Introduction. — Le Distilbène (DES), oestrogène non stéroïdien, synthétisé en 1938 et commercialisé en 1946 par Dodds, fut prescrit pendant une longue période aux femmes enceintes présentant des risques pendant la grossesse. Sa prescription était large : de la prévention des avortements spontanés à celle de la pré-éclampsie. Il était prescrit jusqu'à 28 SA. La tératogénicité du DES, découverte tardivement en 1971, a eu malheureusement des conséquences sur les enfants exposés in utero au Distilbène. On estime à 200 000 le nombre de patientes traitées pendant cette période soit 80 000 filles exposées in utero au DES.
Matériel et méthodes. — Nous avons réalisé une étude rétrospective de 1998 à 2001 sur les conséquences du DES syndrome sur la grossesse chez des patientes suivies de 1998 à 2001 à l'hôpital Jeanne de Flandre, CHRU de Lille. Les mesures prises pour lutter contre ces conséquences ont été détaillées. Le test statistique utilisé est le test de Fisher, avec un seuil de significativité p = 0,05.
Résultats. — De 1998 à 2001, 60 grossesses chez 30 patientes présentant un DES syndrome ont été suivies à l'Hôpital Jeanne de Flandre. L'âge moyen lors du diagnostic du DES syndrome est de 23,8 ans. Ce syndrome a été suspecté ou diagnostiqué dans le cadre d'un bilan d'infertilité (46,7 %), d'avortements spontanés à répétition (13,3 %) ou suite à la découverte d'anomalies cliniques (40 %). La prise de distilbène a été confirmée chez 83 % des patientes. Dans notre étude, le « DES syndrome » est source d'avortements spontanés à répétition (26,7 %) et de grossesses extra-utérines (5 %). Seules 68,3 % des grossesses (n = 41) sont évolutives avec 46 % d'accouchement à terme (31,6 % des 60 grossesses). On note 12 % de morts foetales in utero (8,33 % des 60 grossesses). 26,8 % des patientes (11/41) ont bénéficié d'un cerclage. Aucune différence significative quant au taux de prématurité, de mort foetale in utero ou le mode d'accouchement n'a été observée entre le groupe cerclé ou non cerclé.
Discussion. — Les taux de complications observés dans notre étude sont équivalents à ceux décrits dans la littérature. Le cerclage systématique n'a pas fait la preuve de son efficacité. Alors qu'il était préconisé systématiquement (Ludmir), la tendance est plutôt maintenant à l'abstention (Harger, Guzman, Kelly). Il ne sera réalisé qu'en fonction des antécédents.
Conclusion. — Le distilbène peut être responsable d'autres conséquences gynécologiques chez les femmes exposées in utero (cancer, malformations…) mais il peut aussi avoir des répercussions sur les garçons exposés (stérilité par trouble de la spermatogénèse, anomalie du tractus génital). Il semble que des conséquences à long terme, sur la deuxième génération, commencent à être observées (hypospades chez les garçons). L'exposition au Distilbène est un échec médical, secondaire à une cascade d'erreurs. Il doit donc nous servir de « leçon » pour la prescription de médicaments pendant la grossesse.