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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 36, n° 3
pages e41-e43 (mars 2013)
Doi : 10.1016/j.jfo.2012.03.016
Received : 15 January 2012 ;  accepted : 30 Mars 2012
Cas cliniques électroniques

La mâchoire d’une orphie dans l’orbite
Needlefish jaw in the orbit
 

O. Rahimian , R. Hage, A. Donnio, H. Merle
Service d’ophtalmologie, centre hospitalier universitaire de Fort de France, hôpital Pierre Zobda-Quitman, BP 632, 97261 Fort de France cedex, Martinique 

Auteur correspondant. 48, rue des Vignes, BP 632, 67205 Oberhausbergen, France.
Résumé

Nous discutons le cas d’un patient qui a présenté un traumatisme avec plaie pénétrante et corps étranger intraorbitaire passé inaperçu. Il s’agissait de la mâchoire d’un petit poisson, l’orphie. Un pêcheur de 44ans s’est présenté avec un petit œdème au niveau du canthus interne, et une diplopie verticale, après avoir reçu un coup par un poisson. Il ne se doutait pas qu’il y avait eu un corps étranger pénétrant. Il n’y avait aucune plaie. Le scanner montre un corps étranger entre le globe oculaire et la paroi interne de l’orbite. Une exploration chirurgicale a permis de montrer qu’il s’agissait de la mâchoire d’une orphie de 4,5cm de long. Son extraction a entraîné une résolution complète des symptômes. Ce cas clinique est le premier cas dans la littérature qui décrit la mâchoire d’un poisson dans l’orbite sans aucune lésion associée, sans infection ni inflammation.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary

We report a case of unsuspected penetrating trauma with intraorbital foreign body, namely a needlefish jaw. A 44-year-old fisherman presented with vertical diplopia and discrete swelling of the upper lid near the medial canthus after being hit by a fish. He was unaware of any penetrating lesion or foreign body. There was no entry wound. CT-scan showed a foreign body between the globe and the medial orbital wall. Surgical exploration found that it was a 4.5cm long needlefish jaw. Removal resulted in complete resolution of symptoms. Needlefish can be very dangerous. This is the first reported case of a needlefish jaw in the orbit with no associated lesion, infection or inflammation.

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Mots clés : Corps étranger, Intraorbitaire, Orphie, Traumatisme

Keywords : Intraorbital, Foreign body, Needlefish, Trauma


Introduction

Les traumatismes liés aux orphies sont rares. Ces poissons sautent en dehors de l’eau à une vitesse très élevée, ce qui provoque ces traumatismes. Nous n’avons retrouvé dans la littérature que 22 cas de lésions liées aux orphies. Les corps étrangers intraorbitaires liés aux orphies sont encore plus rares. Il n’y a que deux cas décrits dans la littérature anglo-saxonne [1, 2]. Il n’y a aucun autre cas dans la littérature décrivant un corps étranger dans l’orbite passé inaperçu lié à une orphie.

Observation

Un homme de 44ans s’est présenté à notre consultation d’ophtalmologie. Il présentait un discret œdème au niveau du cantus interne, au-dessus du ligament canthal (Figure 1). Il nous a raconté qu’une semaine auparavant, il était en mer, la nuit, sur un petit bateau de pêche. Il dit que ce soir-là il ressentit comme un coup de poing au niveau de son œil droit. Il conclut qu’un poisson l’avait heurté avant de retomber en mer. Il n’eut ni douleur ni trouble de la vision dans les semaines qui suivirent. Il n’y avait donc pour lui aucune conséquence médicale à cet incident. À l’examen clinique, nous avons retrouvé une discrète masse au niveau du canthus interne droit au-dessus du ligament canthal. Le diamètre était estimé à 5mm. Il n’y avait pas de signe inflammatoire : pas de rougeur, pas de chaleur, pas de douleur, ni spontanée, ni à la palpation. La peau en regard de la masse était intacte : il n’y avait ni plaie, ni cicatrice. L’acuité visuelle était de 10/10 P2 aux deux yeux sans correction. L’examen du segment antérieur, le tonus oculaire ainsi que le fond d’œil étaient normaux. L’examen de la mobilité oculaire au doigt a retrouvé un déficit de l’élévation et de l’adduction de l’œil droit. Nous avons réalisé un Lancaster qui a confirmé ce déficit. Le patient ne se plaignait pas de diplopie en vision primaire. À l’examen clinique général, le patient ne présentait pas d’autre symptomatologie, il était apyrétique. Le bilan sanguin était normal et ne retrouvait pas de syndrome inflammatoire. Nous avons demandé un scanner orbitaire qui a retrouvé deux corps étrangers d’une longueur de 4,5cm, situé dans l’orbite droite entre le globe oculaire et la paroi interne de l’orbite, parallèle à l’axe de l’orbite. Le bout pointu atteignait presque le nerf optique sans rentrer en contact. La mâchoire allongée du poisson a pénétré l’orbite de manière diagonale, parallèlement à l’axe du nerf optique sans léser le globe ni le nerf. Il n’y avait ni fracture, ni signe d’infection (Figure 2). Nous avons retiré ces deux bouts de mâchoire au bloc opératoire sous anesthésie générale, un mois après l’incident. Puisqu’il n’y avait aucune plaie, nous avons réalisé l’incision en regard de la masse et nous avons retiré les deux parties de la mâchoire. Les deux morceaux mesuraient bien 4,5cm (Figure 3). Un mois plus tard, l’œdème avait complètement disparu, et il n’y avait plus aucun déficit au Lancaster.



Figure 1


Figure 1. 

Patient avant la chirurgie. Œdème du canthus interne, au-dessus du ligament canthal interne du patient. Restriction dans le regard vers le haut.

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Figure 2


Figure 2. 

Coupe sagittale du scanner de l’orbite droit qui montre la mâchoire de l’orphie situé entre le globe oculaire et la paroi interne de l’orbite, parallèle à l’axe orbitaire, mesurant 4,5mm de long. Il n’y a pas de fracture.

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Figure 3


Figure 3. 

Photo postopératoire montrant la mâchoire de l’orphie mesurant 4,5mm de long.

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Discussion

L’orphie (Belone belone ) est un poisson d’eau de mer du genre Belone , de l’ordre des beloniformes. Il est aussi connu sous le nom d’aiguillette. Il s’agit d’un poisson serpentiforme qui possède un long bec fin armé de fines dents très acérées. La taille du poisson varie de 5cm à 1,5m. Lors de leurs déplacements, ils sautent en dehors de l’eau. Ils peuvent atteindre une vitesse de 60km/h lors de ces bonds [3] et ils peuvent parcourir quelques centaines de mètres avant de replonger à l’eau [1]. Le fait qu’ils nagent à la surface de l’eau les rend dangereux pour les nageurs, les pêcheurs et les surfeurs. Les pêcheurs nocturnes sont particulièrement à risque puisque la lumière artificielle nocturne les excite et augmente la fréquence de leurs sauts hors de l’eau [4].

Les traumatismes liés aux orphies sont rares. Nous n’avons retrouvé dans la littérature que 22 cas. Nous avons retrouvé entre autre, deux cas de traumatisme abdominales [4], une plaie perforante de la mâchoire et une plaie perforante cervicale. Ces sauts ont même causé la mort de pêcheurs et nageurs [5]. Parmi ces 22 cas, seulement deux relatent un traumatisme de l’orbite. Dans le premier cas, un pécheur avait une rupture du globe liée à une incarcération du bec du poisson [1]. Dans le second cas, un nageur s’est présenté avec une rupture du globe, une section du nerf optique et une fracture du sinus sphénoïdal [2]. Notre cas est unique car il n’y avait pas de rupture du globe ni aucun autre signe de traumatisme.

Le problème principal fut de diagnostiquer la présence du corps étranger. Le patient ne s’était pas rendu compte au moment du traumatisme qu’un corps étranger était rentré dans l’orbite. À l’examen clinique, nous n’avons pas trouvé de porte d’entrée. C’est pour cela qu’il était difficile de suspecter la présence d’un corps étranger. Les corps étrangers dans l’orbite passés inaperçus sont fréquents [6]. Les diagnostics différentiels que nous avons évoqués étaient une dacryocystite et un caillot sanguin secondaire au choc. Nous avons rejeté le diagnostic de dacryocystite car la masse était localisée au-dessus du ligament canthal interne. Le scanner a permis le diagnostic.

Une diplopie faisant suite à un traumatisme de l’orbite révèle souvent une fracture du plancher de l’orbite. Dans ce cas, il n’y avait pas de fracture. Le déficit du mouvement de l’œil était lié à une restriction liée à la présence du corps étranger dans l’orbite. Le bec de l’orphie est resté un mois dans l’orbite. Malgré cela, il n’y a eu aucun signe d’infection ou d’inflammation. Les orphies étant carnivores, leur dentition putride cause en général des infections [3]. Notre patient ne bénéficia d’aucune antibioprophylaxie mais ne présenta pas de surinfection.

La prise en charge des corps étrangers intraorbitaires dépend de la présentation clinique, de la nature et de la localisation. L’extraction des corps étrangers est recommandée dans la majorité des cas en particulier s’il est organique devant un risque de surinfection important. Une antibioprophylaxie probabiliste est recommandée [7]. Il n’existe pas d’étude prospective qui indique l’antibiothérapie idéale pour les corps étrangers d’origine marine.

Conclusion

Le diagnostic de corps étrangers intraorbitaires n’est pas toujours évident surtout quand il n’y a pas de plaie visible. Il faut savoir le rechercher par un examen d’imagerie approprié. L’extraction d’un corps étranger organique est toujours indispensable malgré l’absence de signe infectieux au diagnostic.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.


 Le texte de cet article est également publié en intégralité sur le site de formation médicale continue du Journal français d’ophtalmologie www.e-jfo.fr/, sous la rubrique « Cas clinique » (consultation gratuite pour les abonnés).

Références

Thakker M.M., Usha K.R. Orbital foreign body ruptured globe from needlefish impalement Arch Ophthalmol 2006 ;  12 : 284
Martin M., Orgül S., Robertson A., Flammer J. Traumatic lesion of the optic nerve head by flying fish: a case report Klin Monbl Augenheilkd 2004 ;  221 : 410-413
Link K.W., counselman F.L., Steele J., Caughey M. A new hazard for windsurfers: needlefish implement J Emerg Med 1999 ;  17 : 255-259 [cross-ref]
Clark J.J., Ho H.C. Two cases of penetrating abdominal injury from needlefish impalement J Emerg Med 2012 ;  43 : 428-430 [cross-ref]
Mccabe M.J., Hammon W.H., Halstead B.W., Newton T.H. A fatal brain injury caused by a needlefish Neuroradiology 1978 ;  15 : 137-139 [cross-ref]
John S.S., Rehman T.A., John D., Raju R.S. Missed diagnosis of a wooden intra-orbital foreign body Indian J Ophthalmol 2008 ;  56 : 322-324 [cross-ref]
Fulcher T.P., McNab A.A., Sullivan T.J. Clinical features and management of intraorbital foreign bodies Ophthalmology 2002 ;  109 : 494-500 [cross-ref]



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