Lors de la publication des dernières statistiques sanitaires françaises des causes de mortalité pour l’année 2004, pour la première fois, les décès par maladie cardiovasculaire étaient moins nombreux que les décès par cancer. Cette rétrogradation à la deuxième place des causes de mortalité correspond à une véritable victoire des spécialistes des maladies cardiovasculaires. On estime qu’entre les années 2000 et 2006, il y a un recul de ces maladies cardiovasculaires d’environ 15 % en France.
Plusieurs modélisations réalisées considèrent que cette réduction est imputable, à part équivalente, à deux facteurs :
- d’une part, l’amélioration de la prise en charge des événements morbides, devenant moins fréquemment des événements mortels ;
- et d’autre part, l’amélioration des stratégies de prévention des maladies cardiovasculaires.
Il y a peu de domaines en médecine où les progrès ont été si rapides, si étonnants, si révolutionnaires. Les stratégies, à la fois de prévention et de prise en charge, ont été radicalement transformées ces deux dernières décennies.
Ces transformations concernent bien entendu la cardiologie interventionnelle, dont le bénéfice apparaît indiscutable dans le cadre des syndromes coronaires aigus, mais dont les pratiques concernent autant, et peut-être même encore plus, les patients porteurs d’une cardiopathie ischémique stable. L’évolution technologique des matériels donne aussi le vertige. Qui aurait pu prévoir il y a 20 ans que les dilatations coronaires seraient quasi systématiquement complétées par la mise en place d’endoprothèses et que ces endoprothèses délivreraient de plus en plus fréquemment des substances pharmacologiques appartenant à la famille des anticancéreux !
Bien entendu, ces évolutions concernent aussi les stratégies pharmacologiques, les nouvelles drogues succèdent aux nouvelles classes pharmacologiques, montrant leur bénéfice à la fois dans la prise en charge mais aussi dans la prévention des événements morbides.
Malgré tout cela, les indications des revascularisations chirurgicales persistent, mais celles-ci concernent des patients de plus en plus sévères, de plus en plus âgés, de plus en plus fragiles. Cette technique n’est d’ailleurs pas en reste en matière d’évolution, les pontages veineux sont devenus de façon prédominante, si ce n’est quasi-systématique, des pontages artériels. Parfois, le cœur ne s’arrête même pas de battre pendant l’intervention et les cicatrices ne cessent de diminuer de taille !
La seule ombre au tableau concerne les aspects hygiéno-diététiques et comportementaux. Les avancées dans ce domaine restent très discrètes. Une des explications, pessimiste, de cette stagnation, serait que ces stratégies bénéficient de peu d’investissements industriels et financiers et donc de peu d’intérêt des spécialistes. Une autre explication, pas beaucoup plus optimiste, serait que l’énergie nécessaire pour modifier le style de vie des individus est énorme et, malheureusement, peu compatible avec l’exercice moderne de la médecine.
Bien entendu, dans les années qui viennent, chacune de ces trois stratégies de prise en charge et de prévention des cardiopathies ischémiques (pharmacologique, instrumentale et chirurgicale) va évoluer pour son propre compte. Bien malin celui qui pourrait prédire aujourd’hui, la part relative de chacune des trois, demain. Quelle qu’elle soit, formulons aujourd’hui le vœu que la sagesse l’emportera et que les stratégies cherchant à modifier les styles de vie des individus et notamment les comportements néfastes pour la santé, seront au cœur des décisions thérapeutiques.