Alors que la toxicité intestinale des AINS non sélectifs est bien établie, il existe peu d'informations sur celle des inhibiteurs sélectifs de la COX2. Dans l'étude présentée ici, Laine et al ont analysé à partir de la base de données de l'étude VIGOR (N Engl J Med 2000 ; 343 : 1520-8) le risque de complications digestives basses sévères chez des malades atteints de polyarthrite rhumatoïde et traités soit par rofecoxib 50 mg/jour (n = 4 047), soit par naproxène 1 000 mg/j (n = 4 029) pendant une durée médiane de 9 mois. Les malades ayant une maladie inflammatoire intestinale connue étaient exclus de l'étude. Il est important de souligner qu'il s'agit d'une analyse secondaire, les critères diagnostiques de complications intestinales sévères ayant été établis a posteriori . Ces critères étaient les suivants : rectorragies avec chute d'au moins 2g/dL du taux d'hémoglobine ou hospitalisation ; présence de sang occulte dans les selles avec endoscopie haute normale et chute d'au moins 2g/dL du taux d'hémoglobine ; hospitalisation pour perforation, obstruction, ulcération intestinales ou diverticulite. L'incidence des complications ainsi définies était de 0,41 pour 100 malades-années dans le groupe rofecoxib et de 0,89 pour 100 malades-années dans le groupe naproxène soit un risque relatif de 0,46 (0,22-0,93 ; P = 0,032). Les diverticules étaient la principale cause de complications sérieuses, par hémorragie, perforation ou inflammation. Globalement, les complications digestives basses représentaient respectivement 42,7 % et 39,4 % de l'ensemble des complications digestives graves hautes et basses dans les groupes rofecoxib et naproxène. Le nombre de malades à traiter par rofecoxib pour éviter une complication intestinale grave sous naproxène était de 208. L'incidence des complications intestinales rapportées dans le bras naproxène de l'étude VIGOR était plus élevée que celle calculée à partir de la cohorte ARAMIS (Am J Med 1998 ; 105 : 31S-38S) chez des malades traités au long cours par divers AINS non sélectifs. Dans cette cohorte, l'incidence annuelle des hospitalisations pour complications digestives basses était évaluée à 0,23 % chez les malades atteints de polyarthrite rhumatoïde et 0,19 % chez les malades arthrosiques. Ces chiffres représentaient respectivement 13 % et 32 % de l'ensemble des hospitalisations pour complications digestives dans les deux groupes de malades. L'incidence plus élevée des complications intestinales dans l'étude de Laine et al peut s'expliquer au moins en partie par des critères diagnostiques différents. Les complications digestives analysées dans l'étude ARAMIS étaient définies par la nécessité d'une hospitalisation. Dans l'étude de Laine et al, ce critère n'était pas obligatoire. Parmi les malades ayant une complication digestive basse considérée comme sérieuse, 33 % de ceux traités par naproxène et 27 % de ceux traités par rofecoxib n'étaient pas hospitalisés.
L'étude de Laine et al montre que le rofecoxib réduit de 54 % l'incidence des complications digestive basses par rapport à un AINS non sélectif. Néanmoins, en l'absence de groupe contrôle sans AINS, elle ne permet pas d'affirmer l'existence d'un excès de risque lié au rofecoxib. La toxicité des coxibs sur une muqueuse intestinale saine reste à démontrer.