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Annales de chirurgie
Volume 129, n° 1
pages 52-56 (février 2004)
Doi : 10.1016/j.anchir.2003.12.002
Trois directeurs de l'école de médecine de Limoges. Professeurs de clinique chirurgicale. Anciens internes des hôpitaux de Paris

P.  Vayre *
Hôpital de la Pitié, 3, rue Auguste-Comte, 75005 Paris, France 

*Auteur correspondant.

Après la tourmente révolutionnaire ayant aboli en 1792 à Limoges, le système de l'ancien régime, (« Collège Royal » avec lettres patentes de 1646 et « maîtrise en chirurgie » de l'hôpital Saint-Alexis depuis 1672), la création, par Napoléon Bonaparte 1er Consul, de l'Internat des hôpitaux de Paris (IHP) en 1802 (26 fructidor an X) a permis le renouveau de l'enseignement et de la pratique chirurgicale.

En 160 ans, du premier Empire à la cinquième République, la ville de Limoges a accueilli 36 chirurgiens AIHP dont trois de souche limousine avérée, ont été directeurs de l'École de médecine de 1841 à 1969 : B.A. Bardinet, (1816-1874) ; F. Chénieux (1845-1910), M. Faure (1900-1984).


De 1810 à 1841

À la fin du premier Empire, après leur formation d'interne à Paris, revinrent à Limoges quatre jeunes chirurgiens limousins :

  • dans la promotion de 19 internes, en 1810, figurent F. Buisson (7e) et J.B. Tuillier (14e) ;
  • en 1811, J. Cruveilhier, fils de Léonard ancien chirurgien militaire, est major de la promotion de 20 internes ;
  • en 1812, J.B. Bouteilloux est nommé 3e pour une promotion de 22.

Le groupe a été dominé par J. Cruveilhier qui ne resta à Limoges que 7 ans (1816 à 1823) et repartit à Paris où sous l'influence de Guillaume Dupuytren, il sera titulaire de la chaire d'anatomie en 1825 puis de la chaire d'anatomie pathologique en 1836, membre de l'Académie de Médecine en 1836 et président en 1859. Son fils Édouard (1835-1906) né à Paris, a été AIHP promotion 1858, et chirurgien de l'hôpital de la Salpétrière. Puis le petit-fils, Louis, (1873-1950) a été un des membres éminents du département de la rage à l'Institut Pasteur.

De 1823 à 1840, l'enseignement et la pratique de la chirurgie à Limoges stagnaient en l'absence de moyens techniques nouveaux. Seule, l'anatomie bénéficiait des travaux de dissection en faveur de la promotion de la médecine opératoire ... mais surtout limitée à la traumatologie et aux membres. La pratique de la chirurgie viscérale était quasiment impossible en l'absence d'anesthésie et d'asepsie. La gynécologie et l'obstétrique étaient grevées d'une lourde mortalité par infection... Et l'on était encore loin de Pasteur... Seule l'urologie avait quelque efficacité, mais « la maladie de la pierre » était très rare en Limousin à cette époque de la Monarchie de Juillet.

Au concours de l'internat de Paris de 1838, était nommé major B.A. Bardinet qui revint en 1840 après deux ans d'internat pour être chirurgien à Limoges.

Le 31 mars 1841, Louis Philippe institua l'École de médecine et de pharmacie de Limoges. Un arrêté ministériel du 17 mai 1841 organise le personnel enseignant « sous l'influence de deux parisiens » le doyen Mathéo Orfila et le professeur J. Cruveilhier, ex-professeur à Limoges de 1816 à 1823. L'inauguration officielle de l'École a eu lieu le 15 novembre 1841, l'enseignement de la chirurgie étant confié à :

  • J.B. Tuillier professeur de clinique externe, chirurgien chef de l'hôpital ;
  • J.B. Bouteilloux, professeur d'anatomie et de physiologie ;
  • B.A. Bardinet professeur de pathologie externe ;
  • Thibaut professeur d'accouchement.

Ainsi l'enseignement et la pratique de la chirurgie en 1841 est aux mains des anciens internes des hôpitaux de Paris. Les deux aînés J.B. Tuiller et J.B. Bouteilloux ont la cinquantaine, B.A. Bardinet le plus jeune a 25 ans.


B.A. Bardinet (1816-1874)

Nommé major au concours de 1838, il a dominé cette période de la Monarchie de Juillet et du second Empire. Professeur de pathologie externe à la fondation de l'École à 25 ans, il fut professeur de clinique chirurgicale, puis directeur de l'École (1858-1874). En tant que AIHP il était pour la région, le consultant en toutes disciplines. Il fut le premier chirurgien de Limoges a être élu membre correspondant de l'Académie de médecine. Il a été expert judiciaire notamment dans l'affaire célèbre de contamination professionnelle de syphilis par le doigt d'une sage-femme à Brive. Médecin principal du lycée Gay-Lussac, il donna avec succès ses soins au jeune A. d'Arsonval (1851-1940) futur initiateur de l'emploi des courants de haute fréquence, de l'électrothérapie et de l'opothérapie. Étudiant en médecine, il sera élève de l'École de Limoges avant de venir à Paris, professeur au Collège-de-France, membre de l'Académie de médecine et de l'Institut de France.

La pratique chirurgicale commençait à être moins meurtrière à partir des notions d'asepsie (Pasteur 1961, Lister 1868) mais, en fin de carrière, B.A. Bardinet ne connaîtra pas l'extraordinaire avancée dont bénéficieront ses successeurs.

Outre ses fonctions de professeur, de chirurgien et d'expert judiciaire, B.A. Bardinet fut aussi président de l'Association générale des médecins de France (AGMF) fondée le 31 août 1858 dont les statuts ont été signés par Napoléon III. C'était la préfiguration du Conseil de l'ordre et des syndicats médicaux.

En 1840, il rédigea une thèse documentée sur la luxation de l'occipital sur l'atlas. Il était membre de la Société d'anatomie présidée par J. Cruveilhier depuis 1826 où il publia des observations tératologiques (hydrocéphale, sirénomele, rhinencéphale et cyclocéphale). Il sollicita son inscription de membre correspondant de la Société de chirurgie par lettre autographe du 15 mars 1855 où il a fait plusieurs publications notamment un mémoire sur les fractures de l'olécrane sans écartement des fragments avec description du ligament latéral interne du coude qui porte son nom.

Il décrivit également un repli synovial de la hanche, porte vaisseaux pouvant être intéressé dans les fractures intracapsulaires de la tête du fémur. Il était membre de la Société de médecine et de pharmacie de la Haute-Vienne dont il fit en tant que secrétaire le compte-rendu des travaux en 1841-1842. Prouvant sa vaste culture, il fit également en 1858, un grand rapport sur «l'héméralopie observée en Limousin sous ses différentes formes sporadique, endémique et épidémique ». Il rédigea en 1842, jeune professeur de pathologie externe de 26 ans, l'éloge funèbre de M. Voisin. Il fit également, comme directeur de l'École de médecine, à l'occasion de la séance de rentrée du 15 novembre 1866, l'éloge de F. Melier, AIHP de 1819, compatriote limousin, inspecteur général des services sanitaires et président de l'Académie Impériale de médecine. Médecin principal du lycée, il soigna pour fièvre typhoïde Arsène d'Arsonval en juillet 1866.

En 1874, lors des obsèques de J. Cruveilhier, il prononça sur sa tombe un discours « modèle d'honorabilité médicale ... qui était une nature honnête et pure en toute chose ... qui se donna tout entier à deux devoirs qu'il ne sépara jamais : le soin de ses malades et le culte de la science ». Il fut inhumé au cimetière de Louyat, (section 17) entre la tombe de sa femme à sa droite (décédée à 98 ans en 1916) et à sa gauche en colonne brisée celle de son fils Hyppolite « tué par des balles prussiennes en 1871 »... Ce que n'a jamais accepté B.A. Bardinet (Fig. 1 ).

Louis Charles Boulland (1823-1874)

Il a été nommé interne des hôpitaux de Paris en 1846 sous le règne de Louis Philippe. Succédant à J.B. Bouteilloux, il fut professeur d'anatomie à l'École de Limoges de 1850 à son décès en 1874. Médecin de l'hôpital Saint-Alexis, il s'intéressa à la physiologie, écrivant en 1873 un mémoire sur l'osmose. Il eut comme élève Arsène d'Arsonval, professeur au Collège de France dans la chaire de Claude Bernard. Il est inhumé au cimetière Louyat à Limoges. Il fut un homme appliqué consciencieux mais sans ambition.


1874 à 1910 : l'influence de François Chénieux pour les débuts de la chirurgie nouvelle avec l'asepsie

La chirurgie (enseignement comme pratique hospitalière et privée) a été dominée par François Chenieux (1845-1910) nommé 3e à l'internat des hôpitaux de Paris de 1871. Il arriva à Limoges en 1874, l'année même du triple décès de B.A. Bardinet, Charles Boulland et J. Cruveilhier.

Avec sérénité, il entreprend de mettre en pratique à Limoges les connaissances acquises à Paris chez son maître Gosselin.

Fils de petit propriétaire terrien, né le 05 janvier 1845 à Saint-Priest-le-Betoux, il a rempli avec succès sa triple fonction de chirurgien chef d'école universitaire, homme politique respectueux du patrimoine républicain, et humaniste distingué en quête de sublime. Alors qu'il n'avait aucun appui dans le milieu il franchit allègrement par concours les échelons de la carrière professorale et hospitalière : suppléant de pathologie chirurgicale en février 1875, professeur de pathologie chirurgicale le 31 décembre 1876, professeur de clinique chirurgicale le 10 août 1892 à 47 ans. Sa gloire fut consacrée en 1893 par la nomination de directeur de l'École de médecine et de pharmacie pendant 12 ans jusqu'à sa démission en 1905 à l'occasion du refus de la municipalité pour reconstruire le pavillon de bactériologie détruit par incendie.

Homme de conviction et de caractère, il adapta l'enseignement de l'école à l'évolution de la fin du XIXe siècle, ce qui aboutit à la désignation d'école préparatoire par décret du 22 octobre 1894. Conscient de l'importance du compagnonnage hospitalier il fit créer en 1895 l'externat prélude obligatoire de l'internat. Il enseignait avec bonheur et élégance l'anatomie à l'École nationale des arts décoratifs et à l'École des beaux arts. Médecin des principales institutions de la ville, il était notamment le responsable du lycée Gay-Lussac, très apprécié des élèves malades ! Outre sa notoriété régionale s'étendant jusqu'en Aveyron, Dordogne et Poitou-Charentes, il a su s'intégrer dans le mouvement national de communication participant à la première session du congrès de chirurgie à Paris en 1885. Membre correspondant de la société d'anatomie de Paris (1885) et de la société de chirurgie (1891) il fit de nombreuses communications ainsi qu'à la société de médecine et de pharmacie de la Haute-Vienne qu'il présida longtemps. Il s'est intéressé aux divers aspects de la pathologie chirurgicale selon le concept de chirurgie générale de l'époque participant à l'essor des techniques après l'avènement de l'anesthésie (1847) et les résultats de l'asepsie-antisepsie depuis 1861.

L'accroissement considérable de la clientèle privée l'incita à créer en 1897 la première clinique chirurgicale moderne, étonnante dans son contexte où pratiquèrent jusqu'en 1950 exclusivement des anciens internes des hôpitaux de Paris.

Homme de coeur, acteur et témoin de son temps, François Chénieux né sous le règne de Louis Philippe a connu la révolution de 1848, la deuxième République, le second Empire et les débuts chaotiques de la troisième République. Il participa à l'administration municipale de 1888 à 1910 étant de surcroît élu maire de Limoges à deux périodes troubles : 1892 à 1895 puis de 1906 à son décès en 1910. Il a connu à Limoges la poussée anarchiste du 1er mai 1890, la création de la Confédération générale du travail (CGT), le 26 septembre 1895, la création de la Bourse du travail en 1896. Dès 1897, il lance l'idée d'un transport public ferré par tramway électrique.

Pour les élections municipales en 1906, malgré la coalition socialiste-radicale et la présence personnelle de Jean Jaurès, François Chénieux avec sa liste « républicaine progressiste » fut élu pour la deuxième fois en ambiance contentieuse sachant être le rassembleur des bonnes volontés dans l'ordre, la liberté, la légalité. Il aimait ce nouvel Hôtel de ville (1882-1886) contemporain et à l'image de celui de Paris.

Il a réalisé avec sérieux son rôle de premier magistrat de la ville imposant à tous le respect par sa rigueur, sa puissance de travail et sa probité. Par un travail méthodique et équilibré sans délaisser son rôle de chef d'école chirurgicale, il mena à bien ses nombreuses taches sans laisser paraître de lassitude mais il n'avait pas songé à la semaine de 35 heures. Son « activisme » explique une chanson locale lors de la campagne électorale de 1906 « le petit Chénieux se cambre et se redresse ».

Comme il soignait à égalité, sans discrimination, toutes les couches sociales, par sa politique de la cité il a su faire cohabiter dans l'interdépendance acceptée, des entités hétéroclites.

Le troisième volet du triptyque de François Chénieux fut celui de l'humaniste cultivé lisant les auteurs latins comme les avancées littéraires de son époque. Ayant beaucoup voyagé en Europe et en Afrique, c'était un conteur admiré au cercle Turgot. Ses poèmes étaient pleins de charme comme celui de «Vision du couchant sur le Nil » écrit en 1906 lors d'un voyage en Égypte. À ses dons littéraires, il ajoutait une prédilection pour l'athlétisme, étant un marcheur infatigable affirmant « la dignité physique est le premier échelon de la dignité morale ».

Incarnation de «La mort du loup » après une vie simple auprès de son épouse Fanny Gaulier, sans descendance, au terme d'une brève maladie il s'éteignit dans la dignité le 05 mars 1910. La municipalité fit des obsèques grandioses empreintes de mythe sacré traduisant l'hommage sans réserve des populations.

Par souscription un monument fut érigé par le sculpteur Couteilhas (Fig. 2 ) avec inauguration le 04 février 1912. Après maintes aventures, cette stèle se situe à la clinique avenue de la Révolution. Lointain descendant de la tribu des lémovices avec sa volonté farouche et ses yeux bleus, honnête homme égaré dans la tourmente de transition du XIXe au XXe siècle, sachant allier idéalisme et réalisme François Chénieux est l'archétype des anciens internes des hôpitaux de Paris.

L'immense personnalité de François Chénieux ne doit pas faire oublier l'arrivée à Limoges de quatre nouveaux chirurgiens, AIHP, dans cette fin du XIXe siècle. Ce fut le cas de :

  • Léonard Yrieix Delotte (1853-1903) promotion IHP 1881 : né dans une famille d'industriels, il fit ses études secondaires au lycée de Limoges (bachelier es-lettres et es-sciences). Après le début d'études à l'École de médecine de Limoges, il fut nommé au concours IHP de 1881, passa sa thèse en 1884 sur « migrations de l'empyème dans la région lombaire » et il s'installa la même année 1884 à Limoges où il a tenu une place importante dans le milieu médical, ami de François Chénieux et Justin Lemaitre (IHP 1871). Il fut nommé chef des travaux d'anatomie (1887), professeur suppléant de pathologie externe et de clinique externe (1889), professeur titulaire (1901), professeur d'obstétrique à la chaire départementale de la maternité. Il a été professeur à l'école des Beaux-Arts, officier d'académie (1896) décoré de la rosette de l'instruction publique (1902). Correspondant de la société d'anatomie, il était membre de la société de médecine et de pharmacie de la Haute Vienne où il fit de nombreuses publications et secrétaire général de l'Association des médecins de la Haute-Vienne (oeuvre de prévoyance). Lors de ses obsèques, le 25 novembre 1903, en présence d'une foule immense, il y eut deux discours de ses amis et collègues François Chénieux, directeur de l'École de médecine et Justin Lemaitre au nom de l'association des médecins de la Haute-Vienne. Ses qualités humaines ont été soulignées par P. Charbonnier (Limoges illustré 1903, page 1254-1256) : « médecin savant et instruit d'une probité, d'une intégrité, d'un désintéressement essentiellement bon et pitoyable à toutes les misères humaines » ;
  • René Donnet (1866-1936) né à Saint Yrieix (Haute-Vienne), promotion IHP de 1891, fils du docteur Yves Jules Donnet, sénateur de la Haute-Vienne, inhumé au cimetière de Magnac-Bourg (Haute-Vienne). René Donnet apprécié par son travail et son caractère par François Chénieux fut co-fondateur de la clinique avenue de la Révolution où il travailla jusqu'en 1930. Il a succédé à François Chénieux à la chaire de clinique chirurgicale en 1910 ;
  • Louis Vouzelle (1878-1951) était interne de la promotion 1895. Il développa sa clientèle à sa clinique du cours Bugeaud (actuellement clinique du Colombier), il fut professeur de clinique chirurgicale, ayant une notoire réputation régionale ;
  • Prosper Descazals, cousin de Louis Vouzelle étant de la même promotion d'internat de 1895, exerça lui aussi à la clinique du Cours Bugeaud en clientèle privée.

De même dans les premières années du XXe siècle s'installa à Limoges (hôpital et clinique) une nouvelle vague de trois chirurgiens AIHP : J.E. Filhoulaud (promotion 1903), Joseph Raymond (promotion 1905), professeur de clinique chirurgicale, et Joseph Duverger, (promotion 1906), ancien professeur d'ophtalmologie à Strasbourg.

En bref, pour la période de 1910, il y avait à Limoges six chirurgiens AIHP.

Adrien Delotte fils de Léonard Yrieix, IHP en 1919 âgé de 25 ans, après les études initiales à Limoges pratiqua la chirurgie générale mais essentiellement la gynécologie obstétrique, titulaire de la chaire et du service de maternité. Lié par l'amitié de son père il exerça son activité libérale à la clinique Chénieux malgré son allure dilettante sinon négligée, appréciant fort les activités rurales et cynégétiques.


Marcel Faure (1900-1984)

Il a été à Limoges le chef de file au cours de cette période d'essor de la chirurgie moderne de 1930 à 1968.

Né le 30 octobre 1900 à sept heures à Pierre-Buffiére, village de la route nationale 20, à la limite de la Haute-Vienne et de la Corrèze, il vécut son enfance à l'ombre de la statue de Guillaume Dupuytren dans la pharmacie paternelle. Nommé interne des hôpitaux de Paris, en 1924, il fit ses stages chez Lardennois, Levy Solal, Louis Michon, Thierry et Vaux. Il s'installa à Limoges en 1930 à la clinique Chenieux sous la conduite de René Donnet (IHP 1891). Il s'intégra immédiatement à l'hôpital comme chirurgien suppléant puis professeur de pathologie chirurgicale et professeur de clinique chirurgicale en 1949. Directeur de l'École de médecine de 1959 à 1967, il a réussi la transformation en École de plein exercice et enfin, la consécration du Centre hospitalo-universitaire (CHU) en 1968. Son activité chirurgicale était impressionnante tant à l'hôpital qu'en clinique privée. La journée suivait un rythme immuable. Très respectueux des horaires il faisait régner une discipline indiscutée (Fig. 3 ). Homme exubérant, Marcel Faure, a eu ses admirateurs et ses détracteurs mais il n'a jamais laissé indifférent en raison de sa personnalité hors du commun, étonnante par ses paradoxes, terrifiantes par ses éclats, émouvante par sa bonté. Efficace mais discret dans la résistance à l'occupant allemand, il a su avoir un rôle lignifiant à la Libération de 1945. Il apporta à Limoges les bienfaits de la chirurgie viscérale nouvelle par des techniques sobres et efficaces. Son élégance opératoire, l'exactitude et la rapidité de ses gestes étaient réputées. Ses indications thérapeutiques étaient nuancées avec bon sens. Il fut le premier à Limoges à pratiquer la staphylorraphie apprise chez Vaux qu'il réalisait délicatement. Il fit à Limoges les premières exérèses réglées du sein, de l'estomac et du rectum. Il faisait avec la même sécurité une trépanation pour traumatisme crânien, une cure de hernie inguinale, une hystérectomie, ou une néphrectomie. Il était membre du Comité médical des PTT, du conseil d'hygiène, de la commission de surveillance et de sécurité municipale. Il était médecin principal du lycée Gay-Lussac et chirurgien de la SNCF. Selon le concept de l'époque il pratiquait la chirurgie générale mais il préférait le « mou » au « dur » et il a eu le mérite de vite passer la main aux orthopédistes dès les années 1950. Enseignant doué au lit du malade comme en amphithéâtre, il savait utiliser ses talents de chansonnier pour faire un raccourci saisissant par une phrase incisive et une mimique inoubliable. Son objectif n'était pas de créer des savants mais des praticiens connaissant le danger et ne le créant pas. Il préparait ses cours avec minutie, lecteur assidu du Journal de chirurgie, des Mémoires de l'Académie de chirurgie et de la Société d'urologie. Il assistait tous les ans aux Congrès d'urologie et de l'Association française de chirurgie.

Ayant été son élève de 1946 à 1950 j'ai apprécié les énormes qualités de cet albatros qui a éclairé ma jeunesse et auquel je voue une indéfectible affection. Il m'avait appris qu'en chirurgie il faut analyser ses erreurs pour ne point les commettre à nouveau et savoir accepter le dénigrement, rançon de la gloire. Lors de son admission à l'honorariat en 1969, il pouvait dire que la moitié des médecins de la région avait bénéficié de son enseignement dont six étaient devenus chirurgiens.

Retiré en Touraine pour sa retraite, sans enfant à son grand regret, désemparé après le décès de son épouse, il décéda le 1er avril 1984 sans amertume, m'ayant téléphoné la veille sachant la dernière heure arrivée.

Fidèle au concept de compagnonnage de l'internat des hôpitaux de Paris, il se fit un devoir d'appliquer dans son service hospitalier et à l'École de Limoges la formation pragmatique de ses élèves comme il avait appris de ses maîtres parisiens le message de Corneille dans le Cid (Acte II).

« les exemples vivants sont d'un autre pouvoir »

« le Prince dans un livre apprend mal son devoir ».

En évoquant ces trois professeurs de clinique chirurgicale, directeurs de l'École de médecine de Limoges, nous avons levé le voile sur 160 ans d'histoire locale du premier Empire à la cinquième République. Pendant cette longue période, il y a eu 36 chirurgiens nés en Limousin anciens internes des hôpitaux de Pairs installés à Limoges et 19 autres étudiants limousins AIHP ayant fait carrière à Paris dont dix hospitalo-universitaires.

Le point commun de ces trois directeurs, B.A. Bardinet, F. Chénieux, M. Faure, outre leur origine limousine, est l'appartenance à l'institution de l'internat des hôpitaux de Paris, qui, par la rude préparation du concours suivie du long compagnonnage hospitalier, a permis de former des chirurgiens dont le caractère d'honnête homme et la compétence technique croissante au fil du temps, expliquent l'avènement en 1968 du CHU de Limoges, qui, autonome, forme maintenant ses propres internes, auréolé du prestigieux patronyme « Guillaume Dupuytren » depuis 1977 en témoignage de reconnaissance envers le « grand ancien » (1777-1835) né à Pierre Buffière en Haute-Vienne, ancien étudiant de l'École de médecine de Limoges en 1794, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Paris, fait Baron par Louis XVIII, membre de l'Institut de France et de l'Académie de Médecine.

Que les générations futures n'oublient pas les aînés qui ont assuré leur entité par relais successifs.




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