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Kinésithérapie, la revue
Vol 1, N° 0  - novembre 2001
pp. 19-23
Doi : KIN-11-2001-1-0-1632-8337-101019-ART60
Évaluation des muscles paravertébraux chez le lombalgique
 
© Masson, Paris, 2001

Le test de Sørensen et les autres tests usuels
PierreTrudelle

 

L'exploration de l'extension lombaire rebute souvent le thérapeute car le patient qui souffre à tendance à placer sa région lombaire dans une position figée. De plus, la plupart des positions antalgiques sont en flexion. L'étude des muscles postérieurs peut paraître difficile voire contre-indiquée. Quels sont les tests fiables et utilisables en pratique ?

Le kinésithérapeute réalise le bilan du patient lombalgique en utilisant des examens qui lui sont propres. Il a l'expérience et a rencontré « des tas de patients ». La sollicitation des muscles extenseurs et érecteurs du rachis n'est souvent pas une priorité.

Pourtant, parmi l'ensemble des examens possibles pour un patient lombalgique, l'évaluation des muscles paravertébraux permet de détecter des déficits fréquents. Moreau et al.[1] aidé par une association américaine de chiropractie ont réalisé une revue de synthèse des tests cliniques des muscles postérieurs. Nous pouvons remarquer que les praticiens spécialisés dans les manipulations articulaires s'intéressent aussi à des tests d'évaluation musculaire…

D'autres auteurs ont réalisé des revues de synthèses sur l'isocinétisme [2] ou sur le bilan kinésithérapique du lombalgique [3].

Pour cet article, nous avons séparé les tests instrumentaux des tests non instrumentaux. Les tests les plus régulièrement utilisés pour évaluer les muscles paravertébraux chez le lombalgique ont été sélectionnés. Ils permettent de rendre objectifs les progrès du patient dans les études cliniques mais aussi en pratique courante.

Évaluation non instrumentale

Le test de Sørensen

Le test de SørensenFigure 1 est le plus connu. Il peut paraître difficile à réaliser pour celui qui ne l'a jamais pratiqué. Pourtant, il est utilisé de manière régulière pour évaluer les performances des lombalgiques. Le sujet est installé en décubitus ventral (tronc dans le vide). Le bassin repose sur la table. Les membres inférieurs et le bassin sont maintenus par des sangles ou par le kinésithérapeute. Les bras sont croisés sur la poitrine.

Le but pour le sujet est de maintenir, le plus longtemps possible, son tronc en position horizontale. Le résultat est chronométré en secondes. Le résultat obtenu peut également être la moyenne de deux essais. L'idéal est de réaliser le test dans les mêmes conditions et de comparer les résultats aux valeurs habituelles puis de suivre l'évolution du temps de maintien pour le même patient. C'est le test de base pour tous les lombalgiques. Les différences des temps moyens obtenus ont pour origine

  • la position des bras (tendus devant, mains derrière la tête, le long du corps) },
  • le maintien des membres inférieurs (par sangles ou manuellement) },
  • la population étudiée (tranches d'âges différentes, niveau socioprofessionnel).

L'origine du test remonte à 1983, lorsque Biering-Sørensen [4] a publié les résultats d'une vaste enquête. Il a fait subir des tests cliniques à 82 % de la population d'un village proche de Copenhague (Glostrup). En tout, 928 personnes ont participé à l'étude. Après un an, il a adressé un questionnaire à l'ensemble des personnes et a obtenu 920 réponses. Parmi les réponses, 58 personnes ont présenté une lombalgie durant l'année écoulée, pour la première fois de leur vie. En reprenant les différents paramètres mesurés, le test d'endurance qu'il avait pratiqué était plus faible chez ces 58 patients que dans la population générale, et cela uniquement pour les hommes. Le test de Sørensen était né !

En vingt ans, ce test a été utilisé dans beaucoup d'études cliniques. Moreau et al.[1] ont retrouvé 29 études publiées sur sa fiabilité.

Les commentaires de Sørensen [4] sur ce test était les suivants

  • 76 % de la population a exécuté le test },
  • certains sujets avaient des temps faibles car ils n'avaient pas beaucoup de motivation pour réaliser le test },
  • le temps de maintien est supérieur chez les femmes que chez les hommes.

Parmi les personnes qui n'ont pas exécuté le test, les motifs étaient

  • douleurs lombaires (35 % pour les hommes, 25 % pour les femmes) },
  • sensations de gêne sur les jambes ou l'abdomen.

Ces commentaires ont été confirmés par d'autres auteurs. Moffroid et al.[5] ont montré que les patients pratiquant une activité physique régulière avaient un meilleur score que les sédentaires.

Latimer et al.[6] ont étudié sa réalisation sur trois groupes différents : des lombalgiques, des anciens lombalgiques et des non-lombalgiques. Ils ont fait répéter les mesures pour un même sujet afin de déterminer si le test obtenait le même résultat. Pour les trois groupes, la reproductibilité du temps de mesure était bonne (respectivement coefficient de corrélation intra-classe = 0,85 }, 0,88 }, 0,83). Moreau et al.[1] ont synthétisé les études évaluant la reproductibilité de la mesure chez le sujet sain. Les résultats indiquent que le kinésithérapeute peut faire confiance à la stabilité de la mesure.

Hultman et al.[7] ont trouvé que les personnes présentant un test de Sørensen qualifié comme faible avaient un risque trois fois plus élevé de présenter un épisode de lombalgie. Moreau et al.[1] rappellent que dans ce test l'effort musculaire est différent selon le type de populations. Chez les sujets sveltes ou musclés, il représente 20 % à 25 % de la contraction maximale volontaire (CMV). Chez les sujets non-lombalgiques ou souffrant du dos (sans empêcher le travail), le test représente 60 % de la CMV. Pour les personnes non-entraînées ou en surpoids, le test représente 70 % à 75 % de la CMV. Enfin chez des sujets lombalgiques chroniques, il représente 85 % de la CMV !

Le test de Sørensen

Le test de Sørensen est le test le moins cher et le plus facile à mettre en oeuvre chez le lombalgique. Il rapporte un élément sur l'endurance des paravertébraux et non sur la force. Les fibres I (endurantes) chez le lombalgique ont tendance à diminuer, c'est donc un indicateur adapté. Les limites sont la motivation du patient et l'impossibilité d'exécution pour moins d'un quart des patients. Les problèmes rapportés sont rares : un inconfort au niveau des mollets (crampes), de l'abdomen, un essoufflement, des douleurs lombaires ou du cou liées à la fatigue.

Au niveau clinique, le test provoque rarement des difficultés chez le lombalgique. La position peut choquer les professionnels non habitués, mais pas ceux qui la pratiquent régulièrement.

Moreau et al.[1] trouvent que le test est fiable et facile à mettre oeuvre par rapport à tous les autres tests retrouvés. Ils ont réalisé des recherches complémentaires concernant la motivation pour détecter les profils de patients qui seraient plus volontaires pour réaliser ce test. Il détermine trois notions psychologiques majeures pour la participation à des tests d'endurance : les types de personnalités (dominant, compétiteur, qualité de leadership, ambition, organisation, contrôle de soi…), le contexte culturel (les asiatiques ont une plus grande motivation que les nord-américains…), l'apprentissage de la tâche et son feed-back (influence de la vision du temps de maintien, de but à atteindre…). Tous ces éléments doivent être mieux explorés.

Les variantes des tests cliniques des paravertébraux

Moreau et al.[1] ont retrouvé différentes variantes de tests isométriques. La levée de torse au-dessus de la table, soit bras le long du corps, soit mains sur le front, soit en levant les jambes. Ces variantes n'apportent rien de plus par rapport au test de Sørensen.

« Les personnes présentant un test de Sørensen qualifié comme faible avaient un risque trois fois plus élevé de présenter un épisode de lombalgie »

Le test d'endurance dynamique des extenseurs évalue le nombre de répétitions que peut effectuer un patient lors d'une extension du tronc. Le sujet est installé sur un support incliné à 30° par rapport à l'horizontale. Le bassin et les membres inférieurs sont en appui. Le tronc est en dehors de l'appui. Les bras sont, soit le long du corps, soit croisés sur les épaules. Le patient redresse le tronc au rythme de 25 répétitions par minute.

Ce test est réalisé si le patient n'éprouve pas de douleur lors du mouvement. Il est plutôt indiqué pour des patients amenés dans leur vie courante à déplacer des objets lourds ou à effectuer de la manutention. Les valeurs habituelles figurent dans le.

Évaluation instrumentale

L'utilisation d'outils de mesure a permis de mieux explorer la fonction des muscles paravertébraux. Les deux instruments les plus utilisés sont le dynamomètre traditionnel (mesure isotonique) et le dynamomètre isocinétique. L'intérêt est de fournir une indication concernant la force des muscles postérieurs [1].

Les tests dynamométrique classiques

En général, ils sont réalisés, soit en position debout, soit en position assise. Une sangle ceinture les épaules par l'arrière et s'accroche sur un dynamomètre (fixé à un mur ou à un poteau). Le dynamomètre est situé face au sujet. Le sujet tire le tronc vers l'arrière en se servant d'un contre-appui sur la partie antérieure du bassin (coussin épais ou autre chose de rigide). Le sujet doit maintenir une intensité de contraction égale à 60 % de la CMV. Le temps est également chronométré. Pour le test en position debout, la reproductibilité de la mesure est bonne et le temps de maintien est en général de moins d'une minute. Les lombalgiques sont moins performants [1].

Les dynamomètres isocinétique

La technique mesure la résistance opposée par le patient vers la flexion et vers l'extension. L'évaluation la plus courante consiste à effectuer un rapport des données entre agonistes et antagonistes (rapport fléchisseur sur extenseur ou inversement). En 1988, Beimborn et Morrissey [2] ont effectué une synthèse de la littérature sur le sujet. Ils ont retrouvé dix-neuf études qui montraient que les extenseurs lombaires d'un sujet sain étaient supérieurs aux fléchisseurs (ratio extenseur/fléchisseur compris entre 1,0 et 2,0). Les extenseurs étaient en moyenne 30 % plus forts que les fléchisseurs chez le sujet sain. Beimborn et Morrissey [2] ont retrouvé cinq études qui mettent en évidence une diminution de la force des extenseurs chez le lombalgique. Le ratio extenseur/fléchisseur se rapproche de 1. Le travail exclusif des abdominaux antérieurs est devenu contestable car il tendrait à augmenter ce déficit.

Vous recevrez peut-être des patients qui ont bénéficié de test isocinétique. Et pourquoi pas dans quelques années, au lieu de recevoir des radiographies ou des scanners, vous recevrez régulièrement les bilans isocinétiques de vos patients. Dans ce cas, il faut suivre l'évolution du ratio fléchiseurs/extenseurs. Il doit rester favorable aux extenseurs si l'on veut se rapprocher du sujet sain. Actuellement, ce test est plutôt utilisé chez des patients douloureux chroniques.

Autres tests instrumentaux

En position debout chez le sujet sain, si vous demandez une flexion antérieure du tronc, les genoux en extension, vous ne trouverez pas d'activités électromyographique (EMG) des muscles postérieurs du tronc en fin de mouvement. Cet état est nommé « phénomène de relaxation ».

Par contre, le lombalgique présente des réactions de défense marquées avec des bouffées d'activités EMG des muscles paravertébraux. Cette réaction a surtout été étudiée chez le patient présentant des douleurs aiguës. Ce test explore l'organisation neurophysiologique des muscles paravertébraux. Certains aimeraient bien pouvoir dépister des « simulateurs » de pathologie lombaire. Actuellement, l'électromyographie des paravertébraux est surtout utilisée pour dépister l'apparition de la fatigue ou mesurer l'intensité du spectre recueilli.

Conclusion

Comme développé dans l'article précédent de ce Dossier, les muscles paravertébraux des lombalgiques sont différents des sujets sains. L'évaluation clinique de leur activité montre trois modifications qui peuvent être mesurées
  • diminution de l'endurance de contraction des muscles paravertébraux },
  • perte de force des muscles paravertébraux par rapport aux muscles de la paroi antérieure de l'abdomen },
  • activité électrique de protection des muscles paravertébraux lors de la flexion antérieure du tronc. Cette activité n'existe pas en temps normal.

Le paramètre le plus simple à mesurer est l'endurance avec le test de Sørensen. Il est fiable et reproductible et permet au thérapeute de suivre les progrès du patient et éventuellement ses déficits par rapport au sujet sain.

Le bilan kinésithérapique est souvent orienté vers des problèmes articulaires ou d'extensibilité musculaire. L'évaluation est dans ce cas plus subjective. L'utilisation de mesures chiffrées permet de posséder un bon indicateur d'évolution à la fois objectif pour le patient, et éventuellement, reproductible pour un autre observateur. Ces mesures permettent de déterminer si oui ou non le patient présente un déficit de ces muscles. En fonction du résultat d'un ou de plusieurs de ces tests, vous pourrez décider objectivement si le patient peut bénéficier d'une sollicitation spécifique des muscles paravertébraux. En l'absence de déficit musculaire des muscles paravertébraux, vous possédez tout de même un indicateur de l'état physique de votre patient. Pourquoi s'en priver ?

Références

[1] Moreau CE, Green BN, Johnson CD, Moreau SR. Isometric back extension endurance tests: a review of the litterature. J Manipulative Physiol Ther 2001 },24:110-22.

[2] Beimborn DS, Morrissey MC. A review of the literature related to trunk muscle performance. Spine 1988 },13(6):655-60.

[3] Gouilly P, Gross M, Muller JF. Revue bibliographique du bilan-diagnostic kinésithérapique du lombalgique. Ann Kinésithér 2001 },28:301-332.

[4] Biering-Sørensen F. Physical measurements as risk indicators for low-back trouble over a one year period. Spine 1984 },9(2):106-19.

[5] Moffroid M, Reid S, Henry SM, Haugh LD, Ricamato A. Some endurance measures in persons with chronic low back pain. J Orthop Sports Phys Ther 1994 },20:81-7.

[6] Latimer J, Maher CG, Refshauge K, Colaco I. The reliability and validity of the Biering-Sørensen test in asymptomatic subjects and subjects reporting current or previous nonspecific low back pain. Spine 1999 },24(20):2085-90.

[7] Hultman G, Nordin M, Saraste H, Ohlsen H. Body composition, endurance, strentgh, cross-sectional area, and density of MM erector spinae in men with and without low back pain. J Spinal Disord 1993 },6:114-23.

[8] Marien Y, Voisin P, Vanhee. Évaluation de la fatigue musculaire lors de la contraction isométrique de la chaîne postérieure dorso-lombo-pelvienne. Ann Kinésithér 1995 },22(5):211-5.

[9] Mc Gill SM, Childs A, Liebenson C. Endurance times for low back stabilization exercises: clinical targets for testing and training from a normal database. Arch Phys Med Rehabil 1999 },80:941-4.

[10] Moreland J, Finch E, Stratford P, Balsor B, Gill C. Interrater reliability of six tests of trunk muscle function and endurance. J Orthop Sports Phys Ther 1997 },26(4):200-8.

Illustrations






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Figure 1. Position adaptée de Sørensen pour évaluer l'endurance des muscles paravertébraux.


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