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Soins
Volume 57, n° 768
pages 16-18 (septembre 2012)
Doi : 10.1016/j.soin.2012.04.011
Savoirs et pratiques

L’infirmière de psychiatrie de liaison dans les services de soins somatiques
The psychiatric liaison nurse in somatic care departments
 

Marie-Laure Bossis : infirmière, Nathalie Cornet Lemoine : infirmière, Marie Guitteny : médecin, Jean-Marie Vanelle : médecin, Anne Sauvaget : médecin, Sandrine Giffaud  : cadre de santé
psychiatrie de liaison, pôle universitaire d’addictologie et psychiatrie, CHU de Nantes, 44000 Nantes 

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Le rôle de l’infirmière de psychiatrie de liaison connaît un développement croissant au sein des services de soins somatiques

Ses fondements reposent sur la reconnaissance de la valeur attribuée aux interactions entre la sphère physique et la sphère psychique de l’humain

L’illustration d’une pratique infirmière de psychiatrie de liaison au centre hospitalier universitaire de Nantes (44) montre l’impact positif d’une collaboration réussie au service de la personne hospitalisée.

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Abstract

The role of the psychiatric liaison nurse is continuing to develop within somatic wards. Its foundations are based on the recognition of the value accorded to interactions between physical and psychical dimension. This account of a psychiatric liaison nurse’s practice at the university hospital of Nantes shows the positive impact a successful collaboration on inpatients.

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Mots-clés : Collaboration, Infirmière de psychiatrie de liaison, Mission, Prise en charge pluridisciplinaire, Psychiatrie, Service somatique

Keywords : Collaboration, Mission, Multidisciplinary care, Psychiatry, Psychiatric liaison nurse, Somatic wards


La place de l’infirmier(e) diplômé(e) d’État (IDE) dans l’équipe de psychiatrie de liaison a été reconnue dès la création de l’unité fonctionnelle de psychiatrie de liaison au centre hospitalier universitaire (CHU) de Nantes (44) en 2000 [1].

Le rôle spécifique de l’infirmière

Un rôle spécifique d’évaluation téléphonique des demandes lui est initialement attribué. Elle occupe aussi une place dans les services somatiques, lors de consultations conjointes avec les psychiatres, ou lors d’interventions de liaison auprès de ses collègues de soins somatiques [2]. La psychiatrie de liaison bénéficie d’un «  double mouvement symétrique  » [3]. Ce dernier se caractérise par l’intérêt des services de soins somatiques à garantir une approche bio-psycho-sociale [4] du patient et par la nécessité de «  remédicaliser la psychiatrie  » [2, 3]. Ainsi l’infirmière de psychiatrie de liaison met ses compétences au service des équipes de soins somatiques [5], la conception de prendre soin du patient ne se limitant pas à soigner. «  Le concept de prendre soin est ouvert sur la connaissance, sur toutes les connaissances qui permettent d’améliorer, d’enrichir, de rendre plus pertinente l’aide apportée à une personne  » [6].

L’IDE évalue en amont chaque demande. Ce temps d’échange permet une adaptation à l’organisation du service somatique demandeur et l’élaboration d’une réponse en cohérence avec le projet de soins. Un outil de recueil d’informations adapté à l’évaluation téléphonique est utilisé à cette étape. Après avoir synthétisé l’ensemble des éléments, une date de consultation est proposée avec un intervenant (psychiatre, psychologue, IDE). Au vu de cette évaluation, l’infirmière peut décider de compléter ces informations par un temps d’échange dans l’unité de soins somatiques.- L’évaluation téléphonique vise donc à donner des réponses pragmatiques et concrètes concernant la prise en charge ou la conduite à tenir auprès du patient.

Lors d’un premier entretien avec le patient, l’observation clinique et l’interrogatoire doivent permettre d’identifier le problème de santé, de rechercher l’étiologie, de repérer les signes et les symptômes. Au cours d’un suivi après les consultations du psychiatre, l’infirmière de psychiatrie de liaison a un rôle de soutien, d’évaluation du traitement et de coordination avec le réseau de soins.

Avec le psychiatre, senior ou interne, et/ou le psychologue, l’IDE, par sa fonction, peut favoriser l’échange entre le patient et le médecin. Son observation clinique complète l’évaluation du médecin.

Quotidiennement, l’IDE peut recueillir auprès des équipes des informations avant la consultation et être amenée à assurer le suivi. Elle prend en compte le ressenti de l’équipe concernant la clinique psychiatrique et aide cette dernière à la compréhension des troubles ayant une manifestation psychiatrique. Au travers des échanges, elle sensibilise les équipes au fait psychique et aux connaissances psychiatriques. Ces interventions ont pour objectif de transmettre un savoir-faire. Cette démarche se déroule tout en respectant la confidentialité des propos intimes du patient. L’infirmière participe à des réunions et à des groupes de supervision paramédicale dans les services somatiques.

Collaboration entre service d’endocrinologie et équipe de psychiatrie de liaison

Le choix d’évoquer la collaboration entre l’équipe d’endocrinologie et l’équipe de psychiatrie de liaison repose sur le nombre important des demandes et du lien historique du service autour de la prise en charge des troubles du comportement alimentaire. Afin de respecter l’organisation interne du service et faire reconnaître leurs spécificités, l’infirmière de psychiatrie de liaison et l’équipe infirmière d’endocrinologie communiquent sur leur organisation de travail et sur l’intérêt d’une collaboration de qualité. Il s’agit d’ un travail sur la durée qui implique réajustements, flexibilité, écoute et respect du travail de chacun [7]. Avec le temps, l’infirmière de psychiatrie de liaison est reconnue comme une personne ressource dans la prise en charge globale du patient.

Le rôle de l’infirmière de psychiatrie de liaison dans le service d’endocrinologie va de l’écoute du patient à une aide auprès de l’équipe. Quelle que soit son intervention, elle doit prendre en considération le contexte du service dans lequel évolue le patient pour que la conception du soin soit cohérente avec son histoire, ses valeurs et sa culture. Toute demande de consultation part des symptômes que présente le patient, mais aussi de la place du soignant dans la relation thérapeutique. Il est important de ne pas dissocier ces deux points de vue [8].

Illustration clinique

Mlle B. est une jeune fille de 22 ans, diabétique de type 1, hospitalisée en endocrinologie début 2008 à la suite de complications de son diabète (neuropathies périphériques très invalidantes). Traitée pour son diabète depuis l’enfance, elle vit chez sa mère, son père étant décédé il y a 15 ans. Elle travaille comme hôtesse d’accueil et ne consomme pas de toxique.

Observation 2008

L’équipe de psychiatrie de liaison est appelée par le service d’endocrinologie pour l’évaluation d’un syndrome dépressif et un avis thérapeutique (un traitement antidépresseur vient d’être instauré).

Lors de la consultation avec le psychiatre et l’infirmière de psychiatrie de liaison, Mlle B apparaît réticente, puis accepte progressivement l’entretien, se présentant comme souffrante. Elle évoque son passage en réanimation à la suite d’un épisode d’acidocétose diabétique et reconnaît une gestion anarchique de son traitement par insuline qu’elle rapporte à une asthénie. L’intervenant n’observe pas de syndrome dépressif caractérisé : pas de tristesse de l’humeur, de douleur morale, de perte des intérêts, d’anhédonie,- d’idéation suicidaire. La qualité de son sommeil s’est améliorée sous hypnotique et, selon ses dires, elle ne souffre pas d’anorexie. Le traitement antidépresseur instauré par le service d’endocrinologie vise une double action, anxiolytique et antalgique.

Quelques mois plus tard, elle est réhospitalisée pour les mêmes raisons. Au premier plan, elle présente un syndrome dépressif caractérisé évoluant depuis plusieurs semaines : tristesse de l’humeur, pessimisme, propos morbides (sans projet suicidaire), perte de l’estime de soi, troubles du sommeil (réveils nocturnes), troubles de l’appétit avec perte de six kilogrammes en six mois. Elle nie toute mauvaise gestion de son insuline et met en avant sa souffrance psychologique. elle accepte alors de prendre contact avec un psychiatre libéral et ne s’oppose pas au fait de continuer le traitement antidépresseur.

Observation 2009

En 2009, l’équipe de psychiatrie de liaison est amenée à réévaluer l’intensité du syndrome dépressif de Mlle B. lors de ses multiples hospitalisations en endocrinologie pour déséquilibre de son diabète.

Mlle B. présente un épuisement psychique, exprimant son « ras-le-bol » et « préférant disparaître ». Même si cette patiente ne verbalise pas de propos suicidaires, nous considérons son comportement comme un équivalent suicidaire. Face à l’ensemble de cette symptomatologie, nous envisageons une hospitalisation en psychiatrie, qu’elle refuse. Néanmoins, elle accepte des soins ambulatoires. Nous prenons contact avec l’équipe du centre médico-psychologique (CMP) pour un suivi psychiatrique médical et infirmier de secteur.

Au fil de ces consultations, le psychiatre et l’infirmière peuvent repérer une évolution de l’alliance thérapeutique. Mlle B. prend conscience du processus l’amenant à l’acidocétose : elle « tient » trois semaines au domicile, puis manifeste progressivement un désintérêt avec pour conséquence une inobservance du traitement antidiabétique.

L’équipe d’endocrinologie évoque le projet de greffe pancréatique. Mlle B. semble considérer celui-ci comme une réponse à sa souffrance morale. Une discussion entre les équipes d’endocrinologie et de psychiatrie de liaison a lieu autour de l’intérêt d’hospitalisations séquentielles, afin d’introduire la notion de temporalité, de tenter d’espacer les hospitalisations en urgence et de travailler le projet de greffe pancréatique.

Courant 2009, Mlle B. s’est appropriée cette nouvelle prise en charge sous la forme d’hospitalisations séquentielles de quarante-huit heures (elle n’est jamais revenue en urgence). Elle a été vue dix fois (nombre d’hospitalisations sur l’année) par l’équipe de psychiatrie de liaison dans ce cadre et parvient même à valoriser les progrès réalisés. Elle reconnaît l’intérêt du suivi très cadré, différencie bien les acteurs de sa prise en charge (endocrinologie et psychiatrie). Sur le plan psychique, une amélioration thymique progressive est observée.

Fin 2009, Mlle B. est hospitalisée en service de transplantation rénale. Elle y reçoit une greffe pancréatique. L’équipe de psychiatrie de liaison se rend dans ce service. L’objectif est de coordonner la prise en charge multidisciplinaire de Mlle B. En effet, le maintien de l’accompagnement de cette patiente est essentiel pour préserver l’alliance thérapeutique.

Discussion

Il est important de s’attacher à la notion d’observance (traitements médicamenteux, règles d’hygiène de vie, suivi…). Les causes de la mauvaise observance peuvent être multiples [9] : liées au patient, à la maladie, mais aussi au médecin, à la relation médecin/patient, et à l’entourage. Aujourd’hui, est préférée la notion d’alliance thérapeutique ou de partenariat qui repose sur la relation médecin/malade.

Deux études [10, 11] identifient trois phases successives dans ce partenariat : les phases initiale, d’alliance négociée et d’autonomisation du patient :

la phase initiale est une phase d’échange d’informations à propos du traitement [9]. Lors de la première consultation, un échange est possible entre Mlle B. et l’équipe de psychiatrie de liaison. Des informations lui sont données sur le traitement possible avec l’importance de l’observance, ceci dans un discours simple, dépourvu d’un jargon médical et psychiatrique. L’objectif de cette information est que la patiente perçoive les enjeux, sans inquiétude. Un programme thérapeutique lui est proposé ;
au cours de la phase d’alliance négociée, nous avons discuté avec Mlle B. des réserves qu’elle avait à l’égard d’un projet thérapeutique (une éventuelle hospitalisation en psychiatrie). Nous avons dû négocier les options thérapeutiques afin d’obtenir un projet cohérent pour les équipes d’endocrinologie et de psychiatrie de liaison et acceptable pour la patiente (orientation CMP) ;
au cours de la phase d’autonomisation, Mlle B. est devenue active dans le projet de soins, venant en hospitalisation programmée, ce qui a favorisé une bonne observance. La patiente a reçu des informations importantes à propos de sa maladie. Elle s’est sentie écoutée et respectée.

Synthèse

Ce cas clinique montre l’intérêt du respect de chacun, du partenariat entre l’équipe de soins somatiques, l’équipe de psychiatrie de laison et la patiente, de la bonne articulation, de la concertation entre les deux équipes et de la possibilité d’un projet de soin commun. En effet, la maladie peut constituer une rupture qui requiert une collaboration pluriprofessionnelle. Il est important de prendre en compte le vécu affectif du patient en lien avec sa maladie et son retentissement sur l’état psychique du patient. Grâce au lien entretenu avec le service d’endocrinologie, Mlle B. a bénéficié d’une prise en charge globale s’appuyant sur un modèle bio-psycho-social.

Conclusion

L’intervenant en psychiatrie ne doit pas perdre de vue l’importance de la biologie. Il doit ainsi être capable de la connaître, de l’évaluer et de la prendre en compte dans la démarche thérapeutique. L’expérience acquise par l’infirmière de psychiatrie de liaison au sein de son équipe est riche d’enseignement professionnel et utile en psychiatrie générale.

Les missions de cette dernière sont variées et importantes . Le travail de lien est primordial pour la prise en charge des patients hospitalisés en soins somatiques. Il commence dès l’évaluation par l’écoute et de façon plus pragmatique, par la transmission d’outils. Cette construction est toujours à renouveler et à affiner afin de continuer à prendre soin.

Déclaration d’intérêts

les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêts en relation avec cet article.

Références

Collas-Guitteny M. Réflexion sur la place et l’organisation de la psychiatrie de liaison dans deux CHU à partir de l’utilisation d’Intermed, outil d’évaluation bio-psycho-social. Thèse diplôme d’État de docteur en médecine, université de Nantes ; 2004.
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Chocard A.S., Malka J., Tourbez G., and al. Quelles sont les qualités exigibles d’une équipe de psychiatrie de liaison ? Ann Med Psychol 2003 ;  163 : 691-696
Bossis ML. L’infirmière de psychiatrie de liaison garante du lien et de la collaboration entre le servie d’Endocrinologie et l’équipe de Psychiatrie de Liaison. Mémoire, Nantes, 2009.
Corruble E, Hardy P. Observance du traitement en psychiatrie. Ency. Méd. Chir. Elsevier, Psychiatrie 2003 ; 37-860-A-60 : 6.
Roter D.L., Hall J.A. Strategies for enhancing patient adherence to medical recommendations JAMA 1994 ;  271 : 80
Blackwell B. Treatment compliance and the therapeutic alliance  Amsterdam: Harwood Academic Publishers (1997). 



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