Quels sont médicaments psychoactifs obtenus illégalement et par quels moyens d’acquisition ? 10 ans d’observation à travers le dispositif national OPPIDUM - 10/04/21

the French Addictovigilance Network
Résumé |
Introduction |
La tendance à l’obtention illégale de médicaments se diversifie et concerne de plus en plus de molécules. L’objectif de notre étude est de déterminer quels médicaments psychoactifs sont obtenus illégalement et par quels modes d’acquisition.
Méthode |
OPPIDUM (observation des produits psychotropes illicites ou détournés de leur utilisation médicamenteuse) est un dispositif de pharmacosurveillance, enquête transversale, annuelle et nationale auprès structures spécialisées dans la prise en charge des addictions [2 , 1 ]. Les résultats de l’enquête 2018 ont été comparés aux résultats de 2008.
Résultats |
En 2018, 5412 sujets ont décrit la consommation de 11 329 substances psychoactives dont 61 % de médicaments. Parmi eux, 16 % ont été obtenus illégalement (vs 11 % en 2008). La part d’obtention illégale de médicaments était plus importante dans les CAARUD (40 %) que dans les CSAPA (15 %) en 2018. Les 3 principaux médicaments obtenus illégalement en 2018 étaient : méthadone 30 %, n=325 (vs 19 %, n=148), buprénorphine 17 %, n=184 (vs 30 %, n=232) et morphine 10 %, n=104 (vs 4 %, n=33). Certains médicaments ont une part d’obtention illégale importante en 2018 : kétamine (97,7 %, n=42 vs 100 %, n=17), codéine (83 %, n=15 vs 5 %, n=1), clonazépam (66 %, n=19 vs 37 %, n=48), morphine (64 %, n=104 vs 56 %, n=33), et méthylphénidate (54 %, n=25 vs 47 %, n =7). Ces résultats soulignent également le doublement de la part d’obtention illégale de la méthadone (12 %, n=325 vs 6 %, n=148). L’obtention illégale de prégabaline, d’oxycodone et de tramadol a également augmenté (+ 0,7 %, n=8 en 2018 ;+0,6 %, n=14 et+0,4 %, n=7 respectivement entre 2008 et 2018). Les modes d’acquisition étaient : deal (achat de rue) 65 % (vs 78 %), don/recours à l’entourage 32 % (vs 17 %), doctor shopping 17 %, fausses ordonnances 3,1 % (vs 2,3 %), vol 2,3 % (vs 2,1 %), et obtention par internet 2,5 % (vs 0,7 %).
Discussion |
Cette étude montre la diversité et l’augmentation des médicaments obtenus illégalement, notamment les médicaments opioïdes et la prégabaline. L’utilisation de ces médicaments en dehors d’un cadre médical peut se révéler problématique notamment pour des molécules avec une puissance pharmacologique importante par exemple chez des sujets naïfs de méthadone (dépression respiratoire, trouble de la conscience, myosis) mais aussi chez les sujets consommateurs (risque de surdose). L’augmentation de la part d’obtention illégale de certains médicaments (comme codéine, clonazépam, méthadone) est à mettre en perspective avec de nouvelles mesures réglementaires. Quant aux modes d’acquisition, l’achat de rue reste le 1er mode d’obtention illégale, mode néanmoins alimenté majoritairement par les prescripteurs, soulignant l’importante capitale de plus de vigilance pour repérer l’existence d’une tolérance, d’un mésusage, d’une addiction et des facteurs de risque d’overdose chez les patients.
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Vol 76 - N° 2
P. 169 - mars 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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