Enfance heureuse ? Enfance fragile ! Au commencement, l’enfant n’a pas la parole (in-fans, en latin). Puis le bambin babille et, de babil en lallation, il fait entendre sa voix, sa différence et aussi parfois ses différences…
Penser l’enfant, ses besoins, son développement, ses désirs et ses attentes… c’est d’abord penser cette fragilité. C’est préparer un berceau protecteur qui lui permettra de grandir, de s’épanouir, de vivre, de s’aguerrir. Penser l’enfant, c’est être triplement pro : professionnel, protecteur, mais aussi pro-actif. C’est anticiper les risques, pallier ses vulnérabilités, prévoir sa protection, préparer son parcours : parcours de vie, de santé, de soins, mais aussi familial, social, scolaire…
Car la vulnérabilité est une notion dynamique… et toute relative, et la protection vient compenser la fragilité inhérente à certains moments-clés (phase post-natale, scolarisation, adolescence…) qui sont l’occasion de grandes découvertes.
Penser l’enfant, c’est donc anticiper ces passages et préparer ses bagages : habillage, langage, étayage et engagement au monde. Pour que le petit être encore malléable se lance dans la vie chaudement caparaçonné, bien protégé des traumatismes extérieurs. Pour que sa chair et son âme puissent se confronter au réel, finalement sans trop de dommages.
Protéger l’enfance, aujourd’hui, c’est aussi pallier la vulnérabilité des familles, coordonner les acteurs – tous les acteurs – et assurer la continuité des projets. C’est aussi se préoccuper de la fragilité de ces acteurs-là (trop souvent en burn out, c’est-à-dire pour le moins échaudés, voire “brûlés de l’intérieur”…) et du réseau qu’ils tissent autour de l’enfant. Ce, alors que se creusent les inégalités et que les solidarités se délitent. Or, un berceau percé ne protège guère.
L’enfant est alors “en risque de tous les dangers”.
Et ceux qui s’en occupent aussi.