Dopage académique : un moyen chim(ér)ique de s’en mettre plein la tête ? - 01/03/17
, Sylvie Deheul 1, 2, Anne-Sylvie Caous 1, 2, Régis Bordet 1, 2Résumé |
Introduction |
Chercher à accroître artificiellement ses performances et compétences par des conduites dopantes n’est pas un phénomène limité au milieu sportif. On le retrouve aussi dans certains milieux professionnels et universitaires, notamment sous forme de pratiques de renforcement cognitif. Chez les étudiants, les exigences de mémorisation exhaustive, de performance accrue et la mise en compétition entre pairs peuvent encourager les conduites de dopage. Nous avons souhaité décrire, à partir des dernières données de la littérature, les pratiques récentes de dopage académique et en discuter les enjeux éthiques.
Méthode |
Une revue narrative de la littérature a été conduite sur la base de données PubMed en utilisant les mots clés suivants « cognitive enhancement », « cognitive doping » et « academic doping ».
Résultats |
Les classes thérapeutiques les plus fréquemment citées comme détournées étaient les psychostimulants et nootropiques (méthylphénidate, modafinil, piracétam), corticoïdes, sédatifs et bêta-bloquants. Certaines substances addictives telles que l’alcool, le cannabis, les amphétamines et la cocaïne pouvaient également être consommées à visée renforçante. Enfin, les produits en vente libre comme les tablettes ou boissons énergétiques à base de caféine étaient également largement utilisés par les étudiants. Dans une étude réalisée chez des étudiants en médecine et médecins français, plus d’un tiers avaient recours à l’une de ces trois catégories de produits afin d’optimiser leurs performances. Les motivations pour la prise de traitement sur ordonnance étaient alors l’augmentation des performances académiques, la concentration, la mémoire et l’éveil pendant la préparation des examens.
Discussion |
Le dopage cognitif soulève le même questionnement éthique que le dopage sportif, notamment par rapport à la perte d’équité devant un examen ou un concours. Cette notion est toutefois modérée par l’efficacité modeste et controversée de ces molécules dans l’amélioration des performances. On peut également se demander quand commence le dopage : à la première tasse de café ou à la prise de méthylphénidate ? La question de la régulation est alors sous-tendue par un débat opposant d’une part liberté individuelle et bénéfice collectif supposé et d’autre part, conséquences sanitaires, inégalité des chances et diminution du mérite.
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Vol 72 - N° 1
P. 155 - février 2017 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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