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La Presse Médicale
Volume 40, n° 3
pages 301-308 (mars 2011)
Doi : 10.1016/j.lpm.2010.04.025
Les bébés du thalidomide
Thalidomide babies
 

Jean-Jacques Lefrère 1, , 2 , Patrick Berche 3
1 Institut national de la transfusion sanguine, 75015 Paris, France 
2 Centre hospitalo-universitaire d’Amiens, laboratoire d’hématologie, 80000 Amiens, France 
3 Faculté de médecine Paris-Descartes, 75015 Paris, France 

Jean-Jacques Lefrère, Institut national de la transfusion sanguine, 6, rue Alexandre-Cabanel, 75015 Paris, France.

En 1959, des centres allemands de néonatalogie commencent à assister à une inquiétante augmentation du nombre de nouveaux-nés porteurs de malformations d’autant plus impressionnantes que les obstétriciens les ont observées fort rarement jusque-là. Il s’agit, selon les cas, d’une absence des bras ou des jambes, voire des deux, anomalie que la médecine désigne comme une « phocomélie » : étymologiquement, le mot dérive des vocables grecs phoke (phoque) et melos (membres), car les mains ou les pieds, ou les deux, prennent racine directement sur l’épaule ou la hanche, c’est-à-dire se trouvent implantés à même le tronc, comme les palmes du phoque. Certaines mères accouchent aussi d’enfants sourds et sans oreille, ou porteurs d’une paralysie faciale, d’une atteinte oculaire, d’une anomalie urinaire et génitale. Le langage populaire désignera ces enfants difformes, sans bras, parfois sans jambe, et lourdement handicapés, comme les « bébés thalidomide » (Figure 1, Figure 2).



Figure 1


Figure 1. 

Un cas de « bébé thalidomide »

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Figure 2


Figure 2. 

Un autre de cas de « bébé thalidomide »

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Car durant les années 1950, avant l’avènement de l’échographie réalisée en cours de grossesse, la prise d’un somnifère nommé thalidomide va se révéler désastreuse en entraînant de graves malformations chez quelques milliers de nouveaux-nés à travers le monde. Les conséquences de cet effet tératogène resteront dans la mémoire collective comme l’exemple-type du danger d’un médicament présumé anodin lors des premiers temps de son utilisation.

Sans donner à cet article l’allure d’un réquisitoire sur ce que les historiens considèrent comme la plus grande catastrophe que la médecine et l’industrie pharmaceutique aient eu à subir, il importe de restituer la chronologie de ce drame qui a marqué son époque.

En 1953, la firme suisse CIBA synthétise une molécule à laquelle elle ne trouve, après quelques essais chez l’animal, aucun effet pharmacologique d’intérêt médical : elle en abandonne donc l’exploitation. L’année suivante, la société pharmaceutique allemande Chemie Grünenthal en reprend la formule. Cette entreprise familiale, fondée en 1946 et implantée à Stolberg, dans la région d’Aix-la-Chapelle, en Rhénanie, a été la première d’Allemagne de l’Ouest à obtenir, du gouvernement des Alliés, l’autorisation de fabrication industrielle de la pénicilline et a rapidement acquis une grande réputation dans le domaine des antibiotiques. Son directeur s’appelle Hermann Wirtz.

Les laboratoires de Chemie Grünenthal testent donc la molécule pour leur compte, lui cherchant une propriété anti-infectieuse, anti-épileptique ou anti-grippale. Ses scientifiques ne trouvent rien de tout cela, mais notent que les volontaires ayant participé à l’étude ont ressenti, de manière tout à fait inattendue, une grande somnolence. Le produit, qui reçoit le nom de thalidomide (abrégé de sa formule chimique [ph]thal[im]ido[glutari]mide ), se révèle de fait un bon inducteur du sommeil. Point capital, aucune réaction secondaire n’est observée, même à forte dose, chez les animaux de laboratoire. L’utilisation semble donc envisageable dans l’espèce humaine. Preuve est même apportée qu’un surdosage massif ne serait pas mortel. Or, à cette époque, on ne dispose guère, comme somnifères, que des barbituriques, lesquels ont, eux, leurs dangers, précisément en cas de surdosage volontaire ou accidentel. Un somnifère comme le thalidomide — le ou la , car le produit sera dénommé par la suite dans l’un ou l’autre genre —, ne faisant courir aucun risque de suicide : quelle aubaine à une époque où le marché des « calmants » est devenu l’un des plus rentables de toute l’industrie pharmaceutique ! Car tranquillisants et anti-dépresseurs connaissent en ces années un véritable boom , qui se maintiendra longtemps.

Un somnifère idéal

En conséquence, les dirigeants de Chemie Grünenthal décident de commercialiser ce somnifère idéal et le font dans leur pays sous l’appellation de Contergan®. Le médicament est officiellement mis sur le marché en Allemagne de l’Ouest au cours de l’année 1956, encore que de nombreux échantillons aient été mis en circulation préalablement, afin de familiariser le produit auprès des prescripteurs : les premiers consommateurs sont même les employés de Chemie Grünenthal et, parfois pour leur malheur, leurs épouses, d’autant qu’une autre indication du thalidomide vient d’être identifiée, qui va jouer un rôle notable dans la catastrophe : le traitement des nausées de début de grossesse.

Une vaste campagne de publicité — des articles et des annonces dans une cinquantaine de revues médicales, des milliers de circulaires et de lettres envoyées aux médecins allemands — a précédé la mise sur le marché. Dans un premier temps, la commercialisation se développe dans une zone géographique limitée, puis s’étend dans le pays de manière intensive, avant un lancement international, qui a lieu le 1er octobre 1957. À peine deux années plus tard, près d’un million d’Allemands absorbent quotidiennement un comprimé de thalidomide pour trouver le sommeil. Le médicament est devenu le sédatif le plus apprécié du pays. D’innombrables armoires à pharmacie familiales en contiennent une boîte.

Le thalidomide rencontre le même succès dans les autres États, au point de devenir, en peu de temps, le troisième médicament le plus vendu en Europe. En Angleterre, la Distillers Company, une firme par ailleurs spécialisée dans la vente d’alcools, acquiert la licence du produit et le diffuse, après une campagne publicitaire tenant de la charge de cavalerie, sous le nom de Distaval®, avec une notice garantissant qu’il peut être utilisé chez la femme enceinte. Le thalidomide se trouve de même commercialisé sous licence, par une douzaine de compagnies, dans quarante-six pays d’Europe, d’Asie, d’Australie et d’Afrique, sous une quarantaine d’appellations différentes : Sedimide®, Nibrol®, Noctimid®, Calmorex®, Noctosediv®, Kevadon®, Talimol®, Softénon®, Quietoplex®, Neurosedyn®, etc. Dans chacun de ces pays, la réclame insiste sur la principale qualité de ce calmant : une parfaite innocuité, une totale absence de toxicité. Il est donc désormais possible de jouir d’un sommeil paisible avec ce médicament léger, sans risque d’accoutumance, de surdosage ou d’interférence avec d’autres thérapeutiques. Le matraquage publicitaire autour de ce concept fait son chemin, avec l’efficacité dont peut rêver tout dirigeant d’entreprise pharmaceutique. Toutefois, si la plupart des nations européennes sont conquises par le nouveau médicament, si l’énorme marché japonais s’en empare à son tour, son introduction officielle dans deux pays connaît en revanche un échec total : les États-Unis et la France. Nous en verrons les raisons.

Premiers effets secondaires

Dans les premiers temps, en Allemagne de l’Ouest, le thalidomide peut s’obtenir sans ordonnance. Cependant, quelques névrites, parfois graves et irréversibles, commencent à lui être imputés. En quelques mois, plusieurs centaines de cas, liés à l’évidence à la prise du médicament, sont signalés à la firme, qui nie tout lien de cause à effet : il serait trop dommageable que l’image d’innocuité du produit soit entachée par un tel effet secondaire. Par précaution, la Chemie Grünenthal entreprend de couvrir tout écho de ces névrites fâcheuses et d’en combattre l’effet par une large campagne de publicité : au cours des premiers mois de 1960, sont ainsi distribuées des dizaines de milliers de brochures vantant cette médication inductrice du sommeil et dépourvue de tout danger, tandis que les représentants du laboratoire producteur rencontrent près de vingt mille médecins. Quant aux neurologues qui font part de leur intention de signaler ces névrites dans la presse médicale, ils reçoivent la visite de scientifiques de la firme venus les en dissuader. L’un d’eux, Hors Frenkel, qui exerce à Konigstein, n’entend cependant pas se laisser faire et déclare à ses visiteurs qu’il va publier ses données dans un périodique médical, Die Medizinische Welt . La Chemie Grünenthal intervient alors auprès du comité de lecture et de l’éditeur pour empêcher cette divulgation.

Cependant, au printemps de 1961, des sujets atteints de névrites commencent eux-mêmes à parler de poursuites contre le fabricant du médicament. La firme prend la menace au sérieux, au point de s’assurer les services d’un détective privé, en le chargeant d’obtenir des renseignements sur les plaignants et les médecins qui les soutiennent. Ce détective se met au travail et récolte des informations sur les opinions politiques, la vie privée, la situation familiale des praticiens qui lui ont été désignés. Peine perdue : alertées à la fin de l’été de 1961, les autorités sanitaires allemandes — (en l’occurrence le ministère de l’Intérieur de Rhénanie-Westphalie, autorité de tutelle des laboratoires industriels de la région) — décident que le thalidomide ne pourra plus être délivré que sur prescription médicale, du moins dans la zone que contrôle le ministère : il reste en vente libre dans le reste de l’Allemagne. La consommation du somnifère n’en demeure pas moins considérable, et sa réputation d’innocuité reste intacte dans l’opinion publique. Mais ce problème de névrite va être effacé des mémoires par la survenue d’une affaire beaucoup plus dramatique, entrée depuis dans le Livre noir de la Médecine comme l’un de ses chapitres les plus tragiques, les plus odieux, les plus insupportables.

Apparition des phocomélies

C’est en 1959 que les obstétriciens allemands commencent à constater une recrudescence alarmante de nouveaux-nés malformés, mais tous sont à cent lieues d’incriminer le thalidomide comme cause de ces malformations. On sait, en ces années d’après-guerre, que le fœtus peut développer certaines anomalies à la suite d’influences extérieures, telles que des irradiations, des infections virales (la rubéole, en particulier, dont le risque tératogène est connu de longue date), voire certains médicaments. Mais le placenta est encore considéré comme une barrière protectrice efficace, de sorte que peu de produits vendus en pharmacie portent le label Interdit pendant la grossesse . Au demeurant, la médecine du temps ne se souciant guère de ce danger, pourquoi l’industrie pharmaceutique pousserait-elle le zèle sécuritaire plus loin que les exigences en vigueur ?

Apparaissent donc, en ces années soixante, avec une fréquence jamais observée jusqu’alors, des cas de « monstres phocomèles », comme les articles de la grande presse et de la presse scientifique les qualifieront par la suite, sans souci de la cruauté d’une telle appellation auprès des familles. Le premier nouveau-né atteint (venu au monde sans oreilles) par l’effet tératogène du thalidomide voit le jour le 25 décembre 1956 à… Stolberg ! Le père, un employé de Chemie Grünenthal, a reçu des échantillons gratuits du médicament que son épouse a utilisés pendant le premier trimestre de sa grossesse.

On sait aujourd’hui que le thalidomide a la capacité d’inhiber l’angiogenèse et qu’il peut interférer avec celle du fœtus, en empêchant notamment le développement des os longs et en induisant diverses malformations. Mais, à l’époque, identifier le mécanisme de ces malformations chez les nouveaux-nés n’est pas chose aisée, d’autant que le thalidomide, resté longtemps en vente libre, constitue une médication réputée totalement inoffensive et surtout de grande consommation, au point qu’on la trouve dans la plupart des foyers ; par ailleurs, comme il n’existe pas de déclaration obligatoire des malformations congénitales, il est impossible de recenser les mères ayant consommé du thalidomide et, dès lors, de lier l’atteinte fœtale à la prise du médicament. C’est la raison pour laquelle, dans les premiers temps, chaque service de maternité attribue cette succession de cas à un hasard malheureux, à une triste loi des séries. Qui penserait au thalidomide ? Tant de femmes enceintes en prennent, depuis sa mise sur le marché, sans donner naissance à des enfants anormaux… Ceci explique que l’ampleur de la tragédie va mettre du temps à être perçue par les services d’obstétrique.

Malgré tout, quelques médecins se penchent sur cette recrudescence de nouveaux-nés malformés et essaient d’en comprendre la raison. Certains soupçonnent les essais nucléaires comme origine de ces phocomélies, mais l’hypothèse est vite écartée, car de tels essais ont été suspendus, tant en Union Soviétique qu’aux États-Unis, et des pays voisins comme la Suisse ou la Belgique semblent épargnés par la vague de malformations néonatales. On envisage aussi l’effet néfaste des rayons X, mais les mères concernées n’ont eu, dans leur grande majorité, aucune radiographie pendant leur grossesse. Un temps, les montres phosphorescentes sont suspectées, de même que le temps que des femmes enceintes ont pu passer devant leur récepteur de télévision. Certains toxiques, qui seraient consommés par voie orale, sont également incriminés, comme des insecticides contenus dans l’eau potable ou des produits de vaisselle. Un contexte héréditaire est évoqué, mais nul antécédent familial n’est retrouvé dans les cas étudiés. On en vient ainsi à l’hypothèse médicamenteuse. En juillet 1961, la firme productrice du thalidomide est interrogée par un médecin du département de gynécologie de l’hôpital d’Heilbronn, ville du sud de l’Allemagne, au bord du Neckar : le médicament aurait-il une toxicité sur le fœtus ? Par retour, la Chemie Grünenthal le rassure épistolairement : « Le thalidomide ne traverse pas la barrière placentaire. »

Le 16 septembre 1961, un médecin de Kiel, H.R. Wiedemann, publie, dans le Journal of the American Medical Association , une série de vingt-sept cas d’enfants nés malformés et avance une hypothèse sur le récent accroissement de fréquence de telles malformations : un médicament existant depuis peu pourrait être en cause. Toujours en 1961, vers la fin de l’année, l’Australien William McBride, obstétricien à Hurtsville, près de Sydney, qui a prescrit du thalidomide à certaines de ses patientes pendant leur grossesse, publie dans le Lancet une lettre dans laquelle il impute les malformations des nouveaux-nés à ce médicament [1].

Quelque temps auparavant, en juin 1961, Widukind Lenz, généticien et pédiatre à l’hôpital universitaire de Hambourg, a été contacté par l’avocat Karl Schulte-Hillen. Ce dernier lui a appris que son fils et sa nièce sont nés sans membres supérieurs, et lui a indiqué qu’il a eu vent d’autres cas, ce qui lui donne à penser qu’il ne s’agit pas d’une maladie familiale, mais bien d’une pathologie en relation avec un facteur extérieur. Le pédiatre décide alors de consulter le registre des naissances de 1960 et 1961 des deux plus grandes maternités de la ville. Il compare les chiffres avec ceux d’une enquête conduite sur la période 1930–1958 : pas de doute, le nombre de cas est en recrudescence majeure. Lenz entreprend d’interroger les mères des nouveaux-nés atteints. Il inclut dans son enquête celles qui ont séjourné dans son hôpital et en recrute d’autres, par l’intermédiaire d’annonces dans la presse. Il lui est ainsi loisible, au début de 1962, de signaler à son tour, dans le même Lancet , une série de quatorze cas supplémentaires [2], dont un médicament, pris par toutes les mères en début de grossesse, représente l’unique caractéristique commune : le thalidomide.

Devant la gravité de l’affaire, Lenz n’attend pas la publication de son étude pour donner l’alerte. Le 16 novembre 1961, il contacte la direction de Chemie Grünenthal pour lui faire part de son inquiétude et surtout pour exiger le retrait immédiat du médicament. L’adage vox clamans in deserto trouve à cette occasion une de ses plus belles illustrations. Trois jours plus tard, lors d’un colloque médical à Düsseldorf, Lenz expose la situation à ses confrères : « À la fois comme homme et comme citoyen, je ne peux pas prendre la responsabilité de passer sous silence mes observations. »

Après avoir considéré un moment l’alerte du pédiatre de Hambourg comme un incident négligeable, la firme finit par lui dépêcher trois de ses scientifiques pour l’inciter à réviser son point de vue. On lui fait comprendre qu’il risque des poursuites judiciaires pour affirmations calomnieuses et propres à porter tort à une entreprise industrielle. Le 20 novembre, la compagnie pharmaceutique diffuse plus de soixante milles brochures publicitaires sur le thalidomide, sur lesquelles le produit est encore vanté pour son absence d’effets secondaires.

Se heurtant à la force d’inertie de la Chemie Grünenthal, et estimant que chaque jour passé sans retrait du thalidomide constitue un danger pour quelques femmes enceintes et leur enfant, Lenz contacte le ministère de l’Intérieur, dont les responsables, troublés, acceptent d’organiser le 24 novembre une réunion à laquelle des représentants de la firme sont conviés. Karl Schulte-Hillen, l’avocat père et oncle de bébés atteints, y participe aussi. Les représentants de Chemie Grünenthal partent de la réunion en assurant que, désormais, la notice du thalidomide comportera l’indication d’un danger en cas de grossesse. Mais il n’est pas question d’un retrait du produit.

Sûr de son fait et désireux de crever l’abcès, Lenz décide d’en appeler à l’opinion publique. L’histoire n’a pas retenu la manière dont il s’y est pris, mais le périodique Die Welt am Sonntag fait un jour part à ses lecteurs de l’inquiétude d’un pédiatre de Hambourg sur un médicament — (dont le nom n’est pas cité) — susceptible de provoquer des malformations chez le nouveau-né. En fait, les dirigeants de la Grünenthal ont eu vent, quelques jours plus tôt, de cet article à paraître sur leur produit vedette et ont agi en conséquence. Lenz a été incité par le chef de son département de pédiatrie de l’université de Hambourg à se rendre à la rédaction du périodique pour arrêter cette publication. Mais il est trop tard : Lenz a déjà franchi son Rubicon.

La grande presse reprend immédiatement l’affaire : une agence internationale diffuse sur la planète une dépêche faisant état du retrait imminent du thalidomide, un médicament soupçonné d’effet tératogène. En Allemagne, tous les grands quotidiens informent la population du danger de ce produit et l’incitent à ne plus en consommer un seul comprimé. Le 26 novembre, le Welt am Sonntag parle même de « bombe pharmacologique ».

La Chemie Grünenthal ne peut plus nier la situation. Elle adresse une lettre aux Autorités de Santé : « La presse ayant miné la base d’une discussion scientifique, nous décidons le retrait du médicament du marché. » C’est chose faite le 2 décembre. En Angleterre, la Distillers Company, qui en a reçu simultanément l’ordre, fait de même. Comme les gouvernements des autres pays ne réagissent pas, le médicament reste quelque temps en circulation au Canada, en Italie, en Belgique, en Espagne, au Brésil, etc. Le Japon ne le fera retirer officiellement qu’à la mi-septembre 1962, ce qui lui vaudra de tenir, après l’Allemagne, la deuxième position en nombre de victimes [3, 4, 5, 6, 7, 8].

Quatre mois après le retrait du thalidomide du Royaume-Uni, la Distillers Company fait savoir que le médicament est tératogène chez la lapine en gestation. On peut en inférer aujourd’hui que les expériences animales menées avant la commercialisation ont été hâtives, voire inadéquates : l’espèce animale utilisée initialement (la rate gravide) n’est pas vulnérable — tous les rongeurs étant insensibles à la molécule — et l’administration s’est de toute manière effectuée en dehors de la période à risque de la gestation. Or, dans l’espèce humaine, le médicament n’est tératogène qu’à une période très précoce de la grossesse, alors même que la femme peut encore ignorer qu’elle est enceinte. En outre, un seul comprimé est suffisant pour induire une malformation fœtale. Or, dans les années 1950, les tests explorant le risque tératogène d’un médicament sont encore eux-mêmes balbutiants.

Deux pays (relativement) épargnés : les États-Unis et la France

Deux pays, toutefois, vont rester à l’abri du fléau. Le premier est les États-Unis. Le 12 septembre 1960, le docteur Frances Kelsey, qui n’a pris que depuis quelques jours ses fonctions à la très puissante Food and Drug Administration (FDA ), se voit confier le dossier du thalidomide, que le fabricant vient de déposer en vue de l’obtention d’une autorisation de commercialisation sur le marché américain. Le dépositaire est la compagnie Richardson-Merrell, qui a acheté la licence du produit pour le continent nord-américain. Pour ce premier dossier qu’elle doit traiter, Frances Kelsey va s’en sortir avec les honneurs, dans tous les sens du terme. Tout en étant un peu étonnée par la prétendue absence totale d’effets secondaires, comme l’atteste le dossier — quel médicament, en effet, n’en a pas ? —, elle considère que les études sur le métabolisme de la molécule ont été insuffisantes, de même que celles sur l’utilisation du médicament en cours de grossesse. Zèle de débutante ? Marque d’une personnalité anxieuse et tatillonne par nature ? Toujours est-il qu’elle refuse de donner un accord. La firme redépose un dossier complété en janvier 1961, mais Frances Kelsey tient bon pendant toute l’année, qui est d’ailleurs celle de la révélation publique des cas de névrite consécutifs à la prise du médicament. En mai 1961, les dirigeants de Richardson-Merrell, très irrités par ce blocage, vont trouver le directeur médical de la FDA , William H. Kessenich. Ils sont reçus poliment, mais sont renvoyés à Frances Kelsey, qui les rencontre à son tour… et maintient droit son cap.

En fin de compte, le thalidomide ne sera pas commercialisé aux États-Unis grâce au professionnalisme de Frances Kelsey, laquelle recevra, en août 1962, la Distinguished Federal Civil Service Award, la plus haute décoration qui puisse être décernée à un fonctionnaire dans l’exercice de son métier. Elle lui sera remise par le président Kennedy lui-même, à la Maison-Blanche. La prise de conscience du danger auquel le pays a échappé a eu lieu à travers un article paru en juillet 1962 dans le Washington Post, le célèbre quotidien de l’affaire du Watergate . Comme il n’est rien de totalement pur sous le soleil, le Sunday Telegraph du 5 août prétendra que Frances Kelsey n’a bloqué l’autorisation du thalidomide qu’avec l’objectif de préserver le marché des tranquillisants produits sur le territoire américain. Qu’importe, et même si cela a été le cas, puisque l’intérêt est allé pour une fois dans le même sens que la sécurité.

Pourtant, les États-Unis ne seront pas tout à fait épargnés par les méfaits du thalidomide : une dizaine de cas seront recensés à la suite de la diffusion, à un millier de prescripteurs potentiels, d’un échantillonnage — constitué tout de même de plus de deux millions de comprimés — par la firme Richardson-Merrell, laquelle avait escompté un accord immédiat et aisé de la FDA sur ce médicament déjà largement répandu en Europe : une campagne promotionnelle de plus, sous le masque d’une prétendue étude expérimentale, comme cela se pratique beaucoup. Étrange étude, au demeurant, au cours de laquelle la firme ne demandait aucun retour d’information !

En France, l’autorisation de mise sur le marché du thalidomide n’est tout simplement pas délivrée pendant la période où le risque fœtal est méconnu ou passé sous silence. En 1961, un laboratoire pharmaceutique national a déposé un dossier pour commercialiser le médicament dans l’Hexagone. Or, une loi instituant un contrôle serré de toute médication nouvelle impose que chaque demande contienne les résultats d’études approfondies pour obtenir le visa, et l’inspection se complète de la consultation de plusieurs experts agréés, mandatés pour passer au crible les moindres carences du dossier. En un mot, il s’agit d’une procédure lourde et longue — plus lourde et plus longue que celle des autres pays européens, et ceci va expliquer cela. L’étude du dossier français du thalidomide prend même tellement de temps qu’au moment où l’accord est donné, en décembre 1961, parviennent les premiers échos allemands du risque tératogène : le visa à peine accordé est immédiatement retiré, et tout se passe comme s’il n’y avait pas eu d’autorisation de mise sur le marché, d’autant que le grand public français n’apprendra la vérité sur les dangers du thalidomide qu’au cours de l’été 1962. Certes, une poignée de frontaliers ont pu se procurer quelques comprimés en Belgique, en Italie, en Suisse ou en Espagne, les frontières ayant toujours été poreuses pour toutes les drogues, y compris médicamenteuses. Quelques cas de malformations néonatales sont ainsi survenus en France, mais en nombre infime par rapport aux pays voisins. De plus, à la différence des États-Unis, il n’y a pas eu de distribution d’échantillons à des médecins prescripteurs. La France l’a toutefois échappé belle : les paquets étaient prêts pour l’expédition. On constate dès lors que, de 1957 à 1961, la Chemie Grünenthal aura diffusé son produit sur pratiquement tout le Globe, sauf en France. La lenteur qui caractérise si souvent l’administration française a eu, pour une fois, un effet des plus heureux : elle a épargné au pays sa part de la catastrophe du thalidomide.

Plus tard, il sera établi que la prise de thalidomide par des femmes enceintes a été responsable, sur l’ensemble de la planète, de l’atteinte de plus de vingt mille fœtus, dont une partie sont morts avant la naissance. Parmi les enfants ayant survécu, un peu moins de la moitié ont succombé au cours des premiers mois. Il y aurait donc, en cette fin de la première décennie du xxie siècle, plus de cinq mille victimes encore en vie pour la plupart et aujourd’hui quinquagénaires, dont l’existence tout entière a été bouleversée par l’invalidité qui les a contraint à vivre dans un état d’impotence et de dépendance pour la plupart des actes quotidiens courants. De ces « bébés du thalidomide » devenus des adultes lourdement handicapés — chaque fois pour un simple comprimé pris par une mère qui aura vécu cette culpabilité comme on l’imagine —, près de trois mille ont été identifiés en Allemagne, six cent cinquante au Royaume-Uni, trois cents au Japon, une centaine en Suède. Un chiffre total de douze mille victimes est généralement avancé. Un temps, on a cru que les conséquences du drame ne finiraient pas avec l’existence de ces sujets atteints il y a un demi-siècle : l’ADN ayant été modifié par le médicament pendant la vie fœtale, une prédisposition héréditaire au phénomène malformatif a été crainte dans la descendance des victimes. Mais cette « seconde génération thalidomienne » n’est heureusement pas survenue.

L’avortement des procès

Il faut évoquer à présent la seconde « affaire du thalidomide », qui est celle de l’indemnisation des patients et du règlement juridique du drame. Elle disputerait presque en ignominie à la première, si la chose était possible.

Dans un premier temps, les parents de victimes, fédérés en associations, se sont adressés à leur gouvernement pour obtenir des réparations financières, destinées à aider l’existence quotidienne de leur enfant. Les instances officielles ne donnant que des réponses dilatoires — quand elles répondaient —, les familles se sont alors tournées vers la Chemie Grünenthal et ses filiales. Dans la plupart des cas, elles n’ont rien obtenu, ou quelques aides dérisoires. Des procès ont donc éclaté un peu partout dans le monde, révélant des lacunes juridiques et éthiques majeures dans bien des domaines : l’euthanasie, l’interruption volontaire de grossesse, l’indemnisation des victimes d’accidents thérapeutiques, la responsabilité médicale et pharmaceutique, et la responsabilité des pouvoirs publics ayant la tutelle de la Santé publique.

En Allemagne, sept années d’instruction précèdent le procès. Des perquisitions au siège de Chemie Grünenthal fournissent des documents accablants. En novembre 1962, la police, sur les indications d’une lettre anonyme, met la main sur une masse de dossiers cachés dans le grenier de la maison d’un particulier : il s’agit d’une multitude de rapports adressés à la firme pour lui signaler les cas de névrites ou de malformations fœtales, et des doubles des notes techniques remises par la société à ses employés et à ses représentants pour leur indiquer la teneur de leurs réponses s’ils se trouvaient interrogés par voie judiciaire ou policière.

Le temps passe, avec l’habituelle lenteur procédurière de cette sorte d’enquête. En septembre 1965, le procureur décide qu’il dispose de suffisamment d’éléments pour inculper les dirigeants et les scientifiques de Chemie Grünenthal. Le procès va durer près de deux années, de mai 1968 à janvier 1970. C’est le plus important en Europe depuis celui des dirigeants nazis, à Nuremberg : quatre cents plaignants, autant de témoins, une trentaine d’experts. Comparaissent, outre Hermann Wirtz, directeur de Chemie Grünenthal, une dizaine d’autres inculpés. L’acte d’accusation retenu est le suivant : « Blessures par imprudence, homicide par imprudence et violation de la loi sur les produits pharmaceutiques ».

Au cours des débats, les avocats de Chemie Grünenthal commencent par réfuter toutes les accusations et à récuser les experts à charge, y compris Lenz lui-même, accusé de partialité par sympathie pour les victimes ! Les défenseurs ne reculent devant aucun argument, fût-il irrationnel : des fœtus atteints de malformations spontanées qui auraient dû les conduire à la mort ont survécu grâce à la thalidomide… Moins absurde, du moins juridiquement, mais plus abject : n’étant pas nées lorsqu’elles ont subi le dommage, les victimes n’avaient pas l’existence légale que seule confère la naissance dans la juridiction en vigueur. La firme fait même défiler à la barre des « experts » soutenant que les malformations des nouveaux-nés ne sont pas forcément imputables au thalidomide ! La presse, qu’on s’attend à être en solidarité totale avec les victimes, est curieusement partagée : certains journaux publient même des informations indiscrètes et privées sur les témoins à charge, voire sur certains jurés. Une grande partie des autres quotidiens et hebdomadaires, cependant, reste largement favorable aux familles.

Le procès semble de plus en plus dans l’impasse, lorsque, hors débat, les dirigeants de Chemie Grünenthal font comprendre aux ayants droit des plaignants que, dans l’hypothèse où le jugement entraînerait une condamnation de la firme, celle-ci ne serait plus en mesure d’indemniser les familles. L’argument porte, et un accord est trouvé : une somme de cent millions de marks sera versée à une fondation d’aide aux victimes. Le procès est suspendu sine die . Le 18 décembre 1970, il est décidé d’y mettre fin. Les poursuites contres les dirigeants de Chemie Grünenthal tombent d’elles-mêmes [9].

En Angleterre, où la Distillers Company est une puissance, l’affaire se conclut différemment. Au début, le gouvernement instaure un véritable black-out sur le sujet : les instances juridiques ayant reçu le mot d’ordre, les familles voient, pendant une dizaine d’années, leur plaintes rejetées comme non recevables et ne parviennent à obtenir aucune compensation acceptable. De surcroît, interdiction est faite à la presse de publier le moindre reportage sur le thalidomide, avec une menace de peine de prison pour les journalistes qui ne respecteraient pas la consigne. Cet état de fait va durer près de dix ans, jusqu’à la parution, dans le Sunday Times du 24 septembre 1972, d’un article qui brise net la conspiration du silence, sous ce titre-choc : Our Thalidomide Children : a National Shame [Nos enfants du thalidomide : une honte nationale] .

Choquée par la situation et l’abandon des victimes à leur sort, une poignée d’actionnaires de la Distillers Company tente de faire pression sur les dirigeants — en vain. Ce n’est que sous l’effet d’une campagne d’affichettes placardées nuitamment dans tout Londres et appelant à boycotter les alcools commercialisés par la firme, que ses dirigeants, pris de panique devant l’effondrement du chiffre d’affaires, acceptent de créer un fonds de solidarité analogue à celui mis en place en Allemagne (la firme Guiness, aujourd’hui propriétaire de la compagnie, alimente encore ce fonds). Les Autorités anglaises entérinent l’accord passé entre la Distillers Company et les familles, et tout est joué : le procès anglais du thalidomide n’aura jamais lieu.

Dans les autres pays, les victimes se trouvent dédommagées de la même manière, de sorte qu’aucune condamnation n’est prononcée nulle part. Cet Hiroshima de la médecine n’a pas eu son Nuremberg : la lâcheté, la négligence et l’âpreté du gain ont prévalu impunément sur l’éthique et la simple humanité. Mais au moins les Autorités de santé de la plupart des pays auront-elles pris conscience de l’absolue nécessité de se doter de structures adaptées et réactives de pharmacovigilance.

Le thalidomide et la lèpre

Deux décennies passent, au cours desquelles le drame semble appartenir au passé. Puis, à partir de 1993, des cas d’enfants malformés à la suite de la prise de thalidomide par leur mère pendant sa grossesse sont signalés au Brésil. Un reportage de la télévision anglaise révèle comment il est possible, en ce pays du continent sud-américain, de trouver aisément le médicament dans des pharmacies plus ou moins clandestines. Ces femmes ont pris le thalidomide pour soigner leur lèpre, d’autres l’ont utilisé comme produit abortif, sans doute sur la foi de la notice indiquant le danger du médicament pour le fœtus. En 2001, l’association brésilienne des victimes du thalidomide recensera plus d’une centaine de cas.

Pourquoi ce nouvel épisode, trente ans après le premier ? C’est qu’après avoir été banni de la pharmacopée mondiale, le médicament est revenu sur le marché avec une indication spécifique : la lèpre. La découverte de cette indication date du jour de 1964 où le docteur Jacob Sheskin, praticien du Jerusalem Hospital for Hansen’s Disease , prescrit du thalidomide à un malade atteint d’une forme de lèpre nodulaire tellement douloureuse qu’il ne parvenait plus à dormir : avec le médicament, le patient s’endort paisiblement et, à son réveil, se trouve sensiblement amélioré. Du coup, six autres malades sont traités de la même manière, avec efficacité chaque fois. Une étude à grande échelle, planifiée par l’Organisation mondiale de la santé, confirme l’effet bénéfique du produit dans la lèpre [10, 11]. Il est bien sûr préconisé que le traitement ne peut être prescrit, chez les malades de sexe féminin, qu’après la ménopause. Le mécanisme du thalidomide dans la lèpre est démontré en 1991 par une équipe de la Rockefeller University. En 1998, la FDA donne son feu vert pour la commercialisation du médicament dans la forme nodulaire de la lèpre, mais en la limitant strictement à celle-ci, au demeurant très rare sur le territoire des États-Unis. Ce faisant, elle rend le produit disponible sur le marché nord-américain et donc accessible à des prescriptions hors « autorisation ». En fait, les dirigeants de la FDA savent parfaitement qu’il existe, depuis plusieurs années, un marché noir de ce thalidomide fabriqué industriellement dans quelques pays d’Amérique du Sud pour des malades atteints de certaines complications du sida : ils préfèrent en légaliser l’usage en Amérique du Nord, afin de pouvoir contrôler la pureté du produit mis en circulation.

Dans les mêmes années, on assiste à une réémergence du thalidomide sur plusieurs continents, en vue d’exploiter certains de ses effets thérapeutiques, notamment son action anti-inflammatoire et sa capacité à inhiber le développement de l’angiogenèse. En 1999, des chercheurs de l’université de l’Arkansas révèlent son action favorable dans le myélome. Il va sans dire que les essais conduits dans les États disposant d’une solide structure de Santé publique sont lestés de précautions draconiennes visant à protéger les femmes en âge de procréer. Pour autant, ces recherches médicales ne sont pas sans rencontrer l’opposition des associations de victimes d’autrefois, qui protestent contre la réintroduction du médicament dans la pharmacopée : « Nous n’accepterons jamais un monde dans lequel existe le thalidomide », déclare officiellement l’Association canadienne, de loin la plus active des groupements de « thalidomiens ». La situation est parfois difficile à gérer pour les Agences du médicament de différents pays, car, à côté de l’adversité des associations de victimes, le produit représente un progrès médical, ou du moins une perspective de progrès, du point de vue d’autres associations de malades, pour certaines pathologies.

Épilogue

En 2006, est tourné un téléfilm allemand sur l’affaire du thalidomide, Ein einzige Tablette [Un seul comprimé] , qui conte le combat du père d’une fillette née sans bras (ce qui est le cas de l’actrice interprétant ce rôle), pour obtenir réparation du laboratoire responsable du handicap de son enfant. L’œuvre doit être diffusée sur la chaîne publique WDR en octobre 2007, au moment du cinquantième anniversaire de la commercialisation du thalidomide. Apprenant le tournage de ce film et sa diffusion prochaine, la Chemie Grünenthal entame, pour l’empêcher, une action en justice auprès du Tribunal de Hambourg. Ses avocats contestent la thèse qu’il présente : celle d’un retrait tardif du marché, en 1961, pour des raisons financières. C’est évidemment la page la plus sombre de l’histoire de la firme, laquelle, redoutant que son image de marque soit une nouvelle fois abîmée, avec un impact économique probable, reproche au scénario de contenir des inexactitudes flagrantes. La maison de production Zeitprung, de Cologne, reçoit l’ordre de ne pas diffuser son film.

En première instance, le Tribunal de Hambourg donne gain de cause à Chemie Grünenthal, mais la Cour d’appel, ayant examiné une version révisée du téléfilm, tranche dans un sens radicalement différent : l’œuvre étant une fiction et ne visant pas à une précision documentaire, rien ne s’oppose à sa diffusion sur le petit écran vespéral, qui a lieu peu après, toutes les interdictions ayant été levées. Seule compensation pour Chemie Grünenthal : quelques scènes ont été corrigées ou coupées.

Ce combat judiciaire a eu évidemment un grand retentissement dans la presse allemande. Au moment où le thalidomide revient sur la scène avec de nouvelles indications thérapeutiques, un téléfilm sur la tragédie d’autrefois tombait mal. En tout cas, cette fois, les responsables de Chemie Grünenthal sont apparus irréprochables sur un point : leur célérité et leur ardeur pour le retrait du produit dangereux, en l’occurrence une simple œuvre télévisée. Un demi-siècle plus tôt, leurs prédécesseurs n’avaient pas fait preuve des mêmes qualités pour défendre les intérêts des consommateurs du plus funeste médicament ayant jamais existé. Les enjeux n’étaient pas les mêmes, mais la motivation demeure identique dans les deux cas, qu’il n’est pas utile de préciser ici. À ce stade, le lecteur, comme les auteurs, a certainement sa dose de dégoût.

Conflits d’intérêts

aucun.

Références

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Eucher P. La thalidomide. Lorsque l’histoire doit éclairer l’avenir Louvain Med 2004 ;  123 : 28-37
Thalidomide. A medical dictionary, bibliography and annotated research guide to Internet references. Icon Health Publications; 2004.
McCredie J. Beyons thalidomide: birth defects explained. R Soc Med Press 2007.
Janicki J. Le drame de la thalidomide. Un médicament sans frontières 1956–2009. L’Harmattan; 2009.
Jakeman P., Smith W.C.S. Thalidomide-leprosy reaction Lancet 1994 ;  343 : 432
Brynner R, Stephens TD. Dark remedy. The impact of thalidomide and its revival as a vital medicine. Perseus Books; 2001.



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