Françoise Barré Sinoussi, combien de nos concitoyens ont découvert ton nom à l’occasion de ce prix Nobel. Et, pourtant, les scientifiques et médecins de la première génération connaissent ta place dans la découverte du VIH. Il fallait 25 ans pour te rendre cet hommage qui honore notre pays et sa recherche. Ce prix Nobel ne retire rien à l’admiration de l’équipe et des autres acteurs qui ont joué un rôle important : Willy lorsqu’il t’a apporté ce ganglion…, Jean Claude à tes côtés…, Luc Montagnier qui dirigeait… et tous les autres. « Le hasard ne favorise que les esprits préparés » disait Pasteur. Sur ce ganglion, tu as recherché l’activité transcriptase inverse et, devant celle-ci, tu as guidé le microscope électronique. L’instinct créateur si bien décrit dans ses cours au Collège de France par Charles Nicolle, c’est bien cela… Ton oscillation incessante entre immunologie et virologie te met à la hauteur d’un Metchnikoff, autre pasteurien honoré par un prix Nobel. Tu es dans la lignée des grands pasteuriens qui font l’honneur de notre recherche et de notre médecine, la fierté rendue à un peuple et à une communauté qui s’interrogent. Tu as initié et accompagné cette explosion de la virologie, de la biologie moléculaire permettant ainsi l’essor de la thérapeutique.
Ta ligne de conduite est simple : travail, rigueur, obstination et ne rien céder sur le terrain de la santé publique et des valeurs morales. Tu as été de tous les combats, particulièrement celui de l’Afrique. Discrète, jamais « people », distante des combines politiciennes… Nous admirons ton écoute, ton respect des autres. Ton émotion était grande lorsque Dominique Dormont nous a quitté, autre belle image de la recherche sur les rétrovirus et les prions…
Tu as voué ta vie à la recherche. Tu continueras à travailler jusqu’au bout, tel le bon docteur Roux, autre bienfaiteur de l’humanité, dont les dernières paroles ont été « Que fait-on dans les laboratoires ? Il nous faut travailler ».
À l’heure des heures tristes qui passent sur nos hôpitaux, ton image nous rassure. Elle nous guide comme ces paroles de Pasteur en décembre 1892 dans son discours à la Jeunesse : « Dites-vous d’abord : qu’ai-je fait pour mon instruction ? Puis, à mesure que vous avancerez : qu’ai-je fait pour mon pays ? Jusqu’au moment où vous aurez cet immense bonheur de penser que vous avez contribué en quelque chose au progrès et au bien de l’humanité. Mais que les efforts soient plus ou moins favorisés par la vie, il faut, quand on approche du grand but, être en droit de se dire : j’ai fait ce que j’ai pu ».