Ce numéro contient les communications présentées lors de la séance thématique que l’Académie a consacrée le 21 novembre 2007 à la pandémie cannabique ainsi qu’une mise au point de Jean-Pierre Goullé et al. sur les relations entre drogues, médicaments et accidentologie. L’utilisation du terme « pandémique », normalement réservé aux maladies transmissibles, pourrait apparaître surprenant dans le contexte d’usage d’une substance, mais semble cependant approprié au caractère prolifératif et ubiquitaire de l’usage du cannabis et de ses dérivés, en particulier parmi les tranches d’âges les plus jeunes.
Deux de ces articles, rédigés par les meilleurs spécialistes français du domaine que sont J. Constentin et J.-P. Goullé, correspondent aux données scientifiques les plus récentes sur la neuropsychopharmacologie et la pharmacocinétique du delta-9-tetrahydrocannabinol ou THC, principe toxique contenu dans Cannabis sativa . Ils constitueront certainement la référence en français sur cette molécule. Ainsi, ils apparaissent d’emblée comme des outils indispensables à la communauté scientifique, permettant d’éclairer, si besoin en était encore, ceux qui persisteraient à nier l’évidence, c’est-à-dire le caractère particulièrement délétère et sournois de l’usage du cannabis et à plaider pour une tolérance accrue.
Outre sa nocivité directe, l’usage du cannabis entraîne de nombreux retentissements sociaux, notamment en termes d’incidence sur la sécurité au travail et sur la circulation routière. Cet aspect fait l’objet, dans ce numéro, de deux articles particulièrement démonstratifs et convaincants de I. Ricordel et de J.-P. Goullé et al. Ainsi, n’est-il pas hallucinant d’apprendre que près de la moitié des contrôles pratiqués sur des conducteurs à visée de recherche de stupéfiant se soient révélés positifs ? Ils devraient faire réfléchir ceux qui plaident pour l’usage « festif » du cannabis au motif que chacun est libre et responsable de son corps, omettant d’envisager, comme d’ailleurs pour l’alcool ou d’autres drogues, l’incidence des comportements individuels sur l’autre. Cela justifie pleinement la sévérité accrue de notre législation en cas d’accidents causés sous l’emprise de psychotropes.
Le rôle néfaste du cannabis a toujours été considéré par notre Académie comme d’une importance majeure en ce qui concerne la santé publique. Cette séance de très haut niveau avait été souhaitée, préparée puis présidée avec sa verve habituelle par le professeur Roger Boulu, notre très regretté collègue décédé le 28 janvier 2008. Le comité de rédaction des Annales a donc tout naturellement souhaité dédier ce numéro à la mémoire de celui qui aura tant œuvré dans le domaine essentiel de la toxicomanie.