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La Presse Médicale
Volume 38, numéro 10
pages 1468-1475 (octobre 2009)
Doi : 10.1016/j.lpm.2009.06.009
Mises au point

Dossier patient informatisé à visée de recherche biomédicale
Electronic health records and biomedical research
 

Christel Daniel 1, Jean-Philippe Jais 2, Naji El Fadly 1, Paul Landais 2,
1 INSERM UMRS 872, Équipe 20, Université Paris Descartes et DIH-HEGP APHP, F-75006 Paris, France 
2 EA4067, Service de biostatistique et informatique médicale, Université Paris Descartes, APHP Hôpital Necker, F-75743 Paris, France 

 Paul Landais, Service de biostatistique et informatique médicale, Hôpital Necker, 149 rue de Sèvres F-75743 Paris, France.
Points essentiels

La progression rapide de la technologie Web a pour conséquence une multiplication des dossiers de soin et de recherche pour un même patient.

Des initiatives comme le dossier médical patient ou le dossier communicant de cancérologie n’ont pas pour vocation initiale de contribuer à la recherche biomédicale.

Une réflexion sur la place du dossier patient informatisé comme aide à la recherche biomédicale est animée par plusieurs groupes internationaux.

Remplir des dossiers multiples est un élément limitant dans un contexte de restriction des ressources médicales et paramédicales et de la hausse du seuil d’exigence de qualité des soins et de la recherche biomédicale.

Les obstacles à la « réutilisation secondaire » des données cliniques des dossiers patients informatisés pour la recherche biomédicale sont d’ordre réglementaire, organisationnel et technique.

L’approche proposée dans le cadre de l’initiative internationale Integrating the healthcare enterprise par le profil d’intégration Retrieve form for data capture est prometteuse.

Dans le cadre de registres du cancer, une initiative conjointe de l’Association nord-américaine des registres du cancer et des Centres for disease control a permis une transmission automatisée de comptes rendus d’anatomie pathologiques aux registres, limitant ainsi le déplacement de techniciens des registres dans les structures de soins.

Key points

The rapid progress in Web technology has led to the multiplication of health and research records for any given patient.

Initiatives such as the personal medical record or the communicating cancer communicable records have recently been introduced. However, their primary aim is not for biomedical research.

Several international groups of researchers are analyzing the appropriate role of the electronic health record as a support to biomedical research.

The need to complete several distinct records for a given patient is a limiting factor, in view of the lack of medical and paramedical resources and the rising quality demands for both medical care and biomedical research.

The impediments to “secondary reuse” of clinical data stored in electronic health records for biomedical research purposes are statutory, organizational, and technical.

The international Integrating the Healthcare Enterprise (IHE) initiative has proposed a promising approach that uses an integration profile known as a Retrieve Form for Data Capture (RFD).

A joint project by the North American Association of Cancer Registries and the Centers for Disease Control has made possible the automated transmission of pathology reports to the registries and thus limited the need for registry technicians to come copy these forms at the hospital.

Les technologies Web sont de plus en plus utilisées dans le domaine de la recherche biomédicale. Les organismes en charge de la recherche biomédicale ou épidémiologique créent des bases de données accessibles par l’Internet pour gérer leurs projets. Qu’il s’agisse d’essais cliniques de promotion industrielle ou institutionnelle, de registres, de base de données de surveillance sanitaire (Institut national de veille sanitaire, pharmacovigilance..), les données cliniques sont de plus en plus recueillies et partagées via l’Internet. Ces initiatives conduisent à la multiplication des dossiers de soin et de recherche pour un même patient.

Contexte d’utilisation d’un dossier patient informatisé

Les données figurant dans un dossier patient informatisé (DPI) sont nombreuses. Elles concernent des éléments d’identification d’ordre administratif et des données médicales et/ou médico-sociales. Le dossier patient comprend des faits d’observation, des éléments diagnostiques et/ou pronostiques et des décisions médicales de prévention, de diagnostic, de traitement, de pronostic ou de suivi. Ce dossier recouvre un ensemble d’informations associées aux soins, d’ordre médical, infirmier, administratif et relatif à l’Assurance-maladie. Le DPI a pour objectif d’améliorer la qualité des soins. Il facilite la mémorisation des informations, la communication entre les partenaires de soins et favorise la continuité de soins et la prise de décisions médicales. Il permet de regrouper des informations destinées à faciliter l’évaluation, la recherche et la planification. Il est censé accompagner un patient au cours de ses épisodes de soins dans les institutions où il est pris en charge.

On le distingue du dossier médical personnel (DMP) qui intègre des informations liées à la santé mais aussi au bien-être général incorporant l’avis propre du patient. Ce DMP, préconisé dans la loi du 13 août 2004, un temps abandonné, a été relancé par le discours de la Ministre de la santé du 15 avril 2009 [1]. Un dossier médical électronique sécurisé accessible par l’Internet est mis à la disposition de chacun des bénéficiaires de l’Assurance-maladie. Il concerne toute la population. Il contient en permanence les informations médicales pertinentes nécessaires à la prise en charge du patient. Il devrait améliorer la qualité des soins en facilitant la coordination et les échanges d’information entre les professionnels de santé. Le DMP est composé de plusieurs éléments qui sont placés sous le contrôle du patient. Les données générales concernent les antécédents médicaux et chirurgicaux, l’historique des consultations médicales et chirurgicales, les vaccinations, les allergies. Les données de soins comprennent les résultats d’examens biologiques, les comptes rendus d’actes diagnostiques, les comptes rendus d’actes thérapeutiques, les pathologies en cours, les traitements prescrits ou administrés, les dispensations médicamenteuses. Les données de prévention intègrent les facteurs de risques individuels, les comptes rendus d’actes diagnostiques ou thérapeutiques à visée préventive, les traitements préventifs prescrits ou administrés, le calendrier des vaccinations et des actes de prévention. Le DMP comprend également des données image : radiographie, tomodensitométrie, imagerie par résonance magnétique, échographies. Il dispose d’un espace d’expression personnelle permettant au titulaire de porter des informations personnelles à la connaissance des professionnels de santé : sa position sur le don d’organes, par exemple, ou les coordonnées de la personne à prévenir en cas d’accident.

Un autre exemple est le dossier communicant de cancérologie (DCC) [2]. Le DCC est un outil destiné aux professionnels de santé. Il est dédié au partage et à la communication des informations médicales relatives à la cancérologie entre professionnels de santé. Il a plusieurs objectifs. Il aide à l’organisation et à la tenue des réunions de concertations pluridisciplinaires permettant de produire et de suivre le programme personnalisé de soins facilitant et améliorant la prise en charge de patients atteints de cancer ; il facilite la prise en charge des patients dans le cadre des réseaux régionaux de cancérologie pour coordonner les soins entre les acteurs du service public et du privé ; c’est un outil d’aide à la décision thérapeutique avec des « référentiels » de pratique clinique ; il favorise le partage d’informations médicales entre professionnels de santé grâce à l’articulation entre le DCC, le DMP et les systèmes d’information locaux ; il aide à l’évaluation des pratiques et de la qualité des soins.

Ainsi, dans leur présentation, ni le DMP ni le DCC n’ont pour vocation affichée de contribuer à la recherche biomédicale. C’est le patient qui donne l’accès à son DMP. Comme il peut éventuellement masquer des données on conçoit les limites de son utilisation en recherche biomédicale. Si rien n’est masqué dans le DCC où le dossier est géré en réseau avec les professionnels, en revanche, le DCC ne concerne que les patients ayant un cancer, soit une population ciblée.

Par ailleurs, l’accès au DPI est restreint. Aux États-Unis, seulement 17 % des médecins [3] et 10 % des hôpitaux [4] utilisent un dossier médical électronique. De nombreuses barrières à leur développement ont été identifiées : leur coût élevé, l’absence de retour financier sur investissement, le défi technique et logistique d’installation, de maintenance et de mise à jour de telles applications, et les inquiétudes des patients et des médecins relatives à la confidentialité et à la sécurité des données.

L’American recovery and reinvestment act (ARRA) de 2009 s’est attaché à réorienter le système de santé américain. Il promeut l’utilisation de la technologie de l’information en santé [health information technology (HIT)] et particulièrement la tenue d’un dossier patient informatisé [5].

Cette nouvelle loi prévoit la création d’une coordination nationale destinée à diriger la politique nationale en matière de technologie de l’information pour la santé. C’est l’Office of the national coordinator of health information technology (ONCHIT).

Le volet le plus important concerne l’investissement dans un programme de 19 milliards de dollars pour promouvoir l’adoption et l’utilisation de la technologie de l’information en santé (ordinateur, logiciels, connexion à l’Internet, télémédecine…) et particulièrement le DPI. L’objectif affiché par cette loi est que chaque Américain ait son dossier médical informatisé en 2014 ! Le développement d’un plan stratégique pour un système d’information national interopérable a été acté avec deux comités spécifiques, le Health information policy committee et le Health information standards committee . Il est prévu que les médecins soient incités à s’informatiser avec une dotation annuelle décroissante, fixée à 18 000 dollars la première année.

L’utilisation des données à des fins de recherche n’est pas explicitement mentionnée. Cependant, les informations du DPI peuvent être abordées dans une perspective de recherche biomédicale.

Internet en recherche biomédicale : avantages et limites

Historiquement saisies sur un support papier, les informations administratives ou cliniques des cahiers d’observation d’essais cliniques ou des signalements de pharmacovigilance, de cas de cancer ou de maladie infectieuse sont de plus en plus recueillies en utilisant des formulaires de saisie en ligne.

La technologie Web offre beaucoup d’avantages comme la limitation d’une documentation papier volumineuse, l’aide de la saisie (notes explicatives en ligne), l’amélioration de la qualité de la saisie des informations (contrôle de saisies et alertes en cas d’erreur de saisie), l’aide au suivi des modifications, de l’avancement des études (courbes d’inclusion, tableaux de bord) ou l’incidence des cancers ou maladies infectieuses (tableaux de bord), enfin l’assistance à la déclaration d’événements indésirables.

Dans le cadre des essais cliniques, de plus en plus de cahiers d’observation électroniques sont utilisés et permettent grâce aux contrôles de saisie, de limiter les demandes de correction ou de clarification et de limiter les visites sur site des assistants de recherche clinique (ARC). En ce qui concerne la recherche épidémiologique ou la veille sanitaire, à l’instar des promoteurs de la recherche biomédicale, les instituts de veille sanitaire (par exemple, les Centres of disease control (CDC) aux États-Unis ou l’Institut national de veille sanitaire (InVS) en France) ont identifié l’importance d’un recueil et d’une transmission de données optimisés notamment dans le contexte des épidémies, des catastrophes climatiques ou du bioterrorisme [6]. Dans le cadre de registres du cancer, une initiative conjointe de l’Association nord-americaine des registres du cancer (NAACCR) [7] et des CDC [8] a conduit au développement d’outils de déclaration des cancers au plan national et international (nord-américain). Enfin, des initiatives nationales de plateformes de médecine translationnelle, telles que le projet cancer Biomedical informatics grid (caBIG) aux États-Unis [9], ont pour objectif le partage les informations cliniques et biologiques afin d’accélérer la recherche et surtout l’exploitation des résultats de la recherche dans la prise en charge diagnostique et thérapeutique des patients [10 et 11]. Ce type de plateforme de recherche translationnelle a pour vocation d’intégrer également les données et images des biobanques et banques d’images [12]. Il s’agit souvent de projets de grande envergure mettant en œuvre les nouvelles technologies de l’information et de la communication, qu’il s’agisse de technologies Web récentes (Web services et Web sémantique), de grid computing (une grille informatique est une infrastructure virtuelle constituée d’un ensemble de ressources informatiques potentiellement partagées, distribuées, hétérogènes, délocalisées et autonomes), d’entrepôts de données multidimensionnels ou de Resource description framework (RDF). Le RDF est un modèle standard pour l’échange de données sur le Web . C’est un langage destiné à représenter de l’information du World wide web . Il est particulièrement orienté vers la description de métadonnées. Décrire une ressource, qu’elle soit sous forme numérique (document Web , photographie, fichier sonore, etc.) ou non (livre dans une bibliothèque, tableau dans une galerie d’art, etc.) résulte en une série de données. On appelle « métadonnées » ces données qui décrivent des données. Par exemple, pour décrire un livre, on peut adjoindre des métadonnées telles que son titre, le nom de l’auteur, le nom de l’éditeur, ou l’année de publication. Les métadonnées peuvent permettre d’organiser une collection de ressources ou de découvrir de nouvelles ressources. Dans le cadre de recherches, les métadonnées associées à une ressource peuvent aussi permettre aux utilisateurs de mieux juger de la pertinence des résultats.

Que ce soit dans le domaine du soin ou dans celui de la recherche, la mise en œuvre de solutions de recueil et de partage de données via l’Internet se heurte à des verrous maintenant bien identifiés lors de l’implantation de toute nouvelle technologie. Ces verrous sont d’ordre financier (coût en infrastructure et logiciels, coût en ressources humaines) et d’ordre organisationnel (résistance au changement de la part des utilisateurs). Ils ne peuvent être levés que s’il existe une volonté affichée des décideurs de franchir le pas technologique et d’apporter les moyens nécessaires, une formation appropriée des utilisateurs et un suivi adéquat.

Un patient, combien de dossiers ?
Dossier patient informatisé : utilité pour la recherche biomédicale

Les données cliniques recueillies lors d’une démarche de soin au sein d’un DPI peuvent être très utiles pour la recherche biomédicale ou épidémiologique (Figure 1). Des initiatives visent à définir des solutions d’intégration des activités de soin et de recherche permettant d’optimiser le recueil et l’exploitation des données cliniques pour une réutilisation secondaire des données cliniques du DPI.



Figure 1


Figure 1. 

Différentes situations d’utilisation secondaire de données cliniques recueillies dans un contexte de soin et stockées dans un dossier patient informatisé (DPI) ou dans un entrepôt de données cliniques (EDC)

Zoom

En ce qui concerne la recherche biomédicale, l’étude du rôle du DPI dans le déroulement d’une étude a fait l’objet de nombreux travaux [13, 14 et 15]. Les données cliniques du DPI peuvent être utiles lors de différentes phases (Tableau I). Les données du DPI peuvent favoriser l’inclusion de patients lors de la phase d’instruction ou encore optimiser le recueil des données et faciliter le signalement spontané d’événements indésirables lors de la phase de mise en œuvre. Le DPI a un rôle dans l’adoption par les professionnels de santé des résultats de la recherche biomédicale (intégration de guides de bonnes pratiques, évaluation des pratiques) [16 et 17].

Même dans les hôpitaux universitaires ayant mis en œuvre des DPI arrivés à maturité, ces DPI sont complètement déconnectés des systèmes de gestion des données cliniques (SGDC) de la recherche biomédicale. Dans la mesure où 30 % à 50 % des données recueillies dans un contexte de recherche biomédicale sont dans les DPI [18], les cliniciens sont donc souvent confrontés à une double saisie de données : d’abord dans le DPI, puis dans le SGDC de l’étude biomédicale dont ils sont investigateurs.

Pour la recherche épidémiologique ou la veille sanitaire, les systèmes de recueil de données sont peu ou pas intégrés aux systèmes d’information de soin utilisés par les professionnels de santé. Dans le domaine de la pharmacovigilance, il n’y a pas de signalement d’éventuel événement indésirable automatisé à partir des données cliniques de DPI. Ce signalement initial est le plus souvent effectué par téléphone par le professionnel de santé auprès des centres régionaux de pharmacovigilance.

Obstacles à la réutilisation secondaire des données cliniques du dossier patient informatisé

Les obstacles à la « réutilisation secondaire » des données cliniques des DPI dans un contexte de recherche sont d’ordre réglementaire, organisationnel et technique (Tableau II).

D’un point de vue réglementaire, le traitement de données de santé est soumis à des contraintes réglementaires différentes dans les domaines du soin et de la recherche biomédicale. En France, par exemple, tout traitement informatisé des données personnelles de santé doit être déclaré à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) [19] qui veille à la conformité de ces traitements avec la loi de protection des données (Loi 78-17 du 6 janvier 1978). Pour la recherche biomédicale, le Comité consultatif pour le traitement de l’information en recherche en santé (CCTIRS), est consulté préalablement à toute déclaration à la CNIL. La directive sur les essais cliniques (Directive 2001/20/EC), exige l’examen des projets de recherche par le Comité pour la protection des personnes (CPP), afin de garantir le plein respect des bonnes pratiques cliniques ainsi que la sécurité des patients inclus dans un protocole de recherche biomédicale (Loi de Santé Publique du 9 août 2004). Dans un contexte des soins, si le patient doit être informé et impliqué dans la démarche diagnostique et thérapeutique, son consentement écrit n’est requis légalement qu’en cas de situations très particulières, alors que le consentement à participer à une étude de recherche biomédicale est systématiquement recueilli.

D’un point de vue organisationnel, les processus de soin et ceux de la recherche biomédicale sont très différents et souvent parallèles. Si certains acteurs participent aux deux processus (comme un médecin clinicien peut être également investigateur d’une étude de recherche biomédicale par exemple), ils effectuent leurs activités dans des circuits séparés et utilisent des systèmes d’information distincts. Les fonctionnalités attendues des DPI et SGDC, en cours de standardisation, ont été définies par des organismes différents au sein de documents distincts. Pour le DPI des initiatives internationales [groupe de travail Electronic health records (EHR) de l’organisme de standardisation HL7] [20] ou européennes [projet European quality labelling and certification of electronic health record systems (QREC)] [21] visent à définir les fonctionnalités attendues des DPI dans un objectif de certification. En ce qui concerne la recherche biomédicale, aux États-Unis, tout SGDC doit se conformer à un guide de mise en oeuvre réalisé par la Food and drug administration (FDA) (Guidance for Computerized systems used in clinical investigations (CSUCI) [22]. Ce document précise les fonctionnalités attendues du système notamment en ce qui concerne la sécurité, l’audit de l’accès aux données, la sauvegarde et la restauration des données.

Au niveau technique, les normes pour l’archivage et de transmission de données de santé sont très différentes dans les domaines du soin et de la recherche biomédicale. Dans le domaine du soin, les efforts de structuration et de standardisation de l’information sur la santé sont conduits au sein des organismes de standardisation européen [Comité européen de normalisation comité technique (CEN TC) 251] [23] et international Health level-7 (HL7) [20] et au sein de l’initiative internationale Integrating the healthcare enterprise (IHE) dont l’objectif est de faciliter l’utilisation des standards par les systèmes d’information de santé [24]. Par exemple, HL7 propose un modèle d’information de référence (RIM) sur lequel sont fondés à la fois les modèles de messages et des modèles de documents [Clinical document architecture (CDA)] [25].

Pour la recherche biomédicale, le Clinical data interchange standards consortium (CDISC) [26], créé en 1997, associe des membres issus des agences réglementaires [FDA, European medicines agency (EMEA)], de l’industrie pharmaceutique, des organisations de recherche biomédicale, des sociétés éditrices de systèmes d’information. Il définit des standards d’acquisition, d’échange et de soumission des données cliniques dans le cadre de la recherche biomédicale. Par exemple, en 2001, le CDISC a publié la première version de son modèle de données opérationnelles (ODM) [27]. Il définit les différents types d’informations relatives à un essai clinique : les métadonnées (définition du protocole utilisé), les données de base de l’essai clinique (par exemple, les valeurs normales des examens de laboratoire), les données administratives des utilisateurs (droits d’accès et profils des utilisateurs), et les données cliniques du patient et résultats d’audit des données (suivi des modifications).

Des problèmes méthodologiques peuvent apparaître. C’est par exemple la mise en évidence de différences de recrutement entre participants et non-participants qui peuvent biaiser la validité des résultats d’études observationnelles lorsqu’un consentement est requis pour accéder aux données du dossier médical [28]. Le recours au DPI peut en revanche être utile par exemple pour des études de validation d’associations génétiques [29].

Intégrer les différents dossiers des patients

Afin de faciliter l’intégration des systèmes d’information de soin et de recherche biomédicale, des efforts ont été conduits entre HL7 et CDISC au sein du comité technique de HL7 Regulated clinical research information management (RCRIM) auquel participent activement le National cancer institute (NCI) et la FDA. Dans le cadre de ces efforts, le projet Biomedical research integrated domain group (BRIDG) vise à créer un modèle d’analyse du domaine de la recherche biomédicale et à définir une sémantique commune pour les différents acteurs (professionnels de santé, promoteurs, autorités sanitaires, etc.) [30 et 31].

Le groupe de travail « Profil fonctionnel Electronic health records for clinical research (EHR/CR) » est constitué de participants américains et européens issus de l’industrie pharmaceutique, des biotechnologies, des systèmes d’information de soin, de la recherche biomédicale ainsi que d’acteurs institutionnels [32]. Ce projet constitue un effort collaboratif pour étendre et adapter les fonctionnalités du DPI au contexte de la recherche biomédicale. Ce groupe de travail a publié une extension du modèle fonctionnel de DPI (HL7 EHR-S functional model ) afin de définir les fonctionnalités additionnelles des DPI requises dans un contexte de recherche biomédicale.

Des solutions pilotes d’intégration des systèmes d’information de soin et de recherche biomédicale ont été mises en œuvre [33, 34 et 35]. Une approche intéressante est proposée dans le cadre de l’initiative internationale IHE. Elle est constituée par le profil d’intégration Retrieve form for data capture (RFD). Un « profil d’intégration » IHE répond à un besoin d’intégration de systèmes d’information dans le cadre d’un processus de soin bien précis. Il décrit les échanges d’information, appelée « transactions » entre différents composants, appelés « acteurs » et un guide de mise en œuvre de ces transactions en utilisant les standards d’informatique de santé, tels que HL7 ou le standard Digital imaging and communications in medicine (DICOM). HL7 est un standard qui définit un format pour les échanges informatisés de données cliniques, financières et administratives entre systèmes d’information hospitaliers (SIH). Le standard DICOM ou « imagerie et communication numériques en médecine » est un standard de communication et d’archivage en imagerie médicale. C’est aussi par extension le format de fichier faisant référence dans le domaine de l’imagerie médicale.

Le profil d’intégration de type RFD permet de saisir des données au sein d’une application, par exemple, un DPI, selon les exigences d’un système externe, par exemple, un SGDC de recherche biomédicale.

Le profil RFD est un profil d’intégration pour capture de données, développé conjointement par le CDISC et l’IHE, qui permet de capturer des données pour la recherche biomédicale, la pharmacovigilance, ou pour tout autre objectif à partir d’une session d’un DPI [36]. Par exemple, si un organisme a besoin de recueillir des données cliniques dans le cadre d’un essai clinique, le profil RFD donne à l’utilisateur du DPI (un médecin investigateur, par exemple) l’accès au cahier d’observation électronique de l’étude. Ainsi, l’investigateur peut saisir les données de l’essai clinique sans avoir à se connecter à une nouvelle application.

Dans le cadre de registres du cancer, une initiative conjointe de la NAACCR et des CDC a permis la mise en œuvre d’une transmission automatisée de comptes rendus d’anatomie pathologiques aux registres limitant ainsi le déplacement de techniciens des registres dans les structures de soins [7].

Conclusion

La pénétration de la technologie Web en santé a pour conséquence une multiplication des dossiers de soin et de recherche pour un même patient. Remplir des dossiers multiples est évidemment un élément limitant dans un contexte de restriction des ressources médicales et paramédicales et de la hausse du seuil d’exigence de qualité des soins et de la recherche biomédicale. Tous les dossiers informatisés ne sont pas orientés vers la recherche biomédicale. Le DPI est certainement le dossier le plus approprié à cet effet. Cependant son taux de pénétration reste restreint au niveau hospitalier. Toutefois, plusieurs institutions et groupes de recherche internationaux orientent leurs travaux vers la création d’un modèle d’analyse du domaine de la recherche biomédicale avec la définition d’une sémantique commune pour les différents acteurs afin de faciliter l’intégration des systèmes d’information de soin et de recherche biomédicale. Ces approches sont encore du domaine de la recherche.

Conflits d’intérêts

aucun.



Références

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