rétine [1], [2]. Cependant, sa densité inférieure à celle de l’eau ne permet pas un bon tamponnement des lésions rhegmatogènes inférieures et les rétractions inférieures sous huile de silicone standard sont fréquentes. Récemment, une huile de silicone, dite lourde car plus dense que l’eau, a été mise sur le marché pour le tamponnement de la rétine inférieure. Une étude prospective a montré sa bonne tolérance et son efficacité [3] alors qu’une autre étude [4] a rapporté l’existence de réactions inflammatoires.

Nous avons analysé l’efficacité et la tolérance de cette huile de silicone lourde utilisée en pratique courante dans notre établissement.

PATIENTS ET MÉTHODES
Description de l’étude

Nous avons analysé rétrospectivement 120 yeux de 115 patients ayant eu une injection d’huile de silicone lourde (Oxane HD®, Bausch & Lomb, Montpellier) entre juin 2003 et septembre 2004.

Pour les acuités visuelles basses, le décompte des doigts (« CLD »), la visualisation de la main qui bouge (« VBLM ») ou la perception lumineuse (« PL ») ont été utilisés. Un codage binaire a été utilisé pour décrire l’état anatomique (« à plat » ou « non à plat ») global de la rétine, puis en différenciant la rétine centrale et la rétine périphérique. La prolifération vitréorétinienne (PVR) a été quantifiée selon la classification de la Vitreous Society modifiée par Machemer en 1991 [5].

L’absence de perception lumineuse et la perception lumineuse (PL) ne constituent pas véritablement une mesure quantitative de l’acuité visuelle. De plus, il existait de nombreuses acuités très basses pour lesquelles les mesures étaient nécessairement très imprécises. Nous avons donc transformé les données quantitatives de l’acuité visuelle en variables qualitatives ordinales selon le codage suivant : absence de PL = 0, PL = 1, VBLM = 2, CLD = 3, AV ≥ 1/20 = 4.

Le stade de la PVR a été transformé en variables qualitatives ordinales selon le codage suivant : PVR stade A = 0, stade B = 1, tous les stades C postérieurs, quel que soit le type, inférieurs à 2 quadrants = 2, tous les stades C postérieurs, quel que soit le type, supérieurs à 2 quadrants = 3, tous les stades C antérieurs, quel que soit le type, inférieurs à 2 quadrants = 4, tous les stades C antérieurs, quel que soit le type, supérieurs à 2 quadrants = 5. La PVR était considérée comme antérieure dès qu’il y avait une rétraction antérieure à l’équateur. Elles étaient toujours de type 4 selon la classification de Machemer, aucune PVR antérieure de type 5 n’a été relevée dans cette étude.

Les autres variables quantitatives ordinales comprenaient le degré d’inflammation de la chambre antérieure (0 à 4 +). L’existence d’une membrane cyclitique était cotée 5.

Les variables quantitatives comprenaient la pression intra-oculaire, le nombre d’interventions, la durée de la chirurgie.

Patients

Tous les patients opérés avec une injection d’huile de silicone lourde type Oxane HD® entre juin 2003 et septembre 2004 ont été inclus. Les critères d’exclusion comprenaient les décollements de rétine autre que rhegmatogène (décollement de rétine tractionnel sur rétinopathie diabétique, rétinite virale), les suivis inférieurs à un mois postopératoire, les dossiers inexploitables sur le plan statistique (informations insuffisamment lisibles notamment) et les yeux ayant eu une injection d’huile de silicone lourde avant le marquage CE.

Soixante-six yeux de 66 patients (24 femmes, 42 hommes) respectant ces critères d’exclusion ont pu être étudiés. L’âge moyen des patients était de 59 ± 19 ans (extrêmes [5 ans ; 90 ans]) ; 4 enfants étaient âgés de moins de 15 ans (respectivement 5 ans, 6 ans, 11 ans et 12 ans).

Les indications étaient une rétinotomie inférieure décidée en préopératoire pour 22 patients (33 %), une prolifération vitréo-rétinienne (PVR) inférieure pour 21 patients (3 %), une déchirure inférieure pour 17 patients (26 %) et un décollement de rétine du pôle postérieur avec ou non un trou maculaire pour 6 patients (9 %). La PVR était cotée 4 chez 27 % des patients, de stade B chez 20 % des patients, de stade A chez 17 % des patients, cotée 5 chez 17 % des patients, cotée 2 chez 10 % des patients et cotée 3 chez 9 % des patients.

En pré-opératoire, 44 patients (67 %) avaient déjà eu une vitrectomie, 39 (60 %) une indentation localisée ou un cerclage et 23 (35 %) étaient un cerclage et une vitrectomie. Ainsi, plus de 78 % des patients avaient déjà eu une chirurgie du décollement de rétine avant l’injection de l’huile de silicone lourde, 67 % une chirurgie ab interno, 56 % une chirurgie ab externo.

Trente-deux patients étaient phaques, 25 patients pseudophaques de chambre postérieure et 9 patients aphaques dont 2 avec un implant de chambre antérieure.

Technique chirurgicale

La durée moyenne de la chirurgie lors de l’injection de l’huile de silicone lourde était de 106 min. Les patients ont été opérés par une vitrectomie trois voies, avec dissection des membranes rétractiles, injection ou non de DK-line® (Bausch & Lomb, Waterford, Irlande), pexie des déhiscences éventuellement avec une indentation externe ou une injection d’air puis injection d’huile de silicone lourde.

Chez 24 patients (36 %), une ablation d’huile de silicone standard a été réalisée en début d’intervention. Sur les 32 patients phaques, 15 (47 %) ont eu dans le même temps une chirurgie du segment antérieur : 6 phakoémulsifications avec pose d’un implant de chambre postérieure, 9 phakoémulsifications sans implantation. La rétinopexie a été réalisée par endolaser dans 89 % des cas, par cryoapplication ou association cryoapplication et endolaser dans 11 % des cas. Le laser diode transcléral n’a été utilisé par aucun chirurgien dans cette série. Une rétinotomie d’emblée a été réalisée chez 28 patients (42 %) et une indentation externe chez 18 patients (27 %).

L’échange d’Oxane HD® a été réalisé versus DK-line® chez 43 patients (65 %), versus air chez 16 patients (24 %) et versus BSS® chez 7 patients (11 %).

Caractéristiques du suivi

Le suivi moyen était de 7 ± 4 mois [1 mois ; 15 mois].

Au moment de l’étude, l’huile de silicone lourde a été ôtée chez 44 patients (67 %) avec un délai moyen de 3 ± 2 mois [1 mois ; 6 mois]. Parmi les patients ayant encore de l’huile de silicone lourde en fin de suivi, 4 patients en avaient depuis plus d’un an (tableau I). L’huile de silicone était encore en place dans 33 % des yeux car plusieurs patients avaient refusé l’ablation de l’huile de silicone et d’autres présentaient un trop gros risque de récidive (antécédent de récidive à l’ablation ou soulèvement localisé résiduel) ou une hypotonie faisant craindre une phtise du globe oculaire à l’ablation du silicone.

Examen

La tolérance et l’efficacité de l’huile de silicone lourde ont été appréciées par les données de l’examen clinique notées par le chirurgien dans le dossier.

L’acuité visuelle a été mesurée de loin sur l’échelle de Monoyer et la pression intra-oculaire par le tonomètre à l’aplanation de Goldmann. Les données de l’examen biomicroscopique (avec instillation d’une goutte de fluorescéine) précisaient l’état de la chambre antérieure (inflammation, hémorragie) et l’état du cristallin. L’état du segment postérieur a été analysé par biomicroscopie indirecte.

RÉSULTATS
Inflammation

Le degré d’inflammation de la chambre antérieure aux divers temps du suivi est noté dans le tableau II. Les trois patients ayant présenté une membrane cyclitique à J7 étaient les mêmes que ceux à M1. Pour ces trois patients, la membrane cyclitique a disparu après 1 mois sous corticothérapie locale. Le patient présentant un Tyndall à 1 + à A1 était pseudophaque sans huile de silicone lourde, l’ablation de celle-ci ayant été effectuée 6 mois après sa pose. La patiente avec un tyndall à 2 + à M9 avait présenté une uvéite 1 mois après la chirurgie de cataracte. Elle n’avait plus d’huile de silicone lourde, ôtée 4 mois après la pose et 5 mois avant la chirurgie de cataracte. La ponction de chambre antérieure n’a pas mis de germe en évidence. Le bilan d’uvéite est resté négatif. L’évolution a été rapidement favorable. À M3, sur les deux patients présentant un tyndall à 1 +, un seul avait encore de l’huile de silicone lourde. Ce dernier a présenté une récidive de son décollement de rétine par reprolifération et eu à M3 une ablation de l’Oxane HD® et un autre tamponnement.

Pression intra-oculaire

La pression intra-oculaire et le nombre de patients traités par hypotonisants, ainsi que le nombre de patients présentant une hypertonie supérieure ou égale à 30 mmHg aux divers temps du suivi sont notés dans le tableau III. Deux patients ont eu une ablation pour hypertonie rebelle aux traitements. Un patient était aphaque, avec une iridectomie à 12 heures mais une disparition de la chambre antérieure qui se reformait lorsque le patient se positionnait en décubitus dorsal. Le second avait un plan capsulaire mais sans implant, l’huile de silicone lourde est passée en chambre antérieure.

État du segment antérieur

En fin de suivi, la modification du segment antérieur par rapport à l’état initial a pu être déterminée chez 26 des 36 patients phaques lors la pose de l’Oxane HD® : 12 étaient pseudophaques de chambre postérieure, 10 aphaques (dont trois étaient myopes de plus de 6 D initialement), un pseudophaque de chambre antérieure et trois restèrent phaques.

Émulsion

Une émulsion a été constatée chez cinq patients : à 4 mois chez deux patients, à 3 mois chez deux autres patients et à 1 mois chez un patient. L’émulsion n’a pas eu de conséquences.

Caractéristiques de l’ablation

L’ablation de l’huile de silicone lourde a été effectuée à 3,4 ± 1,6 mois. L’ablation était réalisée dans 61 % des cas pour guérison, dans 36 % des cas pour remplacer l’huile de silicone lourde par un autre tamponnement et dans 3 % des cas pour une hypertonie rebelle aux traitements.

L’ablation a été réalisée dans 86 % des cas par vitrectomie trois voies, dans 14 % des cas par vitrectomie deux voies. La plupart des chirurgiens ont réalisé l’ablation avec le système d’aspiration automatisée, avec une canule d’aspiration de 18 gauges. Un problème lors de l’ablation a été noté dans 16 % des cas (7 patients). Il s’agissait dans tous les cas d’une adhérence à un tissu oculaire. L’adhérence était rétinienne pour quatre patients, fovéolaire pour un patient. Pour deux patients, l’huile adhérait à la périphérie rétinienne et pour un patient au bord de la rétinotomie. L’acuité visuelle du patient ayant eu une adhérence fovéolaire a été de 1,6/10e (initiale de VBLM). L’adhérence a été rétrodescemétique pour deux patients dont une enfant aniride aphaque sans conséquence sur la cornée à long terme. Le second patient était un adulte pseudophaque chez qui une bulle d’huile de silicone lourde était passée en chambre antérieure. Il a présenté une décompensation endothéliale secondaire, mais avait parallèlement une nécrose sclérale sous son éponge, avec hypotonie majeure. L’adhérence a été capsulaire chez un patient pseudophaque ; une capsulotomie a été nécessaire pour en venir à bout. Les dates d’injections et d’ablation ne sont pas communes. Le type d’échange effectué lors de l’injection d’huile de silicone lourde était variable (6/7 versus DKline, 1/7 versus BSS).

Lorsque l’huile de silicone lourde a été ôtée pour guérison (27 patients), une récidive a eu lieu dans 11 cas (41 %), avec un délai de récidive entre 7 et 120 jours pour 9 patients. Huit de ces 11 patients avaient une PVR cotée 4 ou 5 à J0. Aucun n’avait d’antécédent de traumatisme. Leur nombre moyen de chirurgies rétiniennes avant l’injection d’huile de silicone lourde était de 2 et leur suivi moyen de 10 mois. Pour deux patients dont la rétine était à plat avant l’ablation, le décollement de rétine inférieur est apparu en fin d’ablation. Une rétinotomie et un œil sec ont été réalisés dans le même temps opératoire pour les deux patients. Un patient présentait toujours une rétine à plat 8 mois après la disparition du gaz alors que l’autre a été perdu de vue.

Résultats anatomiques (tableau IV)

À 7 ± 4 mois de suivi, 59 % des patients avaient une rétine à plat, 32 % une rétine à plat sans tamponnement interne, 16 % une rétine à plat avec de l’huile de silicone lourde, 11 % une rétine à plat avec de l’huile de silicone standard. À 7 ± 4 mois de suivi, 41 % des patients présentaient une rétine décollée, 9 % sans tamponnement interne, 20 % avec de l’huile de silicone lourde, 12 % avec de l’huile de silicone standard.

En plus de la pose et de l’ablation de l’huile de silicone lourde, 54 % des patients ont eu des chirurgies rétiniennes supplémentaires, 16 % de plus de trois chirurgies supplémentaires.

Résultats fonctionnels (tableau V)

Initialement, 25 % des patients avaient une acuité visuelle supérieure ou égale à 1/20e (maximum 5/10e), avec six patients amblyopes, 44 % de patients myopes et 19 % de patients présentant une myopie supérieure à 6 D. À un mois de suivi, 36 % des patients avaient une acuité visuelle supérieure ou égale à 1/20e, à 3 mois 36,5 %, à 6 mois 39,5 %, à 9 mois 47 %, et à 1 an 67 %. En fin de suivi, 54 % des patients avaient une acuité visuelle supérieure ou égale à 1/20e (maximum 6/10e).

DISCUSSION

L’huile de silicone lourde composée de silicone 5 700 et d’oléfine fluorée et hydrogénée pour 11 % (RMN3), est plus lourde que l’eau et permet un appui sur la rétine inférieure.

L’utilisation de l’huile de silicone standard ou lourde est nécessaire pour un tamponnement interne d’une durée supérieure à un mois et lorsque le risque de récidive du décollement de rétine sans tamponnement interne est important. Les décollements de rétine complexes sont donc d’emblée sélectionnés dans les études sur l’huile de silicone, comme le confirme dans cette étude le fort taux de PVR (62 %) et de rétinotomies (42 %) lors la pose de l’huile de silicone lourde.

L’huile utilisée dans le protocole pour le marquage CE avait une densité de 1,07 g/cm3 et une viscosité de 3 300 cS. L’huile utilisée dans l’étude de Wolf et al. [3] est de l’Oxane HD®, mais d’une densité de 1,03 g/cm3 et une viscosité de 3 300 cS. Dans l’étude de Theelen et al. [4], il s’agit d’Oxane HD® d’une densité de 1,02 g/cm3 et d’une viscosité de 3 800 cS comme dans cette étude. La densité influe sur la force de l’appui rétinien. La viscosité influe sur l’émulsion : plus la viscosité est importante, moins il y a d’émulsion [6]. Ainsi, au-delà de 3000 cS de viscosité, l’émulsion semble minime. Devant ces différences bien que minimes des propriétés de la molécule utilisée et des résultats contradictoires des deux études sus-citées, il nous a semblé important d’évaluer l’efficacité et la tolérance de l’Oxane HD® utilisée en clinique courante. Ainsi, les patients inclus dans cette étude ont tous bénéficié de l’Oxane HD® de même densité et même viscosité.

Cette étude rétrospective sur 66 yeux avec un suivi d’au moins un mois confirme la bonne tolérance de l’huile de silicone lourde. Notamment, elle ne semble pas entraîner de réactions inflammatoires, d’hypertonie oculaire ou d’émulsion qui en limiteraient l’utilisation.

La réaction inflammatoire post-opératoire est modérée. Lorsqu’elle est importante (trois patients avec une membrane cyclitique), elle reste cortico-sensible et n’a jamais entraîné l’ablation plus précoce de l’Oxane HD®. Les précipités décrits dans l’étude de Theelen et al. [4] n’ont pas été retrouvés dans notre série de patients. Les réactions inflammatoires tardives ne semblent pas directement liées à l’huile de silicone lourde.

En postopératoire, l’hypertonie oculaire a nécessité un traitement hypotonisant dans 37 % des cas à J7 et dans 17 % des cas à 1 an bien que la moyenne de la pression intra-oculaire soit restée normale. Il restait plus de 20 % de patients sous hypotonisants à M3 et M6. L’hypertonie oculaire des patients multiopérés pour décollement de rétine est fréquente bien que classiquement autour de 10 % [7], [8]. Dans cette étude, le traitement médical a suffi dans la plupart des cas, comme cela est retrouvé dans la littérature [9]. Le plus fort taux d’hypertonie oculaire pourrait être lié au fait que les patients soient multiopérés. Le mécanisme exact de l’hypertonie oculaire postvitrectomie n’est pas clairement élucidé [10]. L’autre explication pourrait être l’existence d’un objectif pressionnel plus strict dans notre établissement. Deux patients ont nécessité l’ablation en urgence d’Oxane HD® pour hypertonie rebelle. Un patient était aphaque, mais avait une iridectomie à 12 h. Il pourrait s’agir d’un blocage de l’angle lorsque le patient se tournait vers le côté sans être demi-assis. L’iridectomie de 12 h se retrouvait alors à 3 ou 9 h et l’angle pouvait se bloquer [11]. Il faudrait donc conseiller aux patients aphaques sous Oxane HD® de toujours se tenir la tête surélevée.

Contrairement aux autres tamponnements lourds, l’émulsion d’Oxane HD® reste minime et ne limite pas l’utilisation du composé. La viscosité trop faible du fluorosilicone (F6H8, 300 ou 1 000 cS) entraîne des émulsions majeures limitant son utilisation [12], [13], [14]. Une étude a souligné l’importance de remplir la cavité oculaire de l’huile de silicone car une bulle incomplète favoriserait l’émulsion [15]. Cette notion doit être prise en compte pour l’huile de silicone lourde. Une ablation incomplète de celle-ci chez un patient lors de l’étude de marquage CE (patient exclu de cette étude) a entraîné une émulsion majeure à un mois (fig. 1). L’émulsion gênait la vision, mais sans hypertonie, ni souffrance cornéenne ou réaction inflammatoire ; elle a nécessité une reprise chirurgicale.

Une adhérence de bulles d’huile de silicone lourde lors de l’ablation a été constatée chez sept patients sur 44. Bien que peu fréquente, cette adhérence doit être connue. D’une part, ce phénomène pourrait avoir été sous-estimé : si l’adhérence a pu être résolue sans conséquences ou difficultés particulières, elle n’a peut-être pas été notée dans le compte rendu opératoire. D’autre part, le risque d’adhérence implique de prévoir une technique d’ablation de la bulle adhérente (nécessité d’une endoillumination avec pose d’un système trois voies, ou d’un éclairage coaxial en système deux voies). L’intérêt d’avoir prévu ce matériel pour l’ablation de l’huile de silicone lourde permet le traitement d’une récidive immédiate, le pelage de membranes néoformées et l’ablation de microbulles résiduelles d’Oxane HD®. Celles-ci tombent au fond contrairement aux bulles résiduelles de silicone standard qui peuvent sortir passivement. La cause évoquée pour expliquer les phénomènes d’adhérence était la dilution possible d’Oxane HD® dans la DK-line®. Ainsi, un échange air-Oxane HD® a été préconisé par le fabricant. Cette notion ne semble pas être confirmée par notre étude. À ce jour, aucun élément commun à tous les patients ayant présenté une adhérence de l’Oxane HD® n’a pu être retrouvé de façon formelle.

Sur le plan de l’acuité visuelle, si l’on considère la gravité de la maladie initiale, ces résultats ne semblent pas montrer de toxicité rétinienne de l’Oxane HD®. Par ailleurs, une étude montrait qu’aucun tamponnement interne n’était parfaitement biocompatible à ce jour [16].

Le nombre de rétinotomies initiales et complémentaires montre que l’Oxane HD® ne résout pas le problème de la rétraction inférieure et antérieure. En revanche, elle est efficace dans les lésions inférieures sans PVR. Plusieurs chirurgiens ont dû effectuer des rétinotomies complémentaires lors de l’ablation du silicone. Mais celles-ci pourraient être moins importantes que si un tamponnement par silicone standard avait été utilisé lors de la première rétinotomie. Une rétraction supérieure sous huile de silicone lourde n’a pas été mise en évidence dans cette étude car les horaires des rétinotomies complémentaires n’ont pas pu être relevés précisément.

L’intérêt pour les patients d’un positionnement plus confortable en postopératoire ne semble pas avoir été pris en considération pour poser l’indication de l’injection d’huile de silicone lourde.

Il serait intéressant de comparer ces résultats à une série de patients opérés pendant la même période avec de l’huile de silicone standard afin d’évaluer les conséquences directes de l’utilisation de l’Oxane HD® ou de l’huile de silicone standard et sans rapport avec la pathologie traitée.

CONCLUSION

L’huile de silicone lourde est un nouveau tamponnement interne qui a l’avantage d’être plus lourd que l’eau et d’effectuer un appui sur la rétine inférieure. Il ne semble pas dispenser de l’indentation inférieure, ni résoudre le problème de la rétraction inférieure. En revanche, il est bien toléré et ne semble pas induire de réaction inflammatoire. La notion importante mise en évidence dans cette étude est l’adhérence possible de la molécule qui semble indépendante du type d’échange effectué et sans toxicité rétinienne. Un éclairage coaxial ou une endoillumination doit être disponible au bloc opératoire lors de l’ablation de l’huile de silicone lourde. Celle-ci n’est pas un traitement de la PVR, ni un tamponnement interne à vie. Il s’agit d’une bonne alternative à l’huile de silicone standard pour les lésions inférieures ou les rétinotomies inférieures.

Remerciements : L’équipe remercie Mademoiselle N. Jaquot (secrétaire) et Mademoiselle C. Cambourieu (préparatrice en pharmacie), les Docteurs O. Touzeau, C. Monin, C. Morel, P. Larricart, T. Rodallec, S. Roman, B. Ameline, M. Berche, S. Boutboul, N. Rondeau et E. Zito, sans qui ce travail n’aurait pu être réalisé.

Références

[1]
Azen SP, Scott IU, Flynn HW, Lai MY, Topping TM, Benati L et al. Silicone oil in the repair of complex retinal detachment. A prospective observational multicenter study. Ophthalmology, 1998;105:1587-97.
[2]
Lucke KH, Foerster MH, Laqua H. Long-term results of vitrectomy and silicone oil in 500 cases of complicated retinal detachments. Am J Ophthalmol, 1987;104:624-33.
[3]
Wolf S, Schön V, Meier P, Wiedemann P. Silicone oil-RMN3 mixture (“haevy silicone oil”) as internal tamponade for complicated retinal detachment. Retina, 2003;23:335-42.
[4]
Theelen T, Tilanus M, Klevering J. Intraocular inflammation following endotamponade with high density silicone oil. Graefes Arch Clin Exp Ophthalmol, 2004;242:617-20.
[5]
Machemer R, Aaberg TM, Freeman HM, Irvine AR, Lean JS, Michels RM. An updated classification of retinal detachment with proliferative vitreoretinopathy. Am J Ophthalmol, 1991;112:159-65.
[6]
Crisp A, De Juan E, Tiedeman J. Effect of silicone oil viscosity on emulsification. Arch Ophthalmol, 1987;105:546-50.
[7]
Al-Jazzaf AM, Netland PA, Charles S.J. Incidence and management of elevated intraocular pressure after silicone oil injection. J Glaucoma, 2005;14:40-6.
[8]
Barr CC, Lai MY, Lean JS, Linton KL, Trese M, Abrams G, Ryan SJ, Azen SP. Postoperative intraocular pressure abnormalities in the Silicone Study. Silicone Study Report 4. Ophthalmology, 1993;100:1629-35.
[9]
Costarides AP, Alabata P, Bergstrom C. Elevated intraocular pressure following vitreoretinal surgery. Ophthalmol Clin North Am, 2004;17:507-12.
Stinson WG, Small KW. Glaucoma after surgery on the retina and vitreous. Semin Ophthalmol, 1994;9:258-65.
Ando F. Intraocular hypertension resulting from pupillary block by silicone oil. Am J Ophthalmol, 1985;99:87-8.
Zeana D, Becker J, Kuckelhorn R, Kirchhof B. Perfluorohexyloctane as long-term vitreous tamponade in the experimental animal. Experimental perfluorohexyloctane substitution. Int Ophthalmol, 1999;23:17-24.
Schatz B, El-Shabrawi Y, Haas A, Langmann G. Adverse side effects with perfluorohexyloctane as a long-term tamponade agent in complicated vitreoretinal surgery. Retina, 2004;24:567-73.
Gremillion C, Peyman G, Liu K, Naguib K. Fluorosilicone oil in the treatment of retinal detachment. Br J Ophthalmol, 1990;74:643-6.
Nakamura K, Refojo M, Crabtree D. Factors contributing to the emulsification of intraocular silicone and fluorosilicone oil. Invest Ophthalmol Vis Sci, 1990;31:647-56.
Versura P, Cellini M, Torreggiani A, Bernabini B, Rossi A, Moretti M, Caramazza R. The biocompatibility of silicone, fluorosilicone and perfluorocarbon liquids as vitreous tamponades. An ultrastructural and immunohistochemical study. Ophthalmologica, 2001;215:276-83.




© 2006 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Site e-commerce : www.elsevier-masson.fr | Service d'aide à la décision clinique : www.em-select.com
EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.
En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.
Fermer
Plan de l'article