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Inter bloc
Vol 27, N° 3  - septembre 2008
pp. 186-188
Doi : IB-09-2008-27-3-0242-3960-101019-200809904
Avant-propos

Les conditions de travail au bloc opératoire, source potentielle de stress et de dégradations relationnelles
 

Emmanuelle Grollau
[1] Ibode, CH Argenteuil (95).

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Pour que le stress cesse d’altérer les relations entre équipes et la motivation des soignants au sein du bloc opératoire, il nous faut mieux le comprendre. Étudier ses origines et ses conséquences, autant physiques que psychologiques, s’avère primoridial pour préserver la qualité des soins.


Mots clés : Diagramme d’Ishikawa , Motivation , Qualité des soins , Stress , Travail d’équipe


Le milieu de travail peut être un lieu d’épanouissement comme un lieu d’épuisement ! Au bloc opératoire, l’infirmier est constamment confronté physiquement et psychologiquement à des situations difficiles. Ses conditions de travail sont un facteur de stress indéniable et deviennent trop souvent la cause de dégradations des relations interprofessionnelles.

Le stress au bloc opératoire, état des lieux

Les éléments déclencheurs de stress sont nombreux :

  • la prise en charge du patient :
    • risques de contamination lors des interventions si le patient est infecté (HIV, HBV…) ;
    • problèmes éthiques, moraux ou psychologiques liés à la pathologie du patient ;
    • tout ce qui implique l’affect et l’identification, notamment dans la prise en charge des jeunes enfants en secteur pédiatrique.
  • le matériel spécifique utilisé : La connaissance du matériel n’est pas toujours suffisante. Son évolution permanente et le peu de moyens consacrés à la formation rendent sa manipulation difficile ;
  • la pénibilité du travail :
    • station debout prolongée et fréquente, qui peut se révéler éprouvante pour l’instrumentiste, et déplacements nombreux pour la circulante ;
    • espace de travail restreint et fermé, lumière artificielle ;
    • horaires contraignants avec dix, douze ou vingt-quatre heures d’astreintes ;
    • charge de travail importante souvent liée au manque d’effectifs ;
    • situations d’urgence nombreuses qui obligent à revoir constamment les programmes ;
    • temps de repos écourtés ou parfois inexistants, horaires de repas aléatoires.
  • l’organisation du travail :
    • les récentes technologies et la complexité des dispositifs médicaux ne permettent aucun défaut de concentration pourtant difficile à conserver à cause de l’interruption fréquente des tâches ;
    • la confusion des rôles, fréquente au bloc opératoire : le personnel endosse une responsabilité ponctuelle à laquelle il n’est pas préparé. Les professionnels ont des difficultés à faire face à ces situations ambiguës et répétées.

Des relations de travail souvent tendues

Les relations concernent aussi bien celles dans l’équipe qu’avec les cadres, le médecin et les patients.

  • relations au sein de l’équipe de soin : elles représentent la base de l’ambiance générale et la structure fondamentale dans la gestion du stress ;
  • relations Ibode/cadre : le soutien de la part du cadre est important. Il favorise l’estime de soi, l’autonomie, la satisfaction et le sentiment d’appartenance du soignant à son milieu de travail ;
  • relation Ibode/médecin : l’Ibode subit souvent cette relation. Le manque de considération et les difficultés de communication engendrent le plus souvent un sentiment de frustration ;
  • relation Ibode/patient : l’Ibode est souvent confrontée à la mort qui renvoie à l’échec et à la culpabilité.

Conséquences sur la satisfaction au travail

“L’optimisation des blocs opératoires” est un concept de plus en plus utilisé et qui sous-tend des soins de qualité au patient, un travail d’équipe, une satisfaction au travail.

La relation d’aide exige écoute, soutien et compréhension. Elle est la base de la profession du soignant et apparaît souvent comme la motivation première du choix du métier. Or, la réalité est tout autre. Et les soignants en souffrent : tensions dans les relations humaines, sentiment d’insécurité grandissant pour tous (y compris pour le patient) et insatisfaction croissante, en sont les conséquences.

De fait, les soins techniques prennent le pas sur le soin relationnel. Dans ce contexte, comment tendre alors vers une optimisation des prises en charge ?

Enquête au bloc opératoire

Une enquête menée sur le terrain auprès d’infirmiers de blocs opératoires (11 entretiens réalisés) a révélé les liens qui existent entre le stress et les conditions de travail.

Le diagramme d’Ishikawa (figure 1) appelé aussi diagramme cause/effet, a permis d’identifier les causes responsables du stress des Ibode et de les classer en cinq thématiques : main-d’œuvre, matériel, milieu, matières, méthodes.

Le stress, définitions et concepts généraux

Soigner le stress signifie d’abord connaître son origine et le comprendre.

La découverte du stress

Le mot stress vient du latin stringere qui signifie tendu de façon raide. Il était autrefois utilisé pour évoquer le malheur, la difficulté, l’adversité et l’affliction.

Au xviii e siècle, en Angleterre, stress désigne un état de détresse en rapport avec l’oppression, la dureté de la vie, les privations, l’adversité.1

C’est Hans Selye, médecin canadien d’origine hongroise, qui a donné une assise scientifique et une diffusion quasi mondiale au concept. En 1946, il utilise pour la première fois le mot stress qui définit l’ensemble des réactions normales d’adaptation de l’être vivant à un stimulus. Hans Selye s’est attaché à montrer que ce n’est pas l’agent agresseur qui est pathogène, mais la réaction de l’organisme à cet agent. Il a défini le stress comme un syndrome général d’adaptation.

Il n’est pas de vie sans stress. Le mot caractérise la capacité de l’être à réagir aux stimuli variés de la vie, aux excitations multiples auxquelles l’organisme est exposé.

Conception actuelle

Aujourd’hui, le dictionnaire Hachette le définit comme l’ensemble des perturbations physiologiques et métaboliques provoquées dans l’organisme par des agents agresseurs variés (choc traumatique, chirurgical, émotion, froid, etc.)2.

Les conceptions du stress ont beaucoup évolué ; dans les premières définitions du stress, il n’y avait pas de spécificité en fonction des individus ou des contextes. Progressivement, le modèle “de cause à effet” est passé à un modèle transactionnel : tous les individus ne réagissent pas de la même façon au même type d’agressions. Il existe une interaction entre la personne et son environnement.

Dans sa conception actuelle, le stress est défini comme un phénomène transactionnel bio-psycho-social3.

Il existe une autre notion importante à retenir au sujet du stress, celle de l’inégalité de l’individu face aux “agents stresseurs” ; nous ne sommes pas égaux face au stress. Et de fait, celui-ci peut être bénéfique ou destructeur suivant le profil psychologique de l’individu qui le subit.

Rosenmann et Friedman4 ont défini deux types de profil psychologiques :

  • le type A : sujet stressé, combatif, ambitieux. L’individu de type A se caractérise par un besoin intense de contrôler son environnement qui est pour lui source de menace ;
  • le type B : sujet détendu et peu impliqué. Il représente un type de personne équilibrée, avec des réactions adaptées face au stress et parfaitement maîtrisées. C’est le type le moins exposé, mais le moins répandu.

Mais la sensibilité au stress se modifie au cours de l’existence car l’individu évolue ; et des situations qu’il était capable d’assumer à une époque peuvent dépasser ses capacités d’adaptation plus tard. Enfin, il est possible que la vogue actuelle de l’utilisation du mot stress soit liée à nos modes de vie actuels. Nos existences et notre environnement sont sans doute plus complexes qu’autrefois, nos vies sont marquées par une multitude de changements (résidence, métier, collègues, conjoint), dont les fréquences et les rythmes sont sans doute plus rapides. L’adaptation au changement fait partie intégrante de la définition du stress…

Mécanismes physiologiques

Chaque situation stressante met en jeu un ensemble de réactions neurologiques, hormonales et physiologiques. Toute agression psychologique ou sensorielle constitue un message qui arrive au cerveau au niveau d’une région de l’hypothalamus, acteur des réactions émotionnelles et du fonctionnement hormonal. L’hypothalamus lance en quelque sorte un signal d’alarme qui entraîne la libération, par voie nerveuse ou sanguine, des hormones du stress5 :

  • les réactions biologiques de stress sont d’abord marquées par la libération des catécholamines (adrénaline et noradrénaline), destinées à préparer à l’action physique et à une adaptation très rapide à l’agent stresseur ;
  • ensuite, si les stresseurs se maintiennent, les hormones dites corticosurrénales (corticoïdes) entrent en action pour favoriser l’endurance et la résistance et permettre au sujet de “tenir le coup”, lorsqu’il ne peut pas contrôler directement le stresseur ;

Les réactions biologiques de stress sont innées et involontaires : elles représentent un héritage de notre espèce, dont elles ont certainement facilité la survie.

La mécanique du stress est toujours la même face à un événement. Il sera bénéfique ou destructeur suivant le profil psychologique de l’individu.

Symptômes psychologiques et physiques

De façon générale, le stress peut être positif et apporte énergie, dynamisme, optimisme et épanouissement, tandis que le stress négatif engendre différentes étapes qui sont toutes des signaux d’alarme.4

Des symptômes psychologiques évolutifs

Il s’agit d’abord de fatigue physique et psychologique : difficultés à l’effort, pessimisme, nervosité accrue, troubles caractériels, ainsi que fatigue non réparée par le sommeil.

Viennent ensuite les signes d’anxiété et d’angoisse : refoulement, inhibition des réactions entraînant des troubles psychosomatiques (palpitations, tremblements, sueurs, polypnée).

Le stade suivant se traduit par une irritabilité (intolérance, impatience, impulsivité), de la nervosité (comportement négatif, langage agressif, irascibilité) et un sentiment profond d’être mal dans sa peau (manque de confiance, lassitude, désintérêt, perte de combativité).

Des symptômes physiques très variés

Parmi ces symptômes physiques4, nous observons des réactions

  • cardio-vasculaires : tachycardie, extrasystoles, gêne respiratoire, douleur de type angor, hypertension artérielle passagère ;
  • cutanées : psoriasis, eczéma, chute de cheveux ;
  • digestives : ballonnement, diarrhées, gastrite, ulcère ;
  • gynécologiques : retard ou absence de règles.

Le sujet stressé peut également montrer des troubles de la mémoire avec des difficultés de concentration, des troubles sexuels (baisse de la libido, insuffisance d’érection), ainsi que des troubles du sommeil.

Une adaptation au stress en trois étapes

Le stress entraîne toujours la même réaction d’adaptation de l’organisme à des conditions nouvelles appelée “Syndrome général d’adaptation”, qui se divise en trois étapes :

  • une phase d’alarme initiale qui se manifeste par une réaction de défense de l’organisme et se traduit par une souffrance générale ;
  • une période de résistance, recherche d’un nouvel équilibre par mobilisation de toutes les énergies et la mise en route de mécanismes d’autorégulation (modifications sanguines, hormonales, production d’adrénaline) ;
  • un stade d’épuisement si l’étape précédente se prolonge : la capacité maximale de résistance est alors atteinte sans possibilité de “recharger les batteries”, stade d’apparition des maladies chroniques.

Une autre sorte de stress beaucoup plus insidieux dans notre profession est le burn out (ou Syndrome d’épuisement professionnel des soignants-SEPS). Il s’agit d’un stress cumulatif né de la discordance qui existe entre nos aspirations de soignants et les réalités de nos conditions de travail. Les facteurs stresseurs sont trop nombreux et nous ne sommes plus à même d’y faire face.

Quelles propositions pour les professionnels du bloc opératoire ?

Le stress est une réalité du monde du travail qui peut toucher chaque individu. Si nous ne pouvons l’éradiquer, nous pouvons en revanche modifier ses effets néfastes par des actions parfois simples et surtout collégiales. En tant qu’Ibode, nous devons montrer au patient autant d’humanisme que de compétence. Il nous faut assumer notre quotidien professionnel. Le patient doit être au centre de nos préoccupations. Le meilleur atout, c’est l’équipe : une meilleure organisation, le soutien interéquipe par des relations saines et des communications adéquates. Nous pouvons ainsi jouer un rôle sur notre environnement immédiat pour améliorer notre quotidien.

Conclusion

Dans l’industrie, les responsables se sont mobilisés pour prévenir et endiguer le stress professionnel. En organisant le milieu du travail afin qu’il soit mieux adapté aux aptitudes et aux aspirations humaines, les milieux hospitaliers y parviendront, eux aussi, peut-être un jour. Quant à nous, agissons pour que le travail soit le lieu de l’épanouissement des professionnels et non l’inverse.


1
Canouï P, Mauranges A. Le burn out, le syndrome d’épuisement professionnel des soignants : de l’analyse aux réponses. Masson 2001-2004 : 23-24.
2
Le dictionnaire de notre temps. Hachette 1992.
3
Canouï P, Mauranges A. op. cit : 25.
4
Maerten C, Teeten O. Le stress au bloc opératoire. Interbloc. Tome XVII n° 4 décembre 1999 : 284.
5
Andre C, Lelord F et al1. Le stress. Privat 1998 : 37.





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