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Jules Dejerine, dans la Chaire d’Histoire de la Médecine - 28/01/17

Doi : 10.1016/j.neurol.2016.12.021 
Jacques Poirier  : Professeur honoraire
 Faculté de médecine Pitié-Salpêtrière, Académie nationale de médecine, 40, rue d’Alleray, 75015 Paris, France 

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Résumé

Nommé professeur titulaire de la chaire d’histoire de la médecine de la Faculté de médecine de Paris en 1901, Jules Dejerine (1849–1917), médecin des hôpitaux chef de service à la Salpêtrière, agrégé depuis 1886, se retrouve, à 53 ans, à devoir enseigner ex-cathedra cette discipline à laquelle, jusque-là, il ne s’était jamais intéressé. En effet, contrairement à son prédécesseur Édouard Brissaud (1852–1909), qui avait un réel intérêt pour l’histoire de la médecine et qui y avait consacré plusieurs articles, Dejerine n’a jamais eu la moindre attirance pour l’histoire de la médecine et n’a jamais rien publié dans ce domaine.

La chaire d’histoire de la médecine, créée en 1795 à l’école de médecine de Paris, puis supprimée lors de la fermeture de la Faculté en 1822, est de nouveau créée en 1870 grâce au généreux legs d’un philanthrope, Auguste-Marie-Achille Salmon de Champotran (1811–1869), maître des requêtes au Conseil d’État. Charles Daremberg (1817–1872), qui jusque-l’enseignait l’histoire de la médecine au Collège de France, est le premier professeur titulaire nommé dans cette chaire. Mais Daremberg meurt deux ans plus tard et, par la suite, la chaire n’a que rarement été occupée longtemps par le même titulaire.

Pour bien comprendre comment Dejerine s’est retrouvé professeur d’histoire de la médecine en 1901 et l’est resté jusqu’en 1907, il est nécessaire de remonter aux sources. Tout commence en novembre 1896 avec la vacance d’une chaire de pathologie médicale, dans laquelle Victor Hutinel est nommé, par 16 voix contre 14 à Brissaud. En compensation, Brissaud reçoit l’assurance des membres du Conseil de Faculté qu’il aura l’unanimité pour la chaire d’histoire de la médecine quand elle sera vacante. À la mort d’Alexandre Laboulbène en 1898. Brissaud, comme prévu, est en effet élu à l’unanimité. Il n’occupe cette chaire qu’un an, pendant l’année universitaire 1899–1900. En effet, moins d’un an après y avoir été élu, il demande à permuter dans une chaire de pathologie médicale devenue vacante. Malgré certaines réticences et oppositions à ces permutations que certains jugent excessives, notamment Charles Richet (1850–1935)–éminent professeur de physiologie, qui déplore que la chaire d’histoire de la médecine devienne une chaire d’attente, une chaire-tremplin, une « chaire marche-pied », « la chaire antichambre » comme le dit le docteur Julien Noir, secrétaire de la rédaction du Progrès médical–, le Conseil accepte la permutation de Brissaud et Dejerine est élu par vingt–sept voix (sur trente) dans la chaire d’histoire de la médecine. Six ans plus tard, en 1907, Dejerine obtient sa permutation dans une chaire de pathologie médicale devenue vacante et Gilbert Ballet lui succède dans la chaire d’Histoire de la médecine. Après Ballet, la chaire est attribuée à Anatole Chauffard en 1909, puis à Maurice Letulle en 1911. De nombreux titulaires s’y succèdent ensuite jusqu’à la disparition des chaires en 1968.

Pendant quatre ans (1902–1903, 1903–1904, 1904–1905, 1905–1906), Dejerine fait cours dans cette chaire. Respectueux de l’honneur qui lui échoit, et habitué à travailler de façon intensive, Dejerine se consacre scrupuleusement énergiquement à la préparation de ses cours. Ses brouillons de cours conservés dans les archives familiales, puis confiés au professeur Michel Fardeau, témoignent du travail considérable auquel s’est livré Dejerine pour préparer ses cours. Ils emplissent quatre grosses boîtes d’archives cartonnées, une par année de cours. Les centaines de feuilles volantes sont de sa main ou de celle d’Augusta ou bien souvent des deux à la fois. Il parcourt toute l’histoire de la médecine de l’antiquité à la période contemporaine, mais, comme il l’avait annoncé lors de sa leçon inaugurale, il se concentre sur l’histoire des maladies, et chaque année le champ couvert par son enseignement se rétrécit et se spécialise ; d’une étude générale, il passe à une histoire des maladies, puis du système nerveux, puis du cerveau et de la moelle épinière. Que serait-il advenu d’une cinquième année d’enseignement ?

Dans son livre sur les biographies croisées de Jules Dejerine et de son épouse Augusta, ouvrage sous presse aux éditions Odile Jacob–auquel nous renvoyons le lecteur–Michel Fardeau fait une passionnante analyse, extrêmement détaillée, année par année, de ces brouillons de cours. Il montre l’importance du travail accompli et pointe les nombreux emprunts que Dejerine fait à ses prédécesseurs. Ainsi, par exemple, puisant largement dans l’œuvre de Charles Daremberg, Dejerine débroche deux exemplaires de son Histoire des sciences médicales « pour coller chaque recto et chaque verso des pages de ce livre sur des feuilles de plus grand format, afin de pouvoir les annoter et écrire dans les marges. ».

Ceci étant, et quelles que soient les qualités indiscutables de ce cours, il est clair que Dejerine préférait aux cours magistraux théoriques l’enseignement clinique au lit du malade et les cours avec présentation de malades, dans lesquels il se dépensait sans compter, arpentant « à grands pas l’espace qui lui était dévolu, s’arrêtant seulement devant son malade pour montrer le signe intéressant et démonstratif. Il puisait dans son propre mouvement, la chaleur de ses discours […]. Dejerine n’était lui-même que dans l’enseignement des choses qu’il avait personnellement vécues », comme le dit Gauckler.

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 Abstract de colloque Jules Dejerine : publication bilingue (version française).


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Vol 173 - N° S1

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