revues des maladies respiratoires - Organe officiel de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF)

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Revue des Maladies Respiratoires
Vol 17, N° 5  - novembre 2000
p. 925
Doi : RMR-11-2000-17-5-0761-8425-101019-ART2
De la rhinite allergique aux pathologies sinusiennes (sinusite/polypose) : les liens épidémiologiques et expérimentaux
 

P. Demoly [1], A.-M. Bencherioua [1], L. Crampette [1], H. Dhivert-Donnadieu [1], Ph. Godard [1], F.-B. Michel [1]
[1] Maladies Respiratoires, INSERM U454, IFR3, Hôpital Arnaud de Villeneuve.
[2] Service d'ORL, Hôpital Gui de Chauliac, CHU de Montpellier.

Abstract
From allergic rhinitis to sinus disease (sinusitis/polyposis): epidemiological and experimental links

The relationships between rhinitis and chronic sinusitis are close and complex, those between allergic rhinitis and nasal polyposis are controversial. These relationships can be demonstrated not only in terms of anatomy, physiology and epidemiology (by comparing the prevalence of one disease in patients suffering from the other disease), but also experimentally (by studying the sinus involvement following nasal allergen provocations), and pathophysiologically (by phenotyping and comparing the inflammation present in both diseases). Results of such studies are convincing and have confirmed the fundamental role of nasal inflammation in general and allergic inflammation in particular in the genesis of sinusitis (it is now therefore recommended to utilize the term 'rhinosinusitis'). The importance of allergy in the etiologic development of nasal polyps remains controversal and doubtful. Because the diagnosis of allergic rhinitis provides useful therapeutic options, an appropriate evaluation for underlying allergies is indicated in any patient with chronic upper respiratory tract symptoms.

Abstract

Les relations entre la rhinite et la sinusite chronique sont étroites et complexes, celles entre la rhinite allergique et la polypose sont controversées. Celles-ci peuvent être démontrées tant des points de vue anatomique et physiologique, qu'épidémiologique (en comparant la prévalence d'une affection chez les porteurs de l'autre affection), expérimental (par la réalisation de tests de provocation allergénique nasaux et l'étude des éventuelles anomalies sinusiennes induites), et physiopathologique (par le phénotypage et la comparaison des inflammations présentes chez l'une et l'autre de ces deux affections). Si les résultats de telles études sont convaincants en ce qui concerne le rôle de l'inflammation nasale en général et de l'inflammation allergique en particulier dans la génèse de la sinusite (on parle d'ailleurs maintenant de rhino-sinusite), le rôle de l'allergie nasale dans la physiopathologie de la polypose naso-sinusienne n'est pas clairement établi et semble minime. Le bilan allergologique s'impose cependant devant tout patient souffrant régulièrement de symptômes rhinitiques et/ou sinusiens. La découverte d'une sensibilisation à tel ou tel allergène ne démontrera certainement pas son rôle étiologique, mais si son poids clinique semble important à l'interrogatoire, sa prise en charge thérapeutique apportera un complément non négligeable.


Mots clés : Allergie. , Rhinite. , Polypose naso-sinusienne. , Sinusite.

Keywords: Allergy. , Rhinitis. , Polyposis. , Sinusitis.


Introduction

Si les relations anatomiques entre le nez et les sinus sont évidentes puisque ces derniers se drainent tous dans les cavités nasales au niveau des méats et que leurs muqueuses sont identiques, les relations anatomo-pathologiques et anatomo-physiopathologiques entre la rhinite allergique et la sinusite chronique ou la polypose naso-sinusienne le sont beaucoup moins. L'atteinte inflammatoire des sinus au cours de l'inflammation nasale (allergique ou non) est reconnue [ [1]], au même titre que celle des bronches (avec l'asthme), de l'oreille moyenne (avec les otites) ou encore lors des infections des voies aériennes supérieures [ [2]]. Il est en fait possible d'analyser les relations entre la rhinite allergique et les maladies inflammatoires des sinus des points de vue :

  • anatomique et physiologique,
  • épidémiologique,
  • expérimental,
  • et physiopathologique.

Si les résultats de telles études sont convaincants en ce qui concerne le rôle de l'inflammation nasale en général et de l'inflammation allergique en particulier dans la génèse de la sinusite (on parle d'ailleurs maintenant de rhino-sinusite), le rôle de l'allergie nasale dans la physiopathologie de la polypose naso-sinusienne n'est pas clairement établi et semble minime [ [1]].

Données anatomiques et physiologiques succinctes

Sur des coupes tomodensitométriques frontales (coronales) des sinus de la face d'un sujet sain, les rapports anatomiques sont au mieux précisés (fig. 1)

. De bas en haut, il est possible de reconnaître le cornet inférieur (sous lequel se draine le canal lacrymo-nasal), le cornet moyen (sous lequel se drainent les cellules ethmoïdales antérieures, le sinus frontal et le sinus maxillaire) et le cornet supérieur (sous lequel se drainent les cellules ethmoïdales postérieures). Les sinus sont recouverts d'une muqueuse fine, non visible au scanner.

Histologiquement, le revêtement des sinus est de type respiratoire, en tous points identiques au revêtement nasal avec un épithélium unistratifié fait de cellules ciliées, de cellules caliciformes mucipares et de cellules basales, une membrane basale et un chorion riche en vaisseaux, paucicellulaire avec par endroits des glandes à mucus.

Du point de vue physiologique, la muqueuse nasale assure les fonctions de défense anti-infectieuse des voies aériennes inférieures. L'action mécanique du tapis muco-ciliaire qui récupère et élimine les particules captées est commune aux cavités nasales et sinusiennes, de même que les activités immunologiques non spécifiques locales (lysosyme, IgA, phagocytose...). Cependant, seules ces dernières sont stériles. Les autres fonctions des voies aériennes supérieures sont propres au nez avec la fonction respiratoire (de réchauffement et d'humidification de l'air inspiré et d'aération des sinus et de l'oreille moyenne), la fonction olfactive et la fonction phonatoire. Dans la rhinite allergique, bien qu'il existe quelques données contradictoires [ [3]], ces fonctions sont altérées par inflammation nasale et par dysfonctionnement ostial : la surface du méat moyen y est par exemple diminuée de 80 % (à moins de 1 mm

2

au lieu de 5 habituellement). Le tout est alors responsable de troubles de l'épuration muco-ciliaire, d'une mauvaise aération des sinus et de l'oreille moyenne, d'une diminution de l'olfaction et peut-être d'une facilitation des infections des voies aériennes [ [1]].

Données épidémiologiques

Les données épidémiologiques disponibles comparent le plus souvent la fréquence de l'allergie ou de la rhinite allergique chez les patients suivis pour sinusite chronique ou polypose naso-sinusienne et plus rarement l'inverse. Les données en population de rhinitiques [ [4]] sont peu nombreuses, de même que celles en population générale [ [5]]. Alors que 50 à 80 % des patients atteints de sinusite chronique sont allergiques et/ou ont une rhinite allergique [ [4], [6], [7], [8]], 28 à 67 % des rhinitiques (allergiques ou non) ont des anomalies sinusiennes radiologiques [ [4], [9], [10], [11]] et 43 % un diagnositic de sinusite par leur médecin [ [5]]. Dans le travail de De Cleyn

et coll.

[ [10]], 81 sujets sur 149 porteurs d'une rhinite allergique (soit 54,3 %) et 36 sujets sur 69 porteurs d'une rhinite non allergique (soit 52,2 %) avaient des anomalies à la radiographie standard des sinus. Il n'était pas fait de distinction entre les rhinites polliniques et les rhinites per-annuelles. Ce chiffre passe à 67,5 % lorsqu'est utilisé le scanner des sinus chez 40 adultes atteints de rhinites allergiques per-annuelles dans un travail récent [ [11]], contre 33,4 % d'anomalies scannographiques chez un groupe de 30 témoins. Dans le travail de Tucson, parmi les 106 enfants âgés de 8 ans présentant une sinusite selon le diagnostic de leur médecin traitant (soit 13 % des 835 enfants étudiés), 78 % avaient une rhinite allergique (le plus souvent pollinique) [ [4]]. La rhinite allergique était dans cette étude le principal facteur de risque de sinusite, plus que la présence de tests cutanés positifs (aux pollens de

Bermuda

). D'autres auteurs se sont attachés à étudier les facteurs déterminants dans le développement des formes sévères de sinusites résistantes au traitement médical et conduisant au traitement chirurgical. Dans un travail chez 80 patients adressés dans un service ORL américain [ [6]], parmi les facteurs de risque d'atteintes extensives des sinus au scanner étaient retrouvés l'éosinophilie sanguine (supérieure à 200/

m

l) et sinusienne (mesurée sur biopsies), des IgE spécifiques positives, des IgE totales élevées, l'asthme et l'âge (supérieur à 50 ans). La seule variable indépendante après l'âge de 50 ans était l'hyperéosinophilie. Les déficits immunitaires n'étaient pas en cause puisque seuls 6 patients avaient une baisse (modérée) de leurs taux d'IgA et d'IgG circulantes. Ce travail a été complété depuis par une autre équipe américaine de chirurgiens ORL [ [7]] qui a étudié les facteurs de risque de sinusite extensive (au scanner) chez 86 patients. L'hyperéosinophilie n'a pas été recherchée ; par contre les lésions étaient d'autant plus sévères que les IgE totales et spécifiques étaient élevées et qu'il existait une rhinite allergique associée. Alors que 10 à 64 % des patients atteints de polypose naso-sinusienne sont allergiques, très peu de données de la littérature concernent la fréquence des polypes chez le rhinitique (allergiques ou non). Selon Caplin

et coll.

[ [12]], 0,5 % de 3 000 patients allergiques (probablement rhinitiques pour la plupart) ont une polypose. Inversement, dans une série de 356 patients souffrant de rhinite allergique, Bunnag

et coll.

[ [13]] retrouvèrent une polypose chez 4,5 %. Dans l'étude de Settipane

et coll.

[ [14]], 117 patients porteurs de polypes naso-sinusiens sur 211, soit 55 % avaient des tests cutanés positifs à différents pneumallergènes, de même que 28 % avaient une rhinite (allergique ou non), 71 % un asthme et 14 % une intolérance à l'aspirine. Si l'on rassemble les données de la littérature de 1966 [ [15]] à 1993 [ [16]], 450 patients avec polypes sinusiens sur 1308, soit 34,4 % étaient considérés comme allergiques. Cette prévalence n'est pas très loin de celle observée en population générale. Il faudrait cependant préciser tout d'abord que toutes ces études n'ont pas une définition équivalente du diagnostic d'allergie (certains auteurs incluent uniquement la présence de tests cutanés positifs, d'autres uniquement la présence de symptômes compatibles avec une allergie) et ensuite que les symptômes de la polypose naso-sinusienne empruntent tout ou en partie ceux de la rhinite allergique (ainsi masquée). Il faudrait pour répondre vraiment à la question du rôle de la rhinite allergique dans la génèse et la sévérité des polyposes naso-sinusiennes des études longitudinales prospectives en population générale ou en population de rhinitiques avec un groupe contrôle. Quoiqu'il en soit, les données épidémiologiques disponibles ne sont pas en faveur d'un rôle majeur de l'allergie et/ou de la rhinite allergique dans la physiopathologie des polyposes naso-sinusiennes, bien que Farrell

et coll.

[ [16]] aient retrouvé un taux de récidive après polypectomie nettement supérieur chez les patients porteurs d'une polypose avec rhinite allergique (12 sur 32 soit 37,5 %) par comparaison aux patients non atopiques porteurs d'une polypose (19 sur 108, soit 17,6 %).

Données expérimentales

Les études expérimentales sont les études qui analysent les sinus (radiologiquement ou biologiquement) avant et après une exposition allergénique (naturelle lors de la saison pollinique ou au laboratoire lors de tests de provocation nasale). Les travaux de radiologie disponibles confirment les liens entre rhinite allergique et sinusite. Pelikan

et coll.

[ [17]] ont ainsi observé des anomalies des sinus maxillaires dans les 2 à 48h suivant un test de provocation nasale allergénique chez 37 patients porteurs d'une rhinite allergique perannuelle et d'une sinusite. 78 % des réactions nez/sinus étaient concordantes (c'est-à-dire apparition ou aggravation d'images sinusiennes après un test de provocation nasale positif). Cinq réactions sinusiennes étaient isolées, de même que 9 réactions nasales. Les anomalies s'accompagnaient de douleurs sinusiennes, de céphalées et parfois d'otalgies. Les radiographies se normalisaient en moins de 24h chez les patients à réponse nasale immédiate isolée et en 36 à 48h chez ceux à réponse retardée, confirmant l'existence de sinusites allergiques aiguës. La radiologie conventionnelle ne devrait en fait plus avoir de place dans le diagnostic de la pathologie sinusienne, puisqu'elle ne permet pas de visualiser les sinus ethmoïdaux et sphénoïdaux et que trop souvent elle est pourvoyeuse de faux positifs et faux négatifs [ [18]]. D'ailleurs les patients de l'étude de Pelikan [ [17]], bien que porteurs d'une sinusite chronique n'avaient pour la plupart que peu ou pas d'anomalies radiologiques sinusiennes aux clichés standard avant le test de provocation nasale. Les études scannographiques des sinus ne sont pas encore très démonstratives, et les patients de Nacleirio par exemple étaient sous glucocorticoïde local pour leur scanner des sinus avant et après la saison pollinique de l'ambroisie [ [19]]. Dans une étude récente, nous avons réalisé, en dehors de la saison pollinique, une tomodensitométrie des sinus chez 19 patients allergiques aux pollens de cyprès (avant et 24h après un test de provocation nasale). Ils étaient tous asymptomatiques et non traités au moment du test. Ce travail était couplé à une étude biochimique de quelques médiateurs inflammatoires, et principalement le leucotriène (LT)-C4, dans le liquide de lavage de nez. Six sujets ont développé une sinusite et 7 ont aggravé des lésions préexistantes, confirmant à nouveau la réalité des sinusites allergiques (aiguës). Une obstruction du complexe ostio-méatal était observée chez 9 patients et celle-ci ne s'accompagnait pas toujours d'une atteinte plus étendue des cavités sinusiennes, suggèrant un rôle non indispensable de l'atteinte ostiale dans la genèse d'une sinusite (alors que son rôle dans la sévérité de la sinusite est certainement plus important [ [8]]). En dehors de cette atteinte du complexe ostio-méatal, lorsqu'un épaississement d'un sinus apparaissait, il concernait toujours les cellules ethmoïdales antérieures (5 patients). Lorsqu'une sinusite radiologique pré-existait, 10 fois sur 12 elle était asymptomatique et concernait surtout les sinus maxillaires (10/12), puis les sinus ethmoïdaux (5/12), frontaux (2/12) et enfin le sinus sphénoïdal (1/12). L'atteinte était souvent mais pas toujours homolatérale au test de provocation nasale, suggérant un rôle non indispensable du contact direct des allergènes avec les cavités sinusiennes dans la genèse de la sinusite. Dans un travail original par tomographie isotopique sinusienne (capable de mesurer le flux sanguin et l'hyperhémie muqueuse), les auteurs ont observé un afflux vasculaire des sinus maxillaires chez 3 sujets rhinitiques au cours de la saison de l'ambroisie [ [20]] et chez un rhinitique après test de provocation nasale allergénique en dehors de la saison pollinique [ [21]]. L'étude expérimentale biochimique de Keith

et coll.

[ [22]] n'est pas en faveur d'un rôle important de la rhinite allergique dans l'entretien de l'inflammation des polyposes naso-sinusiennes. Dans ce travail avant et après la saison pollinique de l'ambroisie, des lavages de nez ont été réalisés chez 16 patients avec polypes et sensibilisation à l'ambroisie, 16 patients avec polypes et tests cutanés négatifs à l'ambroisie, 16 rhinitiques allergiques à l'ambroisie sans polype et 16 sujets non atopiques. Seuls les rhinitiques étaient gênés au cours de la saison et avaient une augmentation du pourcentage d'éosinophiles dans leurs lavages de nez. Albumine et Eosinophil Cationic Protein (ECP) n'ont pas vraiment été modifiés. Par contre, ces trois paramètres inflammatoires étaient nettement plus élevés avant la saison pollinique chez les 32 patients avec polypes que chez les 32 autres sans polype, sans différence pour les groupes des patients sensibilisés à l'ambroisie. Nonobstant le fait que la présence de tests cutanés positifs à un allergène n'est pas synonyme d'allergie et que l'absence de symptomatologie rhinitique pendant la saison de l'ambroisie élimine le diagnostic d'allergie à ce pollen, cette étude n'exclut pas un rôle pour la rhinite allergique dans la genèse des polypes, mais tout au plus un rôle dans l'entretien de ceux-ci.

Données physiopathologiques

Les données physiopathologiques disponibles démontrent la participation de cellules et de médiateurs retrouvés à la fois dans la rhinite et la sinusite. Le rôle des polynucléaires éosinophiles, des lymphocytes, des mastocytes et des macrophages est particulièrement évident et finalement commun à l'ensemble des maladies inflammatoires chroniques des voies aériennes. Des différences ont pu être observées selon la présence ou non d'une allergie [ [23], [24]]. Dans un travail de phénotypage de l'inflammation sinusienne [ [23]], nous avons étudié l'inflammation des sinusites maxillaires chroniques non infectieuses par immunohistochimie et dosage de médiateurs. Les prélèvements ont été obtenus chez 9 sujets contrôlés non allergiques (nécessitant une chirurgie ORL pour une pathologie non sinusienne, en général une rhinoplastie), 12 sujets porteurs d'une rhinite allergique avec sinusite et 13 sujets porteurs d'une rhinite non allergique avec sinusite. Les médiateurs suivants ont été dosés : ECP, myéloperoxydase, histamine et prostaglandine D2 (PGD2). Les cellules suivantes ont été comptées dans le liquide de lavage et sur biopsies de muqueuse sinusienne : éosinophiles (anticorps anti-ECP), mastocytes (anti-tryptase), neutrophiles (anti-élastase), lymphocytes (anti-CD3), macrophages (anti-CD68). Le nombre des macrophages et des éosinophiles étaient nettement augmentés chez les sujets porteurs d'une sinusite sans différence entre les allergiques et les non allergiques. Ces éosinophiles étaient activés comme en témoignait l'augmentation du taux d'ECP dans le lavage et leur aspect dégranulé en immunohistochimie. Les lymphocytes et les mastocytes intra-épithéliaux n'étaient augmentés que chez les sujets porteurs d'une rhinite allergique avec sinusite. Les taux de tryptase et de PGD2 étaient augmentés dans les rhinites allergiques avec sinusite sans atteindre une différence significative. Le nombre de neutrophiles et le taux de myéloperoxydase étaient augmentés dans les sinusites sans atteindre une différence significative. De ce travail nous avons conclu qu'il était possible d'isoler la sinusite allergique comme une entité différenciable des sinusites non allergiques et de faire un parallélisme entre la sinusite non allergique et la rhinite non allergique avec éosinophilie. Dans un travail similaire au nôtre, les auteurs ont démontré que ces lymphocytes sont de type CD4+ et sécrètent des cytokines, tout comme les lymphocytes retrouvés dans les muqueuses inflammatoires des rhinitiques [ [24]], avec synthèse accrue de GM-CSF et d'IL-3 dans les deux populations de sinusites, d'IL-4 et IL-5 chez les allergiques, et d'IFN-

g

chez les non allergiques. Dans notre récente étude expérimentale avec test de provocation nasale aux pollens de cyprès et lavages de nez avant, au pic de la rhinite et 24h après chez des patients allergiques aux cyprès, les patients porteurs d'une sinusite radiologique avant le test se comportaient différemment de ceux indemnes de lésions sinusiennes. Les taux de LTC4 avant le test de provocation allergénique étaient comparables chez tous les sujets ; ils augmentaient au pic de la réaction rhinitique de façon importante et comparable chez la plupart des patients mais ne persistaient élevés à 24 h que chez ceux avec sinusite préalable. Ainsi, rhinite et sinusite partagent un certain nombre de cellules et médiateurs de l'inflammation. Une stimulation allergénique expérimentale comme dans notre étude avec des pollens de cyprès induit des modifications biologiques aiguës chez tous les sujets et retardées uniquement chez les patients avec rhinite et sinusite et pas chez ceux rhinitiques seulement. Les données physiopathologiques disponibles pour la polypose naso-sinusienne démontrent également la participation de cellules et de médiateurs identiques à ceux retrouvés dans la rhinite. Les travaux anglo-saxons sus-cités ne séparent d'ailleurs pas les biopsies de muqueuse sinusienne inflammatoire et les polypes [ [24]]. Ils séparent par contre les patients atopiques des patients non atopiques et trouvent des différences. Ainsi, sont remises en question les données biologiques plus anciennes récusant toute implication d'un mécanisme allergique dans la physiopathologie des polyposes du fait par exemple de l'absence d'augmentation du nombre des mastocytes épithéliaux dans les polypes de sujets allergiques par rapport à ceux de sujets non allergiques [ [25]].

Finalement, parmi les hypothèses concernant les liens entre inflammation nasale et sinusienne un contact allergénique direct avec la muqueuse sinusienne est fort improbable compte tenu de l'anatomie des méats, comme l'absence de radioactivité sinusienne après dépôt dans les cavités nasales chez 5 sujets non allergiques de grains de pollens d'ambroisie marqués au technécium 99m l'a confirmé [ [26]]. Ces résultats n'excluent en rien la possibilité d'un passage sinusien (cependant également très improbable) d'allergènes polliniques libérés à partir des grains de pollens dans les cavités nasales. Le rôle joué par l'afflux sanguin nasal (et sinusien concomitant) [ [20], [21]] avec afflux de cellules et médiateurs inflammatoires et le dysfonctionnement ostial sont les facteurs actuellement privilégiés. Le concept physiopathologique de dysfonctionnement ostial ou conflit ostio-méatal est pour certains auteurs (anglosaxons en général) fondamental [ [8]] et pour d'autres (français en général) dépassé [ [3]]. Dans notre étude expérimentale aux pollens de cyprès, des atteintes sinusiennes scannographiques sans atteinte du complexe ostio-méatal pouvaient pré-exister (6 sinusites maxillaires sur 10) ou apparaître voire s'aggraver 24 h après provocation allergénique nasale (2 sinusites ethmoïdales sur 8). Ainsi, à moins que l'inflammation du complexe ostio-méatal ne soit infra-scannographique dans ces quelques cas, il semble que l'atteinte des sinus au cours des rhinites (allergiques dans notre expérience) soit davantage liée à une distribution locorégionale vasculaire des cellules et médiateurs inflammatoires qu'à une atteinte par contiguité à travers les ostia de drainage des sinus. Ceci expliquerait d'ailleurs, les atteintes sinusiennes controlatérales que nous avons également observées. D'autres études ont pris l'atteinte ostio-méatale comme cible thérapeutique. Certaines données physiologiques démontrent par exemple que la nasalisation des sinus (par méatotomie élargie, infundibulotomie, ou ethmoïdectomie) rétablit les échanges aériens [ [27]]. Aucun résultat à long terme de la chirurgie fonctionnelle isolée des ostia n'est cependant disponible.

Ainsi, les relations entre la rhinite et la sinusite chronique sont étroites et complexes. Si les résultats de telles études sont convaincants en ce qui concerne le rôle de l'inflammation nasale en général et de l'inflammation allergique en particulier dans la génèse de la sinusite (on parle d'ailleurs maintenant de rhino-sinusite), le rôle de l'allergie nasale dans la physiopathologie de la polypose naso-sinusienne n'est pas clairement établi et semble minime. L'inflammation y est par contre au premier plan. En ce qui concerne la sinusite, la preuve finale devrait être apportée par la diminution de la prévalence et de la sévérité de la sinusite par le traitement de la rhinite. Ce type d'étude nécessite un long suivi bien sûr, car il est évident que sur une courte période, comme l'étude négative de Naclerio [ [19]] aucune conclusion n'est possible. Dans ce travail, les auteurs ont suivi sur une saison pollinique (à l'ambroisie) 5 sujets souffrant de rhinosinusite chronique et placés sous traitement glucocorticoïde nasal. L'amélioration des symptômes de rhinite en l'absence de diminution de l'épaississement muqueux sinusien leur a fait conclure au rôle modéré voire faible des atteintes sinusiennes dans la symptomatologie de leurs patients.

Quoiqu'il en soit, il faut devant une rhinite, allergique ou non, évoquer l'atteinte sinusienne, avec ou sans polypes, devant la chronicité des signes fonctionnels surtout si l'obstruction nasale est le symptôme prédominant, associée ou non à un jetage postérieur prolongé (

a fortiori

purulent), une anosmie (avec ou sans agueusie), des céphalées ou une sensation de tête lourde. Il faut alors demander un bilan ORL comprenant une endoscopie nasale et parfois un scanner des sinus, permettant de poser le diagnostic de rhinosinusite et/ou de polypose naso-sinusienne, d'évaluer l'extension des atteintes inflammatoires, la présence d'éventuelles anomalies anatomiques associées et de mettre en place une prise en charge spécifique allergologique et ORL. Inversement, la découverte d'une sensibilisation à tel ou tel allergène chez un patient souffrant de sinusite ou de polypose naso-sinusienne ne démontrera certainement pas son rôle étiologique, mais si son poids clinique semble important à l'interrogatoire, sa prise en charge thérapeutique devrait apporter un complément non négligeable.

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