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Soins
Vol 51, N° 702  - février 2006
pp. 53-54
Doi : SOIN-02-2006-51-702-0038-0814-101019-200602723
1/10 Étude Eneis : buts et méthodologie
 

MNH

En mai 2005, pour la première fois en France, la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiait une Étude nationale sur les événements indésirables graves liés aux soins (Eneis). Cette étude, menée par le Comité de coordination de l’évaluation clinique et de la qualité en Aquitaine (CCECQA) sous l’égide de la Haute autorité de santé, donne une vision globale du risque lié aux soins, identifie les événements évitables, analyse les causes latentes et les facteurs contributifs, et dégage des axes de prévention. Autant de raisons qui doivent inciter les professionnels de santé à évaluer leurs pratiques.

Série événements indésirables graves liés aux soins (EIG)

  • Étude Eneis : buts et méthodologie
  • Les enseignements de l’étude Eneis 2004
  • Les événements indésirables médicamenteux (EIM) : causes, conséquences, prévention
  • Éviter les EIG : calculs de dose et de débit médicamenteux
  • Éviter les EIG liés à l’intérim en améliorant les pratiques professionnelles
  • Événements liés à l’administration d’un produit de santé : le cas particulier de la transfusion sanguine
  • Événements indésirables liés aux dispositifs médicaux : le cas particulier du sondage vésical
  • Infections nosocomiales : le cas particulier des infections du site opératoire
  • Manque d’information à l’origine des événements indésirables graves liés aux soins
  • Synthèse : ce qu’il faut retenir. Jeu de l’oie

Contexte et objectifs de l’étude Eneis

Dans le cadre général de la politique d’amélioration de la qualité des soins, la Drees a souhaité quantifier l’ensemble des événements indésirables liés aux soins. Elle a ainsi confié la réalisation de l’étude Eneis au Comité de coordination de l’évaluation clinique et de la qualité en Aquitaine (CCECQA), organisme spécialisé dans l’évaluation et la gestion des risques, en lien avec l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes), aujourd’hui Haute Autorité de santé (HAS). Une première étude sur le risque iatrogène (ERI)1, coordonnée par le CCECQA en Aquitaine, en 2002, avait permis de tester plusieurs méthodes d’enquête et d’apporter des éléments de choix de la méthode utilisée dans l’étude Eneis.

Les objectifs de l’étude, menée entre avril et juin 2004 dans 292 unités de 71 établissements de santé français tirés au sort (CHU, centres hospitaliers et cliniques), étaient de trois ordres :

  • estimer l’incidence des événements graves liés aux soins, observés en milieu hospitalier dans les unités de médecine et de chirurgie de court séjour ;
  • identifier parmi ces événements ceux qui étaient évitables ;
  • analyser les causes latentes et les facteurs contributifs de ces événements.

L’étude Eneis a donc permis d’évaluer, d’une part, la proportion d’EIG ayant motivé une hospitalisation parmi l’ensemble des séjours et, d’autre part, la densité d’incidence des événements survenus pendant l’hospitalisation pour 1 000 journées d’hospitalisation.

Quelques définitions

Un événement indésirable (EIG) est défini comme un événement clinique ou paraclinique lié aux soins (au sens général), c’est-à-dire comprenant les stratégies et les actes en relation avec toutes les étapes de la prise en charge d’une pathologie : prévention, diagnostic, traitement, réhabilitation, défavorables pour le patient.

Un événement est défini comme “grave”2 à partir du moment où il est susceptible d’entraîner une prolongation de l’hospitalisation d’au moins un jour, s’il est à l’origine d’un handicap ou d’une incapacité à la fin de l’hospitalisation, ou s’il est associé à une menace vitale ou à un décès. L’étude Eneis n’a concerné que des événements indésirables graves.

Un événement indésirable “évitable” est défini comme un événement qui ne serait pas survenu si les soins avaient été conformes à la prise en charge considérée comme satisfaisante au moment de la survenue de l’événement. L’appréciation du caractère évitable se fait avec l’échelle de Likert en six modalités de réponse3. Dans l’enquête Eneis, le caractère d’évitabilité a été défini par les chercheurs après discussion avec les équipes de soins ayant en charge le patient. Soulignons que le caractère d’évitabilité ne doit pas être confondu avec la notion de faute qui a un sens juridique.

Méthodologie de l’étude Eneis

L’enquête Eneis est une étude prospective d’incidence dans une population ouverte de patients hospitalisés et suivis sur une période d’au maximum 7 jours ; 8 754 séjours patients ont ainsi été étudiés, soit au total 35 234 journées d’hospitalisation observées. L’étude a porté sur l’ensemble des séjours en unités de médecine et de chirurgie dans les établissements de santé de court séjour, à l’exclusion des séjours en hospitalisation de jour, en secteur de psychiatrie et en lits-porte pour les services d’urgence.

Les enquêteurs étaient des infirmiers diplômés d’État ou des cadres de santé n’appartenant pas aux services enquêtés et formés trois jours à la méthode Eneis à partir de cas concrets. Pour la détection des événements, l’interrogatoire sur place des équipes soignantes (cadres de santé et médecins) a été préféré à la revue des dossiers des patients qui n’ont pas été interrogés. Ce sont principalement les cadres de santé des unités qui ont été sollicités. L’infirmier enquêteur se rendait dans l’unité tous les 2 ou 3 jours pour détecter les patients susceptibles de présenter un événement indésirable ; une détection qui durait environ 3 heures pour une unité de 25 patients, réalisée avec le cadre de soins à l’aide de 17 critères de sélection4. En cas de détection d’un événement indésirable à partir du questionnaire infirmier, un médecin était chargé de confirmer (ou non) la nature grave et indésirable de cet événement à partir de la consultation du dossier patient et d’une discussion avec l’équipe de soins.

La densité d’incidence des événements indésirables graves identifiés pendant l’hospitalisation a été calculée comme le nombre d’EIG identifiés dans l’unité de soins pendant la période d’observation rapporté au nombre de jours d’hospitalisation observés.

Des chiffres significatifs

Sur les 35 234 journées d’hospitalisation observées entre avril et juin 2004 dans les 71 établissements tirés au sort pour l’étude, 450 événements indésirables graves sont survenus :

  • 195 étaient préalables et causes d’hospitalisation ;
  • 255 ont été identifiés pendant la période d’hospitalisation observée.

Parmi les 195 événements qui ont motivé une hospitalisation, 86 étaient considérés comme évitables et, parmi les 255 identifiés pendant la période d’hospitalisation, 95 ont été considérés comme évitables.

Pour en savoir plus

Collectif. Dossier “La gestion des risques dans les soins. L’implication des cadres de santé“. Soins Cadres novembre 2005 ; n° 56 : 19-56.

Références

Michel P, Quenon JL, Djihoud A, Tricaud-Vialle S, Saraquesta de AM, Domecq S. (CCECQA), avec la collaboration de Haury B, de Cases C. (Drees). Les événements indésirables graves liés aux soins observés dans les établissements de santé : premiers résultats d’une étude nationale. Études et résultats, n° 398, mai 2005, Drees. À consulter sur http://www.ccecqa.asso.fr et sur http://www.sante.gouv.fr

1
Michel P, Quenon JL, Sarasqueta AM, Scemama O. L’estimation du risque iatrogène grave dans les établissements de santé en France : les enseignements d’une étude pilote dans la région Aquitaine. Drees, Études et résultats 2003 ; 219 : 1-8.
2
Définition issue de la directive 2000/38/CE de la commission européenne.
3
L’échelle de Likert comporte six degrés. Une valeur supérieure à trois est requise pour considérer un événement comme évitable :
  • certain (6),
  • très probable (5), assez probable (4), peu probable (3),
  • très peu probable (2), exclu (1).
4
17 critères de sélection parmi lesquels : passage ou retour non prévu au bloc opératoire, survenue d’un déficit neurologique ou d’un trouble cognitif non présent à l’admission, transfert non prévu dans un service de réanimation…





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