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Gastroentérologie Clinique et Biologique
Vol 27, N° 5  - mai 2003
p. 556
Doi : GCB-05-2003-27-5-0399-8320-101019-ART59
Lettres à la rédaction

Colite aiguë induite par une solution de désinfection des endoscopes à base d'acide peracétique
Peracetic acid-induced colitis
 

Thierry Coton [1], Xavier Bohand [2], Michel Guisset [1], Dominique Carre [1], René Delpy [1], Michèle Valette [3], Jean-Marc Debonne [4]
[1]  Service de Pathologie Digestive, Hôpital d'Instruction des Armées Alphonse Laveran, Boulevard A Laveran, BP 50, 13998 Marseille Armées
[2]  Service de Pharmacie Hospitalière, Hôpital d'Instruction des Armées Alphonse Laveran, Boulevard A Laveran, BP 50, 13998 Marseille Armées
[3]  Unité d'Endoscopie, Hôpital d'Instruction des Armées Alphonse Laveran, Boulevard A Laveran, BP 50, 13998 Marseille Armées
[4]  Hôpital Principal, Dakar, République du Sénégal.


Le risque de transmission de maladies infectieuses au cours des endoscopies digestives justifie des procédures de nettoyage et de désinfection rigoureuses ; jusqu'à présent, le produit de référence était le glutaraldéhyde [1].

La survenue de colites chimiques accidentelles parfois sévères au glutaraldéhyde à 2 % est connue et a été rapportée pour la première fois en 1986 [2]. Un défaut de rinçage de l'endoscope est responsable de ce type d'accident, entraînant le contact de la muqueuse colique avec le glutaraldéhyde résiduel [3] [4]. L'extension récente de l'usage de l'acide peracétique dans le cadre des procédures de désinfection des endoscopes souples expose le malade au même risque. Nous rapportons une observation de colite aiguë chimique secondaire à une exposition accidentelle à ce dernier type de produit.

Observation

Une femme était hospitalisée en juillet 2001 pour une coloscopie de dépistage. Elle n'avait aucun antécédent personnel particulier et ne prenait aucun traitement. L'examen était réalisé sous anesthésie générale ambulatoire après préparation à domicile par du Fleet Phosphosoda® achevée douze heures avant l'examen. La veille de l'examen, le coloscope, de marque Pentax® type EC 3830 FK à canaux air et eau écouvillonnables, avait subi un traitement de fin de journée en machine Olympus®ETD2+ avec un cycle long (stérilisation avec cycle sporicide au glutaraldéhyde, rinçage et séchage). Puis, le lendemain matin, il avait subi une désinfection initiale en procédure manuelle de début de journée de 10 minutes avec le produit désinfectant Anioxyde1000® (laboratoires Anios), suivie d'un rinçage à l'eau (rinçage manuel externe par douchette ; puis en paillasse de marque Anios®, rinçage interne des canaux à l'eau filtrée et trempage en eau filtrée en bac pendant 5 minutes). Il s'agissait, pour cet endoscope, du premier examen après la désinfection initiale. Il était réalisé en décubitus dorsal et permettait de découvrir une muqueuse normale lors de la progression de l'endoscope. La visualisation d'un polype nécessitait le retrait de l'appareil afin de mieux se positionner dans l'optique d'une exérèse. L'opérateur constatait alors l'apparition dans le sillage du coloscope de macules blanches absentes lors de la progression et apparaissant de plus en plus nombreuses sous l'oeil de l'opérateur au fur et à mesure du retrait de l'endoscope dessinant le trajet de celui-ci sur fond de muqueuse érythémateuse ( figure 1). L'examen était alors interrompu.

Des douleurs abdominales associées à une fébricule à 38,3 °C survenaient dans les 6 heures suivant l'examen. La malade émettait des selles mêlées de sang. L'examen clinique montrait une sensibilité de la fosse iliaque gauche sans défense. Le tableau clinique s'améliorait en 12 heures sous antispasmodiques et métronidazole par voie veineuse, permettant la sortie de la malade à la 24 e heure. Elle était revue une semaine plus tard à la fin du traitement antibiotique. Elle était asymptomatique et la rectosigmoïdoscopie montrait une rectite érythémato-purpurique absente sur l'examen initial, avec quelques ulcérations punctiformes superficielles sur lesquelles des biopsies étaient réalisées. L'analyse histologique décrivait des lésions de colite vasculo-exsudative non spécifique. Quinze jours plus tard, une nouvelle rectosigmoïdoscopie montrait une muqueuse rectosigmoïdienne normale. Le diagnostic de colite chimique d'évolution favorable à l'acide peracétique était finalement retenu.

Discussion

L'acide peracétique est un agent oxydant très puissant dont les propriétés désinfectantes sont connues depuis 1902. Il agit sur les micro-organismes par libération d'oxygène avec production d'hypochlorite ou de radicaux hydroxyles. Il s'obtient par action de l'anhydre mixte boroacétique sur le peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée). Il se dégrade en produits non toxiques (acide acétique, oxygène et eau) [5]. Liquide très soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, il est instable et se décompose en oxygène et en acide acétique sous l'action de la lumière, de la chaleur et selon la composition du conteneur [5]. Il est inactivé par les matières organiques [6]. Il s'agit d'un des désinfectants les plus actifs sur les bactéries Gram-positives et Gram-négatives (moins de 5 minutes à faibles concentrations), sur Mycobacterium tuberculosis et sur les spores. Il est rapidement fongicide (levures et Aspergillus spp.) et virucide. En revanche, l'inactivation chimique des prions par l'acide peracétique est partielle. Les désinfectants à base d'acide peracétique actuellement commercialisés en France ont des concentrations en produit actif allant de 800 à 3500 ppm. Il sont toxiques pour la peau et les muqueuses (oeil) et imposent le port de gant et de lunettes de protection lors de leur manipulation [5]. La solution Anioxyde1000® utilisée dans notre observation est composée d'un générateur (mélange de peroxyde d'hydrogène, d'inhibiteurs de corrosion et d'agents stabilisants en bidons de 5 litres) dans lequel doit être dilué un activateur (mélange d'alcool isopropylique, de catalyseurs d'agents oxydants, de dérivés glycoliques et de tensioactifs non ioniques et colorants, en flacons de 50 mL). La solution ainsi activée correspond à de l'acide peracétique (concentration maximale : 0,15 %) ; elle possède un indice d'irritation primaire cutanée (IPC) de 0,667, la faisant classer comme légèrement irritante, tandis que l'indice d'irritation primaire oculaire (IOMa) de 23,3 permet de la considérer comme moyennement irritante pour les muqueuses. Son ingestion peut provoquer des lésions modérées de l'appareil digestif [7].

Contrairement à la glutaraldéhyde et au peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée), il semble qu'aucun cas de colite chimique liée à une exposition accidentelle à l'acide peracétique n'ait été rapporté. Les colites chimiques secondaires au peroxyde d'hydrogène ont été surtout rapportées après lavements évacuateurs. Un cas de colite perendoscopique a été publié [8], mais l'endoscope avait d'abord subi une désinfection de haut niveau par glutaraldéhyde rendant ainsi l'imputabilité du peroxyde d'hydrogène discutable, malgré des lésions endoscopiques similaires à celles que nous rapportons. Vingt et un cas de colites liées au peroxyde d'hydrogène ont été rapportés par Jonas et al., avec des lésions endoscopiques identiques au cas rapporté. Les auteurs utilisaient une phase de désinfection des canaux au peroxyde d'hydrogène à 3 % avant le trempage dans une solution de glutaraldéhyde. Après arrêt de l'utilisation du peroxyde d'hydrogène, aucun nouveau cas ne fut observé [9].

Dans notre observation, la présentation clinique est similaire à celle d'une colite au glutaraldéhyde, avec la survenue de douleurs abdominales fébriles sans signes péritonéaux et de rectorragies apparaissant dans les six heures suivant une endoscopie basse. L'évolution est de la même façon favorable en quelques jours avec cicatrisation totale des lésions en 15 jours dans notre observation.

Sur le plan endoscopique, en revanche, l'installation des lésions est instantanée et se manifeste par l'apparition, sous les yeux de l'opérateur, de lésions muqueuses coliques blanches à type de flocons de neige décrites selon l'expression « snow white sign » [8]dans la littérature anglo-saxonne, qui peuvent parfois mimer des fausses membranes [10]. Les lésions initiales macroscopiques sont liées à l'effervescence secondaire à la libération d'oxygène par exposition de la muqueuse colique au peroxyde d'hydrogène résiduel contenu dans la solution activée Anioxyde1000® . Les lésions de colite chimique proprement dites sont plus probablement liées à l'acide peracétique lui-même [7]. Dans notre observation, les lésions histologiques sont non spécifiques, à type de colite vasculo-exsudative. Il n'existe pas d'infiltrat éosinophile pouvant témoigner d'un phénomène d'hypersensibilité. Il n'y a ni érosion ni ulcération muqueuse telle qu'elles sont décrites dans les colites au glutaraldéhyde [3] [4].

Dans notre observation, la persistance de produit désinfectant était liée à un défaut de rinçage par défaut d'irrigation d'un des deux canaux internes du coloscope consécutif à la coudure sous le poids de la tête vidéo de cet endoscope d'une des deux tubulures d'irrigation en bac de rinçage de la paillasse Anios®. Un essai réalisé ultérieurement par un technicien du service biomédical a permis de reproduire une interruption d'irrigation d'un canal interne par incarcération de la tubulure sous la tête vidéo (figures 2 aet b). Le bon fonctionnement des pompes a été vérifié.

L'intérêt de cette observation est de reconnaître ces lésions endoscopiques qui apparaissent sous les yeux de l'opérateur et qui imposent l'arrêt immédiat de l'examen et le retrait de l'endoscope, permettant ainsi de limiter l'extension des lésions coliques. En effet, les colites chimiques au glutaraldéhyde sont le plus souvent des pancolites, car l'apparition retardée des lésions endoscopiques ne permet pas d'interrompre l'examen. L'ensemble du cadre colique est alors exposé à l'agent chimique. Le deuxième intérêt est de rappeler l'importance des procédures de rinçage et de séchage des endoscopes qui doivent être aussi rigoureuses que celles du nettoyage, de la désinfection et de la stérilisation [3] [4] [10].

Références

[1]
Systchenko R, Marchetti B, Canard JM, Palazzo L, Ponchon T, Rey JF, et al. Recommandation pour la mise en place de procédures de nettoyage et de désinfection en endoscopie digestive. Gastroenterol Clin Biol 2000;24:520-9.
[2]
Castelli M, Qizilbash A, Seaton T. Post-colonoscopy proctitis (abstract). Am J Gastroenterol 1986;81:887.
[3]
Asselah T, Touze I, Boruchowicz A, Collet R, Maunoury V, Colombel JF. Colites aiguës hémorragiques au glutaraldéhyde après coloscopie. Gastroenterol Clin Biol 1996;20:213-4.
[4]
De Ledinghen V, Goujon JM, Mannant PR, Barrioz T, Bonneau-Herve F, Babin P, et al. Rectite après coloscopie : attention au rinçage du coloscope. Gastroenterol Clin Biol 1996;20:215-6.
[5]
Bartoli M, Dusseau JY. Oxydants. In : Antisepsie et désinfection. Paris : Alexandre Lacassagne Editions, 1995:308-11.
[6]
Acide peracétique. Les fiches toxicologiques INRS 2001 : n°239.
[7]
Fiche de données de sécurité. ANIOXYDE 1000® (1081). Laboratoires ANIOS : 2000:1-7.
[8]
Bilotta JJ, Waye JD. Hydrogen peroxide enteritis : the “snow white” sign. Gastrointest Endosc 1989;35:428-30.
[9]
Jonas G, Mahoney A, Murray J, Gertler S. Chemical colitis due to endoscope cleaning solutions : a mimic of pseudomembranous colitis. Gastroenterology 1988;95:1403-8.
Ryan CK, Potter GD. Disinfectant colitis. Rinse as well as you wash. J Clin Gastroenterol 1995;21:6-9.




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