S'abonner

Intoxication au fer : généralités et prise en charge médicamenteuse - 26/02/21

Doi : 10.1016/j.toxac.2020.10.035 
Patrick Nisse
 Centre antipoison et toxicovigilance, Pôle de l’Urgence, CHU, Lille, France 

Résumé

Introduction

L’ingestion de sels ferreux est à l’origine de la plupart des intoxications aiguës par le fer. Cette ingestion peut être accidentelle, généralement survenant chez l’enfant, alors qu’elle est plus volontiers volontaire lors de tentative de suicide chez l’adulte. Les intoxications par le fer faisaient parties des causes les plus fréquentes de décès toxiques chez l’enfant [1, 2].

Discussion

Le fer libre est un poison cellulaire par formation de radicaux libres et peroxydation lipidique. Sa toxicité apparaît lors de la saturation des capacités de transport et de stockage (transferrine et ferritine) et distribution de « fer libre ». Il a un effet corrosif lors de son contact direct et prolongé avec la muqueuse gastro-intestinale et il est responsable de la survenue d’une acidose métabolique par découplage des phosphorylases alcalines et par une accumulation de produits métaboliques (acide lactique). Lors d’un surdosage par voie orale, le pic plasmatique est en moyenne observé 4 à 6heures après l’ingestion. [3] Ce pic peut être retardé du fait de la formation de bézoard gastrique. En cas d’intoxication faible à modérée (<50mg/kg), seuls des troubles digestifs sont observés : vomissements, diarrhée, douleurs abdominales. Lors d’intoxication plus sévère (>60mg/kg), peuvent apparaitre en plus des troubles digestifs, une hémorragie digestive, une hypotension artérielle, des troubles de consciences, des convulsions, une coagulopathie (CIVD), un infarctus du myocarde, une acidose métabolique, une hyperglycémie et une hyperleucocytose. Une hépatite nécrosante peut survenir 24 à 48heures plus tard. Les surdosages accidentels massifs par administration de fer par voie intraveineuse sont à l’origine d’un tableau de défaillance multi viscérale potentiellement mortelle qui nécessite une prise en charge en réanimation. Le dosage du fer sérique permet d’appréhender la gravité de l’intoxication quand la clinique n’est pas suffisamment parlante ; un taux supérieur à 500μg/dL (90μmol/L) impose une hospitalisation dans un service de réanimation pouvant prendre en charge la survenue d’une défaillance multiviscérale. La déféroxamine est indiquée dans les intoxications aiguës sévères par le fer (acidose ++) avec des taux plasmatiques supérieurs à 500μg/dL. La déféroxamine ayant une grande affinité pour l’ion ferrique, va chélater le fer libre du plasma ainsi que le fer lié à la ferritine ou à l’hémosidérine. Par contre, la déféroxamine ne fixe pas le fer de la transferrine, de l’hémoglobine ou des cytochromes. Le complexe formé est la ferroxamine, pigment soluble, de couleur rose, qui s’élimine dans les 24 à 48h, essentiellement dans les urines et un peu dans la bile. L’hémodialyse peut s’avérer nécessaire pour éliminer ce complexe en cas d’insuffisance rénale ou d’anurie. L’arrêt de la chélation est décidé sur la disparition des symptômes, normalisation de l’acidose et un taux de fer sérique inférieur à 100μg/dL. La durée de la chélation ne dépasse généralement pas les 24heures.

Conclusion

L’intoxication aiguë sévère par le fer évolue en plusieurs phases successives débutant par un tableau de gastro-entérite aiguë suivie d’un intervalle libre puis d’une toxicité systémique avec choc, acidose métabolique, coma et insuffisance hépatique avec coagulopathie. Le diagnostic repose sur la mesure du fer sérique. Le traitement repose sur la décontamination digestive et un traitement antidotique par la déféroxamine.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Plan


© 2020  Publié par Elsevier Masson SAS.
Ajouter à ma bibliothèque Retirer de ma bibliothèque Imprimer
Export

    Export citations

  • Fichier

  • Contenu

Vol 33 - N° 1

P. 13 - mars 2021 Retour au numéro
Article précédent Article précédent
  • Un train peut en cacher un autre
  • I. Malissin, B. Mégarbane
| Article suivant Article suivant
  • Inhalation d’irritant : causes, clinique, prise en charge immédiate
  • O. Pillet

Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.

Déjà abonné à cette revue ?

Mon compte


Plateformes Elsevier Masson

Déclaration CNIL

EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.

En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.


Tout le contenu de ce site: Copyright © 2025 Elsevier, ses concédants de licence et ses contributeurs. Tout les droits sont réservés, y compris ceux relatifs à l'exploration de textes et de données, a la formation en IA et aux technologies similaires. Pour tout contenu en libre accès, les conditions de licence Creative Commons s'appliquent.