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Un mal pour un mal : une éthique des conséquences de l’acte guerrier - 25/11/22

An evil for an evil: An ethics of the consequences of the act of war

Doi : 10.1016/j.amp.2022.11.004 
Cécile Gorin a, , Célia Breton a, Sophie Moroge b, Martin Aurélia b, Charles Gheorghiev a
a Service de psychiatrie, hôpital d’instruction des Armées Sainte-Anne, 2, boulevard Sainte-Anne, BP 600, 83800 Toulon Cedex 9, France 
b Service de psychiatrie, hôpital d’instruction des Armées Laveran, 4, boulevard Lavéran, 13013 Marseille, France 

Auteur correspondant.
Sous presse. Épreuves corrigées par l'auteur. Disponible en ligne depuis le Friday 25 November 2022

Résumé

Julien est un soldat. Il a ouvert le feu au cours d’un acte guerrier, héroïque. Cet acte est toutefois devenu insupportable face au regard de ses pairs et au syndrome de répétition traumatique dont il souffre depuis. Cette vignette clinique vient illustrer dans sa dimension la plus dramatique l’engagement mortifère du soldat, à savoir dans son rapport à la mort, celle qu’il est susceptible de donner comme celle qu’il est prêt à recevoir. Ainsi le soldat se situe-t-il « au cœur de la dialectique de la vie et de la mort » : la vie des populations civiles à protéger quoi qu’il en coûte, la mort de l’ennemi, celle qu’il doit infliger, ou encore sa propre mort, celle qu’il est prêt à recevoir dans ce même engagement qui est le sien [1]. Il en découle le culte de la bravoure, l’« héroïsation » de celui qui transgresse une loi inconditionnelle de la vie humaine, celle de ne pas tuer son prochain. Pour y survivre, le soldat se plie corps et âme au sens même de l’éthique militaire, qui s’illustre par une discipline rigoureuse, un aguerrissement sans faille visant l’acquisition d’un corps et d’un psychisme inébranlables… Et pourtant la chute du héros n’est pas sans fracas. La question traumatique, dont sont victimes nombre de soldats au retour de missions éprouvantes, pointe le retour du sujet à cette question essentielle de la mort, celle ressentie dans son propre corps, ou en miroir de celle qu’il inflige à son agresseur. La réalité du coup reçu ou du coup porté vient alors saisir l’individu dans une douleur insupportable, innommable, le figeant dans un vécu de déshumanisation qu’il n’avait pas anticipé. Aussi la concrétisation de la conduite guerrière, pourtant « banalisée » dans ses représentations habituelles, vient-elle surprendre le militaire dans la réalisation de l’acte pour lequel il s’est pourtant préparé avec tant d’efforts, interrogeant son bien-fondé tout comme sa portée morale.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Julien is a soldier. He opened fire in a warlike, heroic act. However, this act has become unbearable because of his peers’ gaze and the traumatic repetition syndrome he has suffered from ever since. This clinical vignette illustrates in its most dramatic form the soldier's deadly commitment, namely in his relationship to death, both the one he is likely to administer and the one he is prepared to receive. Thus, the soldier finds himself “at the heart of the dialectic of life and death”: the life of the civilian population to be protected whatever the cost, the death of the enemy, which he must inflict, or even his own death, which he is ready to receive in this same commitment that he has made. This leads to a cult of bravery, the “heroisation” of the individual who transgresses an unconditional law of human existence, that of not killing one's neighbor. To survive, the soldier conforms body and soul to the very meaning of the military code of ethics, which is defined by a rigorous discipline, a flawless process of toughening up designed for the acquisition of both an unwavering body and psyche… And yet the fall of the hero is not without fracas. The traumatic question, of which many soldiers are victims on their return from difficult missions, directs the subject's return to this essential question of death, the one felt in his own body, or in the reflection of that which he inflicts on his aggressor. Then, the reality of the shot received or the shot dispensed leaves the individual with an unbearable, unspeakable pain, immobilizing him in an experience of dehumanization that he had not anticipated. Also, the concretization of warlike conduct, although “trivialized’ in its usual manifestations, comes as a surprise to the soldier in the carrying out of the act for which he has prepared with so much effort, thereby questioning its validity as well as its moral scope.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Cas Clinique, Guerre, Héros, Mal, Personnel militaire, Psychiatrie militaire, Traumatisme psychique

Keywords : Clinical case, Evil, Hero, Military personnel, Military psychiatry, Psychic trauma, War


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