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Psychopathologie du processus de protection des mineurs - 10/09/20

The psychopathology of the process of the protection of minors

Doi : 10.1016/j.inan.2020.05.002 
Liviu Poenaru
 Centre médical de Peillonnex, CH-1225 Chêne-Bourg, Suisse 

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Résumé

Contexte

Les pratiques visant la protection des mineurs sont hautement contestées par les parents, les professionnels de la santé, les avocats et les médias. À Genève (Suisse), les critiques dénoncent les effets en cascade entraînés par la collusion entre experts psychiatres et juges, ainsi que la maltraitance psychologique à laquelle sont exposés parents et enfants. Ce travail interroge, à partir d’une pratique clinique psychothérapeutique auprès de mères d’enfants placés ou menacés de placement, la série de traumatismes générée par l’expertise psychiatrique et le processus dit de protection, en partant de l’hypothèse que ce dernier, en raison de son ancrage dans la violence fondamentale, développe une confusion protection–violence et une psychopathologie transfrontalière mobilisant les limites individuelles, institutionnelles et sociétales.

Objectifs

Il est premièrement question de décrire et de nommer un processus clinique relatif aux interactions parents–institutions qui échappent généralement à la représentation, se traduisant principalement par des passages à l’acte. Secondairement, l’auteur souhaite fournir aux parents et aux intervenants du réseau des clés de compréhension de ce processus particulier.

Méthode

L’auteur articule des caractéristiques administratives et psychopathologiques du terrain institutionnel et clinique en fondant sa réflexion sur l’approche psychanalytique. Plusieurs expertises psychiatriques et des entretiens cliniques (avec six mères d’enfants placés ou risquant d’être placés) servent d’appui dans la compréhension de la dynamique globale du processus de protection.

Résultats

Les éléments cliniques apportés par les mères étudiées mettent sur la piste d’un traumatisme inaugural dénié (lié à la séparation forcée mère–enfant alors que la rupture affective n’est pas présente) et d’une série de doubles contraintes à l’origine d’un processus de protection pathologique. Plusieurs décennies d’études scientifiques démontrent les effets traumatiques de la séparation mère–enfant ainsi que les conséquences psychopathologiques durables : PTSD, dépression, trouble des conduites, suicide, etc. Les expertises psychiatriques à notre disposition confirment les critiques avancées par les médias, les parents et les avocats : elles sont construites autour d’une accumulation de biais de confirmation et ne respectent pas les critères de l’étude de cas en recherche qualitative et quantitative. Elles favorisent la pathologisation du processus de protection. Le Service de protection des mineurs, institution qui se situe au cœur du processus, semble fonctionner sur la base d’un pacte dénégatif permettant l’existence du groupe à condition qu’un ensemble de représentations soient déniées, refoulées et rejetées. La Cour des comptes (organe indépendant d’évaluation) confirme que les parents sont délaissés au sein du processus, tandis que les objectifs fixant les conditions d’un retour de l’enfant à la maison ne sont pas suffisamment établis. Quant au droit de l’enfant, il ne semble pas suffisamment respecté.

Conclusion

Cette étude tend à confirmer l’hypothèse d’une confusion protection–violence générée par un système dont l’existence dépend de l’occultation de la violence fondamentale et de ses représentations. Elle permet une meilleure compréhension de la dynamique en jeu et de la cascade de traumatismes provoquée par les procédures de protection, tout en fournissant des clés théorico-cliniques pour une intervention plus adaptée auprès de parents d’enfants placés.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Background

Child protection practices are highly contested by many parents, healthcare professionals, lawyers and the media. In Geneva, Switzerland, critics denounce the cascading effects of collusion between psychiatric experts and judges, as well as the psychological abuse to which parents and children are exposed. Based on a psychotherapeutic clinical practice with mothers of children in or threatened with placement, this work examines the series of traumas generated by psychiatric expertise and the so-called protection process, starting from the hypothesis that the latter, due to its anchoring in fundamental violence, develops a protection/violence confusion and a cross-border psychopathology mobilizing individual, institutional, and societal limits.

Purpose

The author begins by describing and name a clinical process related to parent–institution interactions that escapes representation, and that consists primarily of acting out. Secondly, the author wishes to provide parents and network stakeholders with keys to understanding this particular process.

Method

The author articulates administrative and psychopathological characteristics of the institutional and clinical field, basing his reflection on the psychoanalytical approach. Several reports by forensic psychiatrists and clinical interviews (with six mothers of children in foster care or at risk of being placed in foster care) are used to support the understanding of the global dynamics of the protection process.

Results

The clinical elements brought by the mothers studied point to a denial of an inaugural trauma (linked to a forced mother–child separation in the absence of an emotional separation) and a series of double constraints at the origin of a pathological protection process. Several decades of scientific studies demonstrate the traumatic effects of the mother–child separation as well as the lasting psychopathological consequences: PTSD, depression, behavioral disorders, suicide, etc. The forensic reports at our disposal confirm the criticisms put forward by the media, parents, and lawyers: they are built on an accumulation of confirmatory biases and do not meet the criteria of a case study in qualitative and quantitative research. They promote the pathologization of the protection process. The Service for the Protection of Minors, the institution at the heart of the process, seems to operate on the basis of a denial pact that allows the group to exist on condition that a set of representations are denied, repressed, and rejected. The Court of Auditors (an independent evaluation body) confirms that parents are neglected in the process, while the conditions for the child's return home are not sufficiently established. As for the right of the child, it does not seem to be sufficiently respected.

Conclusion

This study tends to confirm the hypothesis of a protection/violence confusion generated by a system whose existence depends on the concealment of fundamental violence and its representations. It allows a better understanding of the dynamics at play and the cascade of trauma caused by protection procedures, while providing theoretical and clinical keys for a more appropriate intervention with parents of children in foster care.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Protection des mineurs, Protection de l’enfance, Psychopathologie institutionnelle, Expertise psychiatrique, Psychanalyse

Keywords : Protection of minors, Child protection, Institutional psychopathology, Psychiatric expertise, Psychoanalysis


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