Journal de pédiatrie et de puériculture Volume 21, numéro 8 pages 327-333 (décembre 2008)
Doi : 10.1016/j.jpp.2008.09.004 | | | Le « non » de l’enfant est-il important dans l’éducation ? Is it important to tell “no to his/her child”? | |
D. Marcelli 
Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, faculté de médecine et de pharmacie, 6, rue de la Milétrie, BP 199, 86034 Poitiers cedex, France
Étape cruciale du développement de l’enfant, surtout du langage, l’acquisition du « non » a été comprise dès le milieu du xxe siècle comme la capacité de se différencier des autres. Le « non » devient, chez l’enfant, le symbole de la période d’opposition dont il faut bien constater qu’elle tend de nos jours à prendre une ampleur nouvelle. Après avoir rappelé les diverses fonctions du « non », fonction en apparence paradoxale d’identification et de différenciation, l’auteur propose ses propres réflexions sur l’éducation contemporaine : le « non » de l’opposition doit en effet être mis en correspondance avec le « non » de l’interdit qui, l’un et l’autre, ne se situent pas dans le même champ éducatif et n’appartiennent pas au même locuteur. À l’enfant, le « non » de l’opposition et de la différenciation, relativement valorisé par la société actuelle et aux parents, le « non » de la limite et de l’interdit, franchement dévalorisé aujourd’hui. Le « non » a été presque systématiquement retiré de la boîte à outils éducative des parents. Doit-on s’étonner dans ces conditions de constater les difficultés rencontrées dans l’exercice de l’autorité ? A crucial step in a child’s development, the acquisition of “no” was understood in the mid-20th century as the ability to differentiate oneself from others. In the child, “no” becomes the symbol of the opposition period, which today is taking on new dimensions. After reviewing the various functions of “no”, a paradoxical function of identification and differentiation, the author proposes his own reflections on current childrearing practices: the “no” of opposition must be matched by the “no” of prohibition, neither of which are situated in the same instructive field and do not belong to the same speaker: to the child, belongs the “no” of opposition and differentiation, quite highly valued by today’s society, to the parents the “no” of limits and prohibition, clearly depreciated at present. “No” has nearly systematically been removed from the childrearing tool box of today’s parents. Can we be surprised in these conditions to note the problems encountered in the exercise of authority?
Mots clés : Non, Trouble oppositionnel avec provocation, Autorité Keywords : No, Opposition trouble with provocation, Authority
| | | |
| | 1
Au passage, les théoriciens de l’enfance pourraient s’interroger peut-être plus qu’ils ne le font sur cette équivalence : pourquoi interdire équivaut à agresser ? D’où vient cette quasi-équivalence culturelle ?2
Problématique longuement développée dans mon dernier ouvrage : Les yeux dans les yeux, l’énigme du regard . Paris : Albin Michel ; 2006.3
Arendt a donné de l’autorité la définition asymptotique suivante : « Puisque l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité proprement dite a échoué. L’autorité, d’autre part, est incompatible avec la persuasion, qui présuppose l’égalité et opère par un processus d’argumentation. Là où on a recourt à des arguments, l’autorité est laissée de côté… S’il faut vraiment définir l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par la force et à la persuasion par arguments. La relation d’autorité entre celui qui commande et celui qui obéit ne repose ni sur une raison commune ni sur le pouvoir de celui qui commande : ce qu’ils ont en commun, c’est la hiérarchie elle-même, dont chacun reconnaît la justesse et la légitimité, et où tous deux ont d’avance leur place fixée. » (H. Arendt, La crise de la culture . Gallimard ; 1972. Paris : p. 123).4
Le regard parental étant dénué d’autorité, les parents ont souvent pour solution de recourir à la contrainte physique : ils poursuivent l’enfant pour l’attraper, ils utilisent la force et parfois les menaces de coups… Cette soumission par la contrainte durera tant que l’enfant est le plus faible, mais elle risque de s’inverser avec l’éclosion de la puberté et de la force nouvelle qui habite le corps de l’adolescent.5
« L’autorité parentale est un ensemble de droits et de devoirs ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant . Elle appartient aux père et mère jusqu’à la majorité de l’enfant ou l’émancipation de l’enfant pour le protéger dans sa sécurité, sa santé, sa moralité, pour assurer son développement dans le respect dû à sa personne . Les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent selon son âge et son degré de maturité. »6
L’injuste et excessive disqualification de l’autorité pendant toute la seconde moitié du xxe siècle a commencé par une dénonciation tout à fait justifiée et salutaire des excès d’autoritarisme que cette ancienne cautionnait systématiquement : l’ouvrage de Miller, C’est pour ton bien. Les racines de la violence dans l’éducation (Aubier, 1984), est une illustration caricaturale de cette ambiguïté où le bébé fut jeté avec l’eau du bain ! | |
Haut de page
© 2008
Publié par Elsevier Masson SAS. | | |
|
|