L'atteinte hépatique représente une manifestation extra-intestinale de la maladie cœliaque (MC). Elle se manifeste essentiellement par des anomalies non spécifiques des tests hépatiques, notamment une hypertransaminasémie, mais elle peut s'associer à d'autres pathologies plus spécifiques telles que les cirrhoses dysimmunitaires ou cryptogénétiques. La correction de l'hypertransaminasémie sous régime sans gluten (RSG) est bien connue ; mais le bénéfice de ce régime au cours des hépatopathies sévères reste controversé. L'objectif de notre travail est d'évaluer l'impact du RSG sur l'évolution des hépatopathies chroniques associées à la MC.
De septembre 2001 à septembre 2005, 20 cas consécutifs ont été étudiés, 3 hommes et 17 femmes. L'age moyen des malades était de 27 ans (14-45 ans). Le diagnostic de MC a été retenu sur les critères classiques histologiques et parfois sérologiques. La répartition étiologique des hépatopathies était la suivante : Cirrhose cryptogénétique (n = 10), hépatite chronique cryptogénétique (n = 1), cirrhose biliaire primitive (n = 3), hépatite auto-immune (n = 1), cirrhose auto-immune (n = 4), hépatite virale C minime A2F1 (n = 1). Le diagnostic de l'hépatopathie et de la MC était simultané (n = 11), consécutif (n = 9). Dans 4 cas la MC a été diagnostiquée après l'hépatopathie avec un délai moyen de 2.5 ans (1-4 ans). Les symptômes digestifs étaient rares (n = 3), révélateurs dans 1 cas. L'hépatopathie était décompensée dans 4 cas (ascite n = 3, hémorragie n = 1). La durée moyenne de suivi sous RSG était de 2.3 ans (1-4 ans). L'évaluation de son impact a été clinique et biologique.
Résultats : La cirrhose cryptogénétique représentait dans notre travail 50 % des hépatopathies associées à la MC. Durant la même période (sept 2001 - sept 2005), 127 cas de cirrhose cryptogénétique ont été hospitalisés. L'association à une MCA a été retrouvée dans 7.8 % des cas (n = 10). Parmi les 11 malades porteurs d'une hépatopathie cryptogénétique, 9 étaient compliants au RSG. L'évolution était la suivante : Disparition de la cytolyse (n = 9), amélioration de l'insuffisance hépatique (n = 3), complication (n = 0). Aucune amélioration n'a été notée chez les 2 autres malades non compliants au RSG. Dans le groupe des hépatopathies dysimmunitaires, la compliance au RSG était faible 33 % (n = 3), et l'évaluation de son bénéfice difficile, du fait de l'association aux immunosuppresseurs.
Les résultats de ce travail sont en faveur du rôle bénéfique du RSG sur l'évolution des hépatopathies chroniques cryptogénétiques associées à la MC, suggérant que l'association entre ces deux affections est bien réelle et non fortuite. Il est donc recommandé de rechercher systématiquement une MC dans le bilan d'une hépatopathie d'étiologie indéterminée.