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Journal Français d'Ophtalmologie Vol 31, N° 2 - février 2008 pp. 138-145
Doi : JFO-02-2008-31-2-0181-5512-101019-200800756
Reçu le : 02 octobre 2007 ;
accepté le : 19 décembre 2007 Article original
Impact de la dégénérescence maculaire néovasculaire : données françaises | |
G. Soubrane [1], G. Zlateva [2], X. Xu [3], R. Buggage [3], M. Kosa [4][1] Département d’Ophtalmologie, Université Paris XII Créteil, Centre Hospitalier Intercommunal de Créteil, France. [2] Pfizer Ophthalmic, New York, États-Unis. [3] Covance Market Access Service, Inc, Gaithesburg, Maryland, États-Unis. [4] Pfizer France, Outcomes Research, Paris, France. L’abstract anglais de ce texte a fait l’objet d’une présentation à l’ISPOR, Dublin 2007. Cette étude a été réalisée avec le soutien de Pfizer.
Tirés à part :
M. Kosa,[5] Pfizer, 23-25, avenue du Docteur Lannelongue, 75668 Paris CEDEX 14.

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Impact de la dégénérescence maculaire néovasculaire : données françaises | Objectif : Déterminer l’impact de la dégénérescence maculaire bilatérale néovasculaire (DMLA-NV) sur la qualité de vie et le coût des soins en France. Patients et méthodes : Nous avons mené dans 5 pays, en 2006, une étude transversale incluant 401 patients atteints de DMLA et 471 sujets contrôle. Dans les deux groupes, ont été colligées des données démographiques, cliniques et économiques ainsi qu’administrés les questionnaires suivants : National Eye Institute Visual Function Questionnaire (NEI-VFQ-25), EuroQol (EQ-5D), l’échelle d’anxiété et de dépression hospitalière (HADS). Résultats : Les 87 patients DMLA-NV et les 92 sujets contrôle français avaient un âge moyen de 79 ans [extrêmes : 65 ans ; 95 ans], et 64 % d’entre eux étaient des femmes. Après ajustement sur l’âge, le sexe et les comorbidités, les patients DMLA présentaient une dégradation significative de leur qualité de vie sur le NEI-VFQ (44,4 [36,2 ; 52,7] contre 91,8 [86,2 ; 97,5], p < 0,0001) et sur l’HADS (score d’anxiété : 8,5 [6,3 ; 10,8] contre 5,1 [3,5 ; 6,7], p = 0,0005 ; score de dépression : 7,1 [5,1-9,1] contre 2,9 [1,5-4,4], p < 0,0001). L’analyse des coûts a montré une élévation significative des coûts directs médicaux : 3 396 euro pour le groupe DMLA contre 85 euro pour le groupe contrôle (p < 0,0001), et des coûts directs non médicaux (aide dans la vie quotidienne) : 2 985 euro contre 494 euro (p = 0,014). Conclusion : Les patients atteints de DMLA ont une qualité de vie significativement altérée et davantage d’anxiété et de dépression. Les conséquences de l’altération visuelle se traduisent par une augmentation significative de la consommation de biens et services médicaux et donc par des coûts plus élevés que ceux que l’on observe dans un groupe de sujets du même âge.
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Humanistic burden and health resource utilization among neovascular age-related macular degeneration patients in France | G. Soubrane [1], G. Zlateva [2], X. Xu [3], R. Buggage [3], M. Kosa [4]Objective: To assess the impact of bilateral neovascular age-related macula degeneration (NV-AMD) on function and health resource utilization (HRU) in France. Patients and methods: Cross-sectional study including 401 NV-AMD patients and 471 controls conducted in five countries in 2006. In both groups, demographic and clinical data were collected and the National Eye Institute Visual Function Questionnaire (NEI-VFQ-25), the EuroQoL (EQ-5D), the Hospital Anxiety and Depression Scale (HADS), and questionnaires on HRU were administered. Results: Eighty-seven NV-AMD patients and 92 controls were recruited in France. The mean age of the NV-AMD patients was 79 (range, 65-95), and 64% were female. After adjusting for age, gender, and co-morbidities, compared to controls, NV-AMD patients reported substantially worse vision-related quality of life on the NEI-VFQ (adjusted mean, 44.4 [36.2-52.7] versus 91.8 [86.2-97.5], p<0.0001). HADS anxiety and depression scores were significantly worse in NV-AMD patients (anxiety score, 8.5 [6.3-10.8] versus 5.1 [3.5-6.7] p=0.0005; depression score: 7.1 [5.1-9.1] versus 2.9 [1.5-4.4] p<0.0001). Per patient yearly cost analysis showed significantly higher direct medical costs: 3396 euro versus 85 euro (p<0.0001), and indirect nonmedical-related costs (mainly for assistance with activities of daily living): 2985 euro versus 494 euro (p=0.014). Conclusions: NV-AMD patients in France reported substantially worse QoL and more anxiety and depression symptoms. The functional impact of blindness led to significantly higher health resource utilization in the AMD patients, resulting in higher total health costs compared to a similarly aged control group.
Mots clés :
Dégénérescence maculaire liée à l’âge
,
DMLA
,
qualité de vie
,
consommation de soins
,
fardeau de la maladie
Keywords:
Age-related macular degeneration
,
AMD
,
quality of life
,
health-care consumption
,
disease burden
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La dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), selon des registres européens et israéliens, constitue la principale cause de cécité chez les patients de 75 ans et plus dans ces pays [1Evans J, Fletcher A, Wormald R. Causes of virtual impairment in people aged 75 years and older in Britain: an add-on study to the MRC Trial of Assessment and Management of Older People in the Community. Br J Ophthalmol 2004;88:365-70.
Cliquez ici pour aller à la section Références], [2Farber M. National registry for the blind in Israel: estimation of prevalence and incidence rates and causes of blindness. Ophthalmic Epidemiol 2003;10:267-77.
Cliquez ici pour aller à la section Références], [3Rohrschneider K, Greim S. Epidemiology of blindness in Baden, Germany. Klin Monatsbl Augenheilkd 2004;221:116-21.
Cliquez ici pour aller à la section Références], [4Munier A, Gunning T, Kenny D, O’Keefe M. Causes of blindness in the adult population of the Republic of Ireland. Br J Ophthalmol 1998;82:630-3.
Cliquez ici pour aller à la section Références], [5Bamashmus M, Matlhaga B, Dutton G. Causes of blindness and visual impairment in the West of Scotland. Eye 2004;18:257-61.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Une étude européenne récente, EUREYE, a été menée pour obtenir des données de prévalence dans sept pays européens dont la France. Cette étude a pu dégager une prévalence globale de DMLA pour la France de 3,02 % (IC95 % 1,79-4,25], après ajustement sur l’âge et le sexe. Cette prévalence est similaire à celles retrouvées dans d’autres études menées dans les pays occidentaux [6Augood C, Vingerling J, De Jong P, Chakravarthy U, Seland J, Soubrane G, et al. Prevalence of age-related maculopathy in older europeans, the European Eye Survey (EUREYE). Arch Ophthalmol 2006;124:529-35.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Toutefois, EUREYE ne précisait pas de chiffres d’incidence, alors que l’étude de Rotterdam donnait une incidence de 1,2 pour 1 000 pour des patients âgés de 55 ans et plus et 8,8 pour 1 000 pour des patients âgés de 85 ans et plus après un suivi de deux ans [7Klaver C, Assink J, Van Leeuwen R, Wolfs J, Vingerling J, Stijnen T, et al. Incidence and progression rates of age-related maculopathy: the Rotterdam study. Investig Ophthalmol Vis Sci 2001;42:2237-41.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. La perte des facultés visuelles dans les dernières décades de la vie se traduit par un handicap dans la vie de tous les jours [8Nordmann JP, Vialal M, Sullivan K, Arnould B, Berdeaux G. Psychometric validation of the National Eye Institue Visual Function Questionnaire-25 (NEI VFQ-25), French version in a population of patients treated for ocular hypertension and glaucoma. Pharmacoeconomics 2004;22:197-206.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Outre l’impact sur la qualité de vie, la malvoyance peut entraîner un risque accru de chutes et de fractures [9Lord S. Visual factors for falls in older people. Age Ageing 2006;35:42-5.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Elle est enfin considérée comme un facteur de risque de dépression [10Casten R, Rovner B, Edmonds S. The impact of depression in older adults with age-related macular degeneration. J Vis Impairm Blindn 2002;96:399-406.
Cliquez ici pour aller à la section Références], [11Williams R, Brody B, Thomas R, Kaplan R, Brown S. The psychosocial impact of macular degeneration. Arch Ophthalmol 1998;116:514-20.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. La malvoyance a un impact particulier sur les sujets âgés du fait de l’accumulation des handicaps dans cette tranche d’âge [12Sander M, Bournot M, Lelièvre F, Tallec A. Les personnes ayant un handicap visuel. Les apports de l’enquête Handicaps-Incapacités-Dépendances. DREES Études et Résultats 2005;416.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. C’est ainsi que l’ANAES recommandait de « quantifier la performance visuelle subjective de manière à optimiser la prise en charge du patient » [13ANAES. Traitements de la dégénérescence maculaire liée à l’âge.
http://www.has-santé.fr2002.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. L’âge croissant des populations européennes soulève beaucoup de considérations en terme de santé et la DMLA est devenue un enjeu crucial [14Resnikoff S, Pascolini D, Etya’ale D, Kocur I, Pararajasegaram R, Pokharel G, et al. Global data on visual impairment in the year 2002 Bull World Health Organ 2004;82:844-51.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Néanmoins, l’évaluation chiffrée des conséquences de cette pathologie pour les patients et leurs familles, ainsi que pour la société de manière plus générale, n’a pas été effectuée de manière exhaustive en France. Plusieurs études ont passé en revue l’impact économique de la DMLA en France, mais en se focalisant davantage sur les coûts médicaux directs liés à la vision [15Bonastre J, Le Pen C, Anderson G, Ganz A, Berto P, Berdeaux G. The epidemiology, economics and quality of life burden of age-related macular degeneration in France, Germany, Italy and the United Kingdom. Eur J Health Econ 2002;3:94-102.
Cliquez ici pour aller à la section Références], [16Bonastre J, Le Pen C, Soubrane G, Quentel G. The burden of age-related macular degeneration, results of a cohort study in two french referrals centres. Pharmacoeconomics 2003;21:181-90.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Les études évaluant la qualité de vie, comme le soulignait l’ANAES, avaient une portée limitée du fait d’outils inadaptés, de manques de repères temporels ou de comparaisons avec la population générale [13ANAES. Traitements de la dégénérescence maculaire liée à l’âge.
http://www.has-santé.fr2002.
Cliquez ici pour aller à la section Références].
Cette étude transversale a été menée au Canada et dans quatre pays européens, l’Allemagne, le Royaume Uni, l’Espagne et la France d’avril à octobre 2006. Dans chaque pays des patients atteints de DMLA néovasculaire bilatérale ont été recrutés dans des centres spécialisés, tandis que les sujets contrôle venaient de cabinets de médecine générale. Pour les besoins de l’analyse, les patients ont été classés, selon l’acuité visuelle du meilleur œil (échelle de Snellen), en cinq degrés de sévérité : normal (supérieure à 20/40), léger (entre 20/40 et 20/80), modéré (entre 20/80 et 20/200), sévère (entre 20/200 et 20/400), correspondant à une cécité centrale (20/400 et moins).
Les critères d’inclusion des sujets, pour la cohorte DMLA-NV étaient les suivants : un âge de 50 ans ou plus, une DMLA rétrofovéolaire néovasculaire bilatérale, le volontariat et l’aptitude à signer un consentement éclairé, la capacité de comprendre la langue dans laquelle ils étaient interrogés au téléphone. Les sujets du groupe contrôle devaient avoir une acuité visuelle d’au moins 20/40 pour le meilleur œil.
Tous les sujets ayant participé à un essai clinique le mois précédant l’étude, ainsi que ceux dont l’état physique ou psychologique aurait pu compromettre la participation étaient exclus du groupe patient ou du groupe contrôle. De plus, dans le groupe DMLA les patients présentant des affections qui pouvaient altérer la vision comme la rétinopathie diabétique, un glaucome ou une chirurgie récente de la cataracte (moins de six mois) n’étaient pas inclus.
Le critère principal de l’étude était la différence entre les patients DMLA et les sujets du groupe contrôle sur le score global du questionnaire NEI-VFQ-25. Les critères secondaires étaient les différences observées inter- et intra-groupe sur le NEI-VFQ-25, l’HADS et l’EuroQol (EQ-5D). Lors d’un entretien téléphonique, les patients et les sujets du groupe contrôle étaient évalués sur leur qualité de vie et interrogés sur la consommation de soins. Le NEI-VFQ-25 est un questionnaire de qualité de vie adapté aux troubles visuels ; il est composé de 25 éléments ; il prend en compte les dimensions de santé globale, la vision, les douleurs oculaires, les activités nécessitant une vision rapprochée et une vision de loin, les activités nécessitant une vision périphérique, la vie sociale, la santé mentale, les difficultés rencontrées et la dépendance. Il a été validé en français [8Nordmann JP, Vialal M, Sullivan K, Arnould B, Berdeaux G. Psychometric validation of the National Eye Institue Visual Function Questionnaire-25 (NEI VFQ-25), French version in a population of patients treated for ocular hypertension and glaucoma. Pharmacoeconomics 2004;22:197-206.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. L’HADS permet de détecter et d’évaluer le degré de l’anxiété et de la dépression : le score d’anxiété (7 questions) est considéré indépendamment du score de dépression (7 questions). L’EQ-5D est un questionnaire de santé générale basé sur 5 questions qui permettent d’apprécier l’autonomie du patient, son aptitude à s’occuper de lui-même, sa capacité à effectuer les activités habituelles, les douleurs ou la gêne, ainsi que l’anxiété et la dépression. Des questions spécifiques ont permis de colliger des données sur la consommation de soins, notamment tout ce qui avait trait aux chutes et aux fractures, à d’autres lésions, au traitement de l’anxiété et de la dépression et à la prise en charge de l’atteinte visuelle. D’autres questions s’intéressaient à la vie quotidienne des patients, notamment aux besoins d’aide pour les tâches ménagères, les courses, les loisirs, le transport voire à l’institutionnalisation.
Dans chaque centre spécialisé, le médecin remplissait un cahier d’observation et recueillait les données sociodémographiques, l’acuité visuelle (mesurée selon l’échelle de Snellen), les données d’examens complémentaires (lampe à fente, angiographie à la fluorescéine, angiographie au vert d’indocyanine, tomographie à cohérence optique). Si cela était possible, les traitements précédents ou en cours de la DMLA (thérapie photodynamique, injection intra-vitréennes de corticoïdes ou association des deux) étaient relevés. Les aides visuelles (loupes et autres), la rééducation et les comorbidités visuelles ou autres étaient également notées. Dans les centres de médecine générale, les praticiens recueillaient les données socio-démographiques des sujets contrôle, leur acuité visuelle et les comorbidités.
Les coûts socio-économiques de la DMLA étaient évalués du point de vue global. Ces coûts incluaient les coûts médicaux directs liés aux troubles visuels (équipement visuel, consultations, rééducation, lunettes ou lentilles de contact, examens complémentaires et traitements préalables), les coûts médicaux directs non liés aux troubles visuels (chutes et autres blessures liées à un accident, traitement de l’anxiété et/ou de la dépression, autres traitements) ainsi que les coûts directs non médicaux (hébergement dans une structure spécifique, coûts des aides, prestations sociales). Des unités de coûts étaient attribuées à chaque type de ressource utilisée, selon une méthodologie standard ; les coûts individuels annuels ont été calculés en multipliant le nombre d’unités utilisées par le coût unitaire et en faisant la somme des résultats dans chaque catégorie de coûts.
L’effectif de l’étude a été estimé sur la base d’une différence attendue de dix points sur le score global du NEI-VFQ 25 entre les patients DMLA et les contrôles. Pour un risque alpha de 0,05 (test bilatéral) et une puissance de 80 %, un nombre minimum de 63 patients était nécessaire par groupe. Afin de tenir compte d’une éventuelle perte d’information, il a été décidé de recruter 100 patients par groupe. Les variables continues ont été exprimées sous forme de moyenne et d’écart-type, les variables catégorielles en pourcentage. Les variables continues issues des échelles de qualité de vie, des coûts ont été comparées, entre les deux groupes, par analyse de variance (ANOVA) ou par analyse de covariance (ANCOVA). Cette dernière a permis l’ajustement de covariables comme l’âge (au dessus ou en dessous de 70 ans), le sexe, les comorbidités visuelles ou autres exprimées sous forme de variables discrètes. Les variables catégorielles ont été comparées grâce au test du chi2 ou grâce à la régression logistique multiple. De plus, afin d’affiner l’impact de la DMLA sur les résultats de qualité de vie, les scores moyens ont été comparés grâce à l’ANOVA et à l’ANCOVA. Il n’a pas été fait d’analyse intermédiaire. Le seuil de significativité a été choisi à 0,05, sans ajustement sur les comparaisons multiples, du fait du caractère exploratoire de l’étude. Toutes les analyses ont été réalisées à l’aide du logiciel PC-SAS version 9.1.
Dans les cinq pays, 401 patients atteints de DMLA et 471 sujets contrôle ont été recrutés, répondant aux critères d’inclusion. En France ont été recrutés 87 patients et 92 contrôles. L’objectif de cette publication est de présenter les données françaises.
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Caractéristiques démographiques |
Les patients atteints de DMLA étaient plus âgés que les sujets du groupe contrôle : leur âge moyen était de 79 ans [69-95] pour 67 ans [52-80] dans le groupe contrôle. La majorité des patients étaient de sexe féminin (64 %) et vivaient avec un conjoint ou des membres de leur famille (68 %). Cependant, comparés aux sujets du groupe contrôle, un nombre plus faible de patients atteints de DMLA vivait avec un conjoint ou en famille (68 % contre 82 % pour le groupe contrôle) ; un nombre plus important de patients atteints de DMLA vivait seul : 30 % contre 20 % pour le groupe témoin. Les patients du groupe DMLA présentaient en moyenne moins de comorbidités que les sujets du groupe contrôle (0,79 [0,55, 1,04] contre 2,15 [1,92 ; 2,39], p < 0,0001) (tableau I).
Après ajustement sur l’âge, le sexe et les comorbidités, le score global moyen est significativement plus altéré chez les patients atteints de DMLA que chez les sujets du groupe contrôle : 44,43 [36,21 ; 52,65] contre 91,83 [86,17 ; 97,49], p < 0,0001 (tableau II). Les modifications globales de ce score ont été liées aux cinq catégories prédéfinies de degré d’altération visuelle. La diminution du score global était proportionnelle à la diminution du degré d’acuité visuelle (fig. 1).
Les scores d’anxiété et les scores de dépression étaient significativement altérés chez les patients atteints de DMLA comparés au groupe contrôle, après ajustement sur l’âge, le sexe et les comorbidités. Le score global moyen d’anxiété était de 8,53 [6,26-10,79] contre 5,11 [3,52-6,70], p = 0,0005 ; le score global moyen de dépression était de 7,09 [5,07-9,12] contre 2,94 [1,51-4,37], p < 0,0001.
Bien que les patients atteints de DMLA aient eu un score plus faible et donc plus altéré sur ce questionnaire de qualité de vie générale, la différence avec le groupe contrôle n’était pas significative : 0,62 [0,50 ; 0,75] contre 0,71 [0,62 ; 0,80] pour le groupe contrôle. De même que pour le score HADS, il n’a pas été observé de corrélation entre les valeurs de score et le degré d’altération visuelle.
Les trois principaux postes de dépenses ont été les suivants : les coûts directs médicaux liés aux troubles visuels, les coûts directs médicaux non liés aux troubles visuels et les coûts directs non médicaux. Les coûts directs médicaux non liés aux troubles visuels représentent les frais engendrés par les chutes et les blessures qui en résultent, ainsi que les dépenses liées au traitement de l’anxiété et de la dépression. L’analyse des coûts liés aux chutes et aux fractures ne montrait pas de différence significative entre les patients DMLA et les sujets du groupe contrôle, il en est de même pour les coûts liés au traitement de l’anxiété et de la dépression. Les coûts directs médicaux liés aux troubles visuels incluaient les coûts de consultation, les coûts des examens de diagnostic, le coût de la rééducation et le coût du traitement de la DMLA. Les coûts directs non médicaux sont la somme des coûts additionnels liés à l’aide pour les activités quotidiennes, des prestations sociales et du coût des séjours en institution (tableau III, fig. 2). Les coûts totaux ont été très supérieurs dans le groupe DMLA par rapport à ceux du groupe contrôle : 7 349 euro contre 1 525 euro, p < 0,0001. Une telle différence est imputable d’une part à l’accroissement des coûts directs médicaux liés aux troubles visuels : 3 396 euro contre 85 euro, p < 0,0001 (dont une part importante est liée aux coûts des consultations), et d’autre part à l’accroissement des coûts directs non médicaux : 2 985 euro contre 494 euro, p = 0,014. L’aide aux patients qu’il s’agisse de tâches ménagères, de soins médicaux ou non, de démarches administratives et de transport, représentait l’intégralité de cette catégorie, dans la mesure où aucun patient ne bénéficiait d’hébergement spécifique, ni de prestations sociales. Ces 2 985 euro par patient se répartissaient de la manière suivante : 65 % pour les tâches ménagères, 11 % pour les transports sanitaires, 10 % pour les transports de nature autre, 9 % pour les soins et 5 % pour les tâches administratives. En revanche, la comparaison des coûts médicaux directs non liés aux troubles visuels, qu’il s’agisse de la prise en charge des chutes ou des troubles anxio-dépressifs, ne montrait de différence significative entre le groupe des patients DMLA et le groupe contrôle.
Cette étude a permis de quantifier l’impact de la DMLA néovasculaire, rétrofovéolaire bilatérale sur la qualité de vie, la consommation de soins et les coûts à une période où les traitements anti VEGF n’étaient pas disponibles. Le concept et la méthodologie de l’étude diffèrent de ceux des études plus classiques. Des études françaises précédentes ont été revues dans le cadre de cet article : un premier article de J. Bonastre et al. [15Bonastre J, Le Pen C, Anderson G, Ganz A, Berto P, Berdeaux G. The epidemiology, economics and quality of life burden of age-related macular degeneration in France, Germany, Italy and the United Kingdom. Eur J Health Econ 2002;3:94-102.
Cliquez ici pour aller à la section Références] estimait les coûts médicaux directs liés aux troubles visuels à 10 688 euro par patients et années, à partir de déclarations d’experts et d’une revue de la littérature. Le nombre de nouveaux cas était extrapolé de données de prévalence et de durées moyennes de la maladie. Le budget annuel de la DMLA était établi sur la seule base des patients éligibles pour une photocoagulation au laser ou une thérapie photodynamique [15Bonastre J, Le Pen C, Anderson G, Ganz A, Berto P, Berdeaux G. The epidemiology, economics and quality of life burden of age-related macular degeneration in France, Germany, Italy and the United Kingdom. Eur J Health Econ 2002;3:94-102.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Un second article, publié un an plus tard, relatait une évaluation des coûts médicaux directs liés aux troubles visuels (consultations des ophtalmologistes, des médecins généralistes et coûts du traitement) et des coûts directs non médicaux (assistance et transport), cette fois sur la base d’une étude observationnelle réalisée auprès de patients atteints de DMLA [16Bonastre J, Le Pen C, Soubrane G, Quentel G. The burden of age-related macular degeneration, results of a cohort study in two french referrals centres. Pharmacoeconomics 2003;21:181-90.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. La comparaison des coûts obtenus lors de ces deux études montre que l’évaluation directe auprès des patients diminue l’estimation des coûts médicaux directs de 10 688 euro à 1 684 euro par patient. Ce mode d’évaluation a permis d’estimer les coûts directs non médicaux à 1 796 euro. Toutefois, dans cette dernière étude, les coûts indirects et les comorbidités n’avaient pas été pris en compte. L’estimation des coûts directs non médicaux de 2003 est inférieure à celle retrouvée dans cette étude menée en 2006, cependant la comparaison s’avère difficile puisque l’étude ne donne pas de détail sur les différents degrés d’atteinte d’acuité visuelle (en dehors du fait que l’acuité visuelle du meilleur œil devait être inférieure ou égale à 20/40). De plus, certains coûts comme les équipements spécifiques ou la rééducation n’ont pas été pris en compte. Enfin l’étude de 2003 s’est limitée à deux centres parisiens (un public et un privé) [16Bonastre J, Le Pen C, Soubrane G, Quentel G. The burden of age-related macular degeneration, results of a cohort study in two french referrals centres. Pharmacoeconomics 2003;21:181-90.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. Dans ces deux études, la qualité de vie n’a pas été évaluée ce qui occulte le retentissement humain de cette maladie. Cette étude diffère des précédentes dans la mesure où les données des patients n’étaient pas issues de registres, mais d’entretiens directs avec les patients et les sujets contrôle. Cette différence permet une appréciation plus fine du poids de la maladie grâce à une information directement recueillie auprès du malade et du médecin traitant. Le recrutement des cas et des contrôles n’a pas permis de faire un appariement même si l’étude n’incluait que des sujets âgés. Dès lors, il a été nécessaire de procéder à des ajustements sur le sexe, l’âge et les comorbidités lors des comparaisons entre le groupe DMLA et le groupe contrôle. De plus, afin d’éliminer le biais que pouvait constituer l’influence de l’âge sur les réponses au NEI-VFQ-25, au vu de la différence d’âge moyen entre les patients DMLA et les sujets du groupe contrôle, une analyse de sous-groupe réalisée au seuil de 70 ans montrait que la différence persistait entre les deux groupes : 47,07 [IC95 % 35,01-59,13] pour les patients DMLA contre 95,57 [IC95 % 84,97-106,18], p < 0,0001. En prenant un seuil à 75 ans, la différence était encore significative : 47,19 [IC95 % 32,59-61,80] contre 95,15 [IC95 % 80,85-109,45] p < 0,0001. Bien que l’HADS ait mis en évidence une symptomatologie anxio-dépressive plus prononcée chez les patients atteints de DMLA, il n’a pas été observé d’augmentation correspondante des coûts médicaux directs non liés aux troubles visuels. À la différence des études précédentes qui montraient une prévalence accrue de comorbidités chez les patients atteints de DMLA, les observations de cette cohorte française révélaient que les sujets du groupe contrôle présentaient plus de comorbidités y compris d’anxiété et de dépression. Une telle constatation est en faveur soit d’un sous-diagnostic des comorbidités chez les patients DMLA, soit d’une meilleure connaissance du patient par les médecins généralistes qui suivaient les sujets du groupe contrôle. En ce qui concerne la dépression, les limitations sociales des patients atteints de DMLA sont mises sur le compte de la maladie visuelle plutôt que sur celui de la dépression ce qui entraîne un sous-diagnostic de cette dernière. Une échelle de qualité de vie spécifique de la vision, le NEI-VFQ-25, montrait l’impact négatif de la DMLA, après ajustement sur les comorbidités, l’âge et le sexe. Ce retentissement était proportionnel au degré d’altération visuelle. Un tel résultat était prévisible puisque J. Mitchell et C. Bradley, dans une revue de la littérature, indiquaient que le NEI-VFQ 25 était corrélé à l’acuité visuelle et sensible à ses modifications au cours du temps, contrairement à d’autres échelles génériques comme l’HADS [17Mitchell J, Bradley C. Quality of life in age related macular degeneration: a review of the literature. Health Qual Life Outcomes 2006;4:1-20.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. L’analyse des coûts a mis en évidence l’accroissement significatif des coûts médicaux directs liés aux troubles visuels et des coûts directs non médicaux. Une telle augmentation reflète le besoin d’assistance majeur des patients atteints de DMLA. Cette constatation illustre les conclusions du rapport de la DRESS : « la malvoyance a un impact particulier sur la vie quotidienne chez le sujet âgé qui accumule les invalidités » [12Sander M, Bournot M, Lelièvre F, Tallec A. Les personnes ayant un handicap visuel. Les apports de l’enquête Handicaps-Incapacités-Dépendances. DREES Études et Résultats 2005;416.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. De surcroît, ces patients vivaient à domicile, voire seuls (c’était le cas dans cette étude pour 30 % d’entre eux). Enfin, ces dépenses ne sont pas prises en charge par la Sécurité sociale comme elles le sont en Allemagne [18Cruess A, Zlateva G, Xu X, Soubrane G, Pauleikhoff D, Lotery A, et al. Economic burden of neovascular age-related macular degeneration: multi-country study. Pharmacoeconomics 2008;26:57-73.
Cliquez ici pour aller à la section Références]. L’étude présentée ayant été menée au Canada et dans trois autres pays européens, il a été possible d’établir des comparaisons ; sur le plan démographique, l’âge moyen des sujets était similaire dans les pays et les patients étaient en majorité de sexe féminin. Sur le plan économique, l’étude des coûts directs médicaux liés aux troubles visuels montrait que le poste principal de dépense était le traitement médical (par vertéporfine) en France, au Canada et en Espagne. L’étude des coûts directs médicaux non liés aux troubles visuels montrait une prise en charge de l’anxiété et de la dépression des patients DMLA plus importante (en nombre et en durée de traitements) en France et en Espagne. L’étude des coûts directs non médicaux révélait que 1 % des patients français recevait des prestations, pour 21 % des patients anglais ; par ailleurs l’aide représentait 41 % de ces coûts en France pour 15 % en Espagne. Une telle hétérogénéité reflète les différences de prise en charge de la DMLA selon les pays.
Cette étude française sur l’impact de la maladie engendré par la DMLA bilatérale rétrofovéolaire néovasculaire montre, d’une part, une corrélation entre une échelle de qualité de vie spécifique aux affections visuelles et l’altération de l’acuité visuelle et d’autre part, le poids important des coûts directs non médicaux. Ces derniers sont certainement sous-estimés en France par manque de structures d’hébergement adaptées aux malvoyants. Une prise en charge plus précoce de la DMLA néovasculaire pourrait ainsi améliorer la qualité de vie des patients et diminuer leur besoin d’assistance. Remerciements. Les auteurs remercient les ophtalmologistes et les médecins généralistes qui ont participé à l’étude française.
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