Irrigation digestive en toxicologie : étude préliminaire sur la faisabilité et la tolérance clinique - 26/02/21

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Résumé |
Contexte |
Comme le préconise plusieurs sociétés savantes [1], les centres antipoison peuvent être amenés à conseiller une irrigation digestive au Polyéthylène Glycol (PEG) aux équipes prenant en charge des patients intoxiqués par certains médicaments ou toxiques non carbo-adsorbables. L’objectif de cette étude est de décrire les cas d’intoxication signalés au CAPTV Grand Ouest et pour lesquels une irrigation au PEG a été conseillée afin d’étudier la tolérance et la faisabilité de cette technique.
Matériel et méthode |
Étude rétrospective et observationnelle des cas d’intoxication chez l’adulte signalés au CAPTV Grand Ouest entre le 01/01/2012 au 31/12/2018 pour lesquels le CAPTV a préconisé une irrigation au PEG. Analyse des données suivantes : produits et quantités ingérés, circonstances et lieu d’hospitalisation, gravité clinique initiale, mise en place ou non de l’irrigation, mode d’administration, succès (obtention de diarrhées) ou échec de la technique, effets indésirables.
Résultats |
Au total 257 patients ont été inclus avec un sexe ratio de 0,8 et un âge moyen de 45±16 ans. Les patients étaient hospitalisés en réanimation médicale ou USC dans 72 % des cas. L’intoxication était sévère (PSS3 et 4) dans 43 % des cas et les patients ont été intubés/ventilés dans 46 % des cas. L’irrigation a été conseillée pour les ingestions des toxiques suivants : lithium (n=72), cardiotropes (n=35), bodypackers (n=11), rodonticide (n=4), fer (n=8), potassium (n=5), plomb (n=5), herbicide, arsenic ou mercure (n=1) ainsi que dans des cas de mono ou poly-intoxications médicamenteuse (≥100 cp ingérés dans 54 cas, <100 cp dans 41 cas, non connu dans 21 cas). La quantité médiane ingérée était de 87 comprimés. L’irrigation a été conseillée en moyenne 5h30 après l’ingestion. L’irrigation au PEG a été initiée chez 150 patients (58 %) finalement non réalisée pour 89 patients (35 %) et la donnée est manquante dans 18 cas (7 %). Le PEG a été administré par sonde nasogastrique chez patient intubé dans 72 cas (48 %), par sonde nasogastrique chez patient conscient dans 8 cas (5 %), per os dans 10 cas (7 %) et la donnée est manquante dans 60 cas (41 %). L’irrigation a permis l’obtention de diarrhées dans 47 cas, elle a échoué dans 9 cas (pas de diarrhée) et le résultat est inconnu dans 98 cas. Des effets indésirables ont été signalés chez 27 patients sur 150 (18 %) : vomissements (n=23), inhalation (n=2), distension abdominale (n=2), instabilité hémodynamique (n=1), suspicion de translocation bactérienne (bactériémie à granulicatella adiacens) (n=1).
Discussion |
Cette étude montre que fréquemment, lorsqu’elle est conseillée par le CAPTV, l’irrigation au PEG n’est finalement pas initiée par les cliniciens. Du fait du caractère rétrospectif de l’étude, les raisons de ce choix ne sont pas toujours connues et de nombreuses données concernant la procédure (mise en place effective de la technique, modalités, délai et durée, quantité administrée, résultat obtenu) sont manquantes. Des effets indésirables ont été signalés chez 18 % des patients. Il s’agit dans 80 % des cas de symptômes bénins (vomissements) mais qui limitent l’efficacité de la technique. Des effets indésirables plus graves ont été observés (inhalation et distension abdominale) mais dans un contexte de non-respect des contre-indications (absence de protection des VAS, iléus). Enfin une instabilité hémodynamique et une translocation bactérienne ont été décrites mais l’imputabilité de l’irrigation est douteuse.
Conclusion |
L’irrigation digestive au PEG est une stratégie de soin proposée par les toxicologues mais dont les différentes étapes de la mise en œuvre, les résultats, les effets secondaires, sont peu décrits aujourd’hui. Une étude prospective permettrait de préciser ces données et de proposer un protocole clair et sécurisé de mise en œuvre de cette technique.
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Vol 33 - N° 1
P. 29-30 - mars 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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