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La vérité de la clinique psychanalytique - 08/05/21

Truth in clinical psychoanalysis

Doi : 10.1016/j.evopsy.2021.03.005 
Clément Fromentin  : Psychiatre, psychanalyse
 43, rue de Fleurus, 75006 Paris, France 

Auteur correspondant.

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Résumé

Objectif

Cet article propose un examen de la notion de vérité pour la psychanalyse dans l’œuvre de S. Freud et de J. Lacan. Loin d’être liée aux notions d’exactitude, de certitude ou d’objectivité telles qu’elles se présentent dans le champ de la science, la vérité subjective se propose pour la psychanalyse selon des perspectives propres. En se donnant pour but l’élucidation de la vérité du sujet et non la disparition des symptômes, la psychanalyse s’écarte également de toute référence à la réalité et à ses normes et définit un champ et des critères qui sont singuliers.

Méthode

Cette réflexion s’appuie sur une lecture à la fois chronologique et thématique des textes de S. Freud et J. Lacan ; elle ne se prétend pas exhaustive mais permet de tracer les contours d’une élaboration où se marquent des points de continuité et de rupture entre chaque auteur mais aussi au sein même de chaque élaboration propre.

Résultats

Pour Freud, la vérité subjective s’articule au déchiffrement de l’inconscient. Symptômes, rêves, lapsus se comprennent à partir de l’ouverture à un discours non intentionnel qui est celui de l’association libre. La vérité ne surgit que par surprise, ne se manifeste que par fragments, ne se laisse saisir que dans l’après-coup. Le travail de la cure amène à une reconstruction de l’histoire moins fondée sur l’exactitude que le caractère vraisemblable qui emporte la conviction du sujet. Pour le Lacan des années 1950, partie prenante d’une relecture de la psychanalyse à partir de la linguistique, la dimension de la vérité est consubstantielle à la dimension du langage et donc de la cure : le sujet ne peut éviter de s’y confronter à partir du moment où il prend la parole. La vérité qui parle énonce une vérité dont le sujet ne veut rien savoir. La vérité du sujet est celle d’un désir refoulé qui s’exprime au champ de l’Autre sous la forme d’un message inversé. La relecture du Paradoxe d’Épiménide permet d’éclairer que la vérité appartient au champ de l’énonciation, champ propre du sujet.

Discussion

Chez Lacan, une deuxième conception de la vérité, plus complexe, se dessine à partir de la seconde moitié des années 1960, où les possibilités conférées à la parole et au symbolique reculent devant une conception qui reconnaît au Réel et à l’impossible une part de plus en plus croissante. C’est une vérité désignée comme vérité-menteuse, qui ne peut que se « mi-dire », celle d’une vérité reconnue comme horreur, quand elle découvre qu’elle est celle de la chose innommable, l’objet a, part à la fois la plus étrangère et la plus intime au corps parlant.

Conclusion

La vérité du sujet, n’est pas en lui-même, mais dans un objet, de nature voilé, l’objet a que la parole en analyse fait surgir comme impossible à dire. Il est à la fois cause et produit de la parole. L’analyste n’a pas à jouir de la vérité de l’analysant qu’il fait surgir comme question, mais sans se positionner sur la réponse qu’apporte l’analysant. Celui-ci peut espérer à la fin d’une cure pouvoir avoir produit un savoir sur sa jouissance, irrémédiablement de l’ordre de la fiction, qui approche au plus près de l’impossible à témoigner du Réel.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Objective

This article offers an examination of the notion of truth in psychoanalysis, specifically in the work of S. Freud and J. Lacan. Far from being linked to notions of accuracy, certainty, or objectivity, as it the case in the field of science, subjective truth offers itself for psychoanalysis from its own perspectives. By giving itself the goal of elucidating the truth of the subject and not the disappearance of symptoms, psychoanalysis also deviates from any reference to reality and its standards, and defines a field and criteria that are unique.

Method

This reflection is based on a chronological and thematic reading of the texts of S. Freud and J. Lacan; it does not claim to be exhaustive but makes it possible to trace the outlines of an elaboration where points of continuity and rupture are marked between the authors, but also within in one's elaboration.

Results

For Freud, subjective truth is connected with the deciphering of the unconscious. Symptoms, dreams, and slips of the tongue are understood by opening up to an unintentional discourse, which is that of free association. The truth arises only by surprise, only manifests itself in fragments, only lets us grasp it after the fact. The work of psychoanalytic treatment leads to a reconstruction of the subject's story based less on accuracy than on plausibility, which earns the subject's conviction. For the Lacan of the 1950s, taking part in a re-reading of psychoanalysis based on linguistics, the dimension of truth is consubstantial with the dimension of language and therefore of the treatment: the subject cannot avoid confronting it from the moment s/he speaks. The speaking truth states a truth about which the subject would prefer to remain ignorant. The truth of the subject is that of a repressed desire, expressed in the field of the Other in the form of an inverted message. Rereading Epimenides's Paradox sheds light on the fact that truth belongs to the field of enunciation, the subject's own field.

Discussion

With Lacan, a second, more complex conception of truth emerges from the second half of the 1960s, when the possibilities conferred on speech and on the Symbolic recede in favor of a conception that recognizes an ever-expanding role of the Real and of the impossible. It is a truth designated as lying-truth, which can only be “half-said,” that of a truth recognized as horror, with the discovery of the unnamable thing, the objet-a, a part of the (speaking) body that is at once the most foreign and the most intimate.

Conclusion

The subject's truth is not in itself, but in an object of a veiled nature: the objet-a that emerges in analytic discourse as impossible to say. This object is both the cause and the product of speech. The analyst's role is not to take pleasure in the truth of the analysand, which the former brings up as a question, without taking a position on the answer, which the analysand provides. At the end of a cure, the analysand can hope to have produced knowledge about her/his jouissance, irremediably of the order of fiction, which comes as close as possible to the impossibility of bearing witness to the Real.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Psychanalyse, Vérité, Mensonge, Réel, Post-vérité

Keywords : Psychoanalysis, Truth, Real, Lie, Post-truth


Plan


 Toute référence à cet article doit porter mention. Fromentin C. La vérité de la clinique psychanalytique. Evol psychiatr. 2021; 86(2): pages (pour la version papier) ou adresse URL et date de consultation (pour la version électronique).


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Vol 86 - N° 2

P. 229-244 - mai 2021 Retour au numéro
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