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Richard III : du préjudice à la revendication - 04/06/19

Richard III: From wrongs to retribution

Doi : 10.1016/j.evopsy.2018.12.001 
Nicolas Brémaud a, b,  : Docteur en Psychopathologie, Psychologue clinicien
a IME « Les Terres Noires », route de Mouilleron, 85000 La-Roche-sur-Yon, France 
b IME « Le Marais », 13, rue Saint-Dominique, 85300 Challans, France 

Auteur correspondant.

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Résumé

Objectifs

Nous viserons dans cet article à mettre en relief la logique « revendicatrice » du Richard III de Shakespeare.

Méthodologie

Une revue de la littérature (psychiatrie, psychanalyse, essais critiques, etc.) sur cette pièce historique nous permettra de rendre compte de la problématique centrale de Richard III. Cette figure célèbre du théâtre shakespearien nous amènera ainsi à traiter de la question du préjudice, puis du délire de revendication (Sérieux et Capgras, Clérambault, Lacan, etc.), ou de la « psychose de revendication » (selon les termes de M. Dide), qui est dans son fond une véritable « lutte pour le droit ». C’est l’occasion aussi de rappeler le diagnostic différentiel entre délire de revendication et délire d’interprétation.

Résultats

D’un préjudice de départ, d’un sentiment d’injustice à une revendication haineuse qui versera de façon effrénée dans le passage à l’acte criminel, Richard III nous donne tous les éléments « cliniques » qui permettent de lire cette tragédie à l’aune d’une psychose de revendication. Le sujet revendicateur – qui se considère comme une victime de l’Autre – suite à ce préjudice initial, voue sa vie corps et âme pour obtenir réparation (la formule du paranoïaque revendicateur pouvant être résumée ainsi : « on me doit réparation »). La voie choisie par Richard III est ainsi celle qui le fera passer de l’« avorton », du malformé, à un statut de personnage d’« exception » en éliminant tous ceux qui lui barreront la route – ou ceux qu’il suspectera de lui barrer la route – du trône.

Discussion

Le point central porte donc sur le « dommage » initial qui demande, coûte que coûte, réparation. Richard III, difforme de naissance, accuse l’Autre (la Nature, sa propre mère, etc.) et veut lui faire « payer » son dû, infligeant ainsi aux autres cette injustice de départ. Sa frénésie sanguinaire, destructrice, sa folie meurtrière dénuée d’une quelconque empathie, de remords ou de culpabilité, les éléments donnés de son enfance et de sa jeunesse, son rapport à la Loi, son rapport à l’Autre, etc. semblent bien faire effectivement de Richard III un sujet foncièrement revendicateur, ou, selon l’ancienne terminologie, un « persécuté-persécuteur » aux idées de grandeur. Le point nodal de la discussion demeure donc en rapport avec le « dommage » subi, lequel « dommage » peut se rencontrer également dans d’autres formes de psychoses, la mélancolie par exemple. Ce « dommage » est interprété et traité différemment selon les sujets, notamment selon que celui-ci reporte la « faute » sur lui-même, ou selon qu’il accuse l’Autre de son mal. Pour Richard III, l’Autre doit subir crime et châtiment.

Conclusion

Richard III, ce personnage si sombre, pour haineux, terrible et criminel qu’il puisse être, n’est cependant pas sans nous toucher, sans produire quelque écho en nous. C’est S. Freud qui fit cette analyse en 1916. De fait, tout sujet porte en lui une forme de sentiment d’injustice, tout sujet est en « droit » de revendiquer un quelconque préjudice, nous sommes tous en quelque sorte « à petite échelle » (Freud) des sujets revendicateurs. Mais Richard III nous enseigne en un certain sens que selon le type de structure clinique à laquelle nous appartenons, ce préjudice, cette revendication, prennent des formes bien différentes. La revendication « morbide » de Richard III, elle, nous amène à considérer ce qu’est un « délire de revendication égocentrique » (Sérieux et Capgras), ou mieux peut-être : une psychose de revendication à caractère égocentrique où « l’idéalisme de la justice » (M. Dide) prédomine : le sujet tient à ce que « justice lui soit rendue ».

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Objectives

This article sets out to explore the revengeful, retribution logic of Shakespeare's Richard III.

Methods

The method consists in a review of the literature (critical essays, psychiatric and psychoanalytic writings) on this historical play so as to define the central issue. This well-known figure of Shakespearean drama leads us to explore the question of perceived grievances and litigious or querulous paranoia (see Sérieux & Capgras, Clérambault, Lacan, etc) underpinning demands for one's for rights. On this point it is useful to recall the distinction between querulous delusion and interpretation delusion.

Results

Moving from the initial wrong or grievance sustained to a feeling of injustice and then on to the hateful claims precipitating the character into his criminal course, Richard III provides all the clinical components that enable this tragedy to be read in the light of querulous paranoia. The querulant – who sees himself as a victim of the Other – following in from the initial wrong, throws himself body and soul into obtaining reparation (the querulous paranoid subject can be summed up as “reparation is owed to me”). The trajectory chosen by Richer III takes him from being “deformed, unfinished, sent before my time into this breathing world” to “being determined to be a villain” by removing anyone standing in his way to the throne – or suspected of doing so.

Discussion

Thus the central element at the outset is the wrong or prejudice sustained (“I that am curtailed of this fair proportion”) that demands retribution at all costs. Richard III, deformed from birth, accuses the Other (“dissembling Nature”, his mother) and wants that Other to pay what is owing, thus inflicting on others the initial injustice. His bloodthirsty, destructive frenzy, his murderous enterprise devoid of any form of empathy, regret, or guilt, the details provided on his childhood and youth, his relationships with the law and with others all contribute to making Richard III above all a querulant or a persecuted persecutor with illusions of grandeur. Thus the central element in the discussion relates to the harm or prejudice sustained – damage that can also be encountered in other forms of psychosis, such as melancholy. The prejudice is interpreted and processed differently according to the person, and in particular according to whether the subject relates the wrongdoing to himself or accuses the Other of being responsible. For Richard III, the Other must be subjected to crime and punishment.

Conclusion

The dark figure of Richard III, however terrible, criminal, and full of hate he may be, is even so not indifferent to us, and not without echoes for us. Freud analyzed him in this manner in 1916. In fact, any subject carries within him some sort of feeling of injustice, any subject “has the right” to lay claim to some form of harm or prejuduce, and in a way we are all, on a small scale, querulous subjects. But Richard II shows us in a sense that according to the type of clinical profile to which we belong, the harm or prejudice and the resulting claims for retribution take on very different forms. The morbid claims for retribution by Richard III suggest an egocentric querulous aranoia, or perhaps egocentric querulous psychosis where an “idealism of justice” (Dide) predominates: the subject is intent on justice being done to him.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Richard III, Shakespeare W, Délire de revendication, Idéalisme, Justice

Keywords : Richard III, Shakespeare, Querulous delusion, Idealism, Justice


Plan


 Toute référence à cet article doit porter mention : Brémaud N. Richard III : du préjudice à la revendication. Evol psychiatr 2019; 84 (2): pages (pour la version papier) ou URL [date de consultation] (pour la version électronique).


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Vol 84 - N° 2

P. 323-336 - avril 2019 Retour au numéro
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