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Annales médico-psychologiques
Volume 167, numéro 5
pages 326-346 (juin 2009)
Doi : 10.1016/j.amp.2009.04.012
Un inédit de Freud

Freud, le cerveau et l’appareil psychique (un inédit de Freud)
One of Freud’s unpublished articles
 

S. Mendelsohn
16, avenue de Bouvines, 75011 Paris, France 



1  Une traduction anglaise accompagnée d’un appareil critique a été réalisée par M. Solms et M. Saling. Voir A Moment of Transition, Two Neurological Scientific Articles by S. Freud , London, Karnak Books, 1990.
2  A. Villaret, Handwörtechbuch der gesamten Medizin, I, Ferdinand Enke, Stuttgart, 1888. S. Freud, « Hysterie » (1888), Standard Edition , volume I, p. 41–57, p. 41. (C’est moi qui souligne et qui traduis). Notons que c’est dans cet article qu’apparaît pour la première fois le substantif « das Unbewusste  » (« l’inconscient »), dans un sens assez proche de celui qu’il prendra dans la correspondance avec Fliess à partir de 1896.
3  S. Freud, J. Breuer, Études sur l’hystérie (1895), Paris, PUF, 1956, p. 154.
4  Ibid. , p. 156.
5  S. Freud, Esquisse d’une psychologie scientifique, Paris, PUF, 2006.
6  M. Foucault le souligne dans son article consacré à « La psychologie de 1850 à 1950 » (1957), dans Dits et écrits , I, Paris, Gallimard, 1994, p. 120–137, p. 123. « Fechner par l’analyse des rapports entre la stimulation et l’effet sensoriel, Wundt, en reprenant le problème de l’activité spécifique des nerfs, ont tous mis en valeur ce thème essentiel que l’appareil psychique ne fonctionne pas comme un mécanisme, mais comme un ensemble organique dont les réactions sont originales, et par conséquent irréductibles aux actions qui les déclenchent. Il faut donc, comme le disait Wundt, substituer au principe de l’énergie matérielle le principe de l’énergie spirituelle. C’est dans ce sens qu’ont été entreprises, à la fin du xixe siècle, les recherches expérimentales sur les seuils absolus et différentiels de la sensibilité, les études sur les temps de réaction et sur les activités réflexes : bref, toute cette constellation d’études psychophysiologiques dans lesquelles on cherchait à manifester l’insertion organique de l’appareil psychique. »
7  S. Exner, Entwurf zu einer physiologischen Erklärung der psychischen Erscheinungen , Vienne, Deuticke, 1894.
8  Ces qualifications critiques sont dues à H. Ellenberger ; voir son Histoire de la découverte de l’inconscient , Paris, Fayard, 1994.
9  Il est ainsi conduit à « assimile[r] les processus psychiques à la production d’un “appareil” dont le plan de construction est à la fois simple et compliqué. Il distingue les deux hémisphères de l’enveloppe cérébrale, le cortex, et le noyau cérébral ou centres sous-corticaux. La découverte que les centres sous-corticaux, phylogénétiquement plus anciens en tant que siège des mouvements réflexes, sont inhibés dans leurs fonctions par le cortex cérébral, siège de la réflexion, qui avait subi une maturation plus tardive, l’amène à voir dans cet antagonisme fonctionnel entre les parties corticales et sous-corticales une « clé importante » pour le jeu anormal du mécanisme cérébral dans le cadre des maladies mentales. C. Lévy-Friesacher, Meynert-Freud ‘L’Amentia’, Paris, PUF, 1983, p. 30–31.
10  « Il existerait des faisceaux d’association entre les centres corticaux, et lorsqu’un influx d’excitation arrive simultanément à deux centres, une voie corticale serait ouverte, d’où l’apparition d’un phénomène d’induction qui serait le substratum physique d’une association d’idées ou d’une opération logique élémentaire » dans H. Ellenberger, op. cit. , p. 507.
11  Chez Exner, cette excitation est intracérébrale, alors qu’elle était extracérébrale chez Meynert : elle s’accumule à l’intérieur de chaque neurone jusqu’à atteindre le seuil déclenchant sa décharge. La régulation de cette excitation correspond aux principes de plaisir–déplaisir.
12  Dans un article traitant d’épistémologie psychanalytique, le psychanalyste anglais D. Leader se charge de rappeler que, contrairement aux affirmations répétées de l’historiographie freudienne, Exner n’est pas l’inventeur du concept de frayage qui aura une grande importance pour Freud, notamment dans sa propre Esquisse d’une psychologie scientifique (1895) et il n’est d’ailleurs pas le seul à en faire usage à l’époque, mais il lui donne une importance accrue. Voir : D. Leader, « Freud et ses arrière-plans scientifiques », dans La question du genre et autres essais psychanalytiques, Paris, Payot, 2000, p. 254–255.
13  L’importance d’un tel retournement se fait bien sentir dans le fait que Canguilhem n’hésite pas à baptiser le geste exnerien de « Contre-Cogito ». Dans G. Canguilhem, La formation du concept de réflexe , Paris, PUF, 1955, note de bas de page, p. 153. À cette époque, Nietzsche a déjà fait paraître son ouvrage Par delà le bien et le mal , où il définit la psychologie comme une « antiphilosophie », soit une analyse des phénomènes infraconscients qu’il appelle notamment pulsions, instincts, affects. Ainsi rappelle-t-il au § 17 un « tout petit fait » : « une pensée vient quand « elle » veut, et non pas quand « je » veux ; de sorte que c’est une falsification de l’état de fait que de dire : le sujet « je » est la condition du prédicat « pense ». Ça pense : mais que ce « ça » soit précisément le fameux vieux « je », c’est, pour parler avec modération, simplement une supposition, une affirmation, surtout pas une « certitude immédiate » dans F. Nietzsche, Par delà le bien et le mal (1886), Paris, Flammarion, 2000, p. 64.
14  D. Widlöcher, Introduction à l’ouvrage de C. Lévy-Frisacher, op. cit. , p. 9.
15  L. Binswanger, Discours, parcours et Freud : analyse existentielle, psychiatrie clinique et psychanalyse , Paris, Gallimard, 1970, p. 183.
16  Ibid. , p. 189.
17  Article « Cerveau », p. 9 de ma traduction. C’est moi qui souligne : l’ironie de Freud est assez perceptible ici.
18  « Cette conception de la construction (anatomie) du cerveau a été considérablement ébranlée depuis que l’étude de la myélinisation (Flechsig) a prouvé que la “voie volontaire” traverse la capsule interne sans pour autant entrer en contact avec les ganglions du cerveau antérieur et passe de la même manière à travers le pons sans être liée au cervelet par sa substance grise. La voie volontaire est également bien plus petite que Meynert ne l’avait définie, elle n’occupe qu’un tiers de la coupe transversale dans les pédoncules cérébraux et s’avère donc comme la continuation non réduite du faisceau pyramidal conduisant à l’écorce cérébrale et elle est exclusivement motrice. Avec ces éclaircissements, l’opposition entre les pédoncules cérébraux en tant que voie volontaire et la calotte pour la voie réflexe n’est plus justifiée ; la subordination du cervelet et des gros ganglions aux buts fonctionnels des hémisphères cérébraux ne l’est pas plus. La voie volontaire ou pyramidale est tout simplement un faisceau de fibres entre le gris de la moelle épinière et le gris de certaines régions du cerveau. La voie sensitive est très vraisemblablement contenue dans la calotte des pédoncules cérébraux, désignée par Meynert comme réflexe » dans article « Cerveau », p. 11 de ma traduction.
19  Les myélomères.
20  Article « Cerveau », dernier paragraphe du « F » de ma traduction.
21  Ibid., section II de ma traduction.
22  Idem .
23  Idem .
24  T. Ribot, La psychologie allemande contemporaine , Paris, Libraire Germer Baillière, 1879. Préface, VIII–XI.
25  « La psychologie, science de la subjectivité, commence donc comme psychophysique pour deux raisons. Premièrement, parce qu’elle ne peut pas être moins qu’une physique pour être prise au sérieux par les physiciens. Deuxièmement, parce qu’elle doit chercher dans une nature, c’est-à-dire dans la structure du corps humain, la raison d’existence des résidus irréels de l’expérience humaine », dans G. Canguilhem, « Qu’est-ce que la psychologie ? », dans Cahiers pour l’analyse , no 2, 1966, p. 81.
26  M. Solms, qui est l’un des traducteurs anglo-saxons de l’article de Freud sur le cerveau, a pris la présidence, lors de sa création en 2000, de la Société internationale de neuropsychanalyse. Il s’inspire de cet article pour reprendre l’idée qu’il existe un rapport de dépendance de l’appareil psychique au système nerveux central (SNC). Ainsi propose-t-il de considérer par exemple qu’à chaque partie de l’appareil freudien correspondrait une région du SNC : le ça serait localisé dans la région du tronc cérébral et dans le système limbique ; la région frontale ventrale, la région frontale dorsale et le cortex postérieur correspondraient au moi et au surmoi. Le postulat fondateur de la neuropsychanalyse consiste à soutenir que s’il y a plusieurs modélisations possibles de l’ « esprit » (mind ) – neurologique et psychanalytique, notamment – il n’y a pourtant qu’un « esprit ». De la combinaison de ces modèles, il est attendu une meilleure connaissance du fonctionnement de l’« esprit ». Quelque intéressante que soit en elle-même cette ligne de recherche, il n’est néanmoins pas possible de l’inscrire dans la continuité de la perspective psychanalytique sans effacer la rupture épistémologique, décisive pour la constitution de la psychanalyse comme discipline à part entière, qui est précisément en jeu pour Freud dès la fin de la décennie 1880.
27  Introduction de S. Nicolas, p. VII à : T. Ribot, La psychologie anglaise contemporaine , Paris, L’Harmattan, 2002.
28  Cette traduction n’aurait pu être réalisée sans le travail de Mej Hilbold et le concours de Patrick Weiller, qui en ont accompagné la réalisation de leurs compétences et de leur attention constante. Nous avons inséré entre crochets les termes correspondant à la nomenclature française lors de leur première occurrence dans le texte.
29  Des circonstances extérieures n’ont pas permis d’appuyer cette description des indispensables illustrations. La description elle-même a dû prendre en compte ce manque (ndla).
30  La moelle allongée, c’est-à-dire le bulbe rachidien stricto sensu  ; mais, d’après le contexte, également la région du pont et du quatrième ventricule, c’est-à-dire le tronc cérébral sans l’étage des pédoncules cérébraux. C’est dans ce sens-là que le terme sera employé le plus souvent par Freud dans la suite du texte (ndt).
31  Freud décrit ici un tronc cérébral posé sur une table d’examen et non en position anatomique (ndt).
32  Sigmund Exner (1846–1926), physiologiste autrichien ; il reçut son doctorat en 1870 à l’université de Heidelberg où il travailla avec H. L. F. von Helmholtz après avoir d’abord étudié à Vienne auprès d’E. W. R von Brücke. En 1871, il devint assistant à l’institut de physiologie de l’université de Vienne, avant d’être nommé professeur extraordinaire en 1875. Il y travailla aux côtés de Josef Breuer et de Sigmund Freud entre 1876 et 1882 (voir le texte de présentation).
33  Benedict Stilling (1810–1879), anatomiste et chirurgien allemand, publia en 1840 une étude neurologique dans laquelle il donnait une première présentation des nerfs vasomoteurs, initiant ainsi les recherches sur le système nerveux vasomoteur ; il a ensuite conduit des recherches d’un grand intérêt sur le pont de Varole et la structure du cervelet, ainsi que sur la structure de la moelle et des nerfs.
34  Ludwig Türck (1810–1868), neurologue viennois, reconnu pour son travail sur la dégénérescence des fibres nerveuses.
35  Johann Bernhard Aloys von Gudden (1824–1886) a dirigé la clinique du Burghölzli à partir de 1869 avant de prendre la chaire de psychiatrie de l’université de Munich ; il a contribué à la recherche en neuroanatomie en cartographiant et en décrivant les voies et connexions des nerfs crâniens, en particulier des nerfs optiques. Il a généralisé l’usage du microtome.
36  Paul Emil Flechsig (1847–1929), neuroanatomiste et psychiatre allemand ; il découvrit que la myélinisation des axones est progressive ; il exposa les premiers résultats obtenus grâce à sa technique de myélogenèse à l’université de Leipzig en 1872.
37  Carl Weigert (1845–1904), chef du département « Pathologie » du Senckenbergisches Pathologish-Anatomisches Institut de Francfort de 1884 à sa mort ; il a considérablement amélioré par ses recherches la précision des résultats obtenus en neuroanatomie grâce aux techniques de coloration en histologie.
38  Theodor Hermann Meynert (1833–1892), psychiatre et neurologue autrichien ; nommé directeur de la clinique psychiatrique et professeur de psychiatrie de l’université de Vienne en 1870, il y obtint la chaire d’enseignement des maladies nerveuses en 1873. Ses recherches en neurologie ont porté sur l’anatomie et la physiologie du cerveau – il a proposé une nouvelle théorie des fonctions du cerveau qui a influencé l’élaboration freudienne (voir le texte de présentation).
39  Définition de 1830 : mode d’action du système nerveux.
40  Moritz Schiff (1823–1896), médecin allemand ; il enseigna l’anatomie à l’université de Berne entre 1854 et 1863. Très critiqué pour ses expériences sur les animaux, c’est néanmoins à partir de celles-ci qu’il put montrer en 1856 que l’ablation de la glande thyroïdienne chez les chiens est mortelle.
41  François Magendie (1783–1855), médecin français, a décrit avec Charles Bell les racines sensorielles et motrices de la medulla (loi de Bell-Magendie, 1822) : les racines antérieures des nerfs de la colonne vertébrale ne contiennent que des fibres motrices et les racines postérieures que des fibres sensorielles.
42  Le nodus cursorius de Nothnagel, tout proche du bord libre du nucleus caud[atus] tourné vers le ventricule, environ à la moitié de la longueur ; profondeur inconnue (ndla).

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