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Vers une théorie unifiée des symptômes positifs

Doi : 10.1016/j.neucli.2005.12.002  

M. Magnin a  , A. Morel b, D. Jeanmonod b

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Résumé

Le concept de symptôme positif est tombé aujourd'hui en désuétude. Pour autant, les phénomènes qu'il visait à décrire sont toujours d'actualité. Ainsi en est-il de la douleur neuropathique, des mouvements anormaux, des acouphènes, de l'épilepsie ou des troubles psychiatriques. Bien que cliniquement fort différents, tous ces symptômes résultent d'une lésion du système nerveux et sont en eux-mêmes paradoxaux. En effet, au-delà des déficits habituellement observés, on constate une hyperactivité du système fonctionnel concerné. Ces deux caractéristiques communes seraient-elles l'indication de l'existence d'un processus physiopathologique unique qui en serait à l'origine ? Une propriété électrophysiologique particulière de la cellule nerveuse replacée dans le contexte des interactions thalamocorticothalamiques semble pouvoir en effet rendre compte de l'ensemble de ces situations physiopathologiques. Une cellule thalamique génère des potentiels d'action quand elle est dépolarisée par ses afférences excitatrices. À l'inverse, cette même cellule devient silencieuse pour peu qu'elle soit hyperpolarisée activement par ses afférences inhibitrices ou passivement par la perte de ses afférences excitatrices. Cependant, suivant le degré d'hyperpolarisation, cette cellule est susceptible de produire des bouffées rythmiques de potentiels d'action à une fréquence d'environ 3 à 4 Hz. Dans ce contexte, une lésion impliquant par exemple des fibres somatosensorielles excitatrices peut conduire à une hyperpolarisation des cellules thalamiques correspondantes et induire par-là même ce type d'activité. Cette dernière est à la source d'une augmentation d'activité thalamocorticale à basse fréquence qui entraîne une réduction d'inhibition corticocorticale et induit ainsi une activité à haute fréquence dans les boucles thalamocorticales adjacentes (« effet de bord »). Ceci est susceptible d'engendrer un symptôme, dans le cas présent une douleur. Des enregistrements électrophysiologiques ont montré effectivement la présence d'une telle activité thalamique chez des patients souffrant de symptômes positifs sensoriels ou moteurs. De plus, les résultats cliniques obtenus par des approches neurochirurgicales prenant en compte ce phénomène tendent à confirmer ce concept physiopathologique.

Abstract

Defined more than one century ago, the concept of positive symptoms has become obsolete, except in the psychiatric domain. However, its relevance remains intact today when considering such pathophysiologies as neuropathic (phantom) pain, movement disorders, tinnitus, epilepsy, and psychiatric disorders. Beside their very different clinical characteristics, all these symptoms arise from a lesion in the nervous system. Furthermore, they are paradoxical in the sense that they correspond to a spontaneous hyperactivity of the injured functional system, concomitant to the usual deficits resulting from the lesion. Could these similarities reflect the existence of some common pathophysiological process? A peculiar electrophysiological property of thalamic cells is likely to be compatible with this hypothesis. A thalamic cell produces action potentials when depolarised by excitatory inputs. Conversely, its ability to produce action potentials is decreased or even completely suppressed when the same cell is hyperpolarized by inhibitory influences. However, depending on its level of hyperpolarization, this cell can also produce rhythmic paradoxical bursts of activity at low frequency (3-4 Hz). In this context, a lesion involving, for example, the somatosensory excitatory fibres gives rise to hyperpolarization of the corresponding thalamic cells, which may produce such rhythmic bursting activity. This causes an increase of low frequency thalamo-cortical activity, which, through reduction of collateral cortico-cortical inhibition, induces high frequency activity in neighbouring thalamo-cortical loops (“edge effect”). This leads to the appearance of the clinical symptoms, in this case, pain. Electrophysiological recordings performed in patients suffering from sensory or motor positive symptoms have shown the presence of such deleterious sequence of events. Furthermore, the efficiency of neurosurgical treatments that are used against some positive symptoms can be explained on the basis of such a dynamic process. Both considerations support the validity of the proposed hypothesis and open avenues for the control of other positive symptoms.


Mots clés : Symptôme positif, Thalamus, Électrophysiologie, Neurochirurgie

Keywords : Positive symptom, Thalamus, Low threshold calcium spike, Neurosurgery


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Vol 35 - N° 5-6

P. 154-161 - novembre-décembre 2005 Retour au numéro
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