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Réflexions sur un cas d’érotomanie associée dans la perspective freudienne du délire comme « tentative de guérison » dans la psychose - 30/01/19

Reflections on a case of erotomania, in the Freudian perspective of delusion as an “attempt to cure” in psychosis

Doi : 10.1016/j.evopsy.2018.10.001 
Jessica Tran The a, , b, c, d  : Psychologue clinicienne, doctorante contractuelle, Chercheur associée
a École doctorale recherches en psychanalyse et en psychopathologie, université Paris 7 – Diderot, bâtiment Olympe de Gouges, 8, place Paul-Ricoeur, 75013 Paris, France 
b Faculté de biologie et de médecine, université de Lausanne, rue du Bugnon 21, 1011 Lausanne, Suisse 
c Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé publique de Lausanne, centre hospitalier universitaire vaudois, avenue de Provence 82, 1007 Lausanne, Suisse 
d Fondation Agalma, Campus Biotech, chemin des Mines 9, 1202 Genève, Suisse 

Auteur correspondant.

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Résumé

Objectif

L’objectif de cet article est de confronter la conception non déficitaire du délire soutenue par la psychanalyse au réel de la clinique, à partir de l’étude de la construction délirante d’une patiente érotomane. Il s’agira donc notamment de mettre à l’épreuve d’un cas clinique une hypothèse théorique freudienne, la perspective du délire comme tentative de guérison dans la psychose. Dans cette étude, nous chercherons également à montrer comment les développements lacaniens sur les formules de la sexuation et le concept de pousse-à-la-femme, conçus dans cette logique freudienne du délire comme tentative de guérison, peuvent également permettre d’éclairer certains aspects de la position érotomaniaque. Nous tenterons donc de mettre en évidence en quoi le délire érotomaniaque peut présenter des effets stabilisateurs et apaisants pour la patiente, par rapport aux composantes relevant du délire de persécution.

Méthode

Notre méthode impliquera dans un premier temps une revue historique de la conception de l’érotomanie dans la psychiatrie classique, afin de retracer la définition progressive de cette entité clinique dans la nosographie. Nous étudierons ainsi les premières définitions proposées par Esquirol, qui mettait l’accent tout comme Ball sur le caractère chaste des érotomaniaques et sur l’absence de désir de réalisation, pour montrer la tension qui apparaît entre cette conception et les descriptions médico-légales données par Garnier puis Portemer, qui soulignaient au contraire la dangerosité des érotomanes et le risque de passages à l’acte violents. Cette revue historique nous amènera également à étudier les spécificités des thèses défendues par De Clérambault, qui avait isolé l’érotomanie comme entité autonome et indépendante de la paranoïa, alors que la plupart de ses contemporains considéraient le délire érotomaniaque seulement comme l’une des thématiques possibles du délire paranoïaque ou à évolution systématisée. Nous présenterons ensuite les spécificités de l’approche psychanalytique du délire érotomaniaque, à partir de l’étude de la « grammaire » du délire proposée par Freud, puis des développements lacaniens sur la forclusion et les formules de la sexuation. Enfin, nous adopterons la méthodologie de l’étude de cas unique, afin de montrer les ressorts singuliers de la construction délirante chez une patiente psychotique.

Résultats

Les résultats de cette étude auront été de mettre au jour le caractère diachronique et progressif de sa construction délirante, à travers l’étude de l’anamnèse de cette patiente, et de déceler les aménagements singuliers et apaisants que peut parfois receler la position érotomaniaque pour un sujet psychotique, en accord avec la perspective freudienne du délire comme tentative de guérison. Nous aurons également pu montrer comment le recours à la théorie lacanienne des formules de la sexuation et au concept de pousse-à-la-femme permet d’éclairer les mécanismes de cet effet pacifiant de la composante délirante érotomaniaque.

Discussion

Notre discussion portera sur la possibilité d’établir une analogie entre la construction délirante de cette patiente et celle opérée par le Président Schreber, que Lacan avait qualifiée de « pousse-à-la-femme ». Il s’agira de considérer comment les aspects pacificateurs de la position érotomaniaque peuvent être conçus comme relatifs au traitement économique de la jouissance permis par une position où le sujet viendrait incarner la figure de « La femme » comme exception. La position érotomaniaque aurait ainsi des effets stabilisateurs chez cette patiente dans la mesure où elle opère une pacification du rapport à l’Autre, qui relèverait d’un consentement à se faire l’objet de sa jouissance – cette position venant en opposition dialectique avec le délire de persécution.

Conclusion

En conclusion, on peut souligner la pertinence clinique de l’hypothèse freudienne du délire comme tentative de guérison dans la psychose, qui permet de concevoir la construction délirante d’un sujet singulier dans une perspective non déficitaire. Les formulations lacaniennes sur les formules de la sexuation et le pousse-à-la-femme peuvent également être conçues dans le prolongement de cette conception non déficitaire. Néanmoins, nous mettons en garde contre toute portée généralisante de cette étude, dans la mesure où toutes les constructions délirantes érotomaniaques ne relèveraient pas d’un effet de pousse-à-la-femme, et n’impliqueraient pas dans tous les cas une portée stabilisatrice. Notre article aura seulement cherché à mettre au jour les ressorts de la construction diachronique de cette position érotomaniaque dans un cas singulier, mais cette étude ne doit pas occulter que toute construction délirante érotomaniaque ne présente pas nécessairement ces effets stabilisateurs. Néanmoins, dans la mesure où l’érotomanie est une composante majeure du transfert psychotique, revenir à l’étude du délire érotomaniaque par une revue de la littérature psychiatrique et psychanalytique et par l’étude du cas de cette patiente nous semble d’un intérêt fondamental, qui pourrait permettre par la suite d’éclairer la question du maniement du transfert dans la cure des patients psychotiques.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Aim

The aim of the paper is to confront the non-deficient conception of delusion supported by psychoanalysis with the reality of the clinical setting, from the study of the delusional construction of an erotomaniac female patient. This means putting a Freudian theoretical hypothesis to the test of a clinical case: the Freudian perspective of delusion as a attempt to heal in psychosis. In this paper, we will also try to show how Lacanian developments on the formulae of sexuation and the concept of “push-towards-the-woman”, conceived in the Freudian logic of delusion as a healing attempt, can also cast light on certain aspects of the erotomaniac position. We will therefore try to highlight how erotomaniac delusion was able to have stabilizing and soothing effects for this patient, unlike the components of persecution delusion.

Method

Our method will initially involve a historical review of the conception of erotomania in classic psychiatry, in order to trace the progressive definition of this clinical entity in the nosography. Thus, we will study the first definitions proposed by Esquirol, who like Ball, emphasized the chaste character of erotomaniacs and the absence of desire for realization, to show the contrast that appears between this conception and the medico-legal descriptions by Garnier and Portemer, who both underlined the dangerousness and the risk of violent acting-out. This will also lead us to study specificities of the theses defended by Clérambault, who identified erotomania as an autonomous entity independent from paranoia, whereas most of his contemporaries considered erotomaniac delusion only as one of the possible themes of paranoid or systematized delirium. Then, we will present the specificities of the psychoanalytic approach to erotomaniac delusion, starting from the study of Freud's “grammar” of delusion, and then Lacanian developments on foreclosure and the formulae of sexuation. Finally, we will adopt the methodology of the single case study in order to show the singular process of delusional construction in a psychotic patient.

Results

Our results cast light on the diachronic and progressive character of this patient's delusional construction by way of anamnesis, and they show the singular, soothing constructions that can sometimes conceal the erotomaniac position for a psychotic subject, in line with the Freudian perspective of delusion as an attempt at healing. We have also been able to show how the use of the Lacanian theory of the formulae of sexuation and the “push-towards-the-woman” concept makes it possible to cast light on the mechanisms of this pacifying effect of the erotomaniac delusional component.

Discussion

Our discussion will focus on the possibility of establishing an analogy between the delusional construction of this patient and the construction operated by President Schreber, described by Lacan as “push-towards-the-woman”. The question is how the pacifying aspects of the erotomaniac position can be conceived as relating to the economic treatment of the “jouissance” facilitated by a position where the subject comes to embody the figure of “the woman” as an exception. The erotomaniac position could thus have had stabilizing effects in this patient, insofar as it brings about a pacification in the relationship with the Other, a form of consent to be the object of the Other's enjoyment–and this position is dialectically opposed to the delusion of persecution.

Conclusion

In conclusion, the clinical relevance of the Freudian hypothesis of delusion as an attempt at healing in psychosis can be underlined, making it possible to envisage the delusional construction of a singular subject in a non-deficient perspective. The Lacanian approach to the formulae of sexuation and “push-towards-the-woman” can also be seen as the prolongation of this non-deficient conception. Nevertheless, caution is required for any generalisation of the results of this study, since it is probable that not all delirious erotomaniac constructions result from a “push-towards-the-woman” effect, and do not in every case have a stabilizing effect. Our article is merely intended to cast light on the mechanisms of the diachronic construction of this erotomaniac position in a singular case. This study should not suggest that every delirious erotomaniac construction inevitably presents these stabilizing effects. Nevertheless, since erotomania is a major component of psychotic transference, returning to the study of erotomaniac delirium via a review of the psychiatric and psychoanalytic literature alongside the case of this patient seems to us of fundamental interest, for its ability to cast light on the question of how to handle transference in the cure of psychotic patients.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Érotomanie, Délire, Freud S, Lacan J, Jouissance, Psychose, Revue de la littérature, Psychiatrie, Psychanalyse, Cas clinique

Keywords : Erotomania, Delusion, Freud S, Lacan J, Enjoyment, Psychosis, Literature review, Psychiatry, Psychoanalysis, Clinical case


Plan


 Toute réference à cet article doit porter mention : Tran The J. Réflexions sur un cas d’érotomanie associée dans la perspective freudienne du délire comme « tentative de guérison » dans la psychose. Evol psychiatr 2019;84(1): pages (pour la version papier) ou URL [date de consultation] (pour la version électronique).


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Vol 84 - N° 1

P. 165-183 - janvier 2019 Retour au numéro
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