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Kinésithérapie, la revue
Vol 8, N° 82  - octobre 2008
pp. 36-44
Doi : KIN-10-2008-00-82-1779-0123-101019-200809827
La physiothérapie en Australie
Formation, qualification et exercice
 

Joan McMeeken
[1] Professor, Foundation Professor and Foundation Head, School of Physiotherapy, Professorial Fellow, Faculty of Medicine, Dentistry and Health Sciences, The University of Melbourne 4th Floor, 766 Elizabeth Street, The University of Melbourne 3010 Australia

Cet article est en partie basé sur un article de l’auteur publié dans Physical Therapy Reviews. McMeeken JM 2007 Physiotherapy Education in Australia Physical Therapy Reviews 12:83-91. La traduction a été réalisée par Monsieur Pope et ajustée par Pierre Trudelle.

La version originale de l’article est disponible en ligne sur http://www.em-consulte.com/revue/kine. Des vidéos sont disponibles sur le blog de Kinésithérapie, la revue. Elles sont appelées dans le texte par titre de la note. http://revuekine.hautetfort.com/visite_australie/


Résumé

L’Australie a plus d’un siècle d’histoire de formation universitaire en physiothérapie. En 2008, des programmes de licence, de master et de doctorat sont proposés par quatorze universités. La qualité des programmes d’enseignement, accrédités par le Conseil national de physiothérapie (Australian Physiotherapy Council), est garantie par l’université. Le diplôme donne le droit de s’inscrire au registre des praticiens qualifiés. Les enseignants universitaires et les praticiens cliniques, dont l’étroite collaboration enrichit la formation des futurs praticiens, ont largement contribué à l’établissement des normes nationales de qualification.

La pratique clinique est une partie essentielle de la formation.

Les physiothérapeutes diplômés sont représentatifs de la communauté multiculturelle de l’Australie, même s’il y a une prédominance de femmes dans la profession. Tous les ans, 1 100 nouveaux diplômés environ rejoignent les 16 000 praticiens en activité.

En Australie, la physiothérapie est une profession autonome, permettant les consultations de première intention depuis plus de trente ans. Les praticiens peuvent se spécialiser dans un grand nombre de spécialités enseignées à l’université et soutenues par d’importants programmes de formation continue. Il existe des programmes de deuxième (masters) et troisième cycle (doctorat) diplômant à la fois en pratique clinique et en recherche.

Abstract

Australia has more than 100 years of physiotherapy university education. In 2008, baccalaureate and graduate entry programs are available in 14 universities. The universities set general standards of education. Additionally physiotherapy programs must meet the Australian Physiotherapy Council requirements before programs are accredited and their graduates are eligible for registration to practice. Academic and clinical physiotherapists have contributed to the development of these national standards and work collaboratively in the delivery of educational programs. Clinical education is an integral component of all degrees. Physiotherapy graduates are broadly representative of Australia’s multicultural community although with a higher percentage of women. There are approximately 1,100 graduates annually joining a workforce of about 16,000 physiotherapists. Australian physiotherapists have enjoyed autonomous primary care practice for more than 30 years. A wide range of specialist areas is open to them, supported by extensive continuing education and formal university programs leading to postgraduate doctoral and masters degrees in clinical practice and research.

McMeeken J. Physiotherapy education and practice in Australia. Kinesither Rev 2008;(82):36-44.


Mots clés : Accréditation , Formation , Kinésithérapie , Physiothérapie , Qualification , Spécialité



Voici un article intéressant qui retrace l’évolution de la Physiothérapie en Australie. Il permet de voir notamment que les « clinical school » et les systèmes qualité sont installés et donnent une formation de grande reconnue. L’accès direct des patients, les « degrés universitaires » permettent de montrer que c’est la profession qui s’est prise en main pour la rendre autonome. Nous pouvons apprécier l’écart qui nous sépare de l’Australie et essayer d’élaborer des priorités d’actions.

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Introduction

L’Australie est la plus grande île du monde, une des formations géologiques des plus anciennes de la Terre. Malgré le fait que des marins français et néerlandais accostèrent sur l’île, la Terra Australis resta relativement peu connue de l’hémisphère nord jusqu’au xviii e siècle. C’est en 1 770 que le Capitaine James Cook planta le drapeau britannique sur l’île. Les premiers colons arrivèrent en 1788 [1]. Bien que non reconnue comme propriétaire de la terre, la population aborigène avait un mode de vie très adapté à l’environnement hautement varié de l’île où se succèdent des déserts pierreux, des forêts de riche végétation tropicale et des zones tempérées. Au départ, l’Angleterre utilisait l’Australie comme une colonie pénitentiaire, mais au milieu du xix e siècle, la découverte de riches gisements d’or attira une population d’immigrants de plus en plus nombreux. Depuis, l’Australie a bénéficié de plusieurs vagues successives d’immigrants venant du monde entier.

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Les débuts de la formation en physiothérapie en Australie

C’est après la ruée vers l’or des années 1850 qu’apparaissent les premiers rapports de praticiens faisant usage de la médecine physique, du massage et de l’exercice. Certains de ces pionniers formèrent d’autres praticiens. Vers la fin du xix e siècle, le premier cursus universitaire est présenté à l’Université de Melbourne (note du traducteur : voir la vidéo « université de Melbourne » sur le blog), Victoria, avec des cours d’anatomie et de dissection et des études cliniques à l’Hôpital de Melbourne. Ce premier cursus a été établi en 1906 après la fondation en 1905 de l’AMA (Australian Massage Association). Cette association professionnelle, précurseur de l’APA (Australian Physiotherapy Association), a institué des registres de praticiens qualifiés, des programmes de formation et des systèmes d’évaluation [2]. En 1907, on enseignait la physiothérapie à l’Université de Sydney (note du traducteur : voir la vidéo « présentation du Cumberland campus » sur le blog), Nouvelle-Galles du Sud, et en 1908 à l’Université d’Adélaïde, Australie du Sud (note du traducteur : voir la vidéo « Université d’Adelaïde » sur le blog). Ces enseignements se développèrent en relation avec les écoles de médecine et leurs centres hospitalo-universitaires [3].

En 1922, la législation du Gouvernement de Victoria établit un registre des praticiens qualifiés afin de protéger le public (note du traducteur : ce que l’on appelle « la communauté ») et de maintenir des standards professionnels.

D’autres programmes de formation commencèrent à l’Université de Queensland en 1938 et en Australie Occidentale en 1951. A la fin des années 1970, le cursus durait quatre ans et était sanctionné par une licence universitaire. Depuis 1994, les doyens des Écoles de Physiothérapie d’Australie et de Nouvelle Zélande se réunissent deux fois par an afin de favoriser des échanges d’informations, de promouvoir des stratégies éducatives et d’encourager la recherche collective. Ces réunions ont abouti en 1997 à la mise en œuvre d’un processus d’accréditation nationale afin de garantir la qualité de la formation. Promouvoir une formation d’excellence est également le but du groupe national des éducateurs (National Educators Group) affilié à l’APA [4].

« Depuis 1994, les doyens des Écoles de Physiothérapie d’Australie et de Nouvelle Zélande se réunissent deux fois par an afin de favoriser des échanges d’informations, de promouvoir des stratégies éducatives et d’encourager la recherche collective. »

De 1994 à 2008, le nombre de formations en physiothérapie dans les universités australiennes est passé de six à dix-neuf, avec des niveaux de sortie pour exercer mixte allant de la licence (4 ans) au « master d’entrée » dans la profession pour ceux ayant une licence dans une autre discipline (master entry level). Pour les universités, ces formations sont particulièrement intéressantes en raison de la demande importante de physiothérapeutes et le niveau académique élevé des étudiants [5].

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La formation en physiothérapie en 2008

La formation initiale en physiothérapie en Australie est strictement universitaire. En général, une École de Physiothérapie est dirigée par un professeur agrégé et comporte un volet de recherche comme fondement éducatif. Les enseignants sont des universitaires diplômés, généralement du niveau doctorat, dans une spécialité clinique. La formation clinique, une partie essentielle du cursus, est également dispensée par des universitaires qualifiés. Dès leur première année, leur cursus met les étudiants en rapport avec les professeurs et assistants universitaires de haut niveau, à la fois sur le campus et à l’hôpital. 1 100 étudiants ont reçu leur diplôme de physiothérapie en 2006 ; en 2007 il y avait 1 350 étudiants en première année [5].

Le financement des formations

En Australie, la formation universitaire, dispensée par des universités publiques, est financée par des fonds publics (Gouvernement Fédéral) et les ressources personnelles de l’étudiant. Les frais d’inscription peuvent être pris totalement en charge pour certains étudiants. L’Australie accueille un grand nombre d’étudiants étrangers, dans tous les cycles. Pour eux, les places sont payantes.

Assurer la qualité de la formation

La qualité de la formation est assurée par le Gouvernement Fédéral, qui impose des normes réglementaires à l’ensemble des universités, et par l’agence de qualité des universités australiennes (Australian Universities Quality Agency) qui réalise tous les 5 ans un audit de qualité [6]. Les agences responsables des institutions, des processus de qualité et des normes pédagogiques concernant la formation et la pratique de la physiothérapie sont présentées dans la figure 1.

Par ailleurs, dans le cadre national de la démarche qualité, les programmes de formation sont soumis à d’autres critères de qualité. L’Australian Qualifications Framework [7] agit comme un guide national des qualifications pédagogiques. Dans ce cadre, tout programme universitaire doit remplir les critères de qualités arrêtés par sa propre institution [8].

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Accréditation des programmes de formation en physiothérapie

L’accréditation des programmes de formation en physiothérapie est délivrée par le Conseil Australien de la Physiothérapie (Australian Physiotherapy Council) [9], composé de représentants des registres des praticiens qualifiés établis dans les différents États et Territoires, de représentants de l’APA et des doyens des Écoles de Physiothérapie. L’accréditation de cette instance est nécessaire pour dispenser la formation et permettre l’inscription des diplômés au registre des praticiens qualifiés. Le processus d’accréditation garantit la préparation adéquate des futurs praticiens par l’acquisition de connaissances théoriques et de savoir-faire pratiques ainsi que la maîtrise du raisonnement clinique et de la déontologie professionnelle nécessaire pour exercer la profession en toute sécurité et efficacement.

Périodiquement, les institutions doivent redemander le renouvellement de leur accréditation en déposant un dossier détaillé auprès du Conseil Australien de la Physiothérapie. Ce dossier est étudié par six membres du comité d’accréditation du Conseil qui détermine si l’université est prête à une visite sur site. Cette visite est effectuée par quatre physiothérapeutes expérimentés dont un professeur et un membre du comité d’accréditation de l’université en question. Des rapports et des recommandations sont préparés pour le Conseil Australien de la Physiothérapie.

En cas de nouveau programme, il existe des phases préliminaires avant de pouvoir demander une accréditation complète [10]. Celle-ci nécessite une évaluation des diplômés grâce à des questionnaires adressés aux anciens élèves et à leurs employeurs. Ces questionnaires sont basés sur les normes nationales (Australian Standards for Physiotherapy) [11]. Des travaux de recherche montrent que les pratiques des nouveaux diplômés sont conformes aux normes [12].

Les normes nationales (Australian Standards for Physiotherapy)

Pour l’accréditation, il y a deux types de normes : les normes d’accréditation émises par le Conseil Australien de la Physiothérapie (Standards for Accreditation of Physiotherapy Educational Programs : SAPEP) [10] et les normes nationales (Australian Standards for Physiotherapy : ASP) [11]. Les principes d’équité et de justice ainsi que l’utilisation de critères objectifs prévalent dans l’évaluation. Pour atteindre les objectifs éducatifs, la diversité et l’innovation sont encouragées. Les normes d’accréditation SAPEP prennent en compte autant les différents éléments du programme comme les ressources humaines et matérielles ou l’infrastructure que le soutien des étudiants et la performance des diplômés. Pour les normes nationales (ASP), l’accent est mis sur les connaissances théoriques essentielles, le savoir-faire clinique, et le comportement professionnel à atteindre en fin de formation initiale. Les étudiants diplômés d’un programme accrédité sont autorisés à s’inscrire au registre des praticiens qualifiés et à commencer leur activité professionnelle directement auprès des patients (note du traducteur : pas de prescription médicale nécessaire pour exercer. La profession est dite en « accès direct »). Il n’y a pas d’examen national. Le Conseil Australien de la Physiothérapie est également responsable de l’évaluation des professionnels de formation étrangère. Le Conseil doit valider, selon les normes en vigueur en Australie la conformité de leur formation avant d’autoriser leur inscription au registre des praticiens qualifiés.

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Cursus de formation professionnelle
Admission en École de Physiothérapie

En Australie, il y a une demande importante d’admission en École de Physiothérapie. Les étudiants admis font partis des 5 % meilleurs de leur classe (note du traducteur : à la fin de sa scolarité, l’étudiant a une note sur 100 points qu’il a collecté au cours de son année (pas d’examen final). La note est de 95 sur cent pour les candidats à l’entrée dans une université en physiothérapie). Pour être admis en première année d’un programme de quatre ans sanctionné par une licence, le candidat doit avoir terminé avec succès ses études secondaires. Les examens de fin d’études secondaires varient légèrement entres les différents États australiens, mais il existe des systèmes d’équivalence que les universités utilisent pour mieux évaluer les futurs étudiants.

Tout candidat doit avoir une connaissance approfondie de la langue anglaise et, en général, d’excellents résultats en sciences, en mathématiques, et dans les technologies de l’information et communications [13], [14]. Un autre diplôme est proposé aux étudiants ayant déjà effectué un cursus universitaire dans une autre discipline (c’est le « master entry level »), les candidats ont en général un diplôme universitaire en sciences ou une autre discipline apparentée. Les critères d’entrée sont similaires avec une bonne base en anatomie, physiologie, science du comportement et recherche.

Répartition par sexe et origine culturelle

64 % des étudiants ayant terminé le cursus de quatre ans en 2003 étaient des femmes ; de même, deux tiers des étudiants entrant en première année en 2004 étaient des femmes. En revanche, pour les admissions en « master entry level » en 2004, 50 % des nouveaux étudiants étaient des hommes [5]. Les étudiants à la sortie du secondaire, ceux plus âgés lors de l’admission en « master entry level », ainsi que les résidants en zone rurale et nés hors Australie sont bien représentés mais la proportion d’étudiants indigènes de l’Australie et de milieu socio-économique bas est insuffisante par rapport à leur nombre dans la population australienne [5].

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La formation et l’apprentissage
Les degrés académiques proposés pour entrer dans la profession

Lorsque la formation en physiothérapie a débuté en 1906, les étudiants recevaient leur diplôme après deux années d’études. Le cursus durait trois ans dans les années 1930 et finalement, dans les années 1950, le diplôme a été remplacé par des degrés académiques (note du traducteur : le terme diplôme en anglais sous-entend qu’il n’y a pas de continuité après. Le terme « degré » sous-entend un premier cycle : licence, puis un second : master, etc. La notion d’étudiant « gradué » sous-entend aussi qu’il a franchi une étape avant de poursuivre sa formation post-graduée) [3].

En 2008, l’inscription au registre des praticiens qualifiés est autorisée aux personnes ayant :

  • une licence en physiothérapie, délivrée par treize universités après un cursus de quatre ans ;
  • un master ou un doctorat d’entrée dans la profession (entry level) en physiothérapie délivré après avoir effectué une licence dans une autre discipline. Six universités proposent des programmes de master ou de doctorat demandant cinq ou six ans d’études universitaires au total.

La situation est semblable à celle des écoles de médecine où historiquement l’accès passait uniquement par une licence en médecine mais peut se faire actuellement, dans plusieurs universités, après une licence dans une autre discipline. Pour les autres professions de santé, les diplômes ont différents degrés académiques. Par exemple, tous les programmes de formation en audiologie sont des masters. Par contre, les psychologues font une licence suivie d’un master ou d’un doctorat clinique. Les études d’infirmière sont sanctionnées par une licence, comme les études de dentiste et de pharmacien. L’influence du consensus de Bologne en Europe et des évolutions de l’enseignement en Amérique du Nord commence à se faire sentir en Australie où certaines universités offrent différents degrés professionnels (master professionnel ou doctorat professionnel) [15].

Les comités consultatifs

Chaque programme de formation doit avoir son comité consultatif externe qui donne des conseils dans le développement, la mise en œuvre et l’évaluation du programme pédagogique. Habituellement, ces comités sont composés de membres expérimentés de la communauté clinique (note du traducteur : « les seniors », avec l’expérience professionnelle, le praticien passe de junior à senior) participant au programme pédagogique, de professionnels venant d’autres disciplines et de représentants des différents secteurs de la société : des sociétés savantes ou associations professionnelles, du registre des praticiens qualifiés (registration board), autorités gouvernementales, des anciens élèves, du public en général.

Faculté d’enseignement clinique et académique

L’apprentissage de l’étudiant est facilité par une variété d’approches pédagogiques mises en œuvre à l’université (savoir académique) et sur les terrains de stages universitaires (qui enseignent la clinique). Il comprend la physiothérapie, les sciences biomédicales, et les sciences comportementales. La majorité des enseignants sont des physiothérapeutes. Les enseignants physiothérapeutes ont en général une qualification supérieure, un doctorat (PhD) en physiothérapie pour la plupart. L’enseignement de l’anatomie, de la physiologie et de l’anatomopathologie peut être dispensé par un spécialiste assisté d’un physiothérapeute pour les applications pratiques. Par exemple, l’anatomie du système musculosquelettique est enseignée conjointement par des anatomistes et des physiothérapeutes, avec des responsables d’enseignement issus de la physiothérapie, de l’enseignement de la chirurgie, et des scientifiques anatomistes. Les physiothérapeutes enseignent les composantes appliquées de la cinésiologie. Les sciences du comportement sont enseignées par des psychologues, des sociologues et des spécialistes de l’éthique qui sont parfois également des physiothérapeutes. Les programmes des autres disciplines comme la chirurgie, la médecine ou l’obstétrique-gynécologie sont enseignées par les spécialistes, avec la participation de physiothérapeutes pour les applications pratiques.

Pour les enseignants des terrains de stage clinique, ce sont tous des praticiens expérimentés (senior) ayant une formation supérieure dans leur spécialité.

« Des cours magistraux existent, mais pour la plupart des matières l’enseignement se fait par petits groupes en utilisant le plus souvent l’apprentissage par résolution de problème ou de cas cliniques plutôt qu’une approche magistrale didactique. »

Des cours magistraux existent, mais pour la plupart des matières l’enseignement se fait par petits groupes en utilisant le plus souvent l’apprentissage par résolution de problème ou de cas cliniques plutôt qu’une approche magistrale didactique [12]. On demande aux étudiants de prendre des responsabilités et de participer activement à leur formation et à se préparer aux discussions argumentées (note du traducteur : voir la vidéo « Apprentissage par résolution de problème » sur le blog : http://revuekine.hautetfort.com/).

La formation clinique

En Australie, la pratique clinique est un élément essentiel de la formation en physiothérapie [10]. Afin de remplir les critères d’accréditation, les Écoles de Physiothérapie doivent former des cliniciens avec des connaissances et des savoir-faire appliqués et faciliter l’évaluation de cette partie de la formation. Pour cet objectif, diverses méthodes sont utilisées, par exemple des manuels pratiques, des séminaires ou des participations aux staffs cliniques à l’hôpital. Des sujets comme « comment favoriser l’apprentissage chez l’adulte ? », « l’évaluation clinique » ou « faciliter le retour d’informations » font l’objet de travaux dirigés par des enseignants expérimentés.

Des interactions fréquentes existent et sont encouragées entre le personnel enseignant universitaire et le personnel des stages cliniques. Au sein de l’université, il existe une grande variété d’approches interactives favorisant ces échanges, par exemple dans le cadre d’une consultation de physiothérapie à l’université [16] ou de rendez-vous conjoint sur le site universitaire ou clinique. Dans les Écoles Cliniques (clinical school), la plupart des cliniciens ont des responsabilités supplémentaires d’enseignement. Il existe de solides relations de coopération entre les enseignants universitaires et les cliniciens car l’université est le garant de la formation clinique des étudiants. Ces relations permettent aux étudiants d’élargir leur formation aux disciplines en dehors de leur spécialisation. Ces expériences ne sont pas obligatoires mais encouragées afin que l’étudiant puisse élargir son champ de connaissances ou approfondir un domaine qui l’intéresse. Il n’est pas exceptionnel que ces expériences se déroulent à l’étranger.

Les Écoles Cliniques : « Clinical School »

Pour certains cursus, comme le programme modèle de l’Université de Melbourne commencé en 1991, l’enseignement prend la forme d’une approche pédagogique intégrée, académique et clinique, délivrée au sein d’une « École Clinique » (note du traducteur : « Clinical School à Melbourne » vidéo sur le blog : http://revuekine.hautetfort.com/). Dans ce cadre, l’étudiant de première année est à la fois un élève de l’École de Physiothérapie de l’université et un élève de l’École Clinique. Le temps consacré aux activités cliniques dans l’école clinique, qui commencent donc dès la première année, augmente progressivement jusqu’à la quatrième année.

Encadré par le doyen clinique (physiotherapy Clinical Dean) responsable de la formation clinique des étudiants, le cursus se déroule au sein des services de soins associés à l’École Clinique [17]. Les locaux spécifiques (salles de conférence ou de séminaires, bibliothèques, salles d’informatique) sont prévus pour les activités pédagogiques effectuées dans l’environnement hospitalier de cette École Clinique. Les réunions pédagogiques régulières entre le doyen clinique et les enseignants universitaires permettent une analyse approfondie des programmes enseignés, de l’évaluation, de l’analyse des stratégies pédagogiques afin de mieux répondre aux besoins en physiothérapie.

Dans le cadre des spécialités cliniques (par exemple cardiorespiratoire) les programmes spécifiques (contenu pédagogique, documentation éducative, critères d’évaluation, homogénéité de la formation dispensée dans divers services) sont établis et contrôlés conjointement par les praticiens de l’École Clinique et les enseignants universitaires. L’interaction est constante entre l’université et l’École Clinique.

Le nombre de professeurs de physiothérapie des Écoles Cliniques est en augmentation depuis le premier poste créé en Australie en 2000 [18]. Les universitaires sont nommés au sein du pool du personnel des Services de Santé et associés aux Écoles Cliniques. Les nominations en recherche clinique sont également nombreuses.

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Régulation de la profession
Le registre des praticiens qualifiés

Une inscription au registre des praticiens qualifiés est obligatoire pour exercer la profession de physiothérapeute. L’objectif de ces registres (d’État ou de Territoire) est d’assurer l’application de bonnes pratiques cliniques et de protéger la population contre les méfaits de pratiques non professionnelles [19]. Le diplôme d’université australien, délivré aux personnes ayant complété un cursus accrédité, donne le droit de s’inscrire au registre des praticiens qualifiés. Cette inscription se fait annuellement et une « pratique continue » peut être demandée pour maintenir l’inscription. Il n’existe pas d’autres obligations légales pour exercer la profession de physiothérapeute en Australie. Afin de promouvoir encore davantage de bonnes pratiques cliniques, un registre des étudiants est également tenu dans certains États. La tendance du Gouvernement Fédéral est tournée vers l’établissement d’un registre national [20].

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La pratique de la physiothérapie

Depuis 1976, la pratique de la physiothérapie est autonome en Australie, une première mondiale. Lors du congrès de la confédération mondiale des physiothérapeutes en 1978 (World Confederation of Physical Therapy, WCPT) l’APA proposa l’autonomie comme objectif international pour la profession [2]. Bien que le sujet soit controversé, la WCPT soutient la proposition d’une consultation primaire en physiothérapie, à interpréter pour chaque pays [2]. En Australie, il n’est pas obligatoire d’avoir une prescription écrite par un autre praticien pour pratiquer la physiothérapie, même s’il est courant pour les médecins et les physiothérapeutes de s’adresser mutuellement leurs patients.

Il y a environ 16 000 physiothérapeutes enregistrés en Australie. L’âge moyen des praticiens est de 39 ans avec une majorité de femmes (76 %), malgré une tendance actuelle vers une répartition plus équilibrée [21]. A peu près la moitié exerce en privé et l’autre moitié en secteur public (hôpital, centre de rééducation) [22].

Le système de santé en Australie a un financement double (note du traducteur : public et privé) et les soins en secteur public sont financés par le système national d’assurance maladie, Medicare [23]. Néanmoins beaucoup de personnes préfèrent prendre aussi une assurance privée (note du traducteur : comme nos mutuelles). La physiothérapie peut être dispensée gratuitement en secteur public ou avec paiement à l’acte en secteur privé. En secteur privé, le paiement à l’acte se fait directement ou par l’intermédiaire d’une assurance privée qui rembourse le praticien, par exemple dans le cadre d’un arrêt de travail. Medicare peut également rembourser certains actes effectués en secteur privé, par exemple pour les patients présentant une affection chronique [23].

En tant que praticien autonome (note du traducteur : en anglais cela se dit « primary contact practitionner »), le physiothérapeute peut prescrire et recevoir les résultats d’examens complémentaires comme la radiographie. Il y a néanmoins certaines restrictions par rapport aux médecins et des contraintes financières sont mises en place pour dissuader les physiothérapeutes d’adresser leurs patients directement à un médecin spécialiste.

Transition de la formation à la pratique professionnelle

Dans le passé, il était habituel, pour les nouveaux diplômés, de commencer leur activité professionnelle dans un hôpital public. Avec l’évolution du système de santé (réduction de la durée d’hospitalisation, promotion des soins à domicile et meilleure prise en charge communautaire, utilisation accrue de technologies nouvelles, augmentation du nombre de diplômés) il y a une diminution du nombre de postes disponibles à l’hôpital public de telle sorte qu’actuellement un plus grand nombre de nouveaux diplômés débutent dans les cabinets (les « clinics ») de ville, soit en secteur privé soit en secteur public. Malgré leur préparation au premier contact thérapeutique, il est fortement conseillé aux nouveaux diplômés de commencer leur activité dans un environnement offrant un soutien professionnel important.

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Spécialisation en physiothérapie

Le statut d’une profession de santé autonome a conféré aux physiothérapeutes de nouvelles responsabilités favorisant le développement de spécialisations. Tout physiothérapeute exerçant en Australie doit avoir une large connaissance des différents aspects de la profession afin de pouvoir travailler efficacement dans divers domaines. Actuellement, il n’existe pas d’inscription à un registre spécifique pour les praticiens spécialisés dans un domaine particulier de la physiothérapie ou ayant participé au processus de spécialisation établie par le Collège Australien de Physiothérapie (Australian College of Physiotherapy). Néanmoins, la plupart des physiothérapeutes ont une activité orientée vers telle ou telle sous-discipline musculo-squelettique, cardiorespiratoire, neurologique, pédiatrique. Les bases de données recensant les praticiens en activité reconnaissent douze spécialités en physiothérapie [19].

De nombreuses opportunités existent pour se spécialiser et les programmes de formation continue sont proposés par l’APA, les universités et les instituts privés [24]. La certification des praticiens spécialisés est présentée plus loin.

« Le premier cours supérieur de spécialité en physiothérapie a eu lieu en 1932. »

Le développement de la spécialisation

Dès les débuts de la physiothérapie en Australie, des praticiens ayant orienté leur activité vers un domaine particulier ont acquis un niveau élevé de connaissances et de savoir-faire dans leur spécialité, renforcé par les échanges avec leurs pairs, les programmes de formation continue et l’expérience pratique. Leurs connaissances dans certains domaines particulièrement bien développés comme la rééducation musculaire et les manipulations ont eu une influence internationale reconnue.

Le premier cours supérieur de spécialité en physiothérapie a eu lieu en 1932 [2], principalement afin de répondre aux besoins créés par les épidémies de poliomyélite. La physiothérapie jouait un rôle clé dans la prise en charge des patients, depuis la phase aiguë à l’hôpital jusqu’à la phase chronique de rééducation.

L’autonomie des physiothérapeutes était particulièrement importante dans la prise en charge des patients atteints de poliomyélite. Ces praticiens à domicile jouaient le rôle de physiothérapeute, d’orthopédiste, d’ergothérapeute, d’orthophoniste, d’assistant social, de psychologue et de thérapeute familial. Les visites à domicile de médecins étaient rares tandis que le physiothérapeute voyait le patient plusieurs fois par semaine [25]. Les connaissances théoriques et pratiques accumulées pendant des décennies ont permis aux physiothérapeutes de prendre conscience de leur aptitude à l’autonomie en tant que professionnels de la santé.

Les activités spécialisées étaient très avancées en 1965 lorsque M. Geoffrey Maitland, un physiothérapeute en Australie du Sud a initié le premier cours supérieur (note du traducteur ce que l’on appelle le « post-gradué » : les masters et doctorats) de physiothérapie en manipulation. Par la suite plusieurs universités ont mis au point divers programmes de spécialisation.

La spécialisation en physiothérapie a été reconnue par l’Australian College of Physiotherapy en 1971 [2].

La spécialisation aujourd’hui

Les domaines de spécialités les plus courants sont la physiothérapie cardio-respiratoire, musculo-squelettique, neurologique, celle de l’activité professionnelle, pédiatrique et du sport. Les spécialisations en physiothérapie de la santé de la femme et en physiothérapie gérontologique sont en cours de préparation. Les programmes de masters mis en œuvre dans les universités en 1990 faisaient suite aux diplômes supérieurs mis en place dans les années 1970 [3]. Ces programmes de masters offrent une première qualification vers la spécialisation. Le doctorat clinique permet un parcours académique rigoureux vers la spécialisation.

Avant de s’engager sur la voie de la spécialisation, les candidats doivent avoir complété deux années d’exercice professionnel après la licence avec au moins un an dans le domaine de la spécialité. Le cursus de spécialisation est de trois ans, soit dans le cadre d’un doctorat clinique soit par une voie de spécialisation clinique individuelle. La participation à la recherche, à l’enseignement et au développement professionnel est obligatoire, ainsi que l’exercice clinique, encadré par des spécialistes expérimentés. Le processus de spécialisation est complété par un examen clinique de fin d’études.

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Développements récents

Dans les centres hospitaliers publics, les physiothérapeutes jouent un rôle important dans beaucoup de secteurs. Dans le domaine musculo-squelettique, les activités ne sont pas très différentes de celles existant dans le secteur privé. Ce sont souvent les physiothérapeutes qui prennent les décisions dans les services d’orthopédiques ou de neurochirurgie pour le besoin ou non d’une consultation en chirurgie ou en rééducation. Ils réalisent aussi dans les services d’urgence le triage et la prise en charge des blessures musculo-squelettique. Un autre exemple est le poste de chef de physiothérapie (physiotherapy led) du service de triage des lombalgies.

Les médecins traitants sont particulièrement satisfaits de ce service. Le temps d’attente pour avoir un rendez-vous est plus court et la qualité et la rapidité des réponses se sont améliorées, ce qui permet une meilleure prise en charge des patients [26].

D’autres domaines où l’activité des physiothérapeutes est en progression sont l’évaluation des patients ayant fait une chute, la prise en charge des patients pédiatriques présentant des troubles orthopédiques ou du contrôle moteur, les services de ventilation non invasive et la prise en charge des problèmes urologiques ou d’incontinence. Les actions de l’APA en faveur de la profession sont nombreuses, par exemple l’évolution de la législation élargissant le champ de compétences des physiothérapeutes (autorisation d’écrire certaines prescriptions ou de pratiquer certains gestes comme les injections ou les techniques chirurgicales telles la bronchoscopie) [24]. Plusieurs programmes de doctorat clinique en physiothérapie sont déjà en place, permettant aux étudiants d’approfondir leurs connaissances en pharmacologie, thérapeutique clinique et radiologie [27].

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Perspectives pour l’avenir

Selon le Rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé [28], le manque en professionnels de la santé dans le monde se chiffre autour de 4,3 millions. Les systèmes de santé ont à répondre aux défis du vieillissement de la population, de l’évolution de la technologie et de l’augmentation des demandes de la population.

Dans une société où la proportion de personnes âgées est en augmentation constante, les physiothérapeutes ont la capacité de contribuer de manière importante à l’amélioration de la santé publique. La fréquence des affections chroniques comme l’arthrose, les maladies cardiovasculaires, les maladies respiratoires, le diabète, l’obésité et la démence augmente avec l’âge. On assiste également à une augmentation du nombre d’accidents de la voie publique et des accidents du travail [28].

En Australie, les physiothérapeutes mènent des actions de promotion de la santé et de maintien de la fonction physique et mentale. Ces actions sont d’autant plus importantes au regard de l’évolution démographique, de la détérioration de l’environnement physique et de la fragmentation des structures sociales. L’émergence de nouvelles maladies comme le SARS, l’expansion dévastatrice du SIDA et la réémergence d’anciens démons comme la tuberculose sont des défis importants pour la physiothérapie et les physiothérapeutes. Par ailleurs, beaucoup de physiothérapeutes travaillent dans les domaines non cliniques comme la recherche, le management ou la santé publique. Ils développent de nouvelles opportunités à côté de la pratique clinique.

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Opportunités en Australie pour les physiothérapeutes

Les Écoles de Physiothérapie en Australie offrent un nombre important de places pour les étudiants étrangers et dispensent une formation leur permettant de travailler dans le monde entier [4]. La qualité reconnue des diplômés en termes de communication, d’analyse et résolution de problèmes leur donne la capacité de répondre aux évolutions de la santé mondiale [12]. Les universités australiennes proposent des programmes de formation supérieure en recherche ainsi que des cursus de spécialisation et un diplôme australien d’accès à la profession pour les étudiants déjà qualifiés (entry level) pour faciliter l’emploi en Australie. Néanmoins, tout physiothérapeute qualifié de formation étrangère doit être évalué par le Conseil Australien de Physiothérapie (Australian Physiotherapy Council) avant de pouvoir s’inscrire au registre des praticiens qualifiés. Les physiothérapeutes sont très demandés en raison des carences chroniques de personnel, particulièrement en milieu rural et dans les régions éloignées [29].

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Conclusion

En Australie, où la formation, l’inscription au registre des praticiens qualifiés et la spécialisation de la profession sont des procédures bien balisées, les physiothérapeutes jouissent d’une autonomie professionnelle importante et d’une profession respectée. Le fondement académique et clinique de la physiothérapie est solide, soutenue par des programmes de recherche universitaires de renommée mondiale, créant un environnement propice à la formation de praticiens hautement qualifiés capable de répondre aux exigences de pratique clinique basée sur des preuves (Evidence Based Practice) du monde moderne.

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