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Journal of Neuroradiology
Vol 24, N° 1  - juin 1997
p. 4
Doi : JN-06-1997-24-1-0150-9861-101019-ART72
Compte-rendu

HOMMAGE DE LA SOCI+T+ FRANÇAISE DE NEURORADIOLOGIE
 
Compte rendu

J. Neuroradiol., 1996, 24, 4-6

© Masson, Paris, 1997

HOMMAGE DE LA SOCI+T+ FRANÇAISE DE NEURORADIOLOGIE
à Monsieur le Professeur Auguste WACKENHEIM

+ l'occasion du Congrès de la SOCI+T+ FRANÇAISE DE NEURORADIOLOGIE qui s'est déroulé à Strasbourg, sous la Présidence de Monsieur le Professeur Jean-Louis DIETEMANN, élève de Monsieur le Professeur Auguste WACKENHEIM, la Société Française de Neuroradiologie a rendu hommage à Monsieur le Professeur Auguste WACKENHEIM qui a créé et dirigé le Service de Neuroradiologie de Strasbourg, durant de longues années.

Une médaille frappée à son effigie lui a été remise par Monsieur le Professeur Jean-François BONNEVILLE, Secrétaire Général de la Société Française de Neuroradiologie.

+ l'occasion de cette cérémonie, deux discours ont été prononcés respectivement par Monsieur le Professeur Jean-Marie CAILL+ et par Monsieur le Professeur Guy COSNARD, Président de la Société Française de Neuroradiologie.

Strasbourg, Vendredi 11 avril 1997

Médailles précédemment frappées par la Société Française de Neuroradiologie en hommage à ses membres les plus illustres

Professeur Herman FISGHOLD 1899-1982Professeur René DJINDJIAN 1919-1997ALLOCUTION PRONONC+E PAR MONSIEUR

LE PROFESSEUR JEAN-MARIE CAILL+
VENDREDI 11 AVRIL 1997

J.-L. Dietemann, l'organisateur, le successeur, l'élève, le disciple, nous a demandé, à Philippe Castan et moi, d'être les parrains de l'adoubement d'Auguste Wackenheim. Comme vous le savez, l'adoubement est une cérémonie religieuse et militaire au cours de laquelle ses armes sont remises au nouveau chevalier. Les parrains sont les faire-valoir, au sens noble du terme, ces hérauts sont là pour chanter, clamer, proclamer haut et fort les qualités et mérites du chevalier. Dans la plupart des cas, il s'agit là d'un exercice de style éthiquement acrobatique qui demande beaucoup de souplesse. Cette exhibition hagiographique repose sur une logorrhée biographique insipide dénuée de tout intérêt pour le public, énumération taxinomique, dirait Auguste Wackenheim, qui détruit irrémédiablement et le récipiendaire et le locuteur.

Je ne vous parlerai donc pas de la biographie d'Auguste Wackenheim, elle ne m'intéresse pas, j'imagine qu'elle ne vous intéresse pas. J'ai préféré vous conter très brièvement ce que je pense, ce que nous pensons de la vie Majuscule d'Auguste Wackenheim.

C'est une Vie Majuscule en effet. L'angoisse de l'homme a toujours été de savoir s'il y avait une vie après la mort. La réponse à cette question essentielle, existentielle, est celle de l'homme enfin libre, désentravé, de l'homme enfin libéré de toutes les contraintes qui ont été et qui ont fait sa vie, l'homme que peut-être on peut imaginer enfin heureux. La vie dans l'au-delà ? Ce n'est pas la bonne question parce que la réponse reste individuelle, parce qu'elle est du domaine de la croyance, parce qu'elle ne fait qu'attendre sans porter de projet. Cet homme « intérieur + que décrit Maître Eckhart, cet Auguste Wackenheim, intime nous ne le connaissons pas, nous ne voulons pas le connaître, c'est le rendez-vous personnel d'Auguste et nous n'en parlerons pas.

Non ! la seule vraie question, la seule question qui soit fondamentale au plan personnel, social et humain, est de savoir s'il y a une vie avant la mort. Cet homme « extérieur +, plongé dans le temps actuel, dans la société, dans les microscomes professionnels, celui-là nous pouvons le regarder, le scruter avec les yeux des entomologistes, nous pouvons le disséquer, le dénoncer avec les yeux infiniment moins complaisants des hommes que nous sommes, toujours flagorneurs, réducteurs, castrateurs, jaloux, envieux comme si la construction du monde leur appartenait.

Oui ! Auguste Wackenheim a eu, et a, une Vie Majuscule.

Il a toujours pensé que faire était utile, faire était non seulement utile mais indispensable à sa survie personnelle et probablement a-t-il pensé de temps à autre que faire était utile et indispensable à la survie de la Société. Nous ferions injure à Auguste Wackenheim s'il n'y avait que le faire, l'agitation chaotique quotidienne de tout un chacun. Non, Auguste Wackenheim avait et a toujours des projets dans lesquels s'insèrent ses envies et ses pulsions de faire. Enrichir le savoir ne consiste pas à découvrir encore et toujours des faits nouveaux, enrichir le savoir consiste à donner du sens aux faits.

Auguste Wackenheim a passé sa vie à donner un supplément d'âme à des signes pour en faire des signaux, a passé sa vie à transmettre non pas du savoir mais de la connaissance ; c'est un maître ! Un maître, c'est aussi celui qui peut révéler au disciple que lui, le disciple, est capable de penser seul.

Auguste Wackenheim a été et demeure un Maître à qui je rends hommage. Il a quelquefois, probablement souvent, probablement trop souvent, revendiqué l'autorité du Maître : qui ne l'a fait une fois dans sa vie ? Mais il a toujours fait son métier d'Homme. Je n'ai pas réellement compris ce que G. Gusdorf voulait signifier en concluant « la plus haute maîtrise ne peut être acquise qu'au bénéfice du doute +, comme s'il y avait là un échec, un renoncement, une mesquinerie, une tromperie. Non ! il n'y a là aucun doute non ! La maîtrise ne se revendique pas, elle est naturelle, elle ne comptabilise pas, les « vérités assénées + par le Maître, elle ne comptabilise pas les erreurs du Maître, la maîtrise est là pour tenir la main, pour lâcher la main et se réjouir d'entendre le disciple être d'un avis contraire.

Auguste Wackenheim a été l'un des Maîtres de la neurodiologie française, il a marqué l'histoire de cette neuroradiologie et même si nous ne savons pas quelle sera sa « vie après sa mort + nous savons que son nom restera dans l'histoire de la neuroradiologie, mais aussi dans l'histoire de la médecine.

Oui ! Auguste Wackenheim aura une Vie Majuscule.

ALLOCUTION PRONONC+E PAR MONSIEUR LE PROFESSEUR GUY COSNARD

VENDREDI 11 AVRIL 1997

Dans le rôle de président de la Société Française de Neuroradiologie, me voilà donc chargé de présenter la biographie d'un prestigieux prédécesseur qui ne fut point mon maître. Et tel le misérable griot chantant le roi des plaines sahéliennes, l'insecte va vous dire la vie du grand éléphant blanc. Sa mélopée n'est que l'essence de la vérité charriée par le cours du temps. C'est la loi des légendes rapportées de générations en générations : tout est faux... sinon le principal.

Mais me direz-vous... pourquoi ne pas avoir quêté le vrai auprès de celui qui était et savait et qui est et qui sait. Ne soyez pas vulgaires... De plus, vous avez lu comme moi cette nuit que « la mise en mémoire de certains faits est indélébile et devient la source de cauchemars de structures psychiques caractérielles et névrotiques + [1] et j'ai voulu me préserver.

J'ai donc préféré interroger ses élèves ou ses amis pour reconstituer la biographie de ce mythe vivant.

Quand est-il né ?

Avec difficultés, j'ai pu joindre Jean-Marie Caillé dans son service bordelais et il a répondu immédiatement et très précisément à cette question. Auguste Wackenheim est né en 1925. Je le sais, me dit-il, car il m'a téléphoné cette année-là pour me dire qu'il travaillait au problème de l'intelligence artificielle et qu'il pensait pouvoir faire quelque chose pour moi...

Je titrai de cela une première conclusion : Auguste Wackenheim est un poète.

Où est-il né ?

+ voir son œuvre, évidemment parmi les fées. Elle s se sont toutes penchées sur son berceau : philosophie, action, curiosité, peinture, écriture... Parfumées, blanches et dorées, sous de grandes coiffes à longues ailes noires, elles comblaient sans vergogne le chérubin délicat.

Seconde conclusion logique (mais comme tout discutable) : Auguste Wackenheim a bien peu de mérites.

Mais où est-il né, insistiez-vous ?

Beaucoup pensaient qu'il était étranger, surtout les étrangers. Cette rumeur fut violemment combattue par ses concitoyens qui remportèrent évidemment la victoire en chantant après avoir ouvert la barrière. Jean-Paul Braun penchait tout naturellement pour la Bretagne et plus précisément pour le pays Bigouden. Philippe Castan se demandait s'il n'était pas comme lui (mais de cela il en était moins sûr), du sud de la France. Hypothèses en tout état de fait incohérentes avec les habitudes alimentaires de l'intéressé. Par ailleurs, tant de passion et d'esprit d'entreprise, tant d'ouverture, tant d'intelligence et tant de poésie ne se rencontrent en France... qu'à Strasbourg !

La troisième conclusion était qu'Auguste Wackenheim recevrait sûrement un jour le « Bretzel d'or + de l'humour Alsacien après avoir participé à de nombreuses expositions parmi les peintres régionaux, écrit la poésie et parfois même l'histoire.

Mais quelle est donc la véritable profession d'Auguste Wackenheim ?

Je n'aurais jamais dû interroger ses élèves, j'en étais tout embrouillé. J'ai heureusement retrouvé une vieille revue du praticien de 1955. Il en faisait la couverture avec un titre choc : Attention, il est médecin !

J'en tirais une quatrième conclusion : Auguste Wackenheim n'a jamais été à l'école du cirque et ne fut jamais un acrobate de génie... comme le prétendait Pistolesi [2].

Auguste Wackenheim a-t-il été psychiatre et neuro-psychiatre ?

Rien n'est moins sûr et pourtant... reportez-vous à ses écrits... mêmes récent [1], peu de doutes subsistent.

Vous concluez vous-même (après avoir lu le maître jusqu'au bout) que Jean-Louis Dietemann est bien un drôle d'oiseau... « après vérification de la musculature de ses ailes et de son organe de navigation + !

Auguste Wackenheim est-il professeur de nos universités ?

De Buenos Aires à Shangaï, tous le savent, même mes amis belges qui m'ont prouvé une fois que 1966, date de sa nomination précédait de 5 ans son accession à la chefferie de service soit une prise de pouvoir en mille neuf cent septante et un, elle-même située dans le calendrier romain huit ans avant qu'il ne devienne un fort brillant titulaire de la chaire de radiologie en mille neuf cent septante neuf.

Je tirais la sixième conclusion : Strasbourg... est une ville très attachante !

Mais Auguste Wackenheim est-il un vrai radiologue ?

Vous savez bien que non... trop intelligent et trop artiste !

Insatisfait des produits de nos machines, il redessine tout et transcende l'image. De la sécheresse des mesures angulaires, il exprime le verbe et fonde le discours.

Tout est prétexte à une fuite immatérielle.

Tirez avec moi la septième conclusion :

Auguste Wackenheim ne pouvait être que Neuroradiologue... et l'un des meilleures

C'est inscrit sur le revers de la médaille.

Monsieur le professeur, ceci est surtout inscrit dans la mémoire de notre société.

R+F+RENCES

1. Wackenheim A. Les signes. Livre des communications du
XXVe congrès de la SFNR, Strasbourg, 10-11 avril 1997.

2. Bourjat P, Dietemann JL, Bromhorst E, Le Minor JM. Auguste Wackenheim. Professeur de radiologie, université Louis Pasteur, Strasbourg. Guerbert Editeur Paris, 1992.

REFERENCE(S)


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