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La « surprise » et le cerveau bayésien : conséquences pour la théorie et la pratique de la psychothérapie - 11/09/19

“Surprise” and the bayesian brain: Implications for psychotherapy theory and practice

Doi : 10.1016/j.inan.2019.06.011 
J. Holmes a, , T. Nolte b
a University College, Londres, Anna Freud National Center for Children and Families, Londres, Grande Bretagne, Royaume-Uni 
b Department of Psychology, College of Life and Environmental Sciences, Université d’Exeter, Grande Bretagne, Royaume-Uni 

Auteur correspondant.
Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le mercredi 11 septembre 2019

Résumé

Le principe de l’énergie libre (PEL, « free energy principle », FEP en anglais), devient le centre d’un intérêt croissant, et est de mieux en mieux accepté en tant que nouveau paradigme de la fonction cérébrale, mais il n’a eu jusqu’à présent que peu d’impact sur la théorie et la pratique psychothérapeutiques. Le but de cet article est de corriger ce défaut. Le cerveau dépend de l’inférence bayésienne au cours de laquelle des sensations bottom up (ascendantes1 ), sont comparées aux prédictions top down (descendantes). Les différences entraînent des « erreurs de prédiction ». Le cerveau déteste les « surprises » informationnelles, qui sont minimisées au moyen de (1) l’action, qui augmente la probabilité statistique des échantillons sensoriels ; (2) en révisant les inférences à la lumière de l’expérience, en mettant à jour les « a priori » en fonction des « a posteriori » alignés sur la réalité ; et (3) en optimisant la complexité de nos modèles génératifs d’un monde capricieux. Dans ces trois situations, de l’énergie libre est convertie en énergie liée. En psychopathologie, l’énergie reste soit sous forme non liée, comme dans le cas du traumatisme et de l’inhibition de l’« agentivité », soit se manifeste de manière restreinte, dans des narrations anachroniques top down. La psychothérapie favorise l’agentivité du patient, sur les plans linguistique et pratique. Le découplage temporaire des automatismes bottom up et top down, et le fait de favoriser des simulations très étudiées met en route un certain nombre de processus salutaires. La mentalisation enrichit l’inférence bayésienne, permettant à l’expérience et aux états ressentis d’être « métabolisés » et assimilés. L’« association libre » permet un échantillonnage sensoriel plus inclusif, alors que l’analyse des rêves prépare le terrain pour que des thèmes émotionnels se transforment en « attracteurs ». Nous mettrons en exergue des parallèles entre le PEL et la théorie psychanalytique, y compris avec l’Esquisse non publiée de Freud, avec le concept de « barrière de contact » de Bion, avec le modèle de la sexualité de Fonagy et Target, avec le thérapeute en tant que « signifiant énigmatique » de Laplanche, et le rôle de l’identification projective. La thérapie stimule les patients et les aide à prendre conscience et à réviser les « a priori » qu’ils apportent à l’expérience interpersonnelle. Dans le « duo pour un(e) soliste » thérapeutique, les talents de liaison énergétique et la position non partisane de l’analyste aident les personnes en souffrance à confronter le traumatisme sans être envahies par l’entropie psychique. Dans l’ensemble, le PEL fournit une base théorique saine pour la pratique, la formation et la recherche thérapeutiques.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

The free energy principle (FEP) has gained widespread interest and growing acceptance as a new paradigm of brain function, but has had little impact on the theory and practice of psychotherapy. The aim of this paper is to redress this. Brains rely on Bayesian inference during which “bottom up” sensations are matched with “top down” predictions. Discrepancies result in “prediction error.” The brain abhors informational “surprise,” which is minimized by (1) action enhancing the statistical likelihood of sensory samples, (2) revising inferences in the light of experience, updating “priors” to reality-aligned “posteriors,” and (3) optimizing the complexity of our generative models of a capricious world. In all three, free energy is converted to bound energy. In psychopathology energy either remains unbound, as in trauma and inhibition of agency, or manifests restricted, anachronistic “top down” narratives. Psychotherapy fosters client agency, linguistic and practical. Temporary uncoupling bottom up from top down automatism and fostering scrutinized simulations sets a number of salutary processes in train. Mentalising enriches Bayesian inference, enabling experience and feeling states to be “metabolized” and assimilated. “Free association” enhances more inclusive sensory sampling, while dream analysis foregrounds salient emotional themes as “attractors.” FEP parallels with psychoanalytic theory are outlined, including Freud's unpublished project, Bion's “contact barrier” concept, the Fonagy/Target model of sexuality, Laplanche's therapist as “enigmatic signifier,” and the role of projective identification. The therapy stimulates patients to become aware of and revise the priors’ they bring to interpersonal experience. In the therapeutic “duet for one,” the energy binding skills and non-partisan stance of the analyst help sufferers face trauma without being overwhelmed by psychic entropy. Overall, the FEP provides a sound theoretical basis for psychotherapy practice, training, and research.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Cerveau bayésien, Psychanalyse, Inférence active, Psychothérapie, Principe de l’énergie libre, Mentalisation

Keywords : Bayesian brain, Psychoanalysis, Active inference, Psychotherapy, Free energy principle, Mentalization


Plan


 Cet article est la traduction de l’article “Surprise” and the bayesian brain: Implications for psychotherapy theory and practice, paru dans Frontiers in Psychology, le 28 mars 2019. Pour citer cet article : Holmes, J., & Nolte, T. (2019) “Surprise” and the bayesian brain: Implications for psychotherapy theory and practice. Frontiers Psychology, 10:592. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2019.00592. Traductrice : Marianne Robert, psychiatre, psychanalyste, 75015 Paris, robertmarianne@gmail.com.


© 2019  Association In Analysis. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
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