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Gastroentérologie Clinique et Biologique
Vol 24, N° 10  - novembre 2000
p. 960
Doi : GCB-10-2000-24-10-0399-8320-101019-ART13
Colite lymphocytaire associée à la prise de lansoprazole
 

Cas clinique

Gastroentérologie clinique & biologique2000; 24: 960-962
© Masson, Paris, 2000

Jean-Michel Ghilain (1), Michaël Schapira (1), Jean-Marc Maisin (1), Stéphane De Maeght (1), Anne Piron (2), Raymonde Gerard (2), Jean Henrion (1)

(1)Unité de Gastroentérologie, Hôpital de Jolimont, Haine-St-Paul, Belgique.
(2)Service d'Anatomie Pathologique, Hôpital de Jolimont, Haine-St-Paul, Belgique.

RÉSUMÉ

Les auteurs rapportent deux cas de malades souffrant de diarrhée sévère secondaire à une colite lymphocytaire survenant sous traitement par lansoprazole pris depuis six semaines. La résolution était complète et rapide à l'arrêt du lansoprazole.

Mots clés : Colite lymphocytaire. , Lansoprazole. , Colite microscopique. , Colite médicamenteuse.

SUMMARY

Lansoprazole-associated lymphocytic colitis

Jean-Michel Ghilain, Michaël Schapira, Jean-Marc Maisin, Stéphane De Maeght, Anne Piron, Raymonde Gerard, Jean Henrion

We report two cases of lymphocytic colitis with severe diarrhea in patients treated by lansoprazole for six weeks. Complete remission occurred rapidly after lansoprazole withdrawal.

Key words : Lymphocytic colitis. , Lansoprazole. , Microscopic colitis. , Drug-induced colitis.


La colite lymphocytaire est caractérisée cliniquement par l'existence d'une diarrhée sécrétoire chronique, de douleurs abdominales dans la moitié des cas et d'une dégradation réversible de l'état général dans 20 à 30 % des cas [1, 2]. La coloscopie est normale et l'examen histologique montre une infiltration diffuse de la muqueuse colique par un excès de lymphocytes intra-épithéliaux. L'évolution est bénigne avec rémission complète dans 84 à 93 % des cas [1, 2]. La colite lymphocytaire, comme la colite collagène fait partie des colites microscopiques [1]. Son mécanisme précis est inconnu. Différentes hypothèses étiopathogéniques - auto-immunitaires, infectieuses, alimentaires, médicamenteuses - ont été évoquées [3]. Divers médicaments comme la ranitidine, certains veinotoniques, la ticlopidine, le flutamide, les anti-inflammatoires non stéroïdiens ont été incriminés [1, 3, 4, 5]. Nous rapportons deux cas bien documentés de colite lymphocytaire survenus après prise de lansoprazole, un inhibiteur de la pompe à protons (IPP).

Observations

Cas no 1

Un homme de 60 ans d'origine italienne consultait en août 1999 pour diarrhée. Des polypes coliques adénomateux avaient été réséqués en 1996 et une coloscopie de contrôle avait été normale en 1998. Un syndrome du col vésical était traité depuis janvier 1999 par térazosine 5 mg/j. Une oesophagite peptique était traitée par lansoprazole depuis mai 1999 (30 mg/j pendant 1 mois, puis 15 mg/j). Le malade ne fumait plus depuis 2 ans et ne prenait aucun autre médicament. La diarrhée était survenue brutalement début juillet 1999, six semaines après le début du traitement par lansoprazole, faite de 5 à 8 selles aqueuses par 24 h, entraînant une asthénie importante et une perte de poids de 10 kg en un mois et demi. L'examen clinique était normal. L'examen parasitologique des selles était négatif. Les tests thyroïdiens étaient normaux. Le poids de selles était de 310 g/j (moyenne de 3 jours) et les graisses fécales < 1 g/j. L'endoscopie oesogastroduodénale était normale ; les biopsies duodénales ne trouvaient pas d'atrophie villositaire ni de giardiase. La recherche d'anticorps anti-endomysium et anti-gliadine était négative. Une coloscopie totale avec iléoscopie terminale après préparation par phosphate de sodium (Fleet Phosphosoda®) était normale. L'examen histologique des biopsies iléales montrait une muqueuse normale ; les biopsies coliques étagées trouvaient des structures glandulaires normales mais une infiltration importante du chorion et de l'épithélium par des lymphocytes. On dénombrait 40 à 50 lymphocytes intra-épithéliaux pour 100 cellules épithéliales (fig. 1). La coloration au Trichrome vert de Masson ne montrait pas d'anomalie de la lame collagène sous-épithéliale. Le diagnostic de colite lymphocytaire était retenu. Le lansoprazole était arrêté sans autre modification thérapeutique. Les symptômes s'amendaient complètement en quelques jours et le malade reprenait 3 kg en 1 mois. Des biopsies coliques réalisées 1 mois plus tard montraient un chorion encore oedémateux avec de très rares éléments lymphocytaires et une disparition quasi complète des lymphocytes intra-épithéliaux. Trois mois après l'arrêt du lansoprazole, le malade demeurait asymptomatique.

Cas no 2

Un homme de 55 ans d'origine italienne consultait en octobre 1999 pour diarrhée. Il avait des antécédents d'hypertension artérielle et d'angor stable traités par amlodipine et cavédilol depuis 9 mois. Il avait une oesophagite peptique traitée depuis mars 1999 par lansoprazole 30 mg/j pendant un mois, puis 15 mg/j. La diarrhée était survenue brutalement 7 semaines après le début de la prise du lansoprazole, faite de 5 à 12 selles aqueuses par 24 h, diurnes. L'état général était conservé. L'examen clinique était normal. L'examen parasitologique des selles était négatif. La fonction thyroïdienne était normale. La duodénoscopie avec biopsies était normale. La coloscopie totale après préparation par phosphate de sodium (Fleet-phospho-soda®) était normale. L'iléon n'était pas visualisé. L'examen des biopsies étagées montrait des glandes normales et une infiltration importante du chorion et de l'épithélium par des lymphocytes. Le comptage du nombre de lymphocytes intra-épithéliaux était de 40 à 50 pour 100 cellules épithéliales. La coloration au Trichrome vert de Masson ne trouvait pas d'anomalie de la lame collagène sous-épithéliale. Le diagnostic de colite lymphocytaire était retenu. La seule mesure thérapeutique était l'arrêt du lansoprazole et les symptômes s'amendaient totalement en 48 h. Les biopsies coliques prélevées un mois plus tard ne montraient que de rares éléments lymphocytaires intra-épithéliaux (< 2 pour 100 cellules épithéliales).

Discussion

Le diagnostic de colite lymphocytaire est certain dans ces deux observations (symptômes, examen endoscopique, aspect histologique et disparition complète et simultanée des plaintes et de l'infiltration lymphocytaire). Cette infiltration, diffuse et étendue à tout le côlon, était de 40 à 50 pour 100 cellules épithéliales, nettement supérieure au critère diagnostique largement admis (20 lymphocytes pour 100 cellules épithéliales, vs 4 à 5 pour 100 cellules épithéliales dans un épithélium normal) [1, 3, 6]. Le délai relativement court (6 semaines) d'apparition de la diarrhée après la prise de lansoprazole, l'absence de toute modification thérapeutique en dehors de l'arrêt du lansoprazole, très rapidement suivi de la disparition de la diarrhée, permet d'imputer de façon vraisemblable les deux épisodes de colite lymphocytaire à la prise de lansoprazole [4, 7].

D'autres « syndromes » associés à la colite lymphocytaire ou à la prise d'IPP peuvent être exclus. Une maladie coeliaque est associée à la colite lymphocytaire ou à la colite collagène dans 8 à 40 % des cas [1, 3] et des anticorps anti-gliadine de type IgA et IgG ont été trouvés chez des malades porteurs de colite lymphocytaire sans maladie coeliaque évidente [8]. L'association avec une maladie coeliaque peut être exclue dans nos deux observations (biopsies duodénales, évolution, négativité des anticorps anti-gliadine et anti-endomysium dans le premier cas). Une préparation colique par phosphate de sodium peut induire des érosions aphtoïdes du recto-sigmoïde, dont les biopsies trouvent une infiltration par des polynucléaires neutrophiles surmontant des follicules lymphoïdes [9, 10]. Ces aspects endoscopiques et histologiques n'ont pas été observés chez nos 2 malades.

Les IPP peuvent induire une diarrhée par d'autres mécanismes. L'hypochlorhydrie entraîne une pullulation microbienne intestinale et éventuellement une malabsorption. Après un mois de traitement par oméprazole, un net accroissement du nombre de colonies bactériennes duodénales et un raccourcissement moyen du temps de transit de 10 h ont été montrés chez 20 malades [11]. Dans ce travail, 4 malades avaient une diarrhée, sans malabsorption toutefois. L'hypochlorhydrie pourrait également entraîner une susceptibilité accrue aux entérites aiguës ; nous avons ainsi rapporté 2 cas de salmonellose sévère survenus chez des malades traités par oméprazole [12]. Cette possibilité ne peut être retenue chez nos 2 malades.

L'incidence des effets secondaires attribués au lansoprazole est modérée et comparable à celle observée sous placebo [13, 14]. Toutefois, dans une série de 5569 malades traités par lansoprazole, la diarrhée est l'effet secondaire le plus fréquent [15], mentionné chez 4,1 % des malades (vs 3,2 % sous placebo) (P < 0,01) [15]. La prévalence de diarrhée est identique sous oméprazole 20 mg et lansoprazole 30 mg [13, 14]. La prévalence de la diarrhée sous lansoprazole pourrait être dose-dépendante : 1,4, 4,2 et 7,4 % sous lansoprazole 15, 30 et 60 mg/j respectivement, vs 2,9 % sous placebo. A la dose de 60 mg, la différence est significative par rapport au placebo (P < 0,05) [13]. Occasionnellement, le lansoprazole a été considéré comme responsable d'une diarrhée sécrétoire. Mukherjee et al. ont rapporté trois cas de diarrhée imputable au lansoprazole, disparaissant à l'arrêt de celui-ci et ne récidivant pas sous oméprazole. Des biopsies coliques ont été réalisées chez deux malades. Elles étaient normales dans un cas et montraient des abcès cryptiques dans l'autre. Ces cas ne peuvent être assimilés à des colites lymphocytaires [16]. Goff et al. ont rapporté le cas d'une malade de 81 ans souffrant de diarrhée aqueuse très sévère avec déshydratation disparaissant 48 h après l'arrêt du lansoprazole. La coloscopie était normale, mais aucune biopsie n'était réalisée [17]. Thomson et al. ont rapporté 6 observations de diarrhée chronique sous lansoprazole, disparaissant en quelques jours à l'arrêt de celui-ci, parmi 850 malades traités successivement par oméprazole puis lansoprazole. Le délai d'apparition des plaintes variait de quelques jours à 4 mois. Chez 5 malades, il existait une « colite microscopique » et dans un cas une colite collagène. Les anomalies histologiques disparaissaient lors des biopsies de contrôle [10].

A notre connaissance, ces observations sont les 2 premiers cas bien documentés d'association entre colite lymphocytaire et prise de lansoprazole. Toutefois, en l'absence de réintroduction du lansoprazole, on ne peut retenir qu'une imputabilité vraisemblable de cette molécule dans le déclenchement de la colite lymphocytaire. L'existence de résumés de cas similaires dans la littérature renforce cette probabilité. Le lansoprazole devrait être ajouté à la liste des médicaments pouvant probablement entraîner une colite lymphocytaire. Des biopsies coliques devraient être effectuées devant toute diarrhée chronique inexpliquée survenant chez un malade sous IPP, en particulier le lansoprazole.


Figure 1.Biopsie de muqueuse colique (HE, × 10) montrant un nombre accru de lymphocytes intra-épithéliaux ainsi qu'un infiltrat inflammatoire essentiellement mononucléé au sein du chorion.
Colonic biopsy (HE, x 10) showing increased number of intraepithelial lymphocytes with mononuclear infiltration of the chorion.


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