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L'auto-victimisation de l'agresseur : un éphémère paradigme de maladie mentale

Allan  Young * *Auteur correspondant

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Résumé

Née au cours de la guerre du Vietnam, l'idée que les auteurs d'atrocités pouvaient développer par la suite des troubles psychologiques identiques à ceux de leurs victimes, a permis l'émergence d'une catégorie singulière : l'agresseur auto-traumatisé. Alors que l'Amérique découvrait que ses soldats s'étaient compromis dans des actes d'une effroyable barbarie, la psychiatrie, par l'intermédiaire de l'État de Stress Post Traumatique du DSM-III, allait apporter une réponse plus conciliante à l'égard de ces vétérans en déplaçant l'enjeu politique sur un débat clinique. C'est la genèse, le développement et l'essoufflement de cette catégorie, que l'auteur aborde dans cet article, sous un angle strictement anthropologique. L'agresseur auto-traumatisé y est considéré comme une catégorie construite à partir du savoir psychiatrique mais sous l'influence de divers facteurs extérieurs. En ce sens, elle relève d'une catégorie éphémère de la nosologie psychiatrique, étroitement dépendante du destin des enjeux politiques et sociaux qui en ont favorisé l'émergence, et appelée à disparaître avec eux. En reprenant le terme forgé par Ian Hacking, l'auteur montre que l'agresseur auto-traumatisé est avant tout une « maladie mentale transitoire ».

Mots clés  : PTSD ; Guerre ; Agresseur ; Violence ; Maladie mentale transitoire.

Abstract

Conceived of during the Vietnam war, the hypothesis that the perpetrators of atrocities could subsequently develop psychiatric disorders identical to those of their victims led to the emergence of a specific category: the self-traumatized perpetrator. While the United States was discovering that its soldiers had been involved in appallingly barbaric acts, psychiatry through the DSM-III post-traumatic stress disorder provided a more conciliatory response to the behavior of those veterans by shifting the political issue into the sphere of clinical debate. The author examines the origin, development and the subsequent exhaustion of this category from a strictly anthropological point of view. In this study, the category of self-traumatized perpetrator has been constructed on the basis of psychological knowledge and of various influencing external factors. In this sense, it can be viewed as transient category as far as psychiatric nosology is concerned, and is closely dependent on the outcome of the political and social issues that favored its emergence, and destined to disappear with them. In adopting the term coined by Ian Hacking, the author shows that the disorder observed in the case of the self-traumatized perpetrator is above all a “transient mental illness”.

Mots clés  : PTSD ; War ; Perpetrator ; Violence ; Transient mental illness.

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Vol 67 - N° 4

P. 651-675 - octobre-décembre 2002 Retour au numéro
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  • The self-traumatized perpetrator as a transient mental illness
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  • La souffrance du monde. Considérations anthropologiques sur les politiques contemporaines de la compassion
  • Didier Fassin

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