Association de l’enzalutamide et du tolvaptan : un risque d’inefficacité thérapeutique - 12/06/24
Résumé |
Contexte |
En France, l’étude Emir menée en 2007 par le réseau des centres régionaux de pharmacovigilance, montre que 30 % des admissions liées à un effet indésirable étaient dues à une interaction médicamenteuse (IM). Le pharmacien étant le spécialiste du médicament son rôle est de repérer ces IM et guider les professionnels de santé dans la prise en charge médicamenteuse du patient. Nous étayerons ici le cas particulier d’un cas d’IM mettant en jeu une spécialité importée.
Objectifs |
Sensibiliser les professionnels de santé quant aux IM liées aux inducteurs enzymatiques (IE) dans la prise en charge des hyponatrémies (HN) par les vaptans, qui sont des médicaments importés et pour lesquels nos référentiels ne listent pas certaines interactions.
Méthode |
Un patient de 89ans a comme principaux antécédents : un diabète non insulinodépendant et un adénocarcinome de la prostate. Il reçoit comme traitement au long cours : perindopril, atorvastatine, enzalutamide, sitagliptine, metformine. À l’entrée dans le service de néphrologie, le patient présente une altération de l’état général et le bilan biologique retrouve une HN à 111mmo/L. Une introduction de tolvaptan a lieu avec une restriction hydrique devant un profil en faveur d’un syndrome de sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique. Le service soupçonnant l’enzalutamide d’être à l’origine de l’HN, le médecin décide de le suspendre. Peu après l’entrée du patient, la pharmacie prend connaissance de ce cas avec une biologie montrant une potentielle inefficacité du tolvaptan car l’HN s’élève toujours à : 111mmol/L 24h après la mise en place de celui-ci.
Résultats |
Le tolvaptan étant un traitement importé ses IM ne sont que partiellement listées dans le thésaurus de l’ANSM et dans le Vidal, d’où l’importance d’une analyse pharmaceutique qui, dans ce cas, a pu mettre en évidence que le tolvaptan était très fortement inhibé par l’un des traitements au long cours du patient : l’enzalutamide. En effet, bien que ce dernier ait été suspendu la veille, son caractère IE sur les cytochromes P450 n’a pas eu le temps de se normaliser, d’une part à cause de sa demi-vie longue de 5,8jours et d’autres part car l’action d’un inducteur sur les cytochromes ne se normalise qu’environ 2 semaines après l’arrêt du traitement. À noter que, bien que cette IM ne soit pas référencée dans la littérature française, il est tout de même souligné dans la monographie du tolvaptan qu’il est fortement métabolisé par le CYP450.
Discussion - Conclusion |
Certes, ce cas manque d’une comparaison avec la mise en place d’une alternative pour l’HN qui n’a pu être mis en place du fait de la détérioration rapide de l’état du patient. Néanmoins, afin de prévenir ces IM au maximum, l’IM entre un IE et le tolvaptan va être intégrée à nos référentiels. De plus, l’ensemble des services prescripteurs et l’équipe de la pharmacie a été sensibilisé quant à l’IM qui existe entre le tolvaptan et l’enzalutamide via une présentation du cas lors d’une réunion avec le personnel concerné.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Hyponatrémie, Induction enzymatique, Tolvaptan
Plan
Vol 59 - N° 2
P. e74 - juin 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
