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Revue des Maladies Respiratoires
Volume 28, numéro 1
pages 71-74 (janvier 2011)
Doi : 10.1016/j.rmr.2010.04.020
Reçu le : 6 janvier 2009 ;  accepté le : 26 avril 2010
Cas cliniques

Métastase musculaire révélatrice d’un adénocarcinome bronchique
Muscle metastasis revealing bronchial adenocarcinoma
 

W. Ketata , W. Feki, S. Msaad, I. Yangui, A. Ayoub
Service de pneumo-allergologie, CHU Hédi Chaker, 3029 Sfax, Tunisie 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

Le diagnostic du cancer bronchique non à petites cellules se fait à un stade métastatique dans 25 % des cas. Les sites les plus fréquents sont le poumon, le foie, l’os, les surrénales et le système nerveux central. Les métastases musculaires squelettiques sont rares et révèlent exceptionnellement le cancer bronchopulmonaire.

Observation

Nous rapportons l’observation d’un patient âgé de 55ans, présentant une tuméfaction du bras gauche, ferme et indolore dont la biopsie scanoguidée a conclu à une infiltration du muscle par un adénocarcinome thyroid transcription factor 1 (TTF1) positif. La tomodensitométrie thoracique a objectivé une masse tissulaire apicodorsale droite partiellement nécrosée prenant modérément le produit de contraste. Le patient a été traité par une chimiothérapie par la gemcitabine et carboplatine. L’évolution a été marquée par la l’apparition d’une seconde tuméfaction cette fois de la face antérieure de la cuisse et le décès est survenu trois mois après le diagnostic.

Conclusion

La métastase musculaire squelettique est un évènement rare au cours de l’évolution du cancer bronchique. Elle inaugure exceptionnellement la survenue de cette tumeur. Ses manifestations cliniques sont souvent trompeuses conduisant à un retard diagnostique.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.
Summary
Introduction

The diagnosis of nonsmall cell lung cancer is made at a metastatic stage in 25% of cases. The most frequent sites are the lung, liver, bone, the adrenal glands and the central nervous system. Skeletal muscle metastases are uncommon and are rarely the first manifestation of a neoplastic process.

Case report

We report the case of 55years old man presenting with a hard painless swelling of the left arm. A scan guided biopsy revealed infiltration of the muscle by a thyroid transcription factor 1 (TTF1) positive adenocarcinoma. A CT scan of the chest showed a partially necrotic tissue mass with moderate uptake of contrast. The patient was treated by chemotherapy with gemcitabine and carboplatine. The progress was unfavourable with the appearance of a second muscular metastasis in the thigh and the patient died 3months after diagnosis.

Conclusion

Skeletal muscle metastases are rarely described in lung cancer and they are an exceptional presentation of the tumour. Their symptoms can be misleading and delay diagnosis.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Métastase, Muscle squelettique, Cancer bronchique, Adénocarcinome

Keywords : Metastasis, Skeletal muscle, Lung cancer, Adenocarcinoma


Introduction

Le diagnostic du cancer bronchique non à petites cellules se fait à un stade métastatique dans 25 % des cas [1]. Les sites les plus fréquents sont le poumon, le foie, l’os, les surrénales et le système nerveux central. Les métastases musculaires squelettiques sont rares et révèlent exceptionnellement le cancer bronchopulmonaire [2]. Nous rapportons une nouvelle observation de métastase musculaire au niveau du bras révélatrice d’un adénocarcinome bronchique.

Observation

Monsieur H. B. âgé de 55ans, tabagique à 40 paquet-années, aux antécédents d’artérite des membres inférieurs, d’hypertension artérielle et de diabète insulinonécessitant, a été suivi au service de dermatologie pour une tuméfaction du bras gauche évoluant depuis deux mois avec altération de l’état général. L’examen physique a mis en évidence une pâleur cutanéo-muqueuse avec une tuméfaction de 10cm de grand axe, indolore à la palpation, de consistance ferme, sans signes inflammatoires en regard, siégeant à la face postérolatérale du bras gauche. La radiographie standard du bras a montré une tuméfaction postéro-externe des parties molles en regard du tiers moyen de l’humérus gauche sans lésion osseuse associée. L’imagerie par résonance magnétique du bras (Figure 1) a révélé une masse intramusculaire mesurant 25×25×43mm siégeant au niveau du tiers moyen de la face externe du bras gauche en hyposignal T1 et hypersignal T2, se rehaussant de façon périphérique irrégulière après injection de gadolinium avec sur les séquences dynamiques une prise de contraste intense précoce et un phénomène de wash out en périphérie de cette lésion. Une biopsie scanoguidée de cette masse musculaire a été réalisée mettant en évidence une prolifération tumorale maligne faite de travées et de nappes de grandes cellules riches en atypies cytonucléaires et en figures de mitoses. À l’étude immunohistochimique, les cellules tumorales ont exprimé fortement le thyroid transcription factor 1 (TTF1) et focalement la cytokératine 7 en faveur d’une infiltration par un adénocarcinome peu différencié d’origine bronchique. La radiographie thoracique a révélé une opacité apicale droite grossièrement arrondie, excavée, de 6cm de diamètre. La tomodensitométrie thoracique a objectivé une masse tissulaire de 6cm de grand axe apicodorsale droite partiellement nécrosée prenant modérément le produit de contraste et envahissant la côte en regard avec présence d’un ganglion centimétrique de la loge de Barety. La bronchoscopie souple n’a pas montré d’anomalies endoscopiques. L’échographie cervicale a été normale, en particulier pas de nodule thyroïdien. Le bilan d’extension comportant un scanner cérébral, une échographie abdominale ainsi qu’une scintigraphie osseuse n’ont pas montré d’autres localisations secondaires. La tumeur a été classée T3N2M1b. Une chimiothérapie par gemcitabine et carboplatine a été débutée. L’évolution a été marquée par la progression rapide de la maladie avec apparition après deux cures d’une seconde tuméfaction au niveau de la face antérieure de la cuisse de même caractéristiques cliniques que celle du bras. Le décès du patient est survenu trois mois après le diagnostic.



Figure 1


Figure 1. 

Imagerie par résonance magnétique du bras : masse intramusculaire mesurant 25×25×43mm de grands axes siégeant au niveau du tiers moyen de la face externe du bras gauche en hypersignal T2.

Zoom

Discussion

La pathologie musculaire néoplasique peut se présenter sous différentes formes : soit dans le cadre d’un syndrome paranéoplasique, soit par atteinte directe du muscle qui peut être primitive comme le rhabdomyosarcome ou secondaire à une métastase de cancer à distance [3]. Les métastases musculaires sont rarement décrites dans la littérature. En effet, Mathis et al., dans un travail récent, ont recensé 499 observations dans la littérature médicale après 1850, réparties dans 391 articles [3]. Cependant, la fréquence des métastases musculaires varie selon les circonstances de découverte : dans les séries cliniques, le muscle est site de métastase dans 0,03 à 0,16 % des cancers alors que les séries autopsiques ont fait état d’une fréquence arrivant jusqu’à 16 % [4]. Une telle rareté paraît paradoxale puisque les muscles constituent 40 % de la masse corporelle et sont richement vascularisés [5]. Deux hypothèses ont été évoquées : l’une physicochimique postulant que le muscle strié échappe à l’invasion tumorale grâce à ses activités contractiles, la production d’acide lactique ou pyruvique entravant la néovascularisation, ainsi que les turbulences du flux sanguin empêchant la fixation des emboles métastatiques ; l’autre hypothèse est immunologique suggérant que le muscle est capable de produire une forte réaction immunitaire empêchant la fixation de cellules tumorales au niveau de son sarcolemme, comme en atteste la réaction inflammatoire péritumorale constatée histologiquement [6, 7, 8].

Les cancers les plus fréquemment en cause dans le développement des métastases musculaires sont par ordre de fréquence décroissant les poumons, les hémopathies malignes, l’appareil digestif, l’appareil génito-urinaire et la sphère ORL [9]. Ces métastases sont le plus souvent plurifocales mais les muscles squelettiques les plus touchés sont le muscle psoas et les muscles paravertébraux [5, 6], plus rarement les muscles intercostaux et les muscles du bras. Ces métastases surviennent souvent au cours de l’évolution d’un cancer connu et sont rarement révélatrices [2, 7] comme dans notre observation. L’examen clinique peut révéler une formation nodulaire ou une tuméfaction sensible avec parfois un aspect inflammatoire des téguments en regard [7].

Les examens radiologiques confirment la présence de masse musculaire sans pouvoir trancher sur sa nature métastatique. Ils permettent de guider le geste biopsique. En échographie, la métastase musculaire se présente sous forme d’images hypoéchogènes ou hétérogènes, à limites nettes [10]. La tomodensitométrie met en évidence un élargissement du corps musculaire par une tumeur spontanément hypodense, se rehaussant de façon hétérogène après l’injection du produit de contraste et pouvant contenir des plages de nécrose ou des calcifications [7, 10]. L’imagerie par résonance magnétique constitue actuellement l’examen de choix en permettant de mieux caractériser la tumeur et de réaliser un bilan d’extension local. La métastase musculaire prend alors l’aspect de lésion en hyposignal sur les séquences pondérées T1 et en hypersignal en séquences pondérées T2 avec prise de contraste après l’injection de gadolinium [4, 5].

La biopsie de la masse musculaire permet d’apporter la preuve histologique sur sa nature métastatique et permet parfois de préciser la lésion tumorale primitive lorsqu’elle est inconnue. Elle peut être faite sous contrôle échographique ou scanographique comme elle peut être faite par examen de la pièce d’exérèse [5]. Chez notre patient, la biopsie scanoguidée a permis de confirmer le diagnostic de métastase musculaire d’un adénocarcinome très probablement pulmonaire devant la positivité des cellules tumorales au TTF1.

Le traitement du cancer bronchique avec métastase musculaire, comme tout carcinome bronchique non à petites cellules stade IV, repose sur la chimiothérapie. Toutefois, certains traitements peuvent être utilisés, au cas par cas, à visée symptomatique, comme la radiothérapie et l’exérèse chirurgicale. La radiothérapie locale à la dose de 40 à 50Gy permet le contrôle des symptômes mais expose à des complications telles que des brûlures cutanées et des contractures musculaires [4].

Conclusion

La métastase musculaire squelettique est un évènement rare au cours de l’évolution du cancer bronchique. Elle inaugure exceptionnellement la survenue de cette tumeur. Ses manifestations cliniques sont souvent trompeuses conduisant à un retard diagnostique. La confirmation reste histologique.

Conflit d’intérêt

Les auteurs ont déclaré n’avoir aucun conflit d’intérêt potentiel en rapport avec le thème de l’article.

Références

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Hajsalah M., Fajraoui N., Bouhouala M.H., Mourali S., Ben Mefteh R., Ghrissi A., et al. Métastase musculaire squelettique révélatrice d’un adénocarcinome bronchique Rev Pneumol Clin 2007 ;  63 : 111-114 [inter-ref]
Mathis S., Fromont-Hankard G., du Boisguéheneuc F., Godenèche G., Mahieu F., Balaboi I., et al. Les métastases des muscles striés Rev Neurol 2010 ;  166 : 295-304 [cross-ref]
Tuoheti Y., Okada K., Osanai T., Nishida J., Ehara S., Hashimoto M., et al. Skeletal muscle metastases of carcinoma: a clinicopathological study of 12 cases Jpn J Clin Oncol 2004 ;  34 : 210-214 [cross-ref]
Perrin A.E., Goichot B., Greget M., Lioure B., Dufour P., Marcellin L., et al. Métastases musculaires révélatrices d’un adénocarcinome Rev Med Int 1997 ;  18 : 328-331 [cross-ref]
Surov A., Hainz M., Holzhausen H.J., Arnold D., Katzer M., Schmidt J., et al. Skeletal muscle metastases: primary tumours, prevalence, and radiological features Eur Radiol 2010 ;  20 : 649-658 [cross-ref]
Toussirot E., Lafforgue P., Tonolli I., Acquaviva P.C. Métastases musculaires révélatrices : leurs particularités à propos de trois observations Rev Rhum 1993 ;  60 : 167-171
Sridhar K.S., Rao R.K., Kunhardt B. Skeletal muscle metastases from lung cancer Cancer 1987 ;  59 : 1530-1534 [cross-ref]
Ménard O., Parache R.M. Les métastases musculaires des cancers Ann Med Int 1991 ;  142 : 423-428
Folinais D., Cluzel P., Blangy S., Sibert A., David M., Benacerraf R. Les métastases musculaires : aspects échographiques et tomodensitométriques J Radiol 1988 ;  69 : 109-116



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