Optimisation d’un traitement par amoxicilline chez un patient critique en dialyse intermittente : exemple de l’intérêt de la collaboration pharmacien–clinicien - 12/06/24
Résumé |
Contexte |
En soins critiques, les défaillances d’organes et leur prise en charge impactent la pharmacocinétique (PK) de nombreux médicaments. De plus, un retard à l’obtention d’une antibiothérapie efficace augmente la mortalité. La personnalisation du traitement anti-infectieux chez le patient de réanimation est donc essentielle et complexe.
Objectifs |
Ce cas permet d’illustrer l’optimisation d’un traitement anti-infectieux basée sur les caractéristiques pharmacocinétiques/pharmacodynamiques (PK/PD).
Méthode |
Un patient de 64 ans (115kg, 175cm) présente un choc septique à Streptococcus pyogènes sensible à l’amoxicilline (AMOX). Un traitement par AMOX 12g/J en perfusion continue est introduit. Une dialyse intermittente est instaurée grâce à la pose d’un cathéter devant une insuffisance rénale aiguë. Le dosage d’AMOX est réalisé dans le cadre du suivi thérapeutique (cibles habituelles : 40–80mg/L pour une concentration minimale inhibitrice (CMI) critique à 8mg/L).
Résultats |
La posologie d’AMOX n’avait pas été adaptée à la fonction rénale et un surdosage à 126mg/L est objectivé à J+1. Le traitement est suspendu et repris à 4g/J en continu, la cinétique de l’AMOX étant linéaire (126mg/L avec 12g/j, on attendrait 40mg/L avec 4g/j). L’AMOX étant dialysable, des bolus de 2g sont ajoutés en post-dialyse afin de maximiser le temps durant lequel la concentration en AMOX est supérieure à 4 fois la CMI (antibiotique temps-dépendant). Cependant, le patient reste surdosé à 172mg/L à J+6. Le traitement est à nouveau suspendu. Le monitoring des concentrations montre une demi-vie très augmentée de l’ordre de 20h (vs 1h chez le normo-rénal), et une épuration par la dialyse qui est seulement de l’ordre de 35 %, ce qui remet en question la pertinence des bolus post-dialyse. En parallèle, la créatininémie ne diminue que de 15 %, ce qui interroge sur la performance de la dialyse. L’AMOX est reprise à 2g/j avec un dosage correct sans bolus post-dialyse. Le cathéter est ensuite changé, avec une épuration de la créatininémie de 40 %. Les bolus post-dialyse sont alors repris.
La stratégie optimisée consiste en l’administration de 3g/j en continu, permettant d’atteindre la fourchette cible haute en pré-dialyse. La dialyse épure 60 % de l’AMOX avec une concentration post-dialyse à 31mg/L, d’où un bolus injecté en post-dialyse de 2g. La concentration obtenue en post-bolus est correcte à 62mg/L. Le patient s’améliore avec négativation des hémocultures et une récupération progressive de la diurèse conduit à un arrêt de la dialyse.
Discussion/Conclusion |
Ce cas montre l’intérêt de la prise en compte des caractéristiques PK/PD individuelles dans l’optimisation thérapeutique. Le recul et les connaissances propres au pharmacien ont un intérêt dans la prise en charge des patients de réanimation.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Pharmacocinétique, Réanimation, Suivi thérapeutique pharmacologique
Plan
Vol 59 - N° 2
P. e230-e231 - juin 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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