L’idée que le sort de l’hôpital ne dépend que de la façon dont il est géré est une conception naïve. Pour reprendre Guy Vallancien, auteur d’un rapport sur la gouvernance1 commandé par Roselyne Bachelot, l’hôpital sera désormais “gouverné” par un directoire, un conseil de surveillance et une commission médicale d’établissement sous la décision hiérarchique d’un directeur aux pouvoirs élargis.
Le processus de certification contribuera probablement à tendre vers une meilleure qualité des soins. Il serait, en revanche, nécessaire d’étendre le regard au-delà de cette désormais “entreprise de soins”. L’hôpital n’est pas un électron libre, il s’inscrit comme un simple moyen de réponse à la demande de santé de la société française, qui elle-même s’inscrit dans un contexte européen voire mondial, fondé sur les valeurs vacillantes du capital et de la bourse.
Pour savoir de quel hôpital nous avons besoin, il faut être conscient de la société dans laquelle nous vivons. En 1883 naît le premier véritable régime de Sécurité sociale, élaboré par Otto von Bismarck. Qu’en est-il, en 2008, de cette participation collective aux problèmes de santé d’un individu, à l’heure où seuls 13 % de la population considèrent l’intérêt général comme une valeur ?
Durant tout le xix e et une partie du xx e siècle, l’hôpital refuge était à la fois un lieu de sécurisation, d’asile et de soins pour la population. En 2008, alors que « les établissements de soins publics s’enfoncent dans le marasme et le déficit financier »1, « les missions de l’hôpital restent le soin et ses filières doivent être efficaces comme le sont celles de l’entreprise »1.
Si les hospitaliers doivent changer de culture, si repenser nos missions apparaît indispensable, encore faut-il envisager l’essentiel : changer les mentalités des demandeurs de soins. Il ne faut pas se tromper de cible.
Le triptyque de la santé publique s’articule autour des besoins, des demandes et des réponses. Sans approche globale de ces besoins, toute la réforme hospitalière est vouée à l’échec.