Introduction .– Il y a peu de données sur l’évolution de la maladie hépatique chez les patients co-infectés par le VIH et l’hépatite B (VHB). Nous avons voulu préciser la morbimortalité d’origine hépatique et les facteurs de risque associés chez ces patients.
Patients et méthodes .– Cent sept patients consécutifs ayant une l’hépatite B chronique ont été identifiés parmi la file active de patients VIH de notre hôpital et ont été suivis. Tous les 3 mois, un examen clinique, un bilan hépatique et un bilan virologique étaient réalisés. Le traitement restait au choix du médecin chargé du patient (78 % des patients a reçu de la lamivudine). Quarante-quatre pour cent des patients a eu une biopsie hépatique. Le suivi moyen a été de 4,8 ans.
Résultats .– Deux origines géographiques différentes (33 % européens, 61 % sub-sahariens) et deux génotypes HVB (48 % génotype A, 43 % génotype E) étaient majoritaires. Une atteinte hépatique avancée a été diagnostiqué chez 19 patients au cours de leur suivi (estimation par Kaplan-Meier : 12 % à 5 ans, 43 % à 10 ans de suivi) : 3 patients ont présenté un carcinome hépatocellulaire sur cirrhose, 5 une cirrhose, 10 une fibrose étendue (metavir F3 ou F4) et 1 patient une hépatite B fulminante après l’arrêt de la lamivudine. Au total, 11 patients sont morts, dont 4 de complications hépatiques de son infection VHB (estimation par Kaplan-Meier : 1,4 % à 5 ans, 12 % à 10 ans).
Le sexe masculin, la charge virale moyenne VIH et VHB et les deux transaminases étaient associés à un risque augmenté d’atteinte hépatique avancée. Dans un modèle multivarié de Cox, l’association la plus puissante était avec la moyenne des ASAT (hazard ratio [HR] par chaque augmentation de 10UI/ml : 1,88 ; p <0,001) et avec le temps accumulé sous traitement par lamivudine (HR par chaque mois de traitement : 1,88 ; p <0,001). Trente-neuf pour cent des patients dont la moyenne de leurs ASAT était élevée avaient une atteinte hépatique avancée, et seulement 7 % quand les ASAT étaient normaux (risque relatif : 5,5, 95 % ; CI : 2,2–14).
Conclusion .– La co-infection par le VIH et le VHB comporte un risque substantiel de développer une atteinte hépatique grave et de mourir de complications hépatiques. L’élévation persistante des transaminases pendant le suivi et associé chez ces patients à plus de risque d’atteinte hépatique sévère.