Interactions entre cellules MAIT et microbiome dans la polyarthrite rhumatoïde - 02/12/25
, G. Kvedaraviciute 2, E. Mariotti-Ferrandiz 2, D. Klatzmann 2, M. Rosenzwajg 3, J. Sellam 4, Y. Allanore 5, N. Tchitchek 2, J. Avouac 5Résumé |
Introduction |
Les cellules mucosal-associated invariant T cells (MAIT) sont des lymphocytes T innate-like capables de produire des cytokines pro-inflammatoires (TNF-α, IFN-γ, IL-17) et des médiateurs cytotoxiques (granzyme B). Abondantes dans les muqueuses, elles sont activées par des dérivés de la riboflavine (vitamine B2) produits par les bactéries. Nous avons précédemment montré que les patients atteints de polyarthrite rhumatoïde (PR) présentent une diminution et une activation accrue des cellules MAIT dans le sang périphérique par rapport aux témoins. L’objectif de cette étude était d’explorer le lien entre les cellules MAIT et le microbiome intestinal chez des patients PR.
Patients et méthodes |
Nous avons analysé les données de 68 patients atteints de PR inclus dans l’étude TRANSIMMUNOM ( NCT02466217 ). La proportion de cellules MAIT circulantes parmi les lymphocytes T a été mesurée par cytométrie en flux. Les selles ont été recueillies et l’ADN fécal séquencé (technologie Ion Proton, ThermoFisher). Le profil fonctionnel du microbiome a été établi à l’aide d’HUMAnN3. Enfin, une approche de sparse Partial Least Square – Discriminant Analysis (sPLS-DA) a permis d’identifier les voies microbiennes différentiellement abondantes selon la proportion de cellules MAIT.
Résultats |
Parmi les 68 patients analysés (82 % de femmes, âge moyen 49 ± 13 ans, durée de maladie 1 an, 31 % FR+, 90 % anti-CCP+, 45 % érosifs), la proportion de cellules MAIT était significativement réduite par rapport aux témoins (2,6 % vs 4,3 %, p < 0,001) ( Fig. 1 A). Dans notre cohorte précédente, nous avions montré que les PR actives présentaient moins de cellules MAIT, avec un phénotype plus activé. Nous avons donc d’abord comparé le microbiome des PR actives (DAS28 > 3,2) versus celui des PR non actives (DAS28 < 3,2). Un enrichissement des voies microbiennes liées à la biosynthèse de riboflavine (vitamine B2) a été observé chez les PR non actives ( Fig. 1 B).
Les patients ont ensuite été stratifiés selon leur proportion de MAIT circulantes (seuil 2,8 % cellules MAIT parmi les CD3+, correspondant au premier quartile observé chez les témoins) en deux groupes « low-MAIT » ( n = 41) et « high-MAIT » ( n = 27). L’analyse discriminante des voies microbiennes n’a pas montré de différence significative concernant la biosynthèse de riboflavine. En revanche, le groupe « low-MAIT » présentait un enrichissement marqué de voies métaboliques liées à la biosynthèse (92 voies, Fig. 1 C–D). Cet enrichissement suggère une dysbiose intestinale chez les patients PR à faible proportion de MAIT circulantes.
Conclusion |
L’enrichissement des voies de biosynthèse de la riboflavine chez les PR en rémission, plutôt que chez les PR actives, était inattendu mais peut refléter un microbiome plus sain. En effet, la riboflavine est une vitamine connue pour soutenir l’immunité et l’intégrité de la barrière muqueuse. À l’inverse, la surexpression de fonctions microbiennes, potentiellement pro-inflammatoires, observée chez les patients « low-MAIT » pourrait traduire un déséquilibre microbien contribuant à une activation excessive des MAIT. Cette activation favoriserait leur déplétion périphérique par migration vers les tissus inflammatoires et/ou par apoptose, suggérant un rôle clé de l’axe microbiome–MAIT dans la physiopathologie de la PR.
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Vol 92 - N° S1
P. A56-A57 - décembre 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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