revues des maladies respiratoires - Organe officiel de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF)

Article gratuit !

Revue des Maladies Respiratoires
Vol 20, N° 2  - avril 2003
pp. 191-199
Doi : RMR-04-2003-20-2-0761-8425-101019-ART7
Facteurs liés à la sévérité et au contrôle de l'asthme récemment diagnostiqué dans une cohorte de patients adultes
 
© SPLF, Paris, 2003

Introduction

Cette étude de cohorte a pour but de décrire l'évolution de l'asthme récemment (< 12 mois) diagnostiqué en pneumologie libérale, et d'en étudier les facteurs prédictifs. Nous présentons ici l'évolution de la cohorte d'adultes, et les facteurs liés à la sévérité et au contrôle de la maladie asthmatique.

Méthodes

En 1995, 251 pneumologies libéraux répartis sur l'ensemble de la métropole, ont recruté 347 adultes asthmatiques (asthmes sévères exclus). Les 220 patients éligibles pour l'étude ont été examinés tous les 4 mois pendant 3 ans. L'ensemble des données (caractéristiques individuelles et de la maladie, bilan allergologique et fonctionnel, médicaments prescrits, observance, infections respiratoires, modifications de l'environnement et du mode de vie, évènements personnels majeurs) ont été recueillies au moyen de questionnaires standardisés remplis par les médecins. La sévérité un an après l'inclusion et le contrôle de l'asthme à chacune des consultations de suivi de la 2e et 3e années ont été définis suivants les recommandations internationales.

Résultats

Globalement, l'état clinique de cette cohorte de patients s'est rapidement amélioré. La sévérité de l'asthme est particulièrement liée au terrain allergique, antécédent d'asthme dans l'enfance et sensibilisation aux allergènes de l'environnement intérieur. Après prise en compte de la sévérité, le manque de contrôle de l'asthme est essentiellement lié aux problèmes d'observance, aux épisodes infectieux, et dans une moindre mesure à la présence d'un animal au domicile.

Conclusions

Cette étude de cohorte met en évidence le lien entre la sévérité de l'asthme et le terrain allergique et le rôle des problèmes d'observance et des épisodes infectieux dans le non contrôle de l'asthme.

Asthme , Adultes , Sévérité , Contrôle , Cohorte

Factors predicting the severity and the degree of symptom control of asthma in a recently diagnosed cohort of adult patients (A.S.M.A study)

C.Ségala[1]D.Soussan[1]G.Priol[1]T.Lepage[1]Y.Martinat[1]Y.Rogeaux[1]D.Touron[1]F.Neukirch[1]

Introduction

The aim of this cohort study was to describe the evolution of recently diagnosed (<12 months) asthma, and to identify outcome predictive factors. This paper describes the evolution of an adult cohort and the factors related to asthma severity and control.

Methods

In 1995, 251 chest specialists from throughout France, recruited 347 asthmatic adults (subjects with severe asthma were excluded). 220 eligible patients were examined every four months over a three year period. Data (socio-demographic characteristics, asthma history, results of atopy testing and lung function tests, treatment, drug compliance, respiratory infections, changes in lifestyle and environment, and major life events) were collected by means of detailed standardised questionnaires completed by physicians. Asthma severity, recorded one year after study inclusion, and asthma control, assessed at each follow-up visit in the second and third year, were defined according to the international guidelines.

Results

The clinical status of these adult patients generally improved rapidly. Asthma severity correlated closely with allergy, with a history of childhood asthma and with sensitisation to indoor allergens. After adjusting for severity, poor asthma control was associated with poor compliance, with respiratory infections, and, to a lesser extent, with animals inside the home.

Conclusions

This cohort study highlights the association of asthma severity with allergy, and of poor asthma control with poor compliance and respiratory infections.

Asthma , Adults , Severity , Control , Cohort
Introduction

Ces dernières années, l'asthme est apparu comme une cause de plus en plus importante de morbidité, en France et dans de nombreux autres pays [1][2]. La détermination de la sévérité de l'asthme est une étape essentielle lors de la prise en charge d'un patient asthmatique. De nombreuses classifications ont été proposées [3][4][5][6][7][8], mais comme le souligne DW Cockcroft [9], il persiste une confusion entre la sévérité et le degré de contrôle de l'asthme. Le but des recommandations internationales publiées dans les années 90 [10][11][12] est de proposer une approche standardisée du contrôle de l'asthme quel que soit le degré de sévérité de l'asthme et il est bien noté dans ces guides que les critères de symptômes et de fonction doivent être évalués avant tout traitement. Avec un traitement approprié, ces mêmes critères doivent être minimaux ou absents quelque que soit la sévérité de l'asthme. Le « contrôle » de l'asthme se définit, d'après les recommandations internationales [11] comme l'absence (presque totale) de crises et de symptômes, un besoin minimal (idéalement nul) des ß2 mimétiques à la demande et une fonction respiratoire pratiquement normale. Le contrôle doit être atteint quel que soit la sévérité de l'asthme, ces deux notions étant indépendantes [9].

Après avoir réalisé une étude descriptive sur l'asthme en pneumologie libérale [13], l'Association pour les Etudes en Pneumologie Libérale a conduit une étude de cohorte d'une durée de 3 ans dont le but est de décrire l'évolution de l'asthme nouvellement ou récemment (< 12 mois) diagnostiqué en pneumologie libérale, et d'en étudier les facteurs prédictifs. Nous présentons ici l'évolution de la cohorte d'adultes, et les facteurs liés d'une part à la sévérité et d'autre part au contrôle de la maladie asthmatique.

Matériel et méthodes

Recueil des données

Par l'intermédiaire des Associations Régionales de pneumologues libéraux, l'étude a été proposée aux pneumologues libéraux sur l'ensemble du territoire de la France Métropolitaine. Chaque médecin investigateur devait inclure 2 enfants et 2 adultes, dont l'asthme avait été diagnostiqué depuis moins de 12 mois. Devaient être recrutés les premiers patients répondant aux critères d'inclusion, vus en consultation à partir de la date du début de l'étude et acceptant de participer à celle-ci pendant 3 ans. Les critères d'inclusion pour les adultes étaient : âge entre 18 et 45 ans, diagnostic documenté d'asthme : épisodes récurrents de respiration sifflante ou de toux avec spasme bronchique mis en évidence soit par une augmentation du Volume Expiratoire Maximum en une seconde (VEMS) >= 15 % après broncho-dilatateur, soit par une chute du VEMS >= 20 % après broncho-constricteur. Les critères d'exclusion destinés à éviter l'inclusion de cas d'asthme sévère ou avec complications, étaient : toute pathologie respiratoire chronique autre que l'asthme ; VEMS < 60 % de la valeur théorique ; asthme instable (toute exacerbation de l'asthme dans les 3 derniers mois, avec hospitalisation en urgence ou une corticothérapie par voie générale >= 15 jours). La période de recrutement des patients s'est déroulée sur 9 mois (de mars à novembre 1995).

Les données à l'inclusion et lors des visites de suivi tous les 4 mois, ont été recueillies par les pneumologues au moyen de questionnaires standardisés pré-codés, d'après les réponses des patients. Le questionnaire initial comportait des questions sur les caractéristiques socio-démographiques, les antécédents personnels (asthme dans l'enfance, allergies, hospitalisations), les antécédents familiaux d'asthme et d'allergies, la description de l'asthme (fréquences des crises et des symptômes), l'environnement domestique et le mode de vie. Les questions sur l'asthme étaient extraites des recommandations internationales [11] et celles sur les antécédents, l'environnement et le mode de vie étaient dérivées du questionnaire de l'Etude Européenne sur la Santé Respiratoire (ECHRS) [14]. Le médecin devait aussi inscrire les résultats des mesures fonctionnelles respiratoires : VEMS, les résultats des tests allergologiques, ainsi que les traitements prescrits.

A chaque consultation de suivi, le questionnaire comportait des questions sur les 4 mois écoulés : évolution clinique de l'asthme, recours aux soins (hospitalisations, urgences), exacerbation de l'asthme (définie par la prise de corticoïdes oraux), modifications du traitement, traitement prescrit, éventuelles infections respiratoires (hautes avec antibiotiques ou basses), modifications de l'environnement (déménagement du domicile principal, changement professionnel, mesures d'évictions) et du mode de vie (tabagisme), évènements majeurs personnels et familiaux. L'observance du traitement était évaluée à l'aide de six questions standardisées et de l'opinion du pneumologue sur la technique d'utilisation des médicaments inhalés.

Le protocole de l'étude a été approuvé par le Comité d'éthique local et par la Commission Nationale Informatique et Libertés.

Préparation des variables

Comme les recommandations internationales suggèrent que le traitement optimal est obtenu plusieurs mois après le diagnostic [11] et puisque le diagnostic de l'asthme des patients pouvaient être fait jusqu'à 12 mois avant l'inclusion dans l'étude, nous avons évalué la sévérité de l'asthme à la 3e consultation de suivi, soit 1 an après l'inclusion et le « contrôle » de l'asthme à partir de la 4e consultation.

Pour juger de la sévérité de l'asthme, nous avons combiné, comme l'a proposé R. Liard [15], les 2 classifications indépendantes de « Global Initiative for Asthma », une reposant sur les symptômes et le VEMS, l'autre reposant sur le traitement de fond, et construit une classification finale. Dans la première classification (clinique), ont été jugés atteints

  • d'asthme intermittent, les patients ayant moins d'une crise d'asthme par semaine, moins d'un réveil nocturne par semaine, sans symptômes d'asthme entre les crises et ayant un VEMS >= 80 % du VEMS prédit ;
  • d'asthme persistant modéré, les patients ayant au moins une crise d'asthme ou un réveil nocturne quotidien, ou un VEMS < 80 % du VEMS prédit ;
  • d'asthme persistant léger, tous les patients non inclus dans les deux précédentes définitions. Dans la seconde classification (traitement), les patients étaient classés en 3 niveaux : niveau 1, pas de traitement de fond quotidien pour leur asthme ; niveau 2, moins de 800 µg/jour de corticoïdes inhalés ou cromones ou xanthines ; niveau 3,800 µg/jour ou plus de corticoïdes inhalés. Pour chaque patient, le niveau final de sévérité est le plus élevé niveau dans l'une ou l'autre des classifications.

A chacune des consultations de la 2e et 3e années de suivi, le contrôle de l'état clinique a été jugé satisfaisant si le patient avait moins d'une crise d'asthme par semaine et moins d'un réveil nocturne par semaine, pas de symptômes d'asthme entre les crises et un VEMS > 80 % du VEMS prédit.

Pour les caractéristiques personnelles, nous avons analysé les données recueillies à l'inclusion. Les antécédents familiaux allergiques (pour respectivement, le père, la mère et les frères et soeurs) incluent les antécédents d'asthme, de dermatose atopique, de rhinite et conjonctivite allergiques. L'atopie est définie comme une positivité à au moins un Prick-test. Cinq variables binaires d'observance ont été retenues dans cette analyse

  • avoir compris l'utilité respective des différents médicaments ;
  • considérer le traitement comme facile à suivre (et non contraignant) ;
  • ne pas avoir oublié de prendre ses médicaments ;
  • avoir pris les doses prescrites sans les réduire ni les augmenter ;
  • utiliser une bonne technique pour la prise des médicaments inhalés. Les données susceptibles de se modifier au cours du temps, renseignant sur l'environnement, le mode de vie, les évènements majeurs personnels et familiaux et l'observance ont été analysés à chaque consultation.

Les 251 pneumologues participant à l'étude ont initialement recruté 355 adultes. Huit patients qui ne répondaient pas aux critères d'inclusion et d'exclusion, ainsi que 127 patients ayant moins de 2 ans de suivi après la visite d'inclusion ont été exclus de l'analyse. Celle-ci porte donc sur 220 sujets, avec en moyenne 7,9 consultations de suivi sur les 9 attendues ; 96 patients ont effectué les 9 consultations de suivi.

Analyse statistique

L'ensemble des analyses a été effectué avec le logiciel SAS (SAS Institute Inc, Cary, NC, USA). Les analyses univariées ont comparé des groupes de sujets, en utilisant des tests de Chi-2 ou des tests exacts de Fischer pour les variables qualitatives, et des t-tests pour les variables quantitatives. Les relations entre la variable à expliquer « sévérité de l'asthme » et les différentes variables explicatives mesurées à l'inclusion ont été analysées par un modèle de régression logistique pas à pas, incluant dans le modèle toutes les variables liées à la sévérité dans l'analyse univariée au seuil de p < 0,20. L'analyse des relations entre la variable à expliquer « contrôle » mesurée à chaque consultation de suivi et les différentes variables explicatives dépendantes du temps (comme tabagisme, housse anti-acariens...) a été faite par étapes. On a, dans un premier temps sans tenir compte du fait que les données sont répétées chez les mêmes sujets, étudié les relations univariées entre chacune des variables explicatives et la variable contrôle et testé les interactions avec la sévérité, puis on a réalisé une régression logistique pas à pas, incluant dans le modèle toutes les variables liées au contrôle dans l'analyse univariée au seuil de p < 0,20. La dernière étape a consisté en un modèle de régression logistique, basé sur la méthode « General Estimating Equation » (GEE) proposée par Liang et Zeger [16][17] et incluant les variables explicatives sélectionnées à l'étape précédente. Ce modèle est particulièrement adapté à l'analyse des études longitudinales à données répétées, car l'estimation de la variance des paramètres est ajustée sur le fait que les données sont corrélées au niveau individuel. Les relations entre le contrôle et les variables explicatives sont exprimées sous forme d'Odds Ratios (OR), assortis de leurs intervalles de confiance (IC) à 95 %.

Résultats

Description de la cohorte

Les tableaux I et II comparent les caractéristiques personnelles d'une part et les caractéristiques de la maladie asthmatique et les antécédents d'autre part, des patients du groupe des sujets inclus dans l'analyse et de ceux ayant moins de 2 ans de suivi. Parmi les asthmatiques suivis moins de 2 ans comparé aux asthmatiques inclus, il y a plus de sujets jeunes, plus de sujets n'ayant pas fini leur études secondaires et de sujets exposés au tabagisme passif et moins de sujets ayant des antécédents de conjonctivite allergique et de sujets sensibilisés aux moisissures. Aucune autre caractéristique ne diffère entre les deux groupes de sujets.

Globalement, l'état clinique de la cohorte s'est amélioré : la proportion de patients ayant au moins une crise d'asthme hebdomadaire est passé de 58,2 % à l'inclusion, à 20,2 % à 4 mois, puis autour de 20 % à 8 et 12 mois, autour de 15 % entre 16 et 32 mois et n'est que de 11,4 % à la dernière visite de suivi (36 mois). Une évolution encore plus rapide est observée pour la fréquence du réveil nocturne, avec 40,7 % de réveil nocturne hebdomadaire à l'inclusion, 12,7 % à 4 mois, puis cette proportion fluctue entre 5,3 % et 9,5 % aux consultations suivantes. Si à l'inclusion, 66,4 % des patients se plaignent de symptômes entre les crises (toux et/ou dyspnée et/ou sifflements), ils ne sont plus que 48,8 % à 4 mois, 37,6 % à 8 mois et moins de 35 % ensuite. A l'inclusion, 41 % des patients ont un VEMS inférieur à 80 % de la valeur prédite, cette proportion diminue dès la première visite de suivi et fluctue autour de 20-22 % pour atteindre 15,6 % à 32 mois et 17 % à 36 mois.

La proportion de patients ayant une prescription d'anti-inflammatoires a légèrement diminué au cours de l'étude passant de 83,9 % à l'inclusion, à 70,4 % à la première visite de suivi, pour atteindre 60,4 % à 36 mois ; néanmoins, on peut observer que si la proportion de patients sous corticoïdes inhalés reste stable (autour de 50 %), celle sous cromones passe de 40 % à 16 %. La proportion de patients prenant des ß2-mimétiques à dose fixe (y compris ceux à longue durée d'action) reste stable autour de 33 %.

Tous ces résultats restent inchangés si on restreint l'analyse au sous-groupe des 96 patients ayant eu les 9 consultations de suivi.

Facteurs mesurés à l'inclusion liés à la sévérité

Le tableau III présente les effectifs de patients pour chaque niveau de la classification finale en fonction de leurs classements dans les deux classifications indépendantes. Sur les 104 patients classés « intermittents » dans la classification clinique, seulement 36 (34,6 %) sont classés niveau 1 de la classification finale, 56 (53,8 %) sont au niveau 2 et 12 (11,6 %) au niveau 3, une fois pris en compte le traitement. 12 patients (21,4 %) classés « persistants légers » dans la classification clinique sont classés niveau 3 de la classification finale. Seulement 26,4 % des 53 patients classés « persistants modérés » dans la classification clinique sont classés niveau C de la classification médicaments. Dans les analyses ultérieures, nous avons défini comme « asthme léger » les niveaux 1 et 2 de la classification finale (136 patients, 63 %) et « asthme modéré » le niveau 3 (80 patients, 37 %).

Le tableau IV présente les relations obtenues dans un modèle multivarié entre les facteurs mesurés à l'inclusion et la sévérité. Comparés aux asthmatiques légers, les asthmatiques modérés ont plus souvent des antécédents d'asthme dans l'enfance et de conjonctivite allergique, et enfin sont plus souvent sensibilisés aux allergènes de l'environnement intérieur.

Facteurs liés au contrôle clinique de l'asthme

Le contrôle de l'état clinique à chacune des consultations de suivi tel qu'il a été défini dans ce travail, n'a été atteint que par 37 patients (20,4 %). La figure 1 montre que cette proportion est de 30,9 % chez les asthmatiques légers et de 4,5 % chez les asthmatiques modérés (p < 0,0001). Durant le suivi et en relation avec leur asthme, un seul patient (modéré et non contrôlé) a été hospitalisé ; 19,4 % des patients non contrôlés ont consulté aux urgences versus 2,7 % des patients contrôlés (p = 0,01) ; 8,3 % des patients non contrôlés ont été absents de leur travail versus aucun des patients contrôlés (p = 0,07) ; 15,3 % des patients non contrôlés ont présenté une exacerbation de leur asthme versus 2,7 % des patients contrôlés (p = 0,04).

Plusieurs sujets ont modifié leur comportement et leur environnement durant le suivi : 10 fumeurs ont arrêté, 2 ex-fumeurs ont repris, 1 non fumeur a commencé et 3 ont fluctué ; 12 propriétaires d'animaux se sont séparés de leur animal, mais 13 en ont pris un et 9 ont fluctué ; 50 sujets possédant un matelas en fibres naturelles ont changé pour un matelas synthétique ; 17 des sujets n'ayant pas de housse anti-acariens en ont acquis une ; 51 ont changé de travail et 58 ont déménagé.

Le tableau V présente les relations obtenues dans les modèles multivariés entre les facteurs explicatifs et le contrôle mesuré à une consultation de suivi, ajustés sur la sévérité de l'asthme. Aucune interaction significative n'a été mise en évidence entre la sévérité et les facteurs explicatifs. Une fois pris en compte l'auto corrélation des données, les sujets non contrôlés comparés aux sujets contrôlés ont plus souvent les 4 derniers mois avant la consultation de suivi, eu un animal domestique à la maison, souffert d'infections respiratoires hautes (avec antibiotiques) et d'infections respiratoires basses et sont moins souvent observants : ils considèrent plus souvent que le traitement est contraignant et prennent moins souvent la dose prescrite. Les autres facteurs tels le tabagisme, la vie en milieu urbain, et avoir déménagé dans les 4 derniers mois, liés au contrôle de l'asthme dans la régression logistique, ne sont plus significativement liés dans le modèle final prenant en compte l'auto corrélation des réponses.

Discussion

Globalement, l'état clinique de cette cohorte de patients suivis durant 3 années, s'est amélioré au cours du temps, l'amélioration étant plus rapide les premiers mois suivant l'inclusion dans l'étude et donc la prise en charge par les pneumologues. Le terrain allergique du patient est le principal facteur lié à la sévérité de la maladie asthmatique : les antécédents d'asthme dans l'enfance et de conjonctivite allergique et une plus grande fréquence de sensibilisation aux allergènes de l'environnement intérieur. Une fois ajusté sur la sévérité de l'asthme, les facteurs liés au contrôle sont essentiellement liés à l'observance du traitement et aux épisodes infectieux intercurrents. Des facteurs liés au comportement des sujets ont également leur influence, et notamment le fait d'avoir un animal domestique.

L'étude étant de type longitudinal, le mode de recrutement des médecins ne constitue pas une limite de l'étude en terme de validité ; néanmoins, il reste que la généralisation des résultats à d'autres cohortes de patients (suivi hospitalier ou par des généralistes) peut être délicate. La sélection des patients par les médecins est improbable, puisque le nombre prévu de sujets par médecin n'a pu être atteint, à cause des critères d'inclusion contraignants, en particulier le délai entre diagnostic d'asthme et inclusion dans l'étude.

Le classement de la sévérité de l'asthme que nous avons utilisé [15] est réalisé à partir des recommandations internationales GINA [11] et en combinant une classification basée sur les symptômes et le VEMS à une classification basée sur les traitements, permet le classement de patients sous traitement. Nous avons évalué la sévérité de l'asthme à la 3e consultation de suivi, soit 1 an après l'inclusion, car

  • même si tous les patients inclus dans l'étude ont un asthme récent (diagnostic < 12 mois), leur prise en charge a néanmoins démarré avant le début de l'étude ;
  • comme les recommandations internationales [11] le suggèrent, le traitement optimal ne peut être obtenu que plusieurs mois après le diagnostic. Si la classification utilisée ne permet pas de repérer les cas de sur-traitements, on peut par contre considérer que 49 % des sujets classés « asthme modéré » dans la classification finale sont sous-traités (classés « persistants modérés dans la classification Symptômes-VEMS et classés A ou B dans la classification médicaments). Cette situation a déjà été décrite dans d'autres études épidémiologiques [18].

Nous avons également défini le contrôle de l'état clinique à partir des recommandations internationales et avons tenu compte de 3 variables symptômes et du VEMS en % du VEMS prédit [11]. Les données considérées sont incluses dans le questionnaire validé (Asthma Control Questionnaire) proposé récemment par Juniper et coll. [19][20]. Leur questionnaire se base sur 10 symptômes, le nombre de prise par jour de bronchodilatateur à longue durée d'action et le VEMS en % du VEMS prédit) ; les données recueillies doivent concerner la semaine écoulée et sont codées de 0 à 6. Nous avons évalué le contrôle à chaque consultation de suivi de la 2e et 3e années de l'étude. Le modèle de régression GEE [16][17] utilisé permet d'étudier les liaisons entre des facteurs explicatifs variant au cours du temps et le contrôle de l'asthme défini à chacune des consultations de suivi et de prendre en compte le fait que les données sont répétées chez les sujets. Dans une telle étude longitudinale, les sujets sont leur propre témoin et ainsi l'ensemble des caractéristiques individuelles des sujets sont considérées comme constantes au cours du temps et ne peuvent être des facteurs de confusion des relations étudiées. Les résultats présentés dans le tableau V montrent que les modèles logistique et GEE donnent des estimations relativement proches des risques relatifs, mais pour certains facteurs explicatifs, la précision des estimations diffèrent et seuls les résultats des modèles GEE prenant en compte l'auto corrélation des données sont corrects [16][17].

Les antécédents d'asthme dans l'enfance sont fortement liés à la sévérité de l'asthme, comme cela avait été montré et discuté dans un précédent article étudiant ces mêmes individus lors de l'inclusion dans l'étude [21]. Dans ce domaine, plusieurs études ont montré que les troubles obstructifs persistent durant les rémissions cliniques [22][23][24][25], tandis qu'un article récent [26] a montré que l'inflammation des voies aériennes persiste également durant ces phases de rémission. Après ajustement sur les antécédents d'asthme dans l'enfance, d'autres facteurs liés à l'allergie sont trouvés liés, dans notre étude, à la sévérité de l'asthme : la conjonctivite allergique et la sensibilisation aux allergènes de l'environnement intérieur. La plupart des études [27][28][29][30][31] ont également trouvé des relations entre les maladies allergiques de l'enfance et la sévérité de l'asthme, même si certaines ont été négatives [32]. La sensibilisation aux allergènes de l'environnement intérieur, et en particulier aux acariens est le plus souvent trouvée liée à la sévérité de l'asthme [33][34][35].

En ce qui concerne les facteurs liés au contrôle de l'asthme, nous avons comme d'autres avant nous [9][36][37] montré l'effet négatif du manque d'observance du traitement, en particulier l'aspect jugé contraignant du traitement et le non-respect de la posologie. Il reste que l'observance est délicate à mesurer et risque d'être majorée si les questions sont posées par le clinicien, les patients préférant ne pas décevoir leur médecin [38]. Il n'est pas possible d'exclure totalement la possibilité d'un biais de classement, bien que les proportions observées dans notre étude de patients observants semblent correctes, en tenant compte du fait que la participation à une étude peut accroître la motivation et l'observance [39]. Le rôle mis en évidence dans notre étude, des infections respiratoires dans les exacerbations de la maladie asthmatique a souvent été décrit [40][41][42]. Le rôle du stress dans l'asthme est connu [43]. Parmi les évènements potentiellement stressants survenus dans les 4 derniers mois avant la consultation de suivi, le changement de profession et le déménagement ne sont trouvés liés au contrôle que dans l'analyse univariée. Enfin nous avons montré les liens entre la présence d'animal à la maison et le contrôle de l'asthme [44].

Au total, cette étude de cohorte qui a suivi un nombre important de patients asthmatiques pris en charge par des pneumologues libéraux répartis sur tout le territoire français, dans les années suivants le diagnostic d'asthme, met en évidence le lien entre la sévérité de l'asthme et le terrain allergique, en particulier la sensibilisation aux allergènes de l'environnement intérieur. Elle permet en outre de mettre en évidence le rôle des problèmes d'observance, des épisodes infectieux et de la présence d'un animal au domicile dans le non contrôle de l'asthme.

http://www.sepia-sante.com

Les auteurs remercient très vivement les pneumologues qui ont participé à cette étude ainsi que leurs patients.

Illustrations


Cliquez pour voir l'image dans sa taille originale

Figure 1. Contrôle de l'asthme dans la population d'étude en fonction de la sévérité.






[1] European Community Respiratory Health Survey : Variations in the prevalence of respiratory symptoms, self-reported asthma attacks, and use of asthma medication in the European Community Respiratory Health Survey (ECRHS). Eur Respir J 1996 ; 9 : 687-95.

[2] The International Study of Asthma and Allergies in Childhood (ISAAC) Steering Committee : Wordlwide variations in the prevalence of asthma symptoms : the International Study of Asthma and Allergies in Childhood. Eur Respir J 1998 ; 12 : 315-35.

[3] Charpin J, Orehek J, Vervloet D : Asthme bronchique. In : Charpin J, Vervloet D. Allergologie. Paris : Flammarion, 1992 ; 450-452.

[4] Di Maria GU, Bellofiore S, Mistratta A : The staging of asthma and therapeutic implications. Eur Respir Rev 1993 ; 3 : 387-90.

[5] Busse WW, Wilson AF : Workshop 5 : assessment of efficacy. J Allergy Clin Immunol 1986 ; 78 : 525-8.

[6] Hargreave FE, Dolovich J, Newhouse MT : The assessment and treatment of asthma : a conference report. J Allergy Clin Immunol 1990 ; 85 : 1098-111.

[7] Brooks SM, Bernstein L, Raghuprasad PK, Maccia CA, Mirczkowski L : Assessment of airway hyperresponsiveness in chronic stable asthma. J Allergy Clin Immunol 1990 ; 85 : 17-26.

[8] Aas K : Heterogeneity of bronchial asthma. Sub-population — or different stages of the disease. Allergy 1981 ; 36 : 3-14.

[9] Cockcroft DW, Swystun VA : Asthma control versus asthma severity. J Allergy Clin Immunol 1996 ; 98 : 1016-8.

[10] International asthma management project and NHLBI Institute : International Consensus Report on Diagnosis and Treatment of Asthma. Eur Respir J 1992 ; 5 : 601-41.

[11] National Heart, Lung and Blood Institute : Global initiative for asthma. Global strategy for atshma management and prevention. NHLBI/WHO worshop report. National Institute of health, Bethesda 1995. National Heart, Lung and Blood Institute Publication number 95-3659.

[12] British Thoracic Society : Guidelines for the management of asthma. Thorax 1993 ; 48 : S1-S24.

[13] Liard R, Ségala C, Beguin FX, Lepage T, Martinat Y, Rogeaux Y, Neukirch F : Asthme en pneumologie libérale. Rev Mal Respir 1997 ; 14 : 295-304.

[14] Burney PGJ, Luczynska C, Chinn S, Jarvis D : The European Community Respiratory Survey. Eur Respir J 1994 ; 7 : 954-60.

[15] Liard R, Leynaert B, Zureik M, Beguin FX, Neukirch F : Using Global Initiative for Asthma guidelines to assess asthma severity in populations. Eur Respir J 2000 ; 16 : 615-20.

[16] Liang KY, Zeger SL : Longitudinal data analysis using generalized linear models. Biometrika 1986 ; 73 : 13-22.

[17] Zeger SL, Liang KY : Longitudinal data analysis for discrete and continous outcomes. Biometrics 1986 ; 42 : 121-30.

[18] Bousquet J, Khani J, Henry, Liard R, Richard A, Michel FB, Neukirch F : Undertreatment in a population of non-selected adult asthmatics. J Allergy Clin Immunol 1996 ; 98 : 514-21.

[19] Juniper EF, O'Byrne PM, Guyatt GH, Ferrie PJ, King DR : Development and validation of a questionnaire to measure asthma control. Eur Respir J 1999 ; 14 : 902-7.

[20] Juniper EF, O'Byrne PM, Ferrie PJ, King DR, Roberts JN : Measuring asthma control. Clinic questionnaire or daily diary ? Am J Respir Crit Care Med 2000 ; 162 : 1330-4.

[21] Ségala C, Soussan D, Priol D, Liard R, Touron D, Lepage T, Neukirch F : Asthma in adults : comparison of adult-onset asthma with childhood-onset asthma relapsing in aduldhood. Allergy 2000 ; 55 : 634-40.

[22] Blackhall MI : Ventilatory function in subjects with childhood asthma who have become symptom free. Arch Dis Child 1970 ; 45 : 363-6.

[23] Cade JF, Pain MCF : Pulmonary function during clinical remission of asthma. How reversible is asthma ? Aust N Z J Med 1973 ; 3 : 545-51.

[24] Cooper DM, Cutz E, Levison H : Occult pulmonary abnormalities in asymptomatic children. Chest 1977 ; 71 : 361-5.

[25] Kelly WJW, Hudson I, Raven J, Phelan PD, Pain MCF, Olinski A : Childhood asthma and adult lung function. Am Rev Respir Dis 1988 ; 138 : 26-30.

[26] Van den Toorn LM, Overbeek SE, De Jongste JC, Leman K, Hoogsteden HC, Prins JB : Airway inflammation is present during clinical remission of atopic asthma. Am J Respir Crit Care Med 2001 ; 164 : 2107-13.

[27] Blair H : Natural history of childhood asthma. Arch Dis Child 1977 ; 52 : 613-9.

[28] Ponsonby AL, Gatenby P, Glasgow N, Mullins R, McDonald T, Hurwitz M : Which clinical subgroups within the spectrum of child asthma are attributable to atopy ? Chest 2002 ; 121 : 135-42.

[29] Kokkonen J, Linna O : The state of childhood asthma in young adulthood. Eur Respir J 1993 ; 6 : 657-61.

[30] Grol MH, Gerritsen J, Postma DS : Asthma : from childhood to adulthood. Allergy 1996 ; 51 : 855-69.

[31] Mazon A, Nieto A, Nieto FL, Menendez R, Boquette M, Brines J : Prognostic factors in childhood asthma : a logistic regression analysis. Ann Allergy 1994 ; 72 : 455-61.

[32] Kjellman B, Hesselmar B : Prognosis of asthma in children : a cohort study into adulthood. Acta Paediatr 1994 ; 83 : 854-61.

[33] Sporik R, Holgate ST, Platts-Mills TAE, Cogswell MD : Exposure to house dust mite allergens (Der p 1) and the development of asthma in childhood. N Engl J Med 1990 ; 323 : 502-7.

[34] Meijer GG, Postma DS, van der Heide S, de Reus DM, Roorda RJ, Koeter GH, van Aalderen WH : Exogenous stimuli and circadian peak expiratory flow variation in allergix asthmatic children. Am J Respir Crit Care 1996 ; 153 : 237-42.

[35] Sarpong SB, Karrison T : Skin test reactivity to indoor allergens as a marker of asthma severity in children with asthma. Ann Allergy Asthma Immunol 1998 ; 80 : 303-8.

[36] Milgrom H, Bender B, Ackerson L, Bowry P, Smith B, Rand C : Noncompliance and treatment failure in children with asthma. J Allergy Clin Immunol 1996 ; 98 : 1051-7.

[37] Barnes PJ, Woolcock AJ : Difficult asthma. Eur Respir J 1998 ; 12 : 1209-18.

[38] Rand CS : Patient and regimen-related factors that influence compliance with asthma therapy. Eur Respir Rev 1998 ; 56 : 270-4.

[39] Reiser J, Warner JO : The value of participating in an asthma trial. Lancet 1985 ; 26 : 206-7.

[40] Schwarze J, Gelfand EW : The role of viruses in development or exacerbation of atopic asthma. Clin Chest Med 2000 ; 21 : 279-87.

[41] Miyashita N, Kubota Y, Nakajima M, Niki Y, Kawane H, Matsushima T : Chlamydia pneumoniae and exacerbations of asthma in adults. Ann Allerg Asthma Immunol 1998 ; 80 : 405-9.

[42] Mygind N : The common cold as a trigger of asthma. Monaldi Arch Chest Dis 2000 ; 55 : 478-83.

[43] Wright RJ, Rodriguez M, Cohen S : Review of psychosocial stress and asthma : an integrated biopsychosocial approach. Thorax 1998 ; 53 : 1066-74.

[44] Plaschke P, Janson C, Balder B, Läwhagen O, Järvholm B : Adult asthmatics sensitized to cats and dogs : symptoms, severity and bronchial hyperresponsiveness in patients with furred animals at home and patients without these animals. Allergy 1999 ; 54 : 843-50.


© 2003 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Accédez directement à un numéro :
  • Résumés du 16ème Congrès de Pneumologie de Langue Française
  • Recommandations pour la pratique clinique du SAHOS de l’adulte (Texte long)
  • Mission ATS 2011 : Les thèmes forts du Congrès américain





Quel est votre diagnostic ?
Voir la réponse
Opération sous l'égide de la SPLF
La revue RMR est également disponible sur iPhone et iPad grâce à l'application EM-revues. Voir l'application
Site e-commerce : www.elsevier-masson.fr | Service d'aide à la décision clinique : www.em-select.com | Suivez notre actualité sur le blog Elsevier Masson : blog.elsevier-masson.fr
Site pour réussir ses ecn : www.e-ecn.com
EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.
En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.
Fermer
Plan de l'article
Vous pouvez déplacer ce plan en cliquant sur le bandeau de la fenêtre
Plan indisponible