Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal des Maladies Vasculaires
Vol 25, N° 4  - octobre 2000
p. 284
Doi : JMV-10-2000-25-4-0398-0499-101019-ART11
LETTRES À LA RÉDACTION

Une première chirurgicale « oubliée »
 

LETTRES À LA RÉDACTION

Journal des Maladies Vasculaires2000; 25: 284-285
© Masson, Paris, 2000

La résection d'un anévrysme de la crosse de l'aorte, Olivier Monod, Paris, 1947



J. Natali (1)

(1)Membre des Académies Nationales de Chirurgie et de Médecine, 17, rue Lamennais, 75008 Paris.


Au programme de la séance du 19 janvier 1949 de l'Académie de Chirurgie [1], était rapportée une intervention qui fut qualifiée de rare. Elle avait eu lieu plus d'un an auparavant, le 24 décembre 1947 exactement, et l'opérateur était un chirurgien assistant des Hôpitaux de Paris, Olivier Monod.

Voici le résumé de l'observation :

Il s'agissait d'une jeune femme de 20 ans chez laquelle on avait découvert, à la suite de quelques signes thoraciques - point de côté, toux - une opacité médiastinale gauche. On avait posé le diagnostic de lésion tuberculeuse et elle avait fait un séjour de 15 mois en sanatorium.

Cette patiente, d'origine provinciale, avait alors été adressée à Paris à l'automne 1947 dans un service de phtisiologie (Pr André Meyer). Il ne nous a malheureusement pas été possible de disposer de la radiographie effectuée à ce moment là, montrant l'existence d'une ombre à peu près circulaire située juste en dehors de la crosse de l'aorte, son opacité est homogène, la limite est nette, le tissu pulmonaire avoisinant est normal jusqu'au contact de l'ombre pathologique. Le cliché de profil montre que l'image se projette dans la partie moyenne du médiastin. La tomographie, à 7 cm du plan dorsal montre que cette opacité est en continuité avec celle de l'aorte, elle a les dimensions d'une petite mandarine, le reste de l'image thoracique est normal, il n'y a pas d'incision costale, la radioscopie ne montre ni pulsatilité, ni expansion nette.

On réforme sur ces éléments le diagnostic de lésion tuberculeuse et l'on pose celui de tumeur bénigne du médiastin, avec probabilité de neurinome. Comme d'habitude dans ces cas, on fait une pleuroscopie qui met en évidence une tumeur sphérique blanc-jaunâtre, lisse, qui semble ne pas être pulsatile et qui est animée de battements que l'on suppose transmis par l'aorte. Elle est tout à fait dure au palpateur métallique, elle est indépendante des lobes pulmonaires et siège en face de la partie antérieure des corps vertébraux, sur le plan supérieur et gauche de la crosse de l'aorte. On ponctionne cette tumeur avec une fine aiguille sous pleuroscopie et on ramène du sang pur. On élimine ainsi le diagnostic de neurinome et on évoque celui de tumeur vasculaire ou enfin de kyste hydatique ou d'anévrysme. Un examen cardiaque et vasculaire approfondi est effectué, et en particulier on recherche les signes habituels d'un rétrécissement de l'aorte, diagnostic qui peut être formellement écarté. Enfin les examens sérologiques sont négatifs, il n'y a aucun antécédent ni stigmate décelable de syphilis.

L'intervention, effectuée le 24 décembre 1947 (Dr Olivier Monod) par thoracotomie latérale et résection de la cinquième côte, met en évidence une tumeur sous-pleurale située au-dessus et à gauche de la partie terminale de la crosse de l'aorte. La tumeur est très tendue, on ne constate pas d'expansibilité ni de frémissement par la palpation, la plèvre est mobile à la surface, et l'on arrive facilement à cliver toute la surface de la tumeur comme celle d'un kyste sans réaction péritumorale. Le pneumogastrique passe en avant de la tumeur qui est réunie au flanc gauche de la crosse de l'aorte par un pédicule assez large. Au cours des manoeuvres de libération, on fait une éraillure au niveau de la partie bombée et plus mince de la poche. Des clamps placés sur le pédicule permettent de juguler l'hémorragie. Après isolement du pédicule, deux clamps sont placés sur l'aorte longitudinalement et, après section du pédicule, on va suturer celui-ci en 2 plans en surjet. Les suites opératoires furent sans histoire, l'examen histologique de la pièce a confirmé la nature vasculaire de la lésion, rappelant tout à fait celle d'une paroi aortique normale. La patiente revue quelques mois plus tard était en parfait état.

Le rapporteur de cette observation, Robert Monod souligne l'audace de ce jeune chirurgien qui avait effectué des points perforants sur l'aorte (contrairement à ce qui était prôné jusque là : on conseillait d'éviter les sutures de l'endothélium) et il constate que cette manière de procéder ne semble pas avoir entraîné d'ennuis.

Lors de la discussion qui suivit, Jean Patel rapporte l'observation princeps de Tuffier [2] qu'il qualifie de vrai précurseur, et qui rapporta « crânement » le cas d'un anévrysme sacciforme de l'aorte ascendante traité par ligature de la base d'implantation mais de suite funeste au 13e jour ; hémorragie par chute d'escarre. Les collègues de Tuffier condamnèrent sans appel cette tentative, qui était pourtant digne d'attention et qui aurait même pu être heureuse si, comme le fit remarquer Pierre Delbet, moins sévère dans la discussion, Tuffier avait pu suturer au lieu de faire la seule ligature. Jean Patel prit alors la parole, rappela qu'il n'avait pas trouvé de cas analogue dans la littérature si ce n'est celui d'une coarctation associée à un petit anévrysme, ce qui n'était pas le cas d'Olivier Monod [3].

Comment à cette occasion ne pas se souvenir qu'au milieu du siècle dernier furent publiées à quelques mois d'intervalle par des chirurgiens français ou francophones et devant l'Académie de chirurgie ou des assemblées francophones, des interventions qui marquent l'avènement de la chirurgie vasculaire moderne et qui furent, elles aussi, des premières chirurgicales mondiales :

  • Jean Cid Dos Santos, chirurgien à Lisbonne mais francophone, et qui le 4 juin 1947 présenta devant l'Académie de chirurgie son travail princeps sur la désobstruction des thromboses artérielles anciennes [4].
  • Jean Kunlin qui, par une communication à l'Académie des Sciences faite par son maître R. Leriche le 8 novembre 1948, établit les principes du pontage court-circuitant la zone oblitérée par une greffe veineuse [5].
  • Jacques Oudot qui, devant cette même Académie de Chirurgie présenta le 20 décembre 1950 l'observation princeps d'une greffe de bifurcation aortique chez une malade présentant une oblitération du carrefour aortique et des artères iliaques [6].

Par la même occasion, Jacques Oudot inventa le pontage croisé afin de traiter cette patiente qui avait présenté dans les suites une oblitération d'une des branches de la greffe artérielle.

Enfin devant cette même Académie de chirurgie fut présentée le 18 avril 1951 l'observation princeps de la résection d'un anévrysme de l'aorte abdominale par Charles Dubost [7].

Olivier Monod, né en 1904, est décédé il y a quelques semaines à l'âge de 96 ans. Après quelques travaux dans les années 50 sur la chirurgie des cardiopathies congénitales, il se consacra de façon exclusive à la chirurgie pulmonaire, il fut en particulier un des pionniers de la chirurgie de résection pulmonaire, il publia des travaux remarqués sur une forme particulière de mycose pulmonaire, l'aspergillome bronchectasiant. Il a en 1955 publié une monographie remarquée sur l'anesthésie en chirurgie thoracique d'après 7 000 cas opérés. Il devint président de la Société de chirurgie thoracique de langue française et fut le chirurgien fondateur du centre chirurgical Marie Lannelongue, dont on connaît la place prédominante actuellement, aussi bien pour le traitement des affections pulmonaires que pour celui de toutes les lésions des vaisseaux intra-thoraciques. Espérons que grâce à cette courte notice historique sa mémoire ne sera pas complètement oubliée de même que cette « première » chirurgicale.


Figure 1.

REFERENCE(S)

[1] Monod O. Résection d'un anévrysme de la crosse de l'aorte. Suture latérale de l'aorte et conservation du cours du sang dans le vaisseau. Mem Acad Chir, 1949 ; 75 : 52-7.

[2] Tuffier T. Intervention chirurgicale directe dans un anévrysme de la crosse de l'aorte. Ligature du sac. Bull Mem Soc Chir, Paris, 1902 ; 23 : 325-44.

[3] Shumacher HB. Coarctation and aneurysm of aorta. Ann Surg, 1948 ; 127 : 655-65.

[4] Dos Santos JC. Sur la désobstruction des thromboses artérielles anciennes. Mem Acad Chir, 1947 ; 73 : 409-11.

[5] Kunlin J, Leriche R. Possibilités de la greffe veineuse de grande dimension (15 à 47 cm) dans les thromboses artérielles étendues. Cr de l'Académie de Sciences (Paris), 1948 ; 227 : 939-40.

[6] Oudot J. Greffe de bifurcation aortique chez une malade présentant une thrombose du segment inférieur de l'aorte et des artères iliaques primitives. Mem Acad Chir, 1950, 76 : 986-92.

[7] Dubost C, Allary M, Oeconomos N. A propos du traitement des anévrysmes de l'aorte : ablation de l'anévrysme et rétablissement de la continuité par greffe d'aorte conservée. Mem Acad Chir, 1951 ; 77 : 12-3.


© 2000 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline
You can move this window by clicking on the headline
@@#110903@@