Sociologie du travail Volume 50, numéro 4 pages 505-520 (octobre-décembre 2008)
Doi : 10.1016/j.soctra.2008.09.003 | | | Les effets pervers du partage de la sécurité. Polices publiques et privées dans une gare et un centre commercial The perverse effects of sharing security. Public and private security officers in a railway station and a shopping center | |
François Bonnet a, b 
a Observatoire français des conjonctures économiques, institut d’études politiques, 69, quai d’Orsay, 75340 Paris cedex 07, France b Center for Urban Research and Policy, Columbia University, 803B International Affairs Building, 420 West 118th Street, Mail Code 3355, New York, NY 10027, États-Unis
Cet article s’intéresse aux acteurs du contrôle de la délinquance dans une gare et un centre commercial d’une grande ville française. L’implication croissante d’acteurs privés dans la mise en œuvre de politiques de sécurité dans les espaces publics suscite une littérature sur les dangers de la « privatisation ». En fait, l’enquête de terrain montre que les acteurs non étatiques (agents de sécurité, associations caritatives) remplissent des fonctions laissées vacantes par les policiers, comme la relation avec le public ou le recours à des politiques sociales. Dans ce partage de la sécurité, la police se concentre sur des missions purement bureaucratiques, ce qui affecte sa légitimité. L’approche historique permet de comprendre comment les mauvaises relations entre la police et les autres acteurs se sont développées. This article focuses on controlling delinquency in a train station and a shopping center in a big French city. The increasing implication of private organizations in implementing security policies in public areas has spawned a literature about the “dangers of privatization”. As this fieldwork shows, private security officers and NGOs assume duties (related, for example to public relations or social policy) left vacant by police officers. Owing to this sharing of security, the police concentrate on its purely bureaucratic assignments and this has a negative impact on its legitimacy. A historical approach helps us understand how relations between the police and other parties have soured.
Mots clés : Privatisation, Sécurité, Policing, Sécurité privée, Politiques sociales, Médiation, France Keywords : Privatization, Security, Policing, Private security forces, Social policies, Mediation, France
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Je remercie Hugo Bertillot, Ayda Hadizadeh, Patrick Le Galès, Naïma Makri et le comité de rédaction de Sociologie du travail pour leur lecture des versions précédentes de cet article.2
Pendant la guerre d’Espagne, on demanda au général franquiste en charge de la prise de Madrid laquelle de ses quatre colonnes allait pénétrer dans la ville la première, il répondit que sa cinquième colonne était déjà dans les murs.3
Document interne SNCF, 16 avril 1998.4
Document interne de la Municipalité, mai 1999.5
Collectif des associations : X, Y, Z, « Premier bilan d’étape de l’action éducative engagée sur le site gare *** », juin 1999.6
Collectif des associations : X, Y, Z, « Troisième bilan d’étape de l’action éducative engagée sur le site gare *** », novembre 1999.7
Le statut de fonctionnaire de police et les modalités de recrutement de la police nationale interdisent une évolution importante du nombre de policiers à court terme. L’évolution des effectifs au niveau local ne dépend donc, à court terme, que de la réaffectation des moyens humains. Ces réaffectations sont contrariées par le statut des agents qui les protègent des mutations intempestives et par les pressions politiques locales : l’opération consistant à diminuer les effectifs à un endroit pour les augmenter ailleurs ne manque pas de susciter des résistances (Monjardet, 1996Monjardet D. Ce que fait la police. Sociologie de la force publique Paris: La Découverte (Textes à l’appui) (1996).
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